Asie hors émergents

Confisquer l’épargne pour sauver les banques?

Confisquer l’épargne pour sauver les banques?

Les récentes mesures confiscatoires envers les comptes bancaires chypriotes sont déjà derrière nous, ainsi va l’actualité. Et pourtant: impensable il y a encore peu de temps, les simples épargnants sont désormais perçus comme des candidats potentiels à l’impôt forcé. S’agit-il là d’une tendance nouvelle ou d’un simple accident de parcours?

Le point de départ de la crise chypriote est connu: plusieurs banques de l’île étaient devenues insolvables suite à de mauvais prêts à leurs cousines grecques. Mais, en soi, il n’y avait là rien de très nouveau car des faillites bancaires peuvent se produire partout, à commencer par la Suisse.

Souvenez-vous, l’image avait alors fait le tour du monde: des épargnants suisses faisant la queue devant leur banque. C’était en octobre 1991, la Caisse d’épargne de Thoune (CET) avait alors fermé ses portes et fait faillite. Au terme d’une longue liquidation, les déposants avaient récupéré 60% de leurs avoirs. Mais, contrairement à ce qui vient de se passer à Nicosie, les autres banques bernoises n’avaient évidemment pas été priées de passer à la caisse en vue de soutenir leur voisine d’infortune.

Pour revenir à Chypre, on ne gardera guère en mémoire la faillite d’une banque, mais bien la façon dont toutes les autorités concernées ont réagi à la crise. En bref, et en bafouant le principe de propriété privée, elles ont d’abord imposé une confiscation partielle des dépôts bancaires importants puis décidé la réintroduction du contrôle des changes entre un Etat membre de l’Union monétaire et les autres. En passant, on notera que cette seconde mesure va à l’encontre des règles d’une monnaie unique.

Face à de tels procédés, la réaction de la population européenne a été bien faible. «Chypre est si loin et de telles surprises ne sont pas pour nous!» fut sa seule réponse. L’ennui, c’est que le patron d’UniCredit, l’une des grandes banques italiennes, vient de s’engouffrer dans la brèche en affirmant qu’il était «acceptable de confisquer les comptes d’épargne pour sauver les banques pour autant qu’il s’agisse d’une solution européenne commune». Les fourmis du nord de l’Europe apprécieront.

Venant d’un dirigeant bancaire considéré comme crédible, une telle affirmation, qui a valeur de ballon d’essai, annonce-t-elle de nouvelles confiscations? Dans le doute, il y a fort à parier que les plus gros déposants de la zone euro auront déjà commencé à se réfugier vers des actifs tangibles ou à transférer leurs fonds vers l’Asie. Conséquence mécanique de ces milliards envolés, les banques européennes seront à la peine. La récente dégringolade de l’or ne serait alors que les prémices d’une crise qui ne demandera qu’à se propager à l’ensemble des marchés financiers.

Par François Gilliéron  Consultant indépendant/Le Temps 22/4/2013

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/9b0d3c92-aaae-11e2-bcb1-70560e33ec49/Confisquer_l

1 réponse »

  1. La problématique se situe toujours dans la confiance dans le système.

    Actuellement et malgré tous les efforts engagés, les banques ne se font pas confiance entre elles car les opérations réalisées par chacune d’elles et les risques engagés ne sont pas clairement apparents (marché des options, marché des dérivés totalement opaque et incompréhensible avec des sommes monstreusement colossale engagées, ….).

    Les banques françaises sont également très frileuses entre elles et on peut penser à la situation actuelle de la Société Générale qui ne cesse d’inquiéter notamment sur les opérations dérivées.

    Nous ne sommes malheureusement toujours pas à l’abri d’un risque systèmique du système financier dans sa globalité, qui entraînerait l’écroulement du système bancaire et par voie de conséquence des économies dans leur ensemble.

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