Art de la guerre monétaire et économique

La folie monétaire ébranle l’euro en 2012 en attendant le dollar

La folie monétaire ébranle l’euro en 2012 en attendant le dollar

 

La folie monétaire ébranle l’euro en 2012 en attendant le dollar Les nouvelles turbulences que traverse la zone euro relancent effectivement le débat sur les monnaies. Nous noterons aussi qu’elles ne poussent plus les cours de l’once à la hausse, mais plutôt le dollar

«On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré… Sans réforme monétaire, le monde continuera d’aller de bulle en bulle, de crise en crise, jusqu’à l’implosion», écrit Jean-Michel Quatrepoint, dans La dernière bulle (Editions Mille et une nuits).

 Avant que la déflation ne s’installe vraiment en Europe et n’empire la situation, mieux vaut réfléchir à de nouvelles pistes. L’or?

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 Il ne joue plus aucun rôle formel dans le système monétaire depuis 1971 et l’entrée dans l’ère du «chaos» qu’est celui des changes flottants, regrette le professeur Steve Hanke, de l’Université Johns Hopkins. Dans Globe Asia, il propose un retour à l’or à travers la création d’un «Currency board» qui serait basé juridiquement en Suisse et fonctionnerait selon le droit suisse. Dans un système de «currency board», habituellement employé par des pays émergents, la monnaie est convertie à un taux fixe dans une monnaie de référence (ici l’or). Selon cet économiste américain, les 70 pays qui ont adopté ce système ont une meilleure discipline budgétaire et une plus grande stabilité des prix.

Les nouvelles turbulences que traverse la zone euro relancent effectivement le débat sur les monnaies. Toutefois, elles ne poussent plus les cours de l’once d’or à la hausse. Au contraire, le dollar est le grand bénéficiaire du drame grec. D’ailleurs, John Paulson, l’homme qui a gagné des milliards avec la crise des «subprime», présente une piètre performance en 2012, en raison de son pari sur l’or.

Le dollar devrait poursuivre sa hausse cette année. Le métal jaune, en baisse en ce début de semaine, peut tomber entre 1200 et 1300 dollars l’once en 2012, puis rebondir à 2400 dollars en 2013 ou 2014, écrit Pierre Leconte, gérant de fortune, dans son Guide de l’investissement en or*. Aussi précis soit cet expert, qui, au demeurant, avait très bien anticipé la hausse de l’or, son dernier livre ne se limite heureusement pas à une série de prévisions financières. Le fondateur du Forum monétaire de Genève pour la paix et le développement propose d’abord une analyse des maux monétaires actuels dans une perspective iconoclaste, c’est-à-dire non keynésienne. Pour lui, «toutes les expériences d’unions monétaires ou de monnaie unique ont jusqu’ici échoué parce qu’elles supposent la destruction préalable des souverainetés nationales que les peuples finissent par refuser». L’expérience grecque ne lui donne pas tort. Le drame des économies occidentales est une crise non de liquidités mais de solvabilité.

Pour Jacques Attali, «l’incapacité de l’Occident à maintenir son niveau de vie sans s’endetter, qui est la cause profonde de cette crise, est loin d’avoir été résorbée» (Survivre aux crises, Ed. du Seuil).

Il ne faut donc pas émettre toujours plus de monnaie à travers la planche à billets, mais rendre leur crédibilité aux monnaies actuelles. Pierre Leconte dénonce le rôle des banques centrales. Officiellement, il est de lutter contre l’inflation, mais en réalité, il s’agit de faciliter l’endettement étatique. Il prône donc un retour à l’étalon-or, seul actif qui ne soit pas émis par un débiteur susceptible de faire faillite. Et de reprendre Voltaire: «Toute monnaie de papier retrouve un jour inexorablement sa valeur intrinsèque: zéro.»

L’ouvrage s’accompagne aussi d’une fascinante postface historique de Norman Palma (60 pages). Ce professeur d’économie, de lettres et de philosophie s’y livre à une analyse originale. Il part d’Aristote: «Il n’y a pas de vie sociale sans échange. Pas d’échange sans égalité et pas d’égalité sans commune mesure.» Le droit fait donc appel à la justice. Sur le plan des valeurs, le particulier doit faire appel à l’universel. Et du point de vue monétaire, «la monnaie particulière (nationale) doit garder son lien avec la monnaie universelle». Mais le système monétaire ne fonctionne pas selon cette séquence. «De 1933 à nos jours, l’universel est dans l’étalon dollar. Le tout est intégré dans une partie», selon lui.

Norman Palma place le point de départ historique lors de la révolution anglaise puisqu’elle marque l’entrée dans le système capitaliste. La loi de l’Habeas Corpus du 27 mai 1679 impose en effet le principe de la sécurité juridique qui permet la naissance des banques de dépôt et d’émission. A partir de cet instant, l’or sort du bas de laine des ménages pour être déposé dans les banques. Fini la thésaurisation. C’est le début de l’épargne, du crédit et de l’investissement.

L’auteur court à travers l’histoire des monnaies, jongle admirablement à travers les références, et décrit l’ascension de la puissance américaine, sa part aux réserves d’or passant de 30% en 1920 à 44% en 1929, 66% en 1933 et 75% en 1944.La surpuissance américaine a débuté au plus tard avec l’effondrement de l’or en 1980 et s’est prolongée jusqu’en 2002 lors de l’apparition de l’euro. L’affrontement entre la monnaie unique, une monnaie rare, et le dollar, surabondante, dure depuis dix ans.

Aujourd’hui, la crise, faussement qualifiée de crise du capitalisme, est plutôt celle du système dollar, avance Norman Palma. L’inégalité évoquée plus haut n’existe plus. L’or appartient aux Etats-Unis, mais les pays émergents détiennent les trois quarts des réserves internationales. Le système menace de s’écrouler. Une crise sur le marché obligataire euro ou dollar provoquerait la panique et une préférence pour l’or.

Une réforme du système est urgente. Le Français Norman Palma, loin d’être libéral puisqu’il condamne par exemple la concurrence fiscale, adresse ses éloges à Ron Paul, le représentant du Tea Party: c’est «le premier à avoir compris que si le dollar donne aux Etats-Unis le droit et le privilège d’acheter les biens et services de ce monde avec du simple papier, ce privilège est aussi la cause de sa désindustrialisation». Cet avantage exorbitant est «la cause de leur puissance et en même temps la raison de leur malheur: d’avoir à vivre de la bienveillance de leurs créanciers». Ron Paul justifie sa position au nom «de l’honneur de son peuple». Ce n’est donc pas la globalisation la source de tous les maux, mais l’absence d’étalon universel objectif qui ne soit pas le produit d’une nation. On retrouve la quête d’une mesure universelle. Pour Norman Palma, le seul pays capable de sortir du système, ce sont les Etats-Unis puisqu’ils détiennent d’énormes réserves d’or, officiellement 8133 tonnes. La crise actuelle de la zone euro doit donc être intégrée dans un enjeu encore plus grand, celui du système monétaire international.

* «Guide de l’investissement en or», Pierre Leconte, postface de Norman Palma, Ed. Jean-Cyrille Godefroy, 2012, 174 pages.

Emmanuel Garessus//le temps mai12

EN LIEN : LE BLOG DE NORMAN PALMA

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