Commentaire de Marché

« Omenland” Par James Howard Kunstler

« Omenland” Par James Howard Kunstler

Se pourrait-il que des brins du virus de l’Ebola aient infiltré la semaine dernière le corps de la finance globale ? Le marché des actions américain a rendu ses tripes, le Nikkei a saigné par les yeux, et les obligations grecques ont fondu de tout leur collagène. Les bons du Trésor ont grotesquement gonflé pour devenir un fleuve putride de liquidités qui a poussé deux proctologues de la Réserve fédérale à préconiser un QE laxatif qui pourrait sans doute nous libérer des flux explosifs de la maladie financière.

Le prix du pétrole est tombé à la renverse si brutalement qu’il est passé au travers du plancher. Un sombre idiot de chez NPR a écrit que cela signifie que le pic pétrolier est un tissu de mensonges (Predictions   Of ‘Peak Oil’ Production Prove Slippery). Je suppose qu’il ne s’est pas rendu compte que les financements toxiques associés aux investissements en pétrole de schiste se dissolvent également à la manière du système circulatoire du pauvre Thomas Eric Duncan. Attendez-vous à voir se réduire les forages dans les bassins du Bakken et d’Eagle Ford au cours de ces prochains mois, et à une baisse substantielle de production. A moins que le gouvernement des Etats-Unis ne trouve une porte arrière par laquelle jeter de l’argent au pétrole de schiste (ce qui est une possibilité au vu du mythe d’Etats-Unis saoudiens encore virulent à Wall Street), les investissements ne seront pas suffisants pour supporter les opérations incessantes de forage. Comme d’autres savants du web l’ont précisé, le problème n’est pas un monde qui n’a plus de pétrole, mais un monde peuplé de gens qui n’ont plus assez d’argent pour en acheter. Les sociétés pétrolières n’ont jamais fait rentrer d’argent, peu importe le prix de leur produit, si ce n’est au travers de leurs rackets immobiliers, de leurs achats et ventes de prêts, et ainsi de suite. En clair, il y a des raisons de croire que les activités pétrolières prennent fin d’elles-mêmes à 80 dollars le baril.

J’étais sur la route la semaine dernière, dans notre capitale et puis dans celle de la Suède, Stockholm, et ses environs. Il faut dire que Washington DC est devenu un endroit intéressant, ces jours-ci. Cet Etat fait partie des régions les plus riches des Etats-Unis, pour la simple raison que des torrents d’épuration de Wall Street nourrissent ses activités pathogènes. Mais malgré son National Mall et ses monuments de marbre, se promener dans Washington est loin d’être plaisant. L’échelle de la ville est absurde. Je me suis rendu de la Freer Collection au cœur du quartier des musées jusqu’à M Street à Georgetown, et j’ai eu l’impression d’avoir parcouru la marche de la mort de Bataan. Arlington, de l’autre côté du Potomac, où se situait mon hôtel, n’était plus qu’une mauvaise blague. Ils ont passé trente ans à prétendre rendre le quartier plus piétonnier, et le résultat est une sorte de Wilshire Boulevard rencontre Hackensack.

Le lendemain, j’étais à Stokholm, où j’ai dû être forcé de me rappeler à quoi ressemble une vraie ville, pensée pour l’activité humaine, et non pour une notion politique abstraite de ce qu’est la mobilité. Les gens vivent dans le centre-ville, dans des bâtiments de cinq ou six étages qui présentent une grande variété d’art tout en présentant une certaine uniformité architecturale. Les motifs sont inspirés du classicisme populaire des pays nordiques, et l’effet en est à la fois cohérent et rassurant. Vous vous y sentez civilisé. Votre neurologie est nourrie à mesure que vous vous promenez. Contrairement aux Américains, les Suédois ne se promènent pas en pyjama. Etaient aussi absents les casquettes Yolo, les maillots d’équipes de sport et les baskets de clown. N’est-il pas rafraîchissant de voir des jeunes se comporter en adultes plutôt que l’inverse ? Et bien entendu, là-bas, presque personne n’est démesuré.

Et puis, bien trop tôt à mon goût, j’ai atterri à l’aéroport de Newark. Que Dieu ait pitié de moi. J’ai pris le taxi pour la gare de Newark pour prendre la ligne Hudson River et me rendre dans le nord de l’Etat de New York. Sur la Route 21, j’ai vu un graffiti sous un pont. « Omenland ». Le génie anonyme qui a posé sa marque à cet endroit a certes perçu l’esprit des Etats-Unis d’aujourd’hui. Newark est comparable à Stockholm de la même manière qu’une victime de l’Ebola est comparable à un top modèle au bord d’une piscine. La gare de Newark avait les airs d’un bar tiré de Star Wars, un spectacle de créatures étranges, une SPA intergalactique, des hommes en sweat à capuche avec des charbons ardents en guise d’yeux, des femmes aux joues percées, des accros au crack, des gens à qui il manquait des membres, des gens disproportionnés. La condition physique de la gare est une preuve suffisante que Chris Christie ne devrait jamais être président. Une passerelle pour New York, la ville la plus vivante des Etats-Unis… qui ne ressemble à rien de plus qu’à l’embouchure du rectum de l’univers. Vous voulez savoir ce que je pense ? Peut-être qu’elle l’est.

James Howard Kunstler Kunstler.com/ 24hgold.com Publié le 20 novembre 2014

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent–omenland-.aspx?article=5922053216H11690&redirect=false&contributor=James+Howard+Kunstler.

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