Commentaire de Marché

Paul Dontigny : JP Morgan démontre que la crise continue

Paul Dontigny : JP Morgan démontre que la crise continue

Le marché cherche à savoir jusqu’où peuvent aller les pertes de JPMorgan

Les analystes cherchent à évaluer jusqu’où pourraient monter les pertes de JPMorgan Chase liées à sa stratégie calamiteuse de courtage et dans le même temps à évaluer le risque qui persiste dans le secteur bancaire américain quatre ans après le début de la crise. Le New York Times écrit jeudi que les pertes de courtage annoncées il y a une semaine par la première banque américaine en termes d’actifs se sont envolées ces quatre derniers jours d’au moins 1 milliard de dollars, en plus des 2 milliards initialement annoncés. Selon le quotidien, qui cite des sources non identifiées, les pertes se sont aggravées alors que des fonds spéculatifs et autres investisseurs profitent des difficultés de la première banque américaine en termes d’actifs.

Les analystes s’interrogaient sur l’étendue possible des pertes. « C’est difficile à dire, cela dépend de la qualité des obligations sur lesquelles étaient adossés les dérivés contre lesquels ils ont parié. Si ce sont des entreprises solides européennes, ils s’en sortiront mieux que s’il s’agit d’obligations d’entreprises grecques avec des notes de dette au rang d’investissement spéculatif », remarque Erik Oja, analyste de Standard and Poor’s. « Vu la taille de JPMorgan, je ne m’inquiète pas pour leurs ratios de capitaux ou leurs dividendes », ajoute-t-il toutefois.

Deutsche Bank rappelle que les pertes maximales attendues pour l’instant se situent à 4 milliards de dollars, ce qui « selon la plupart des scénarios ne serait qu’une fraction du bénéfice net annuel attendu de 20 milliards de dollars environ ». Une note de la banque signale que ces estimations sont faites « à la valeur du marché » actuelle, et qu’elles pourraient donc se réduire si le contexte de marché s’améliore.

Pour Dick Bove, de Rochdale Securities, « il faudrait bien plus qu’une perte de 2 milliards pour fragiliser JPMorgan », même s’il n’y a « pas d’excuse pour avoir accumulé trop d’un même type de titre financier », car la gestion du risque obéit au principe selon lequel on ne met pas ses oeufs dans le même panier.

Pour nombre d’analystes, l’affaire met en évidence les risques qui pèsent toujours sur le système bancaire américain. »Si cela peut arriver chez la meilleure banque américaine, cela peut arriver chez celles qui sont moins solides comme Citigroup ou Bank of America », remarque Erik Oja. « On ne connaît pas vraiment la qualité des actifs dans leur bilan, les prêts ou titres financiers », ajoute-t-il.

Un fonds de gestion américain, Saratoga Capital Management, a porté plainte mercredi contre JPMorgan Chase

La Baleine de Londre ou l’alibi, le fusible et  l’homme de paille de JP Morgan pour des paris à 100 milliards de dollars

Surnommé la «baleine de Londres», en raison de la taille de ses paris sur le marché du crédit, Bruno Iksil travaillait pour une division londonienne méconnue de la plus grande banque du monde. Baptisé Chief Investment Office, ce bureau travaillait officiellement à «couvrir» les risques pris par JPMorgan Chase & Co. «Tout le monde connaissait la Baleine, dès que cela bougeait sur le marché des CDS, vous saviez que la Baleine était à l’œuvre», indiquait récemment un gérant de hedge funds à l’agence Reuters. JPMorgan a jusque-là refusé de détailler les paris de son ancien «trader» français, diplômé de l’Ecole centrale Paris. Il a été mis à pied, comme ses responsables : coupables de s’ètre fait prendre  et lachés par leur hiérachie. Ceci n’est pas sans rappeler une certaine affaire….Kerviel….  » Prenez un maximum de risques mais cela tourne mal nous ne sommes pas au courant !!! »   

Selon les indices regroupés par l’agence Bloomberg – la première à révéler la débâcle  ou organisé comme telle – Iksil aurait amassé l’an dernier des positions sur un indice de CDS utilisé par les investisseurs pour spéculer sur la solvabilité de grands groupes américains comme Wal-Mart ou Alcoa. En début d’année, le redoublement de la crise en Europe aurait attiré l’attention sur l’énormité de ces paris: les contrats liés à un indice auraient totalisé jusqu’à 100 milliards de dollars. 

Depuis l’aveu de la banque, le 10 mai, les pertes n’auraient cessé de croître. JPMorgan tenterait toujours de replier ces paris afin d’en limiter les dégâts et/ou de masquer un changement de stratégie….

L’affaire JPMorgan n’est pas sans rappeler aussi celle d’UBS, en septembre dernier. On se souvient toutefois que la grande banque suisse avait d’emblée rejeté la faute sur un de ses jeunes collaborateurs. Même s’il cherche encore à sauver son poste, James Dimon, président et directeur général de JPMorgan, a d’emblée reconnu des erreurs de gestion. La banque s’est trompée et ne poursuit pas ses employés en justice

Cette attitude reflète une différence de culture entre les deux côtés de l’Atlantique. Aux Etats-Unis, le patron est jugé beaucoup plus responsable de son entreprise qu’en Europe. Les actionnaires sont aussi là pour le lui rappeler. Enfin la loi, plus exigeante, renforce cette situation. Voilà qui pourrait servir de leçon de responsabilité à UBS, ou à Société Générale qui a aussi connu une affaire de ce genre, et dont les dirigeants n’ont payé l’addition que bien plus tard. Déjà, aux Etats-Unis, des voix s’élèvent contre la présence de James Dimon au sein du conseil de l’antenne new-yorkaise de la Réserve fédérale – et plus généralement, contre celle des banquiers au sein d’organes clefs de l’institution monétaire. Ne serait-ce que parce que sa filiale de Manhattan est précisément en train d’enquêter sur la façon dont JPMorgan – qui a bénéficié d’un afflux de dépôts après la crise – a géré ses liquidités ces dernières années…..

La leçon s’arrête ici. Car la répétition de ces affaires montre surtout que les banques trop grandes pour faire faillite continuent de construire des Ferrari non équipées de frein. On se souvient d’ailleurs combien James Dimon ou Oswald Grübel ont critiqué les nouvelles normes de régulation bancaire. 

Si la crise de la zone euro tourne vraiment mal, ce que l’on ne peut exclure, ces sorties de route de JPMorgan et consorts font redouter le pire pour le système financier mondial. D’autant que, depuis 2008, l’emprise de ces établissements sur les marchés n’a fait que grandir. Sans oublier que tant que les banques centrales maintiendront les taux d’intérêt au plus bas, les acteurs financiers continueront d’être incités à chercher du rendement à tout prix.

 Source afp+le temps+ agences mai2012

3 réponses »

  1. le système financier mondial est irrécupérable.entre autres raisons,la faiblesse des organismes de controle du type sec,amf,la possibilité d’inscrire les cds hors bilan,la possibilité d’utiliser les paradis fiscaux pour cacher ses pertes etc…les dirigeants le savent depuis des années,cela explique leur volonté de faire survivre le système,seule solution restante avant le chaos

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