Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

Le grand bond en arrière par Nicolas Baverez

Le grand bond en arrière par Nicolas Baverez

 

Le programme économique du PS a le mérite de traiter le coeur de la crise qui mine la nation : le déclin économique de la France et le déclassement des Français. Il doit être jugé sur sa capacité à réinventer un modèle qui a enfermé notre pays dans un déficit chronique de compétitivité, un sur-endettement public structurel et un chômage permanent. Et ce dans le contexte de la mondialisation et de la crise de l’euro.

PLUS DE BAVEREZ EN SUIVANT :

Force est de constater que, sur le front du socialisme français, il n’y a rien de nouveau. Certes, le projet prend ses distances avec les trois erreurs majeures de la gauche depuis 1981: les nationalisations, la retraite à 60 ans et les 35 heures. Certes, la nouvelle vague de dépenses publiques est réduite de moitié par rapport à l’extravagant projet social présenté il y a quelques mois. Mais les mesures emblématiques proposées se présentent comme le collector de trois décennies d’échecs de politiques économiques. Côté emploi, embauches massives de fonctionnaires et création de 300 000 emplois jeunes ; côté Etat, 50 milliards d’impôts et 25 milliards de dépenses supplémentaires ; côté croissance, institution d’une grande banque publique d’investissement ; côté Europe, lancement d’un grand emprunt pour les infrastructures et l’innovation et mise en place de barrières protectionnistes que refusent tous nos partenaires.

La production, la compétitivité et l’innovation restent absentes, occultées par la seule redistribution. Prélever plus pour distribuer plus. Or la levée de 50 milliards d’impôts représente l’équivalent du choc pétrolier de 1973, qui ne manquera pas de casser la croissance et de multiplier les délocalisations. L’éternel retour de l’économie administrée est une impasse, tant il est vrai que l’Etat ne peut décréter ni la croissance ni le plein-emploi. Les emplois jeunes sont une mesure coûteuse (3,6 milliards d’euros), qui soulage le marché du travail à court terme mais renforce le chômage structurel à moyen terme. L’institution d’une allocation universelle pour l’autonomie des jeunes est une nouvelle machine infernale pour alimenter les transferts sociaux et dévoyer la citoyenneté, réduite dès l’entrée dans la vie adulte à l’assistanat et à des droits de tirage illimités, financés à crédit. Au total, l’économie marchande n’est nulle part, mais l’Etat partout : administration du marché du travail, financement de l’investissement, réglementation des loyers, encadrement du salaire des dirigeants des entreprises publiques.

Le PS persiste par ailleurs à construire le socialisme dans un seul pays, dans une France qui serait une île coupée de l’Europe et de la mondialisation. Tous les gouvernements européens – y compris la gauche au pouvoir en Espagne, en Grèce ou au Portugal – accordent la priorité à la restauration de la compétitivité et au désendettement public. Le programme socialiste se déploie dans un monde virtuel et promet la France à une débâcle financière qui finira par sa mise sous la double tutelle de l’Union européenne et du FMI.

Au total, ce programme ne vise pas à réformer le modèle français, mais à flatter des clientèles. Il plaira aux jeunes et à l’immense cohorte des agents publics. Il s’accordera sans mal avec tous les candidats aux primaires. Il courtise les Verts en préconisant une fiscalité écologique et la sortie du tout-nucléaire. Il est aussi efficace pour réaliser l’unité de la gauche que néfaste pour la modernisation de la France.

Nicolas Baverez Le Point – Publié le 07/04/11

EN COMPLEMENT : France, ton économie fout le camp

La crise a porté un terrible coup d’accélérateur au déclin économique de la France. La pseudo-réhabilitation du modèle français fondé sur l’intervention de l’Etat dans l’économie n’est que billevesée. Le krach de la mondialisation n’a pas remis à l’honneur l’économie fermée et administrée des Trente Glorieuses. Il a conforté le capitalisme universel et le basculement de son centre de gravité vers les émergents. Par là même, il a achevé de liquider les rentes dont les pays développés bénéficiaient du fait de leur monopole du capitalisme. Le rLa France est particulièrement touchée, qui est entrée dans la crise sans avoir réussi à surmonter la stagflation des années 70, comme le montre la permanence des déficits publics, puisque le dernier excédent budgétaire remonte à 1973, et du chômage, qui n’a pas touché moins de 7 % de la population active depuis 1977.

Le retour à une croissance molle n’a été obtenu qu’au prix d’une relance de la consommation financée par la dette publique, qui masque l’euthanasie de la production marchande. Le secteur privé ne représente plus que 43,4 % de la dépense nationale. Sa production reste inférieure de 8 % à son niveau d’avant crise. La France vit une véritable euthanasie des entreprises : pour 65millions d’habitants, elle ne compte plus que 185entreprises de plus de 5000personnes et 4195employant entre 250et 5000salariés. L’industrie est en voie de disparition avec la diminution de 20 % du nombre d’entreprises et la suppression de 500000emplois depuis 2000. Elle ne représente plus que 14 % de la valeur ajoutée, contre 21 % en Italie et 31 % en Allemagne. Or l’industrie génère 80 % des exportations et 88 % de la recherche. Son effondrement va donc de pair avec la chute de la compétitivité et de la recherche. La France n’effectue plus que 3,5 % des échanges mondiaux et 12,5 % des exportations de la zone euro, contre 18 % en 1990et 16 % en 2000. Le déficit commercial dépasse 50milliards d’euros, dont 16milliards avec l’Allemagne, mais aussi 6milliards avec la Belgique et 4avec l’Irlande, l’Italie et les Pays-Bas. La recherche française, reléguée loin derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni, continue de décrocher.

L’économie française ne tient plus dans la mondialisation que par le CAC40, qui subit de plein fouet la concurrence des géants émergents. La prospérité des grands groupes français, qui verseront quelque 40milliards d’euros de dividendes sur leurs résultats de 2010, fait illusion. Leurs profits sont générés à plus de 80 % à l’étranger. Par ailleurs, faute d’une forte spécialisation dans le très haut de gamme, à l’exception du luxe, les positions françaises dans l’automobile et l’aéronautique, l’énergie et la construction, l’électronique et les biens d’équipement, les télécommunications et les services informatiques, l’agriculture et l’alimentaire sont attaquées frontalement par les champions des pays émergents. Surtout, les résultats des grands groupes cachent la brutale détérioration de leur excédent d’exploitation, passé de 33à 27 % en une décennie, qui a entraîné le blocage de l’investissement.

La désintégration du tissu économique voue la France au chômage et à la faillite, tout en la plaçant dans la dépendance de l’Allemagne. La spécialisation croissante de la France dans les services faiblement qualifiés jointe à la dérive du coût du travail, qui atteint 37,20euros de l’heure contre 30,20euros en Allemagne, enferme le pays dans un chômage permanent. Par ailleurs, la divergence entre le rétrécissement de la base productive et l’explosion de la dette publique, qui devrait atteindre 88 % du PIB à fin 2010, annonce avec certitude une crise de solvabilité : le secteur marchand réduit et exsangue ne pourra créer la valeur ajoutée nécessaire au remboursement des dettes publiques et privées. Déjà, la notation française ne se maintient que du seul fait que les marchés cotent le couple franco-allemand. Le prix à payer pour la spirale des déficits publics et commerciaux est la mise sous tutelle de la politique économique française par l’Allemagne.

Le redressement de la compétitivité constitue désormais une priorité nationaleà laquelle tout doit être subordonné. Il faut prendre d’urgence le contrepied de la loi de finances pour 2011,qui, cédant au populisme ambiant, a mis en place 10milliards d’euros de prélèvements supplémentaires sur les entreprises et a démantelé le crédit d’impôt recherche. La France doit reconstituer une base productive performante dans la mondialisation. Cela passe par la sortie des 35heures et par l’abaissement du coût du travail, notamment des charges, qui représentent 31,1 % de la masse salariale en France, contre 21,3 % en Allemagne ; par la diminution des dépenses publiques et leur réorientation vers la production ; par l’incitation à l’épargne longue et son affectation aux entreprises ; par l’accélération de l’autonomie des universités et le rétablissement du dispositif originel du crédit impôt recherche. A l’âge de la mondialisation, la compétitivité des entreprises est la clé de la capacité de la France à retrouver la maîtrise de son destin.

 Nicolas Baverez Le Point – Publié le 03/02/11

 BILLET PRECEDENT :

L’ISF ou l’Impôt du Sabordage Français par Nicolas Baverez

EN LIEN :

4 réponses »

  1. Lundi 18 avril 2011 :

    Le Parti de la Coalition nationale (centre droit) a remporté les élections législatives de dimanche en Finlande avec 20,4 % des voix, a annoncé la télévision publique YLE après dépouillement de l’ensemble des bulletins.

    Le scrutin a été marqué par la forte poussée du Parti des « Vrais Finlandais », eurosceptique et populiste, arrivé en troisième position, avec 19,00 %, talonnant les sociaux-démocrates (19,1 %).

    Le chef des « Vrais Finlandais », Timo Soini, a déjà fait savoir qu’il voulait modifier les modalités du plan de sauvetage du Portugal.

    Le Parlement finlandais, à la différence d’autres pays de la zone euro, a le droit de se prononcer sur les demandes de fonds de financement de plans de sauvetage de l’Union européenne.

    Les bons résultats des « Vrais Finlandais » signifient qu’ils participeront probablement aux discussions sur la formation d’un gouvernement et Timo Soini s’est empressé de réitérer son hostilité au plan de sauvetage du Portugal.

    « Ces mesures, je ne pense pas qu’elles seront maintenues », a-t-il dit à YLE en parlant du plan préparé pour le Portugal, troisième pays de la zone euro, après la Grèce et l’Irlande, à avoir besoin d’un plan de sauvetage.

    Il a déclaré un peu plus tard à Reuters que son objectif était que la Finlande verse moins d’argent à Bruxelles.

    « C’est un mauvais accord », a-t-il dit à propos du plan pour le Portugal.

    Les « Vrais Finlandais » ont fait campagne contre les plans d’aide à des pays endettés de la zone euro alors que la Finlande se relève de sa propre crise.

    Aucun parti ne sera en mesure de contrôler les 200 sièges du Parlement et les analystes s’attendent à des discussions difficiles.

    Avec la victoire de la Coalition nationale, Jyrki Katainen, ministre des Finances dans la coalition sortante, devrait se voir confier la tâche de former un gouvernement et devenir Premier ministre.

    Jyrki Katainen devra composer avec les Sociaux-démocrates (gauche), qui tout comme les « Vrais Finlandais », s’opposent à l’idée d’une aide au Portugal, ainsi qu’à une augmentation de la capacité effective du Fonds européen de stabilité financière.

    http://www.lexpress.fr/actualites/2/monde/poussee-d-un-parti-eurosceptique-aux-legislatives-en-finlande_983781.html

    Le grand bond en arrière :

    la décennie 1930 vous a plu ?

    La décennie 2010 vous plaira.

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  2. Lundi 18 avril 2011 :

    Les cinq PIIGS : apocalypse 2011.

    Italie : taux des obligations à 10 ans : 4,779 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GBTPGR10:IND

    Espagne : taux des obligations à 10 ans : 5,554 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPG10YR:IND

    Portugal : taux des obligations à 10 ans : 9,081 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GSPT10YR:IND

    Irlande : taux des obligations à 10 ans : 9,757 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR:IND

    Le plus apocalyptique, c’est la Grèce :

    Grèce : taux des obligations à 2 ans : 20,335 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB2YR:IND

    Grèce : taux des obligations à 3 ans : 21,120 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB3YR:IND

    Grèce : taux des obligations à 5 ans : 16,620 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB5YR:IND

    Grèce : taux des obligations à 10 ans : 14,549 %.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GGGB10YR:IND

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  3. Le premier domino, c’était la Grèce.

    Ensuite, le deuxième domino, c’était l’Irlande.

    Ensuite, le troisième domino, c’était le Portugal.

    Le quatrième domino, c’est l’Espagne.

    L’Espagne emprunte à des taux d’intérêt qui augmentent de plus en plus.

    – Emprunt à 12 mois :

    Lundi 18 avril 2011, l’Espagne a lancé un emprunt à 12 mois : l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 2,770 %.

    Les taux sont en hausse : c’était 2,128 % lors de la précédente émission en mars 2011.

    – Emprunt à 18 mois :

    Lundi 18 avril 2011, l’Espagne a lancé un emprunt à 18 mois : l’Espagne a dû payer un taux d’intérêt de 3,364 %.

    Les taux sont en hausse : c’était 2,436 % lors de la précédente émission en mars 2011.

    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE73H0O020110418

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  4. – Emprunt à 3 mois :

    Quand l’Allemagne lance un emprunt à 3 mois, elle paye un taux d’intérêt de 0,830 %.

    Quand la France lance un emprunt à 3 mois, elle paye un taux d’intérêt de 0,872 %.

    Et la Grèce ?

    Mardi 19 avril 2011, la Grèce a lancé un emprunt à 3 mois : la Grèce a dû payer un taux d’intérêt de 4,10 %.

    Les taux sont en hausse : c’était 3,85 % lors de la précédente émission en février 2011.

    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/04/19/97002-20110419FILWWW00398-la-grece-emprunte-1625-mds-a-3-mois.php

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