Changes et Devises

En Thaïlande, les tensions politiques inquiètent moins que l’endettement!

En Thaïlande, les tensions politiques inquiètent moins que l’endettement!

Thaïlande – la dette publique au PIB

Les convulsions politiques qui agitent ces jours-ci la Thaïlande n’affolent pas encore les investisseurs. Tel est le message que la communauté d’affaires helvétique entend faire passer à la secrétaire d’Etat Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, chargée du Seco, lors de sa visite à Bangkok le 22 novembre.

Malgré la baisse, le 8 novembre, des prévisions de croissance pour 2013 de 4,2% à 3,7%, les pronostics restent bons: «Nous avons tous, ou presque, surmonté depuis dix ans le tsunami de décembre 2004, le coup d’Etat militaire de 2006, les affrontements à Bangkok du printemps 2010 et les inondations de 2011. Or le pays s’est toujours redressé», estime un entrepreneur suisse, attablé au pied de la future plus haute tour résidentielle du pays, Mahanakorn, 77 étages, dont le taux de prévente officiel est déjà de 55% à deux ans de son inauguration fin 2015.

«Ne pas éroder la confiance internationale»

Pas de panique donc, alors que les manifestants opposés au gouvernement de Yingluck Shinawatra protestent chaque soir dans le quartier des ministères de Rajdamnoen, et ont, à plusieurs reprises, bloqué le quartier financier de Silom. Le rejet par le Sénat thaïlandais, lundi dernier, d’une proposition de loi d’amnistie destinée avant tout à permettre le retour d’exil de l’ancien premier ministre et milliardaire Thaksin Shinawatra, frère de l’actuelle chef du gouvernement, paraît même plutôt de nature à calmer le jeu: «Tout le monde sait que la Thaïlande est dans les mains de sa haute administration, plutôt respectée, poursuit notre interlocuteur. Or les hauts fonctionnaires du Ministère des finances et de la banque centrale se souviennent très bien de la crise financière de 1997-1998 et de la nécessité de ne pas éroder la confiance internationale.»

Les facteurs positifs sont avant tout les résultats touristiques toujours très bons (plus de 20 millions de visiteurs en 2012, dont de plus en plus d’Asiatiques), le boom de la demande intérieure (les immatriculations de véhicules augmentent de 14% par an depuis 2008), et le coup d’accélérateur économique que devrait donner, en 2015, l’ouverture d’un embryon de marché commun de l’Asie du Sud-Est, dont la Thaïlande constitue le centre géographique. S’y ajoute le colossal programme d’infrastructures 2013-2020, pour un montant de 2000 milliards de ­bahts (environ 60 milliards de francs) que l’actuel gouvernement a fait voter le 22 septembre. Son épine dorsale est la construction d’un réseau ferré à grande vitesse. La Chine paraît la mieux placée pour la construction des voies et la vente de trains. Mais plusieurs pays européens, dont la Suisse, espèrent obtenir une part des équipements ferroviaires.

L’ombre d’une bulle immobilière

L’envers du décor est l’ombre d’une bulle immobilière et l’endettement préoccupant du secteur privé et des ménages. Bien que les réserves de change thaïlandaises atteignent aujour­d’hui environ 170 milliards de francs (juste devant la France et l’Italie, mais loin derrière les 430 milliards de la Suisse) et que le ratio moyen de fonds propres des banques thaïes se situe autour des 10% selon la Banque mondiale (légèrement mieux que Singapour ou la Malaisie), une situation de crise trop durable pourrait mettre l’équilibre financier du pays en péril.

L’augmentation des prêts au secteur privé de plus de 50% depuis 2010 oblige à nuancer la bonne tenue actuelle de la dette souveraine à 45% du produit intérieur brut. D’autant que les emprunts publics vont augmenter avec les infrastructures: «La Thaïlande a de bons chiffres pour s’endetter aujourd’hui. Elle n’a pas les bonnes prévisions pour rembourser demain à coup sûr», résume l’analyste Pimonwan Mahujchariyawong. Point important toutefois: la recrudescence d’achats de condominiums par les étrangers est plutôt une source de cash, car beaucoup paient comptant.

Explosion des stocks de riz

Cette inquiétude sur un krach d’origine domestique a conduit la banque centrale à s’interroger sur les politiques budgétaires populistes du gouvernement, notamment le soutien au prix du riz. Lequel a engendré une explosion des stocks invendus et oblige aujourd’hui les autorités de Bangkok à négocier des accords de troc avec les fournisseurs étrangers. De ce point de vue, la contestation contre l’actuelle première ministre a toutefois un avantage: «L’amnistie aurait entraîné l’annulation de centaines de cas de corruption. Son refus est donc une bonne nouvelle, explique un diplomate européen. Plus la rue fait pression, plus le gouvernement doit justifier ses dépenses. Et veiller à la transparence des contrats publics.»

Par Richard Werly Bangkok / Le Temps 15/11/2013

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/04015a04-4d3d-11e3-97c1-2575f7613280%7C1

La Chine augmente ses achats de riz à la Thaïlande, pas assez pour soutenir les cours  Par Claire Fages

La récolte de riz a commencé en Thaïlande où la Chine est venue faire ses emplettes, mais pas suffisamment pour faire remonter les cours du grain blanc.

La Chine soulagera-t-elle le fardeau de la Thaïlande, soit 16 millions de tonnes de riz achetées par Bangkok aux paysans, que la Thaïlande ne parvient pas à exporter à un prix décent ? Il est vrai que la Chine va manquer de riz plus que d’habitude cette année, sa récolte, pourtant la plus importante au monde, ne lui suffit plus, elle est même en baisse pour la première fois depuis dix ans. La sécheresse est passée par là, et les rendements à l’hectare diminuent : les bonnes terres du sud chinois sont peu à peu grignotées par l’industrie. Le riz chinois coûte plus cher désormais que le riz importé de l’Inde, du Vietnam, du Pakistan et bien sûr de la Thaïlande, où il est surabondant. Des importations chinoises qui progressent énormément depuis l’an dernier, et qui sont encore en hausse de 36% depuis janvier.

Lors de sa visite à Bangkok, le week-end dernier, le Premier ministre chinois proposé au gouvernement thaïlandais de lui acheter 1 million de tonnes de riz au cours des cinq prochaines années. Le lendemain, la Première ministre thaïlandaise clamait que la Chine allait acquérir 1 million de tonnes de riz thaïlandais… tous les ans ! Où est la vérité ? Les exportateurs restent sceptiques. Quoi qu’il en soit, les achats de la Chine ne suffiront pas à la Thaïlande pour écouler son énorme stock sur le marché mondial. Ils ne permettront pas non plus au cours du riz de regonfler.

http://www.rfi.fr/emission/20131016-chine-augmente-achats-riz-thailande-pas-assez-soutenir-cours

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