Douce France

Si l’État était une entreprise…

Passif, pertes, charges financières

Si l’État était une entreprise…

À l’aune de la vie des affaires, n’importe qui d’autre aurait mis depuis bien longtemps la clef sous la porte

emanuel-macronEmmanuel Macron, ministre de l’Economie. Quel serait le sort d’une entreprise dont le passif serait le double de son actif, les pertes d’exploitation égales à 25 % de ses recettes, et les frais financiers le premier poste de dépenses ?

Par Philippe Plassart

Quel serait le sort d’une entreprise dont le passif serait le double de son actif, les pertes d’exploitation égales à 25 % de ses recettes, et les frais financiers le premier poste de dépenses ? Il n’est pas besoin d’être un expert-comptable chevronné pour deviner qu’une telle entreprise n’aurait aucune chance de survie. Eh bien cette situation si catastrophique, c’est exactement celle de l’État français, qui affiche une dette publique de 2000 milliards d’euros, un déficit budgétaire de 75 milliards et une charge d’intérêt de 41 milliards. “Dans le monde réel des entreprises, jamais une société ne serait arrivée à une telle extrémité car les banques lui auraient fermé les crédits bien avant”, analyse Jean-François Bauer, expert à l’Ifrap. À l’aune de la vie courante des affaires, le jugement concernant la sphère publique française et son fonctionnement serait en effet sans appel : à la fois économiquement non viable et sans espoir de redressement

Un État virtuellement “en faillite”

Lorsqu’à la fin 2007, François Fillon, alors Premier ministre, déclare qu’il se trouve à la tête d’un État virtuellement en faillite, il n’a pas tort. Depuis, le constat n’a fait que se renforcer. Selon la dernière situation, certifiée par la Cour des comptes, au 31 décembre 2013, face à un passif de 1 906,8 milliards d’euros, l’État ne disposait que d’un actif de 969,1 milliards, soit des fonds propres négatifs à hauteur de 937,7 milliards d’euros ! Quant au budget, le projet de loi de finances 2015 table sur des dépenses de 367,5 milliards d’euros pour des recettes de 292,6 milliards, soit une impasse de 75 milliards d’euros. Autrement dit, quand l’État fait entrer 100 dans ses caisses, il en dépense 125. Voilà ce qui s’appelle vivre largement au-dessus de ses moyens. Mais il y a plus alarmant encore : l’Etat est si impécunieux qu’il emprunte (196 milliards d’euros l’an prochain) non seulement pour couvrir ses pertes courantes et amortir sa dette, mais aussi pour payer les intérêts. Le délit de cavalerie n’est plus très loin… “Devant une telle société, il est certain que les juges d’un tribunal de commerce jetteraient l’éponge en l’emmenant directement à la case ‘liquidation’ ” tranche Jean-François Bauer.

Une restructuration titanesque

“Liquider” un État souverain étant par construction impossible, la carte du plan de redressement sous administration judiciaire ne mériterait-elle pas d’être tentée malgré tout ? Disons-le d’emblée : les chances de réussite d’un tel plan apparaissent des plus réduites. On sait que dans ce type de procédure, le débiteur peut obtenir un étalement de sa dette sans intérêt. À la condition de pouvoir démontrer qu’il est capable de commencer un tant soit peu à la rembourser en dégageant des excédents, aussi minimes soient-ils. Une cession des actifs fait partie des premières options envisagées. C’est la voie prise par Emmanuel Macron, qui a annoncé la vente de 5 milliards d’actifs, dont 4 milliards affectés au remboursement de la dette et 1 milliard à une réallocation stratégique. Les montants potentiellement mobilisables – 110 milliards de participations publiques, 50 à 60 milliards de patrimoine immobilier et foncier – ne sont, quoi qu’il en soit, pas à la hauteur des enjeux.

“l’État est si impécunieux qu’il emprunte (196 milliards d’euros l’an prochain) non seulement pour couvrir ses pertes courantes et amortir sa dette, mais aussi pour payer les intérêts. Le délit de cavalerie n’est plus très loin…”

Et il n’est d’ailleurs même pas sûr que ces cessions soient comptablement intéressantes si l’on met dans la balance, d’un côté la perte des revenus de ces participations (5 milliards de dividendes perçus en 2013), et de l’autre les économies de frais financiers réalisées (de l’ordre de quelques centaines de millions d’euros compte tenu du niveau très bas des taux d’intérêt). Pour cesser de creuser sa dette, l’État ne peut donc pas échapper à une restructuration titanesque puisqu’elle porterait sur au moins 25 % de ses dépenses. “Compte tenu du poids de la masse salariale dans le budget, il faudrait licencier un demi-million de fonctionnaires pour revenir ne serait-ce qu’à l’équilibre”, calcule Jean-François Bauer. Une telle opération, difficile socialement, nécessiterait à tout le moins une révision déchirante des missions de l’État.

Coupable insouciance

On demeure bien loin d’une telle démarche. Ce n’est que sous la pression de la menace d’une crise financière que l’État a admis tout récemment la nécessité de… ralentir le rythme de progression tendancielle de ses dépenses. “Le début du commencement” de la rigueur, aurait dit Churchill. Mais pourquoi la France devrait-elle consentir des efforts supplémentaires alors qu’elle trouve sans aucune difficulté des créanciers partout dans le monde pour lui financer son déficit à des taux d’intérêt qui n’ont historiquement jamais été aussi bas (1,75 %) ? Ce qui met le pays à l’abri d’un défaut de paiement par manque de trésorerie. Mais pour combien de temps encore les marchés accorderont-ils leur confiance ? “Au bilan de l’État ne figure pas un actif dont la valeur est inestimable : la capacité à lever de l’impôt”, rappelle François Ecalle, expert en finances publiques.

Or cette capacité n’est pas extensible à l’infini comme on vient de s’en apercevoir récemment. Pour la première fois, alors que les taux d’imposition sur le revenu ont été augmentés, le rendement de cet impôt a fléchi du fait du manque de croissance économique et de la faiblesse de l’inflation. Mais la croissance ou l’inflation, qui sont les seuls moyens véritablement efficaces pour éponger la dette, ne se décrètent pas. En attendant, la France continue à vivre sous la menace du pire scénario qui soit, celui d’une remontée mondiale des taux d’intérêt partant des États-Unis. Le redoutable effet boule de neige des frais financiers qui se mettrait alors en place dans cette hypothèse, placerait très vite le débiteur étatique français dans une situation insoutenable. Une hausse de 100 points de base alourdit la charge d’intérêt de 15 milliards sur la durée moyenne de la dette (environ 7 ans). Coupable insouciance.

Par Philippe Plassart  Publié le

http://www.lenouveleconomiste.fr/letat-etait-entreprise-24725/

3 réponses »

  1. Un expert comptable pourrait aussi expliquer comment une entreprise à OBLIGATION de « provisionner » les dépenses à venir… ce que ne fait pas l’état, notamment avec les retraites « à payer » dans quelques années aux futurs retraités de la fonction publique… il semble que ce soit 2000 Mdrs qui sont maintenus « hors bilan »…

    Mais les socialos sont adeptes de la falsification des comptes et ils savent jouer de ce qu’on appelle dans le métier : les écritures d’inventaire…

    Pour exemple, un rapport du sénat sur le financement des 35 hrs.. pour l’année 2000, la Aubry a comptabilisé 12 mois d’allègements de cotisation, mais pour arriver à l’équilibre aproximatif, elle a intégré 13 mois de recettes (taxe sur les tabacs, TGAP, taxe sur les véhicules, etc… ) toutes les taxes conçues pour le financement des allègements et qui atterrissaient dans le FOREC… les socialos avaient déjà « tuyauté » les caisses de l’état et les caisses sécu… ni vu ni connu j’t’embrouille…

    Idem, sur le dernier rapport de la cours des comptes, où il est révélé que le déficit 2013 a reçu une cure d’amaigrissement grâce au Crédit Impot recherche, que les socialos ont été récupérer auprès de l’entreprise qui en avait bénéficié (après validation d’un lourd dossier par Bercy) quelques 4.8 Mdrs… en comptabilité, on sort ces « produits exceptionnels sur régularisation des exercices antérieurs »… ben pas nos gauchistes… ils font leur soupe pour la mieux nous la mettre…

    Je lis tous les rapports économiques… je peux vous assurer que ça fait peur… franchement, et même si je ne supporte pas l’UMP… au moins avec eux, y’a pas ce genre de truc.. et ça, je peux le démontrer… Les socialos ne font que des « transferts » aucune réforme..

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  2. Heureusement l’état ne saurait être comparé à une entreprise. L’entreprise n’est qu’une émanation possible pcq l’état existe. Dire d’un état qu’il est économiquement non viable n’a pas de sens. L’économie, ça n’est que la mesure et l’organisation des échanges entre individus et ça, il y en aura toujours. La faillite de l’état n’est qu’un principe comptable totalement virtuel si on le replace dans la perspective de l’existence des Hommes. Par contre, la faillite du paradigme économique, càd la façon dont on pense et envisage les échanges est tout à fait possible et même très probable. Au regard de l’histoire, les paradigmes se font et se défont.
    .

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    • exacte, l’état n’est pas une entreprise.. il y a juste des « comptables de haut vol » qui régulent, transfèrent, habillent Pierre en déshabillant Paul, et alternent et habillent Paul en déshabillant Pierre… un coup on pioche chez le contribuable pour subventionner le patronat, puis ensuite on alterne encore et hop, on invente des niches fiscales pour le patronat, le rentier etc… le « trimeur » lui, il est toujours de la baise…

      Mais bon, pour que nos « régulateurs » puissent réguler, faut bien prendre le pognon quelque part…

      Je crois que la France à force de se mordre la queue, elle l’a en travers de la gorge et pas moyen de la lui faire recracher… sauf que là, ça commence à chatouiller les Zamydales..

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