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Cent jours après Fukushima: la guerre des chefs

 

La catastrophe du 11 mars n’a pu mettre un terme aux combats de coqs qui déchirent la classe politique nipponne depuis quelques années. Cinquième Premier ministre en cinq ans, Naoto Kan est poussé vers la sortie par ses rivaux.

C’était il y a cent jours, à 14 h 46 précises. Dans les entrailles du Pacifique, à quelques kilomètres de la côte japonaise du Tohoku, un séisme d’une violence inouïe envoyait sur le Japon un tsunami comme le pays n’en avait plus vu depuis cent ans. Bilan: 23.500 morts – dont 8.000 gisent toujours sous les décombres. Trois mois plus tard, 90.000 sinistrés vivent toujours entassés dans des centres d’accueil avec pour seul horizon la ration alimentaire que leur fournissent les autorités. Et trois mois plus tard, la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, dont quatre des réacteurs ont été dévastés par le raz de marée, continue de cracher son poison dans l’air et la mer.

Cette apocalypse, le Japon n’a pas fini de la payer. On estime le coût de la reconstruction à 250 milliards d’euros, mais il faudra sans doute bien plus d’argent encore pour relancer l’économie des régions sinistrées. Et comment chiffrer la perte, pour de très longues années, de la zone contaminée par Fukushima? Dans ce contexte dramatique on pourrait s’attendre à ce que la classe politique se serre les coudes autour d’un objectif commun: redresser la région dévastée. Il n’en est rien. 

 

PLUS DE RISQUE NUCLEAIRE EN SUIVANT :

Les politiciens nippons s’entre-déchirent avec autant de fougue qu’avant la crise. L’opposition conservatrice demande la tête du Premier ministre Naoto Kan. Et une poignée de rivaux de son propre parti en profitent pour attaquer le chef. L’histoire se répète donc inlassablement: le cinquième Premier ministre que le Japon ait eu en cinq ans n’en a plus pour longtemps. Acculé, il a fini par promettre de se retirer dès qu’il aura achevé la mission qu’il s’est donnée: faire passer un nouveau budget de reconstruction. 

Impopulaire, la taxe qui divise

En mai dernier, le Parlement a adopté un premier budget d’urgence de 35 milliards d’euros pour soutenir les travaux de reconstruction – déblaiement des décombres, construction d’hébergements temporaires, gestion de la crise nucléaire. Kan entend y ajouter au plus vite une rallonge de 18 milliards d’euros. Une broutille, à côté d’un troisième budget additionnel en préparation – 87 milliards d’euros au dessein plus ambitieux: relancer l’économie de la région sinistrée.

Seulement, pour financer la reconstruction, le Premier ministre et son équipe entendent augmenter de 10 % les taxes sur les entreprises et sur les revenus. Cette mesure générerait 105 à 210 milliards d’euros par an pour couvrir les emprunts de la reconstruction pendant dix ans.

Mais cette option – pragmatique, quand on sait qu’à 200 % du PIB, l’endettement du Japon est le plus élevé de l’OCDE – n’est pas du goût de tous. De nombreux parlementaires, y compris au sein  du Parti démocrate du Japon (PDJ), la formation de Kan, redoutent que ces mesures fiscales ne leur mettent les électeurs à dos. La semaine dernière, 211 députés de tous les camps ont solennellement annoncé qu’ils refuseraient de suivre les projets de Kan. « Nous sommes opposés à toute forme de hausse d’impôt au nom de la reconstruction. Nous pouvons assurer la reconstruction sans avoir recours à une augmentation d’impôts », a ainsi déclaré à la presse le député Takeshi Miyazaki (PDJ). L’alternative que ces députés proposent? Ils demandent à la Banque du Japon (BoJ) d’acheter des obligations de reconstruction en faisant tourner la planche à billets… Aux yeux de la banque centrale, qui freine des quatre fers, ce serait un choix inconscient qui provoquerait la flambée des taux.

Naoto Kan résiste: il fera passer ses mesures, coûte que coûte. Après un vote de défiance à son égard, en début de mois, il a annoncé sa démission prochaine – sans donner de date –, précisant qu’il ne partirait pas avant d’avoir rempli sa mission… 

Pays dévasté cherche cand. 1er min.

Ce conflit n’est pas la seule explication du blocage politique. Les rivaux de Naoto Kan l’accusent de tous les maux: son gouvernement aurait mal géré la réponse à la catastrophe et, c’est vrai, les Japonais lui reprochent son manque de transparence sur la crise nucléaire et les sinistrés de la côte du Tohoku s’estiment trop peu soutenus par Tokyo. Mais si les sondages montrent que Kan est perçu comme un Premier ministre « faible » – à l’instar de tous ses prédécesseurs depuis le flamboyant Junichiro Koizumi –, seuls 21 % des Nippons demandent son départ immédiat. Alors que 49 % des Japonais estiment que Kan ne devrait pas démissionner avant d’avoir pris les mesures de reconstruction et de s’être assuré que la situation à la centrale de Fukushima soit stabilisée.

En attendant, l’opposition, qui contrôle la chambre haute de la Diète, refuse de discuter du « grand » budget additionnel – ainsi que de toute question cruciale d’ailleurs – avec un Premier ministre sur le départ. Il faut dire qu’elle a les moyens de faire la fine bouche: écarté du pouvoir après cinquante ans de règne sans partage, le Parti libéral démocrate (PLD) a remporté le contrôle de la chambre haute aux dernières législatives. Il est donc incontournable. Non sans cynisme, il demande à présent au PDJ de présenter son nouveau leader au plus tôt… Aucun candidat à la succession de Kan ne s’est manifesté à ce jour. Quelques membres du PDJ plaident pour la nomination de l’actuel ministre des Finances, Yoshihiko Noda. Mais lui-même se montre solidaire de son chef de gouvernement, et entend mettre en place les mesures que l’opposition rejette. Le serpent se mordrait-il la queue?

17 juin 2011 par Frédéric Rohart/L’Echo

EN COMPLEMENT : Les notes de Tepco reléguées en catégorie spéculative

Moody’s. La note de la dette à long terme du groupe a été rétrogradée de quatre crans à B1 et celle des titres garantis de trois crans à Ba2.

L’agence de notation financière Moody’s a relégué hier en catégorie spéculative les notes deTokyo Electric Power (Tepco) du fait de la gravité de l’accident nucléaire de Fukushima et des incertitudes sur la teneur du soutien de l’Etat.

La note de la dette à long terme de l’entreprise a été rétrogradée de quatre crans à B1, Moody’s jugeant que Tepco présente désormais une assez faible sécurité de remboursement sur le long terme.

La note des titres garantis de Tepco a pour sa part été abaissée de trois crans à Ba2.

Cette nouvelle forte dégradation reflète une «escalade des coûts et des dégâts de la catastrophe qui continue à la centrale nucléaire Fukushima Daiichi» (N°1), saccagée par le séisme et le tsunami du 11 mars dans le nord-est de l’archipel.

Moody’s craint que les mesures de soutien envisagées par le gouvernement japonais ne puissent pas protéger complètement les créanciers de Tepco contre des pertes.

«Depuis notre dernière évaluation en mai, la compagnie a révélé que trois des réacteurs nucléaires sont dans un état bien pire que celui estimé précédemment», a justifié Moody’s dans un communiqué. 

Par ailleurs, «les zones contaminées par les radiations sont plus vastes qu’on ne le pensait auparavant et les coûts totaux vont continuer à augmenter jusqu’à ce que les réacteurs soient stabilisés dans un état de sécurité d’arrêt à froid, ce qui ne devrait pas être le cas avant 2012», a ajouté l’agence.

Officiellement, Tepco estime pouvoir parvenir à cet état d’ici au mois de janvier 2012.

En tout état de cause, Moody’s pense que Tepco sera insolvable en l’absence d’une aide gouvernementale substantielle et arrivant à temps pour payer les dommages qui pourraient atteindre plusieurs milliers de milliards de yens (plus de 10 milliards d’euros).

L’agence, qui a déjà à plusieurs reprises révisé négativement les notes de Tepco depuis le 11 mars, prévient en outre qu’elle pourrait encore dégrader son appréciation.

Moody’s justifie cette menace par l’incertitude entourant le plan de soutien étatique et la difficulté d’estimer les charges finales dont devra s’acquitter Tepco.

L’agence souligne de nombreuses lacunes et l’absence de précisions dans le projet soumis par le gouvernement au Parlement, rappelant au passage que sa nécessaire approbation par la Diète se heurte à un climat politique exécrable.

Le Premier ministre, qui s’accroche à son poste malgré un déluge d’appels à la démission, fait face à un parti traversé de courants, deux assemblées en désaccord et une opposition remontée.

Moody’s pense néanmoins qu’un programme de soutien sera adopté en raison du rôle-clef de Tepco dans l’économie japonaise et en tant que plus grand fournisseur d’électricité du Japon.

Toutefois, même dans le meilleur des cas dans lequel une aide est promulguée en temps opportun, Moody’s s’attend à ce que Tepco affiche de très faibles indicateurs financiers pendant des années.

Une autre agence de notation financière, Standard & Poor’s, a elle aussi dégradé plusieurs fois la note de Tepco pour des raisons similaires.

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FUKUSHIMA AU FIL DU TEMPS

 Jusqu’à 240 fois la limite légale de strontium-90 radioactif a été détectée dans des échantillons dans le Pacifique proche de la centrale de Fukushima, a annoncé Tokyo Electric Power (Tepco). L’opérateur de la centrale a déclaré que la substance a été également trouvée dans les eaux souterraines près des réacteurs 1 et 2. De son côté, l’Agence gouvernementale japonaise de sécurité nucléaire et industrielle confirme pour la première fois la découverte du strontium dans les eaux souterraines. L’agence a indiqué qu’il est nécessaire de surveiller attentivement les effets possibles du strontium sur les produits de la pêche près de l’usine. Le strontium est réputé pour participer au développement de cancers des os et pour se substituer au calcium. Le strontium a une demi-vie de 29 ans.

Tepco se trouve contraint de réévaluer son projet de refroidissement de la piscine de stockage de combustible irradié du réacteur 4. L’injection d’eau à partir d’un véhicule spécial n’a pas suffi à refroidir l’eau de la piscine, dont la température reste supérieure à 80 degrés C et les émanations radioactives importantes. Tepco envisage d’installer un système de circulation de liquide de refroidissement qui pompera l’eau de la piscine pour la réintroduire comme fluide caloporteur.

Le ministre japonais de la Santé est inquiet et regrette la hausse de la contamination radioactive des liquidateurs. Six employés ont reçu des doses allant jusqu’à 497 millisieverts, 6 autres ont reçu des doses comprises entre 250 et 200 millisieverts et finalement 88 liquidateurs ont dépassé les 100 millisieverts. Les 100 millisieverts étaient la dose annuelle admise avant la catastrophe avant qu’elle ne soit remontée à 250 millisieverts afin de permettre aux employés de rester plus longtemps sur la centrale. Au niveau international, c’est la limite de 100 millisieverts par an qui est admise pour un liquidateur

Selon NHK, 3726 employés différents ont travaillé à la centrale depuis le début de la catastrophe.

Tepco a entamé des opérations afin de réduire le niveau de radiation dans l’eau de mer. Deux dispositifs de filtrage ont été mis en fonction, proches des prises d’eau des réacteurs 2 et 3, là où ont été enregistrés des niveaux élevés de radiation. Ces systèmes vont pomper, dans un premier temps, l’eau de mer et absorber ensuite 20 à 30% de césium radioactif à l’aide de zéolite. L’eau sera renvoyée vers la mer quand même avec le 80% du césium restant. C’est déjà ça.

Selon un sondage de la chaîne de TV nationale NHK, 47% des Japonais désirent réduire le programme nucléaire (+4%) et 18% demandent la fermeture des centrales. Ils ne sont plus que 27% à vouloir maintenir le niveau actuel. L’érosion des pro-nucléaires continue au rythme des mauvaises nouvelles de la centrale

Tepco propose de recouvrir le réacteur 1 avec une feuille de polyester afin de réduire les dégagements de matière radioactive dans la nature. Cette idée souligne l’importance du phénomène. Cette protection servira à protéger l’infrastructure de la saison des pluies qui arrive. L’implémentation devrait débuter d’ici à la fin du mois. Il ne reste qu’à trouver les volontaires pour aller attacher cette bâche géante sur la structure du réacteur et trouver un moyen pour éviter les explosions d’hydrogène.

La télévision japonaise NHK annonce que sur 22 préfectures testées, sur les 42 existantes entre Hokkaido et Osaka, 16 ont décelé des matières radioactives dans les dépôts de leurs stations d’épuration d’eau. Le niveau de césium radioactif était le plus élevé dans la ville de Fukushima où il a atteint 447’000 becquerels par kilo. Vient ensuite Tokyo avec 55’000 becquerels et Maebashi, une ville au nord de Tokyo, où l’on a enregistré 42’800 becquerels.

Le plutonium-238 continue sa promenade. Des traces ont été découvertes à 500 mètres du réacteur 1 dans une zone de repos des liquidateurs. Pour continuer sur les employés de la centrale, 23 nouvelles mesures de contamination ont donnés des résultats positifs. Depuis le début de la semaine, le compteur s’est installé à 123 liquidateurs contaminés depuis le mois d’avril.

La ville de Tokyo a décidé de faire ses propres mesures de radioactivité et d’en informer ses habitants. Contrairement aux mesures faites par Tepco et le gouvernement qui fixent leurs détecteurs entre 18 et 34 mètres de hauteur, les mesures seront prises entre 1 m et 1,8 m du sol. Cette démarche a été déclenchée par la pression des municipalités de Tokyo qui reportaient systématiquement des différences notoires de radiations avec les mesures «officielles». Le ministère de la Science va également installer des centaines de détecteurs, à hauteur d’homme, dans 35 préfectures sur les 47 que compte le Japon. Les résultats seront officiellement publiés.

Tepco a débuté la construction de la structure qui sera censée porter une bâche en plastique et protéger les réacteurs de la saison des pluies et dans une moindre mesure de retenir une partie des radiations. Le cadre de 40 mètres de long sur 50 mètres de haut est en train d’être pré-monté dans le port d’Onahama à 50 km de Fukushima. Tepco pense amener cette structure à Fukushima d’ici à fin juillet. Elle sera installée par des grues télécommandées, car les émissions radioactives sont trop élevées sur le réacteur 1. Des structures identiques sont prévues pour les réacteurs 3 et 4.

Les portes du bâtiment numéro 2 vont être ouvertes. Après l’installation d’un système de ventilation pour réduire le taux des radiations nucléaires et un taux d’humidité de 99% à l’intérieur du bâtiment, Tepco a décidé d’accélérer le processus en ouvrant les portes. Cette opération devrait permettre aux liquidateurs de rester plus longtemps dans le périmètre du réacteur 2.

La course contre la montre continue afin de vider l’eau hautement radioactive qui se trouve dans les sous-sols des réacteurs. Si le nouveau système de filtration qu’essaie d’installer Areva ne fonctionne pas d’ici au lundi 20 juin, l’eau pourrait déborder des bâtiments et se répandre dans la centrale et dans le Pacifique. Un scénario que redoute Tepco et l’Agence japonaise du nucléaire. Cependant, ce système expérimental n’a jamais été implémenté et reste théorique. Depuis son installation, il accumule les retards et les pannes. Le système a été stoppé ce vendredi matin à cause d’une fuite. La réponse tombera ce lundi.

Tepco a réussi à mettre en service le système de traitement de décontamination de l’eau radioactive qui se trouve dans les sous-sols des réacteurs. Les ingénieurs espèrent pouvoir utiliser l’eau ainsi traitée pour refroidir les réacteurs et former une sorte de circuit fermé. L’opérateur possède plus de 105 millions de litres d’eau mortellement radioactive dans ses cuves, de quoi refroidir les réacteurs pendant un certain temps.

Depuis la catastrophe de Fukushima et du tsunami, le tourisme japonais s’est effondré. En avril la baisse fut de 62,5%. En mai la baisse a atteint 50,4% avec 350’000 visiteurs étrangers en moins durant ce mois en comparaison avec mai 2010.

Après avoir fonctionné pendant 5 heures, le système de décontamination de l’eau est à nouveau arrêté. «Des pièces du système qui absorbent le césium radioactif doivent être changées beaucoup plus tôt que prévu en raison du niveau trop élevé de radiations» a annoncé Tepco. Un composant à base de zéolite a failli à sa mission en 5 heures alors qu’il devait durer 1 mois. Certainement une erreur de calcul dans ce prototype unique au monde et encore jamais testé.

Le temps presse pour trouver une solution fiable d’ici à lundi. Selon les plans, le système devrait traiter 1’200 tonnes par jour, en diviser la radioactivité par un facteur de 1’000 à 10’000 fois

Tepco se lance dans une action portes-ouvertes. Tout d’abord, les portes du bâtiment 2 vont être ouvertes d’ici à lundi pour évacuer les dernières radiations radioactives et faire baisser le taux d’humidité. «L’opération ne sera pas dangereuse pour l’homme et la nature» annonce Tepco. Comme quoi l’opérateur de la centrale n’a toujours pas perdu son sens de l’humour et de la relativité.

La deuxième opération porte ouverte concerne l’eau hautement radiocative. Comme le système de décontamination ne fonctionne toujours pas, Tepco va devoir à nouveau déverser de l’eau irradiée dans le Pacifique. Mais aucun soucis à se faire: «L’opération ne sera pas dangereuse pour l’homme et la nature».

Voici le plan de Tepco pour filtrer son eau hautement radioactive qui menace de déborder dans le Pacifique. Après avoir fonctionné pendant 5 heures, dans la nuit de vendredi, tout le système a dû être arrêté à cause du système imaginé par l’entreprise Kurion. Mal dimensionné, son filtrage ne peut pas supporter une telle radioactivité.

Toshiba devait procéder à l’isolation de l’eau radioactive. La startup américaine Kurion prenait le relais pour prédécontaminer l’eau en captant une partie du césium radioactif. Les français Areva et Veolia Water devaient injecter des réactifs pour capter le reste du césium et le strontium. Finalement, Hitachi devait procéder au désalement de l’eau. En théorie, la radioactivité de l’eau devait diminuer de 1’000 à 10’000 fois. Mais en pratique tant que Kurion ne trouve pas les pièces adaptées pour ce contexte particulier de radioactivité, toute l’installation tombe à l’eau, si j’ose dire.

C’est aujourd’hui, lundi 20 juin, que l’eau hautement radioactive est censée déborder des sous-sols des réacteurs 2 et 3. Pour éviter qu’un tel évènement ne se produise, Tepco avait imaginé un système de pompage et de filtrage de cette eau. Depuis son installation, le système de décontamination n’a fonctionné que 5 heures et il est en panne sèche depuis samedi. Pour l’instant, Tepco n’annonce aucune information sur l’augmentation du niveau de l’eau ou du débordement. A suivre.

Ce matin les portes du bâtiment du réacteur 2 ont été ouvertes pour «ventiler» l’humidité et l’air hautement radioactifs qui se trouvent à l’intérieur afin de permettre aux liquidateurs de pouvoir y travailler. Tecpo assure «qu’il n’y aura aucun impact sur l’environnement». Ah! Cela faisait déjà 34 jours que l’entreprise n’avait plus utilisé cette phrase magique. Nous voilà rassurés!

C’est également en ce début de semaine que la piscine du réacteur 4 a décidé de faire parler d’elle. Tepco a dû commencer à injecter de l’eau dans la piscine depuis le toit du bâtiment. Depuis 10 jours, le niveau d’eau a baissé d’un tiers et de fortes émanations radioactives s’échappent dans la nature. Actuellement la radioactivité est tellement élevée que les liquidateurs ne peuvent pas s’approcher du réservoir qui contient du combustible nucléaire. Tepco espère pouvoir remplir à nouveau la piscine afin d’y diminuer les émanations radioactives. Cependant, «il n’y aura aucun impact sur l’environnement». Rien que le fait de le dire, et l’on se sent déjà rassuré.

Alors que la mousson arrive sur Fukushima avec ces trombes d’eau, la Centrale a subit une nouvelle secousse tellurique de 6,5 ce jeudi.

Tepco a découvert que le système de filtrage imaginé et inventé par la start-up américaine Kurion, les français Areva et Veolia Water, les japonais Hitachi et Toschiba ne filtrent et n’enlèvent que le 1% du césium contenu dans l’eau radioactive de la centrale. En théorie, ce système devait enlever 99,9% du césium. De plus, depuis sa première tentative de mise en route, samedi dernier, ce système n’a fonctionné que quelques heures.

Pour éviter d’ajouter encore plus d’eau dans les sous-sols de la centrale, Tepco a décidé de diminuer les quantités d’eau déversées sur les réacteurs. Du coup, la température de la piscine du réacteur 4 est repartie à la hausse. Un véritable casse-tête.

Le taux d’humidité du bâtiment 2 est descendu de 99% à 46% depuis que les portes ont été ouvertes ce lundi. Cependant, le taux de radiation fluctue toujours entre 130’000 et 840’000 millisieverts par an, ce qui rend les conditions de travail toujours dangereuses pour les liquidateurs. L’opération «portes ouvertes» continue.

Six des dix municipalités voisines de la centrale nucléaire Fukushima Daiichi ont déclaré qu’elles n’avaient pas reçu de notification d’évacuation ni de la part du gouvernement ni des autorités locales après l’accident nucléaire du 11 mars. Le gouvernement central et les autorités locales doivent donner de telles informations aux municipalités concernées dans le cas d’accidents graves dans des centrales nucléaires

Pour éviter la faillite, l’opérateur de la centrale, Tepco va recevoir 12,4 milliards de dollars de la part du gouvernement japonais. Pendant ce temps et, fait rare, le président de Tepco Masataka Shimizu ainsi que son successeur Toshio Nishizawa se sont rendus à Fukushima. Ils ont rencontré le gouverneur de la région pour lui présenter leurs excuses. M. Shimizu laissera sa place dans quelques jours.

Dans un document de 50 pages, la télévision japonaise NHK et Tepco ont dévoilé «le chaos et une bataille désespérée» durant les 5 jours qui ont suivi le début de la catastrophe. De son côté, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a loué l’exemplarité de la réaction des autorités japonaise durant cette même période. Sérieux contrastes entre les deux versions! On dirait que l’une se base sur les faits et que l’autre a réécrit l’histoire via son agence de pub.

 Dans le document publié en japonais par Tepco le 18 juin, l’opérateur évoque un «chaos» et une «bataille désespérée» qui s’est soldée par la fusion des coeurs des réacteurs 1, 2 et 3. Pour expliquer cette débâcle, le rapport officiel pointe du doigt le retard pris dans la mise en œuvre de certaines mesures indispensables, l’absence sur le site d’équipements d’intervention d’urgence et la crainte des employés d’être irradiés.

 Avant d’intervenir, les employés ont dû trouver le manuel des procédures d’urgence qui n’était pas dans la salle de contrôle mais dans des bureaux administratifs. Ainsi, la pression qui s’accumulait dans les réacteurs n’a pu être relâchée que trop tardivement.

 Sur le terrain, les employés n’ont pas trouvé de combinaisons de protection dans la centrale de Fukushima et ont dû aller en chercher au centre de gestion de crise situé à 5 kilomètres. Seuls 2 employés ont pu intervenir tardivement sur le réacteur 1.

 Le compresseur qui a servi à l’activation de la ventilation ainsi que les batteries et les câbles utilisés pour rétablir la surveillance des installations ont été empruntés à des sous-traitants travaillant sur la centrale.

 Finalement, un camion de pompiers de la centrale n’a pu atteindre le réacteur 1 que plusieurs heures après l’arrêt des circuits de refroidissement, la route d’accès étant bloquée par un réservoir. Lorsqu’il arriva sur le site, le cœur du réacteur 1 avait déjà fondu. Et ce n’était que le début…

BILLET PRECEDENT:

Risque Nucléaire /Japon : Cela fait 3 mois….et c’est comme si tout s’était passé hier !!!!

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