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Le miracle japonais n’aura pas lieu par Pierre-Antoine Delhommais

Le miracle japonais n’aura pas lieu par Pierre-Antoine Delhommais

La dette publique japonaise atteindra 245 % du PiB fin 2013.

Interactive global debt dynamics chart after the jump:

Le kyudo désigne au Japon l’art martial du tir à l’arc. Vieux de plusieurs siècles, le kyudo – merci, wikipédia – permet en théorie à celui qui le pratique, à travers la recherche du geste parfait alliant tension musculaire minimale et énergie spirituelle maximale, de s’élever vers la vérité, la beauté et la vertu. Ce n’est certes pas avec cet objectif, mais pour retrouver le chemin radieux de la croissance et de l’inflation, que Shinzo Abe, le Premier ministre élu en décembre dernier, a décoché ce qu’il a appelé les « trois flèches » de son programme économique.

Abenomics entend rompre avec les politiques menées antérieurement. Rupture monétaire d’abord, avec la mise sous tutelle de la banque centrale. Son nouveau gouverneur, Haruhiko Kuroda, s’est vu intimer l’ordre par le gouvernement de M. Abe de doubler la quantité de yens en circulation dans l’espoir de relancer la distribution de crédit, d’affaiblir le yen et de fabriquer de l’inflation.

Rupture budgétaire, ensuite, avec un programme de relance (80 milliards d’euros), dont près de la moitié pour de grands travaux d’infrastructures. Rupture dans le fonctionnement du secteur privé, enfin, avec des réformes structurelles visant à libéraliser le commerce, à rendre le marché du travail plus flexible, à accroître la concurrence, mais aussi à stimuler les hausses de salaire dans les entreprises et à assainir les finances publiques en taillant dans les dépenses sociales et en relevant fortement la TVA. Le tout, on l’aura compris, forme un ensemble au moins aussi déroutant que le théâtre nô, un mélange totalement inédit d’ultrakeynésianisme et d’ultralibéralisme.

Salué en Europe, notamment par François Hollande, qui y a vu la preuve qu’une autre politique que l’orthodoxie monétaire et budgétaire à l’allemande est possible, Abenomics a surtout été applaudi par les marchés financiers. L’indice Nikkei a gagné plus de 30 % depuis le début de l’année, dopé par le plongeon du yen (- 20 % face au dollar), qui bénéficie aux grandes entreprises exportatrices. Sur le plan de la croissance, après un premier trimestre plein de promesses (+ 0,9 %), le deuxième a déçu (+ 0,6 %). Quant à l’inflation, elle reste négative (- 0,4 % en juillet hors énergie et alimentation). Preuve que le Japon n’est pas encore sorti de la déflation (baisse des prix) dans laquelle il s’est installé depuis la fin des années 90. Et qui a des effets très négatifs sur la consommation, puisque les Japonais ne cessent de différer leurs achats dans l’espoir de prix toujours plus bas, un peu comme s’ils vivaient en permanence dans l’attente de nouvelles soldes.

Japan trade balance with EU 

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S’il est encore un peu tôt pour juger de la réussite d’Abenomics, il n’est en revanche pas trop tard pour en souligner les dangers, comme vient de le faire le FMI. Celui de provoquer une brutale remontée des taux d’intérêt qui rendrait problématique le financement de la dette publique (elle atteindra 245 % du PIB fin 2013) et qui entraînerait des faillites bancaires en cascade (les banques japonaises détiennent des quantités phénoménales d’emprunts d’État). De sauveur providentiel Shinzo Abe se transformerait alors en grand fossoyeur.

La grande leçon qu’on peut d’ores et déjà tirer avec certitude des mesures extrêmes que constitue Abenomics est plutôt inquiétante pour nous, Occidentaux. À savoir qu’après l’éclatement d’une gigantesque bulle spéculative, comme le Japon en a subi une il y a maintenant vingt-trois ans, la route du redressement est longue. À la fin des années 80, la capitalisation boursière de Tokyo dépassait celle de Wall Street et, pour le prix d’un mètre carré dans le centre de Tokyo, on pouvait s’en offrir cent à Manhattan. A l’époque, Mitsubishi avait racheté le Rockefeller Center, Sony s’était emparé de Columbia et Mme Cresson évoquait la menace des « fourmis » nipponnes.

Mais la bulle a explosé au début des années 90, et le Japon ne s’en est toujours pas remis. Financièrement (la Bourse de Tokyo vaut le tiers de ce qu’elle valait en 1989). Économiquement : la croissance n’a jamais durablement redécollé malgré une capacité intacte d’innovations technologiques (le Japon dépose le tiers des brevets mondiaux). Et surtout moralement. Déprimé par sa rivalité avec la Chine, qui lui a ravi en 2010 le rang de deuxième économie mondiale, affaibli par le vieillissement de sa population (on y vend plus de couches pour personnes âgées que pour bébés), le Japon, au moins autant que la France, ce qui n’est pas peu dire, vit dans un déclinisme que les flèches d’Abenomics auront bien du mal à transpercer.

Souce Le Point – Publié le 29/08/2013

http://www.lepoint.fr/editos-du-point/pierre-antoine-delhommais/le-miracle-japonais-n-aura-pas-lieu-29-08-2013-1718899_493.php

1 réponse »

  1. On aime Delhommais,,,but he’s a bit short on Japan…. we can help if he wants to complete that rather uncompleat article ! Mais sur un point, il est sûr qu’il ne va pas assez loin. La france n’a ni les moyens , ni le courage de faire la 1/4 de ce que le Japon peut faire, il manque la « VIRTÙ » ,le courage, hein, pour les adeptes du Mou du genou 1er et de sa bande de zygotos au gouvernement, qui font une démonstration de parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire… À BIENTÔT, la fin en pantalonnade de cet équipe de krypton-soviets amateurs, qui devront appeler les racailles et leurs achetés à voter pour eux, s’ils veulent arriver à 5% aux prochaines prez ! Pour le bain de sang, ils peuvent faire un stage chez A.Assad.

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