Behaviorisme et Finance Comportementale

Ploutocratie

Ploutocratie

“The Times, they are A-changing”, chantait Bob Dylan.

Sauf que ce n’est pas forcément dans le sens que pensait le poète. Prenez la position de Barack Obama face à l’argent qui pourrit les campagnes présidentielles américaines. Voici ce qu’il déclarait dans son discours de l’état de l’Union, le 27 janvier 2010: “Avec tout le respect dû à la séparation des pouvoirs, la Cour Suprême a mis un terme à un siècle de pratique légale par une décision qui, je le crois, ouvre toutes grandes les portes aux groupes d’intérêts – y compris des sociétés étrangères – pour dépenser sans limite dans les élections de ce pays. Je ne pense pas que les élections américaines devraient être soumises au pouvoir financier des groupes d’intérêts les plus puissants – ou, pire, d’entités étrangères. Et j’encourage vivement Démocrates et Républicains à voter une loi qui corrigerait certains de ces problèmes.”

C’était il y a deux ans. Ce mercredi, le même Barack Obama, candidat à sa réélection, se trouve à Los Angeles pour récolter 3 millions de dollars, hôte du producteur TV Bradley Bell. Les Foo Fighters jouent pour mille invités qui déboursent 1000 dollars chacun. Puis un dîner réunit 80 contributeurs particulièrement généreux qui ont payé 35 800 dollars chacun. Obama cherche à récolter 8 millions en trois jours pour son Super-PAC Priorities USA Action. Voici ce que dit aujourd’hui son directeur de campagne Jim Messina: “Les enjeux sont trop importants pour jouer selon deux systèmes de règles différentes. Si nous ne faisons rien, nous perdrons cette élection face à un petit groupe de gens puissants qui veulent éjecter le président à n’împorte quel prix”.

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L’argent, donc, pour contrer le pouvoir de l’argent. Après avoir attaqué les Super-PAC avec virulence, Obama fait de la promotion pour le sien.

L’argent a toujours joué un rôle important dans la politique américaine, suscitant toujours les mêmes critiques – en vain. En 1972, le patron d’une compagnie d’assurance, Clement Stone, avait donné 2 millions de dollars à Richard Nixon, somme qui avait fait scandale. Elle paraît dérisoire aujourd’hui: plus de 2 milliards de dollars devraient être injectés dans la campagne 2012, essentiellement par des gens riches ou très riches.

Selon quel mécanisme? Il découle d’une décision serrée (à 5 contre 4) de la Cour Suprême datant de début 2010 – celle à laquelle faisait allusion Obama dans son discours sur l’état de l’Union. Avant celle-ci, il existait grosso modo deux façons pour les groupes d’intérêts de financer un candidat. La première consistait à donner de l’argent à des Comités d’Action Politique (PAC’s), mais les dons étaient limités à 5000 dollars par pour un candidat et 15 000 dollars par an pour un parti. Ceci compliquait la tâche des lobbies (entreprises, syndicats, groupes d’individus, etc.), les obligeant à multiplier les sources de financement. La seconde voie était celle des “organisations 527″, sans limites sur le montant des contributions, mais tenues à défendre des thèmes très généraux, et non un candidat particulier.

Un groupement, Citizens United, a attaqué devant la Cour Suprême la Federal Election Commission qui appliquait ces limites, en invoquant le premier amendement de la Constitution américaine garantissant la liberté de parole, de presse, religieuse… et de financement des campagnes politiques. Citizens United a gagné, et c’est ainsi que sont nés les Super-PAC’s, dont les contributions ne sont plus plafonnées. Ils ont déjà joué un rôle important dans les élections de mi-mandat en 2010. American Crossroads, créé à l’initiative de l’ex-conseiller de George W. Bush, Karl Rove, a levé 28 millions de dollars à lui tout seul. Club for Growth, est un autre exemple dans le camp conservateur. Depuis, les Super-PAC’s sont montés en puissance, et les Démocrates ont largement rattrapé leur retard initial sur les Républicains.

Théoriquement, les Super-Pac’s n’ont pas le droit de coordonner leurs actions avec les comités de campagne des candidats. Dans la pratique, cette ligne rouge ne sert à rien. Un résultat concret de l’apparition des Super-Pac’s est la multiplication des spots télévisés attaquant les autres candidats avec une agressivité croissante, et les arguments utilisés dans ces publicités rejoignent étonnamment ceux des comités de campagne.

“Les Super-PAC’s ont permis à une poignée de milliardaires ou de millionnaires en centaines de pousser quasiment à eux seuls des candidats dans le besoin”, observe Larry Sabato, directeur du Center for Politics à l’Université de Virginie. Le richissime Foster Friess soutient Rick Santorum. Sheldon Adelson sert Mitt Romney, dont les donateurs mettent chacun 1 million de dollars au bas mot. Les frères Charles et David Koch organisent des réunions secrètes pour lever plusieurs centaines de millions de dollars.

Certains organismes tentent de garder un oeil critique sur le phénomène, comme le Center for Responsive Politics de Michael Beckel. Théoriquement, les Super-Pac’s doivent déclarer tous les dons à la Federal Election Commission, dont le site actualise les montants reçus par chaque candidat dans chaque Etat. Mais dans plusieurs cas, des organisations-écrans ont permis de masquer une partie de l’origine des fonds.

Jamais dans l’histoire américaine l’inégalité de l’argent n’a autant pesé sur une campagne. Le un pour-cent des plus riches, tant critiqué par le président sortant, influence bien plus le contenu des messages politique que les 99 pour-cent restant. Tel est le système que Barack Obama a d’abord dénoncé, et aujourd’hui endossé.

SOURCE ET REMERCIEMENTS : BEQUILLES

http://peclet.wordpress.com/2012/02/15/ploutocratie/

1 réponse »

  1. J’ai révé ou bien il est exact que la dernière campagne d’Obama fut la plus chère de toute l’histoire des états unis, bien plus chère que celle de son adversaire républicain.

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