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L’Immigration selon Gary Becker

L’Immigration selon Gary Becker

Entrée en prépaiement :  Vendre le droit d’immigrer aux intéressés faciliterait la sélection dans les pays les plus prospères.

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La libre circulation des personnes étendue aux ressortissants de huit Etats d’Europe centrale et de l’Est depuis le 1er mai préoccupe la politique: il est question de contrôles renforcés, de salaires minimaux, de lutte contre les «abus». Ce qui devrait représenter un progrès tant sur le plan humain qu’économique éveille surtout des craintes, en particulier en année électorale.

Ce qui est certain, c’est que l’attrait de pays riches comme la Suisse ne diminuera pas. Uniquement au sein de l’Europe, la fourchette du salaire minimal moyen atteint un facteur de 12,5 entre la Suisse et certains membres de l’Union européenne.

Or, comme le rappelle l’économiste Gary Becker dans une nouvelle étude*, l’immigration libre, telle qu’elle était vécue au dix-neuvième siècle, n’est pas possible dans un contexte d’Etat providence, où les collectivités publiques dépensent des sommes énormes dans les systèmes de santé, de retraite, de formation et d’autres domaines.

Comment trancher alors face au dilemme entre la liberté de circuler et l’impératif de limiter l’accès à l’Etat providence?

Gary Becker recourt à un moyen éprouvé d’allouer un bien à la fois rare et apprécié: en en faisant payer le prix. Le lauréat Nobel d’économie ne propose rien de moins que de vendre le droit d’immigrer. Un montant raisonnable pourrait se situer aux alentours de 50.000 francs suisse. Les immigrants prêts à s’acquitter d’une telle somme auraient automatiquement les caractéristiques requises aujourd’hui par l’Etat, en premier lieu un emploi et, pour les indépendants, la solvabilité.

Pour rentabiliser leur admission, les candidats tendraient également à être jeunes et bien qualifiés, relativement plus ambitieux et plus travailleurs, prévoit Gary Becker: «Le paiement effectué par les immigrants eux-mêmes serait un moyen beaucoup plus efficace de découvrir ceux d’entre eux qui bénéficieraient le plus d’une admission (et en feraient bénéficier leur pays d’accueil), que les critères de bureaucraties étatiques centralisées.»

Pour la Suisse, ce serait aussi une alternative universaliste à la discrimination actuelle en faveur des Européens. Les différences de revenus entre la Suisse et un pays comme l’Inde et la Chine permettraient d’ailleurs à un immigrant de récupérer rapidement un montant de l’ordre de 50.000 francs. Pour les migrants qui ne peuvent pas payer l’admission à l’avance, Gary Becker propose un système de prêt qui pourrait être remboursé à partir du salaire.

L’avantage d’un tel système serait non seulement de permettre de résoudre élégamment le dilemme de la sélection sans recourir à des discriminations sur la base de la nationalité, mais de créer une incitation à accepter davantage de migrants. En effet, les pays qui exigeraient une admission d’un certain montant verraient leurs recettes fiscales augmenter, ce qui permettrait de réduire d’autant la charge infligée aux résidents.

Cette approche marchande est bien sûr inhabituelle, mais elle pourrait gagner en popularité face aux difficultés croissantes posées par les systèmes coercitifs actuels. Pose-t-elle néanmoins un problème d’équité?

Gary Becker répond que du moment où une immigration complètement libre n’est pas possible, la vente du droit d’immigrer est plus équitable que n’importe quel autre système. Elle mettrait un terme aux affaires des passeurs illégaux. Quant au nombre d’immigrants à en attendre, il dépendrait d’un prix d’équilibre à trouver entre l’offre et la demande. C’est là que réside la beauté du marché.

* «The Challenge of Immigration», Institute of Economic Affairs, 2011, 66 pages.

Pierre Bessard/agefi mai11

1 réponse »

  1. Très bonne proposition, avec un bémol toute foi.

    Ce droit de résidence doit être vendu par les communes en concurrences, puisque la plus part des couts d’infrastructure liés à un accroissement exogène de la population leurs incombent et qu’elles sont plus amène de les évaluer.
    Ce droit doit par ailleurs être revendable quand on quitte le territoire, à un autre émigré par exemple qui désir s’installer.

    Notons que c’est un très bon moyen d’éviter la clandestinité, le nouveau venu bénéficiant aussi tôt d’un état civil et n’aura pas à payer les mafias de passeurs qui laissent beaucoup de monde au fond de la mer. En limitant le volume d’immigration, elle permettra une meilleure intégration de ceux qui viennent.

    Encore une foi le marché est supérieur à toute les politiques de cotas et autres foutaises socialistes de subventionite aiguë.

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