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Pétrole/ Tensions sur l’offre : L’AIE débloque d’urgence 60 millions de barils des réserves stratégiques

Pétrole :  L’AIE débloque d’urgence 60 millions de barils des réserves stratégiques

Conséquence du conflit en Libye, pays qui détient d’importantes ressources en pétrole brut léger, les membres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) puiseront 60 millions de barils de pétrole dans leurs stocks stratégiques pour compenser l’arrêt des exportations libyennes, a déclaré jeudi 23 juin le directeur général de l’organisation, Nobuo Tanaka.

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Les 28 pays membres de l’AIE mettront ces volumes sur le marché pour une période initiale de trente jours, a précisé M. Tanaka lors d’une conférence de presse tenue à Paris. Selon l’Agence, les événements en Libye ont privé le marché à fin mai de 132 millions de barils de pétrole brut. Il s’agit seulement de la troisième fois dans l’histoire de l’AIE, créée après le choc pétrolier de 1973, qu’une telle décision est prise.

 Les membres de l’organisation avaient déjà mis à contribution leurs stocks stratégiques après l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 et après l’ouragan Katrina qui avait frappé les Etats-Unis en 2005. « Cette action devrait toucher les marchés à partir de la semaine prochaine », a estimé M. Tanaka. 

DES RÉSERVES À UN NIVEAU « HISTORIQUEMENT HAUT » 

Concrètement, les Etats-Unis participeront à cet effort à hauteur de 50 %, les pays européens pour 30 % et les pays asiatiques pour 20 %, a détaillé le directeur général de l’AIE. Le département de l’énergie américain a confirmé dans un communiqué distinct qu’il allait puiser 30 millions de barils dans ses réserves, actuellement à un niveau « historiquement haut » de 727 millions de barils.

 De son côté, « la France va contribuer au prorata de sa consommation, soit 3,2 millions de barils, ce qui correspond à environ 2 % des stocks stratégiques français », a précisé dans un autre communiqué le ministre de l’énergie, Eric Besson. Le cours du brent s’est effondré dans la foulée de ces annonces, perdant sept dollars en quelques minutes, à 106 dollars le baril.

Une façon d’enrayer l’envolée des cours du brut, qui ont bondi de plus de 20% à Londres depuis fin janvier, dopés par les tensions sur l’offre.

Dès cette annonce, les cours du pétrole, qui évoluaient déjà en forte baisse, ont accéléré leur dégringolade, lâchant momentanément plus de 8 dollars à Londres, pénalisés par la perspective de l’arrivée d’un fort volume de pétrole sur le marché.

«L’AIE a pris par surprise les investisseurs, avec cette décision forte qui est une tentative pour faire baisser les cours», a relevé Myrto Sokou, analyste du courtier Sucden.

«Avant même la conférence de presse de l’AIE, des rumeurs anticipant ce recours aux stocks stratégiques sont apparues dans les salles de marchés, précipitant la chute des prix», a confirmé Harry Tchilinguirian, expert de BNP Paribas.

Les 60 millions de barils, qui devraient commencer à être mis à disposition à partir de la semaine prochaine, correspondent à environ 46 jours de la production libyenne manquante, le conflit dans le pays ayant privé le marché mondial d’un peu plus de 1,3 million de barils par jour. Les analystes accueillaient cependant cette décision avec circonspection.

«L’AIE dit agir pour répondre à l’interruption de l’offre libyenne, mais il est pour le moins étrange qu’elle ait attendu si longtemps après le début du conflit, au moment même où les pays du Golfe commencent à accroître leur production», a commenté M. Tchilinguirian.

Lors la réunion de l’Opep début juin à Vienne, l’Arabie saoudite, premier exportateur de la planète, s’était engagée avec les autres pays du Golfe à augmenter sa production quoiqu’il arrive, s’opposant aux membres conservateurs du cartel, Iran en tête, satisfaits du niveau des cours.

Ce geste de bonne volonté en direction des pays consommateurs n’est pas passé inaperçu: Nobuo Tanaka, directeur exécutif de l’AIE, a ainsi expliqué jeudi que le recours aux stocks stratégiques était une mesure transitoire, le temps de permettre aux pays producteurs désireux de le faire de relever leur production.

«Les pays industrialisés n’ont pas des réserves illimitées dont ils peuvent inonder les marchés. Donc, le véritable test sera la preuve effective que les Saoudiens pompent davantage de brut», a souligné Charles Robertson, économiste de Renaissance Capital.

source afp juin11

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