Art de la guerre monétaire et économique

Qui tire profit du nouveau militarisme ? (Ron Paul)/ Elle est de retour ! (James Howard Kunstler)/ Les fausses bannières dans l’histoire moderne (Zerohedge)/ Le procès des dérives de la privatisation de la guerre/ Guerre civile en hausse, humanisme en baisse(Pepe Escobar)

Qui tire profit du nouveau militarisme ? Par Ron Paul

Daily Paul /24hgold Publié le 14 avril 2015

Le militarisme et les dépenses militaires continuent de s’élargir à mesure que la propagande de la guerre froide gagne les cœurs. Les nouvelles « menaces » que l’on nous présente apportent de gros profits aux entrepreneurs militaires et au réseau de groupes de réflexion payés pour produire la propagande guerrière. 

En voici quelques exemples : 

Le gouvernement allemand a annoncé la semaine dernière qu’il achèterait bientôt cent chars « Leopard » supplémentaires – une hausse de 45% des inventaires du pays. L’Allemagne a fortement réduit ses inventaires de chars à la fin de la guerre froide, alors que disparaissait la menace d’une invasion de l’Europe par les Soviétiques. Le gouvernement allemand estime désormais que ces nouveaux chars, qui lui coûteront près d’un demi-milliard de dollars, sont nécessaires face à la capacité de la Russie de s’affirmer dans la région. N’oublions pas que les Russes n’ont ni envahi ni menacé aucun pays de la région, encore moins un membre de l’OTAN. 

Le bunker nucléaire construit pendant la guerre froide dans la montagne Cheyenne, dans le Colorado, et qui est resté fermé au cours des vingt-cinq années qui se sont écoulées depuis la chute du mur de Berlin, est désormais en phase de réouverture. Le Pentagone a dépensé près d’un milliard de dollars pour remettre l’infrastructure en état et rétablir ses capacité d’opération d’avant la guerre froide. L’entrepreneur américain spécialiste de la défense, Raytheon, sera le premier bénéficiaire de ce contrat. Raytheon est le sponsor financier de nombreux groupes de réflexion tels que l’Institute for the Study of War, qui ne cesse de produire de la propagande guerrière. Je suis certain que de tels contrats représentent pour lui un excellent retour sur investissements. 

L’OTAN, qui selon moi aurait dû être aboli à la fin de la guerre froide, est lui-aussi mis à jour. L’Alliance a lancé la construction de nouveaux quartiers généraux à Bruxelles en 2010, qui devrait être achevée en 2016. Le bâtiment ressemble à une griffe, et son coût total – s’il est un jour terminé – sera de plus d’un milliard de dollars. C’est plus de deux fois ce qui était originellement prévu. Est-il surprenant que les bureaucrates et les généraux de l’OTAN continuent de nous terrifier avec leurs histoires de menace russe ? Il faut bien qu’ils puissent justifier leurs projets d’expansion ! 

Qui sont les véritables ennemis ? Les Russes ? 

Non. Les véritables ennemis, ce sont les contribuables, la classe moyenne et les secteurs productifs de l’économie. Nous sommes les victimes de ces nouvelles dépenses militaires. Chaque dollar ou euro dépensé pour répondre à une menace fabriquée est un dollar ou euro sorti de l’économie et gaspillé en le nom du militarisme keynésien. C’est un dollar ou euro volé à une entreprise et qui ne sera pas investi sur l’innovation, la recherche scientifique ou encore donné à des associations caritatives. 

L’un des mythes les plus dangereux de notre époque est que les dépenses militaires bénéficient à une économie. Rien ne pourrait être plus dénué de réalité. De telles dépenses bénéficient à un petit réseau d’élites bien rémunérées. Elles diversifient des ressources rares depuis la satisfaction des besoins des populations vers la construction d’armes destructrices. Leurs coûts sont dissimulés par la création monétaire des banques centrales, mais elles contribuent à la destruction continue des économies. 

Les élites sont terrifiées par la paix, qui serait très mauvaise pour leurs profits. C’est pourquoi elles essaient de saboter les accords avec l’Iran, de refuser le dégel de Cuba et de générer une nouvelle peur face à Moscou. Ne nous laissons pas berner.

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-qui-tire-profit-du-nouveau-militarisme-.aspx?contributor=Ron+Paul.&article=6726127628H11690&redirect=False

Elle est de retour ! Par James Howard Kunstler

Kunstler.com/24hgold Publié le 14 avril 2015

Et comme ça, de la bouche du volcan dormant qu’est la politique américaine, s’envole Hillary, tel Rodan le reptile volant prétendant être Grand-mère l’oie. Maintenant qu’elle virevolte officiellement autour de l’électorat, la presse grand public nous parle des premiers croassements de sa campagne : elle sera « basée sur la diversité, la discipline et l’humilité ». Des qualités attachantes pour tout reptile volant, et rassurantes pour les électeurs qui pourraient autrement craindre qu’elle cache quelque chose de plus sombre sous son aile. 

A l’heure actuelle, l’Elmer Fudd de la pièce est l’ancien gouverneur du Maryland, Martin O’Malley, qui a le premier tiré dans la direction du Béhémoth volant en décrétant que « la présidence des Etats-Unis n’est pas une sorte de couronne transmise entre deux familles ». Mais il semblerait que ses propos n’aient provoqué qu’une démonstration plus grande encore d’humilité de la part de sa victime. Hillary, qui survole les champs de maïs de l’Iowa croassant des platitudes du genre « les Américains ont su trouver leur chemin au travers des difficultés économiques », lancera bientôt une « campagne d’écoute » pour entendre les mécontentements de chacun. 

Point à noter : non, ils n’y sont pas parvenus. Ils restent jonchés dans le paysage, équivalents économiques de lésions thoraciques aspirantes, mais peut-être certains d’entre eux ont-ils relevé avec satisfaction la hausse époustouflante du S&P, couchés sur le bas-côté, les yeux rivés vers le ciel. Peut-être sont-ils confortés par cette idée alors que la lumière s’éteint. Peut-être leurs enfants auront-ils un jour la chance de devenir des employés de Goldman Sachs. Le reptile volant ne demande qu’à être leur champion ! Il ne demande qu’à gagner leur voix – à l’ancienne, en achetant autant de temps d’antenne que possible pour diffuser l’illusion de sa sincérité. C’est sur de telles campagnes qu’est propulsé le déclin de l’empire. 

Mais revenons-en à nos moutons. Qu’est-ce que l’envol d’Hillary nous dit des partis politiques des Etats-Unis ? Une domination aussi corrompue et sclérosée n’avait plus été vue depuis que les derniers Bourbons ont paradé dans les couloirs de Versailles. Selon moi, les Etats-Unis devraient être les témoins d’un spectacle très particulier qui ira peut-être au-delà de la campagne de 2016 : la désintégration de la normalité dans un climat de désordre et d’insurrection. Hillary continuera de croasser des platitudes sur l’unité, la diversité et la reprise, alors que l’économie sombrera vers de nouveaux extrêmes de délabrement et que la colère du peuple approchera de la température d’ébullition. 

Aucun des deux partis ne fait preuve d’une compétence ne serait-ce que minime de compréhension des crises qui menacent l’Amérique, ou encore le projet de civilisation techno-industrielle. Si le peuple ne les renversait pas, les évènements le feront. Au cours des mois qui précèderont les élections présidentielles de 2016, les Américains seront les témoins de la mort de leur « indépendance énergétique » – une fantaisie concoctée par des spécialistes de la propagande. Le miracle du pétrole de schiste s’envolera dans une fumée de défauts d’obligations toxiques. La violence escaladera au travers de l’Afrique du nord et du Proche-Orient, et menacera les réserves de pétrole du monde. Je ne parierais pas gros sur la survie du roi Salman d’Arabie Saoudite et de la région saoudite de l’Arabie, qui est le théâtre de conflits entre les clans rivaux, avec en toile de fond le chaos semé par l’Etat islamique et le sabotage potentiel du gigantesque terminal pétrolier de Ras Tanura, dans le Golfe Persique. En comparaison, le fiasco de Benghazi ne ressemblera à rien de plus qu’à un épisode des Trois Stooges. 

Si un troisième parti venait à naître de ce chaos, il se pourrait qu’il ne soit lui non-plus pas porteur de salut. En 1856, les Républicains ont pris de l’importance alors que les Whigs perdaient de leur signification et que les Démocrates romançaient l’esclavage. La nation a alors dû endurer sa plus grosse convulsion. Cette fois-ci, je ne suis pas sûr que nous nous en sortions indemnes.

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-elle-est-de-retour-.aspx?article=6729196166H11690&redirect=false&contributor=James+Howard+Kunstler.&mk=2

Les fausses bannières dans l’histoire moderne


Par Tyler Durden – Le 6 avril 2015 – Source zerohedge

Le grand secret de l’Histoire: le terrorisme des opérations sous fausse bannière.

Ce vieil adage est bien vrai: si l’on ne retient pas l’Histoire, on est condamné à la répéter.

Le plus grand secret de l’Histoire que les gens n’ont donc pas encore intégré, puisque c’est un secret, est le terrorisme sous fausse bannière.

Il existe de nombreuses attaques sous fausse bannière bien documentées dans lesquelles un gouvernement est l’instigateur et qui, pour des raisons politiques, en reporte la faute sur son ennemi.

Les opérations sous fausse bannière ont, sans arrêt, changé le cours de l’Histoire, dans le monde entier. Sauf si le peuple prend conscience de ce style d’opération, les gouvernements continueront à les utiliser pour provoquer de plus en plus de guerres désastreuses.

Dans les exemples suivants, les officiels gouvernementaux qui ont participé à ces attaques (ou en ont sérieusement proposé) l’ont avoué, oralement ou par écrit :

1. – En 1931, les troupes japonaises ont déclenché une petite explosion dans un train et ont accusé la Chine pour justifier l’invasion de la Mandchourie. C’est une histoire connue sous le nom de  l’incident de Munken ou l’incident de Mandchourie. Le tribunal militaire international de Tokyo a trouvé que«plusieurs des participants à ce plan, dont Hashimoto (un officier supérieur de l’armée japonaise) ont plusieurs fois admis leur participation à ce complot et ont déclaré que le but de cet incident était de donner une excuse à l’occupation de la Mandchourie par l’armée du Kwantun ». Voyez ici.

2. – Un haut officier de la SS nazi a avoué au tribunal de Nuremberg que, sous les ordres du chef de la Gestapo, lui et d’autres militaires nazis ont attaqué leur propre peuple et des infrastructures pour en rejeter la faute sur les Polonais afin de justifier l’invasion de la Pologne.

3. – Le général nazi Franz Halder a aussi témoigné au tribunal de Nuremberg que le dirigeant nazi Goering avait admis avoir donné l’ordre de mettre le feu au parlement allemand (le Reichstag) en 1933 et avait accusé à tort les communistes de cet acte criminel.

4. – Le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev a admis par écrit que l’Armée rouge soviétique avait bombardé le village russe de Mainila en 1939, tout en accusant la Finlande de cette attaque, et s’en est servi comme prétexte pour lancer la guerre d’hiver contre la Finlande. Le président russe Boris Eltsine a admis que la Russie avait été l’agresseur dans la guerre d’hiver.

5. – Le parlement russe, l’actuel président russe Poutine et l’ancien dirigeant soviétique Gorbatchev ont tous reconnu que Joseph Staline avait ordonné à sa police secrète d’exécuter 22 000 officiers de l’armée polonaise à Katyn, en 1940, et en a fait porter la faute aux nazis.

6. – Le gouvernement britannique a admis avoir bombardé, entre 1946 et 1948,  cinq bateaux transportant des juifs cherchant à fuir l’holocauste pour se réfugier en Israël et avoir créé un faux groupe appelé Défenseurs de la Palestine arabe, qu’il a accusé d’avoir bombardé ces bateaux. (Voir ici, ici etici)

7. – Israël a reconnu qu’en 1954 une cellule terroriste israélienne opérant en Égypte avait placé des bombes dans plusieurs bâtiments, dont des bureaux diplomatiques américains, et avait laissé des preuves impliquant les Arabes. (Une des bombes s’est déclenchée prématurément, permettant aux Égyptiens d’identifier les coupables et plusieurs Israéliens impliqués ont avoué.) (Voir ici et ici)

8. – La CIA a admis qu’elle avait employé des Iraniens dans les années 1950 pour se faire passer pour des communistes cherchant à commettre des attentats, tout cela pour essayer de retourner la population contre le premier ministre élu démocratiquement.

9. – Le premier ministre turc a reconnu que le gouvernement turc avait organisé les attentats de 1955 contre le consulat turc en Grèce, endommageant par la même occasion le lieu de naissance, situé a proximité, du fondateur de la Turquie moderne, tout en faisant porter la responsabilité à la Grèce et justifier les violences anti-grecques.

10. – Le premier ministre britannique a avoué à son secrétaire de la défense que le président américain Dwight Eisenhower et lui avaient approuvé un plan en 1957 pour lancer des attaques sur la Syrie et en reporter la faute sur le gouvernement syrien comme moyen de parvenir à un changement de régime

11. – Un ancien premier ministre italien, un juge italien et un ancien chef du contre-espionnage italien ont admis que l’OTAN, avec l’aide du Pentagone et de la CIA, ont organisé des attentats en Italie et d’autres pays européens pour que la population se joigne aux gouvernements dans leur lutte contre le communisme. Comme l’a fait remarquer un participant à ce programme secret: «Vous devez attaquer des civils, des gens, des femmes et des enfants, des innocents et des inconnus totalement éloignés de la sphère politique. La raison en est très simple. Tout cela pour pousser les gens, le peuple italien, à se tourner vers l’État pour demander plus de sécurité.» (Voir aussi ici) (L’Italie et d’autres pays européens avaient déjà rejoint l’OTAN avant que ces attentats ne soient perpétrés.) Et regardez cette émission spéciale de la BBC. Ils ont aussi exécuté des attentats en France, en Belgique, au Danemark, en Allemagne, en Grèce, en Hollande, en Norvège, au Portugal, au Royaume Uni et encore dans d’autres pays.

Les attentats sous fausse bannière exécutés sous ce programme OTAN/CIA comportent entre autres :

L’assassinat du premier ministre turc (1960)

Des attentats à la bombe au Portugal (1966)

Le massacre de la Piazza Fontana en Italie (1969)

Des attaques terroristes en Turquie (1971)

Les attentats à la bombe de Peteano (1972)

Les fusillades de Brescia en Italie et un attentat à la bombe dans un train (1974)

Des fusillades à Istanbul (1977)

Le massacre d’Atocha à Madrid (1977)

L’enlèvement et le meurtre d’un Premier ministre italien (1978)

Les attentats de la gare de Bologne en Italie (1980)

La fusillade et l’assassinat de 28 passants à Brabant en Belgique (1985)

12. – En 1960, le sénateur américain George Smathers propose que les États Unis lancent «une fausse attaque sur la baie de Guantanamo qui nous donnerait l’excuse pour déclencher une bataille puis d’aller renverser Castro

13. – Des documents du département d’État montrent que, en 1961, le chef de l’armée et d’autres fonctionnaires de haut niveau discutaient de l’opportunité de faire exploser un consulat en République dominicaine pour avoir le prétexte d’envahir le pays. Le plan ne fut jamais exécuté mais tout ce beau monde l’envisageait comme une sérieuse possibilité.

14. – Comme le gouvernement américain l’a reconnu, des documents de 1962 récemment déclassifiés montrent que le chef des armées a donné son accord à un plan pour faire exploser des avions AMÉRICAINS (sous un plan très élaboré d’échange d’avions) et pour commettre aussi des actes terroristes sur le sol américain, en accuser des Cubains et justifier ainsi une invasion de Cuba. Regardez l’article de ABC, les documents officiels etl’interview par Peter Jennings de l’ancien journaliste d’investigation d’ABC world news.

15. – En 1963, le département de la Défense américain a écrit un mémopoussant à des attaques à l’intérieur de l’Organisation des États d’Amérique, dans des pays comme la Jamaïque ou Trinité et Tobago, pour ensuite en accuser le gouvernement cubain.

16. – Le département de la Défense américain a même été jusqu’à proposerde secrètement payer quelqu’un dans le gouvernement Castro pour attaquer les États-Unis: «La seule solution restante à envisager serait alors de corrompre un des subordonnés militaire de Castro pour qu’il lance une attaque sur Guantanamo.»

17. – La NSA a avoué qu’elle avait menti à propos de ce qu’il s’était réellement passé dans le golfe du Tonkin en 1964, manipulant les données pour qu’elles montrent des bateaux vietnamiens tirer sur un navire américain, justifiant ainsi le déclenchement de la guerre du Vietnam.

18. – Un comité d’enquête du Congrès américain a montré que, dans le cours de sa campagne «Cointelpro», le FBI avait utilisé de nombreux provocateurs, des années 1950 jusqu’aux années 1970, pour perpétrer des violences et les utiliser pour faussement accuser des activistes politiques.

19. – Un haut général turc a admis que les forces turques avaient incendié une mosquée à Chypre dans les années 1970 pour en faire porter la responsabilité sur leurs ennemis. Il expliqua: «Au cours de certaines guerres on accuse l’ennemi d’actes de sabotage pour augmenter la résistance populaire. On l’a fait à Chypre, on a même brûlé une mosquée.» En réponse à l’air incrédule de son interlocuteur, le général a ajouté «C’est juste un exemple

20. – Un document déclassifié de la CIA, datant de 1973, a révélé un programme pour entraîner des forces de police et militaires étrangères à la manière de fabriquer des dispositifs piégés, en faisant croire qu’ils les entraînaient seulement à la façon d’enquêter sur les actes terroristes:

Voici le programme:

a. Enseigner aux stagiaires les techniques de base pour utiliser des explosifs de démolition, commerciaux ou militaires, et la manière de les utiliser dans des opérations de terrorisme ou de sabotage industriel.

b. Présenter aux stagiaires le matériel et l’équipement disponibles sur le marché, ceux qui sont susceptible d’être utilisés par des terroristes ou des saboteurs pour fabriquer des explosifs.

c. Familiariser les stagiaires avec les concepts d’analyse de la cible et de planification des opérations utiles à un terroriste ou un saboteur.

d. Présenter aux stagiaires les moyens et techniques concernant les dispositifs piégés avec des travaux pratiques sur des dispositifs déjà fabriqués ou à fabriquer eux même.

Le programme fournit aux stagiaires de bonnes opportunités de familiarisation et d’entrainement en manipulant, préparant et utilisant les diverses charges explosives, agents incendiaires, outils de terrorisme et techniques de sabotage.

21. – Le gouvernement a admis (et ici) qu’en 1978 les services secrets allemands ont fait exploser une bombe contre le mur extérieur d’une prison et placé des outils d’évasion pour qu’un prisonnier, un membre de la Faction armée rouge, puisse s’évader et qu’on lui fasse porter la responsabilité d’un attentat.

22. – Un agent du Mossad a reconnu qu’en 1984 le Mossad avait placé un émetteur radio dans la résidence de Kadhafi à Tripoli pour transmettre de fausses émissions enregistrées par le Mossad, dans le but de faire croire que Kadhafi soutenait le terrorisme.

23. – Le Conseil sud-africain pour la vérité et la réconciliation a trouvé qu’en 1989, le Bureau de coopération civile (une branche secrète des forces de défense sud-africaines) avait proposé à un expert en explosifs de «participer à une opération destinée à discréditer l’ANC en faisant exploser le véhicule de police de l’officier chargé de l’enquête sur le meurtre», faisant ainsi croire que l’ANC était responsable de l’opération.

24. – Un diplomate algérien ainsi que plusieurs officiers de l’armée algérienne ont reconnu que, dans les années 1990, l’armée algérienne massacrait fréquemment des civils et en accusait les militants islamiques. (Voir la vidéo)

25. – Une publication de 1994 de l’armée américaine, les Tactiques techniques et procédures de défense internes pour les Forces spéciales, rééditée en 2004, recommande ouvertement d’employer des terroristes et d’utiliser des opérations sous fausses bannières pour déstabiliser les régimes de gauche en Amérique latine. Des attaques sous fausse bannière ont donc été exécutées en Amérique du sud et d’autres régions du monde dans le cadre de la guerre sale de la CIA. (Voir ici)

26. – Dans le même genre, un manuel d’opérations psychologiques rédigé par un contractant de la CIA pour le compte des rebelles contras du Nicaraguafait remarquer l’intérêt d’assassiner quelqu’un de son bord pour créer unmartyr pour la cause. Le manuel a été authentifié par le gouvernement américain. Le Washington Post, l’AP et d’autre médias ont fait un tel remue-ménage autour de cette affaire que, durant la campagne présidentielle de 1984, le président Reagan, a été confronté à cette question à la télévision nationale:

«En ce moment, nous faisons face à cette extraordinaire histoire de manuel de guérilla de la CIA distribué aux anti-sandinistes que nous soutenons, manuel qui professe non seulement le meurtres de sandinistes, mais aussi l’utilisation de criminels pour tuer des membres de la guérilla que nous soutenons, afin d’en faire des martyrs.»

27. – Une équipe indonésienne enquêtant sur les violents pillages qui se sont déroulés en 1998 a déterminé que «des membres de l’armée ont été impliqués dans les pillages, certains dans le but délibéré de les provoquer

28. – Des officiers supérieurs du renseignement et de l’armée russe ont reconnu que le KGB avait, en 1999, fait exploser des appartements occupés par des Russes pour en accuser les Tchétchènes et justifier l’invasion de la Tchétchénie. (Voir ce rapport et cette discussion)

29. – Comme le rapportent la BBC, le New York Times, et l’AP, des officiels de Macédoine ont admis que le gouvernement avait tué de sang-froid sept immigrants innocents et prétendu que c’étaient des soldats d’al-Qaïda qui tentaient de tuer des policiers macédoniens, ceci pour essayer de se joindre à la guerre contre la terreur

30. – Des officiers supérieurs de la police de Gènes, en Italie, ont avoué que, en juillet 2001, au G8 de Gènes, la police avait placé des cocktails Molotov et simulé le poignardage d’un officier de police pour justifier une violente répression contre les manifestants.

31. – Les États-Unis ont lancé de fausses accusations contre l’Irak en disant qu’il avait joué un rôle dans les attaques du 11 septembre, comme le montre un mémo du secrétariat à la Défense, et ces accusations ont été la justification principale pour déclencher la guerre contre ce pays. Même après que la Commission sur le 11 septembre n’a reconnu aucune relation entre les deux, Dick Cheney a dit avoir des preuves accablantes de relations entre al-Qaida et le régime de Saddam Hussein, que Cheney avait probablement des informations inaccessibles à la commission du 11 septembre et que les médias ne faisaient pas leur devoir en rapportant de tels liens. Les hauts fonctionnaires américains reconnaissent maintenant que la guerre d’Irak a été lancée pour le pétrole, pas pour le 11 septembre ou les armes de destruction massive. A la suite des déclarations de quelques loups solitaires, de nombreux officiels américains disent maintenant que le 11 septembre a été du terrorisme d’état, mais que ce n’était pas l’Irak qui était derrière les terroristes. (De nombreux officiels ont aussi supposé que le 11 septembre était une opération sous fausse bannière organisée par quelques voyous dans le gouvernement américain, mais une telle affirmation sort du sujet de notre discussion. Le point actuel est que les États-Unis ont accusé l’Irak tout en sachant que l’Irak n’avait rien à voir la dedans.)

32. – Même si le FBI reconnait maintenant que les attaques à l’anthrax ont été lancées par un ou plusieurs scientifiques travaillant pour le gouvernement, un haut dirigeant du FBI a dit que des officiels de la Maison Blanche leur avaient ordonné d’accuser al-Qaida pour ces attaques à l’anthrax (rappelez vous à quoi les lettres ressemblaient). Des officiels du gouvernement confirment aussi que la Maison Blanche avait essayé de lier ces attaques à l’Irak pour justifier un changement de régime dans ce pays.

33. – Selon le Washington Post, la police indonésienne a reconnu que les militaires avaient tué des professeurs américains à Papua en 2002 et accusé le groupe séparatiste papou pour qu’il soit placé sur la liste des organisations terroristes.

34. – Le très respecté ancien président indonésien Gus Dur a aussi reconnuque le gouvernement avait probablement joué un rôle dans les attentats de Bali en 2002.

35. – La police gardant le sommet de l’Union européenne de 2003 en Grèce a été filmée en train de donner des cocktails Molotov à un manifestant pacifique.

36. – L’ancien avocat du département de la Justice, John Yoo a suggéré en 2005 que les Américains devraient lancer l’offensive contre al-Qaida en «créant une fausse organisation terroriste. Elle pourrait avoir ses propres sites web, centres de recrutement et d’entrainement et opérations de financement. Elle pourrait lancer de fausses opérations terroristes et se donner le crédit pour les vrais, semant la confusion dans les rangs d’al-Qaida, semant le doute entre ses rangs et remettant en question la validité de ces communications

37. – Dans le même genre, le professeur John Arquilla de la Naval Postgraduate School, un analyste stratégique réputé pour avoir développé le concept de guerre du net, a poussé les services de renseignement occidentaux à créer de nouveaux pseudo gangs de terroristes comme moyen de perturber les vrais réseaux terroristes. Selon Seymour Hersh, un journaliste ayant été honoré d’un prix Pulitzer, la stratégie des pseudo gangs est déjà utilisée par le Pentagone:

«Selon la nouvelle méthode de Rumsfeld, m’a-t-on-dit, les stratèges militaires américains auront l’autorisation, à l’étranger, de se faire passer pour des hommes d’affaires corrompus cherchant à acheter de la contrebande pouvant être utilisée à la fabrication de systèmes nucléaires. Selon des conseillers du Pentagone, des citoyens locaux pourront être recrutés et envoyés rejoindre des guérillas ou des terroristes…»

«Ces nouvelles règles permettront à la communauté des Forces spéciales de mettre en place ce qu’ils appellent des groupes d’action dans le pays cible et qui pourront être utilisés pour infiltrer et éliminer des organisations terroristes. « Vous souvenez-vous de ces groupes paramilitaires d’extrême droite du Salvador?», me demanda l’ancien officiel du renseignement, en se référant à ces gangs ayant commis des atrocités au début des années 1990. «Nous les avons créés et financés. L’objectif maintenant est d’embaucher des gens locaux partout où nous en avons besoin. Et nous ne dirons rien au congrès à ce sujet.» Un ancien officier militaire, au courant des actions commandos du Pentagone a dit: «Nous allons marcher côte à côte avec les voyous.»

38. – En juin 2005, United Press International a publié ce rapport :

«Des officiers des renseignements américains nous ont fait savoir que quelques rebelles en Irak utilisent des pistolets Beretta 92, tous récents mais avec leurs numéros de série non visibles. Ces numéros ne semblent pas avoir été physiquement enlevés. On dirait plutôt qu’ils sont sortis de la chaine de production sans numéro de série. Ce qui indiquerait que ces armes étaient destinées à des groupes de terrain ou des cellules terroristes avec l’accord du gouvernement. Des analystes soupçonnent que ces armes ont été fournies par le Mossad ou la CIA et qu’elles sont utilisées par des agents provocateurs, car les autorités américaines montrent ces attaques de rebelles contres de civils pour délégitimer la résistance

39. – En 2005, des soldats israéliens déguisés ont avoué avoir jeté des cailloux sur d’autres soldats israéliens pour pouvoir accuser les Palestiniens et utiliser cette excuse pour réprimer les manifestations pacifiques palestiniennes.

40. – En 2007, la police du Québec a reconnu que les voyous qui portaient des cailloux au milieu d’une manifestation pacifique étaient en réalité des policiers déguisés (voir ca aussi).

41. – En 2008 un manuel sur les opérations spéciales de terrain recommandeque l’armée américaine manipule à ses fins des organisations non étatiques telles que groupes paramilitaires, individus, chefs d’entreprises, organisations politiques étrangères, organisations de résistance, expatriés, terroristes transnationaux, terroristes désillusionnés, contrebandiers ou tout autre groupe d’indésirables. Le manuel indique ouvertement que les opérations spéciales américaines peuvent utiliser autant le terrorisme que le contre-terrorisme (mais aussi des activités criminelles transnationales comme le trafic de drogue, d’armes et des transactions financières illégales.)

42. – Aux manifestations du G20 de 2009, à Londres, un membre du parlement britannique a vu des policiers en civil en train d’inciter la foule à la violence.

43. – En 2011, des politiciens égyptiens ont reconnu (ici aussi) que des fonctionnaires avaient pillé les musées de leurs objets de grande valeur et mis cela sur le dos des manifestants pour les discréditer.

44. – Un colonel de l’armée colombienne a avoué que son unité avait tué 57 civils puis leur avait mis des uniformes pour faire croire qu’ils étaient des rebelles tués au combat.

45. – Embrose Evans-Pritchard, le très respecté journaliste du Telegraph, a dit que l’ancien chef des renseignements saoudien, le prince Bandar, avait récemment reconnu que le gouvernement saoudien contrôlait les terroristes tchétchènes.

46. – Des sources américaines de haut niveau ont admis que le gouvernement turc, membre de l’OTAN, avait organisé l’attaque chimique dont on avait accusé le gouvernement syrien. Un membre haut placé du gouvernement turc a reconnu que des plans était prévus pour perpétrer des attaques et accuser le gouvernement syrien de celles-ci.

47. – Le chef de la sécurité ukrainienne a reconnu que les tirs de snipers qui ont déclenché le coup d’État ont été réalisés dans ce but. Des officiels ukrainiens ont précisé que les snipers ukrainiens avaient tiré sur les deux camps afin de provoquer le maximum de désordre.

48. – L’agence d’espionnage britannique a admis (voir ici) qu’elle exécute des cyber attaques sous fausse bannière sur des cibles, piégeant ces cibles en écrivant des propos offensifs ou illégaux… pour ensuite prétendre que ce sont elles qui les ont écrites.

49. – Des soldats américains ont avoué que s’ils tuaient des innocents en Irak ou en Afghanistan, alors ils abandonnaient des armes près des corps pour faire croire qu’ils étaient des militants.

50. – De la même manière, la police piège des innocents pour des crimes qu’ils n’ont pas commis. Cette pratique est si connue que le New York Timesécrit en 1981: «Dans le jargon policier américain, un throwdown est une arme que l’on place intentionnellement près de la victime

En 1999, Newsweek rapporte:

Perez, un ancien policier de Los Angeles, fut surpris en train de voler huit livres de cocaïne du casier à preuves de la police. Après avoir plaidé coupable, il demanda un allègement de sentence en racontant une étonnante histoire de tentative de meurtre et de throwdown, mot d’argot pour une arme déposée par des policiers pour justifier légalement une fusillade. Perez a dit que son partenaire, l’officier Nino Durden, et lui avaient tué un membre désarmé du Gang de la 18e Rue, puis placé un fusil semi automatique près du suspect inconscient pour déclarer que celui-ci avait essayé de leur tirer dessus.

Wikipedia note:

«Dans le cadre de son allègement de peine, Perez impliqua des dizaines d’officiers de la division antigang, en racontant qu’ils battaient régulièrement les membres des gangs, plaçait des preuves sur les suspects, falsifiaient les rapports et provoquaient eux mêmes des fusillades.»

(En aparté, même si ce ne sont techniquement pas des attaques sous fausse bannière, la police a été prise piégeant des innocents par de nombreux autres moyens, aussi)

C’est tellement commun qu’il y a un nom pour cela.

Un ancien officier des renseignements a récemment soutenu que: «La plupart des terroristes sont des terroristes sous fausse bannière ou sont créés par nos propres services de sécurité

Cela pourrait être une exagération (et, comme on a vu dans les exemples ci-dessus, les États-Unis ne sont pas les seuls à avoir employé cette méthode). Le fait est que c’est une stratégie largement utilisée.

Cette forme de tromperie est si commune qu’on lui a donné un nom il y a des centaines d’années.

Le terrorisme sous fausse bannière est défini comme un gouvernement qui attaque son propre peuple, pour reporter l’accusation sur d’autres et justifier la guerre qu’ils vont leur faire.

Ou, comme le définit Wikipédia :

«Une opération sous fausse bannière est une opération secrète conduite par des gouvernements, des corporations ou autres organisations, qui est planifiée pour faire croire qu’elle a été perpétrée par une autre entité. Le terme vient du concept militaire d’utiliser un faux drapeau, c’est à dire utiliser un drapeau d’un pays qui n’est pas le sien. Les opérations sous fausse bannière ne se limitent pas aux temps de guerre ou de contre-révolution et ont aussi été utilisée en temps de paix, par exemple durant la stratégie de la tension en Italie.» (NdT : Voir exemple N 11)

Le mot vient de l’époque des bateaux en bois, lorsqu’un bateau hissait le pavillon de son ennemi avant de l’attaquer. De cette inversion de bannière vient le terme attaque sous fausse bannière.

En fait, ce concept est si bien accepté que les règles d’engagement naval,aérien ou terrestre interdisent toutes les attaques sous fausse bannière. Plus précisément, les règles d’engagement statuent qu’une force militaire peut porter le drapeau de l’ennemi, imiter leurs insignes ou en porter les vêtements… mais que la ruse doit être révélée avant l’attaque.

Pourquoi les règles d’engagement sont elles si spécifiques? Surement parce que les nations ont utilisé les attaques sous fausse bannière depuis des siècles. Et les règles de guerre ont au moins essayé que les attaques sous fausses bannière ne soient pas utilisées comme justificatif au déclenchement d’une guerre.

En d’autres mots, ces règles d’engagement montrent que les attaques sous fausse bannière sont des tactiques récurrentes.

Tout au long de l’histoire les dirigeants ont reconnu le danger d’une attaque sous fausse bannière:

«Le terrorisme est la meilleure arme politique car rien ne permet de mieux diriger les gens que la peur d’une mort soudaine.» – Adolf Hitler

«Bien sur que le peuple ne veut pas la guerre… Mais, après tout, c’est aux dirigeants d’un pays d’en choisir la politique, et c’est assez simple d’y rattacher les gens, que ce soit dans une démocratie, une dictature fasciste, une régime parlementaire ou une dictature communiste… Avec ou sans voix, le peuple peut toujours être amené à suivre la volonté des dirigeants, C’est facile. Tout ce qu’il y a à faire, c’est de leur dire qu’ils sont attaqués, dénoncer les pacifistes pour leur manque de patriotisme et exposer le pays à un danger. Cela marche de la même façon dans tous les pays.» – Hermann Goering

«La manière la plus simple de contrôler le peuple est de perpétuer des actes de terreur. Le peuple réclamera de telles lois si sa sécurité est mise en jeu.» – Joseph Staline

Allez-vous rester silencieux alors que votre gouvernement utilise les méthodes d’Hitler, de Goering ou de Staline? Ou allez-vous répandre le message et montrer aux autres cette pièce manquante cruciale du puzzle de l’histoire… Le terrorisme sous fausse bannière.

Tyler Durden. 

http://lesakerfrancophone.net/les-fausses-bannieres-dans-lhistoire-moderne/

Le procès des dérives de la privatisation de la guerre

PAR STÉPHANE BUSSARD NEW YORK/15/4/2015/Le TEMPS

Les quatre auteurs du massacre de civils à Bagdad en septembre 2007 ont été condamnés à de lourdes peines Les quatre auteurs du massacre de la place Nisour de Bagdad en septembre 2007 ont été condamnés à de lourdes peines, dont la perpétuité pour l’un d’entre eux

Le verdict annoncé lundi par une cour fédérale de Washington pour quatre employés de l’ex-société de sécurité privée américaine Blackwater est une étape importante dans la lutte contre l’impunité des miliciens privés abondamment utilisés pendant la guerre d’Irak commencée en mars 2003. Les quatre mercenaires ont été condamnés à de lourdes peines: la perpétuité pour l’un et 30 ans de réclusion pour les trois autres.

Les quatre employés de Black­water assuraient la sécurité de diplomates du Département d’Etat américain basé dans la capitale irakienne. Le 16 septembre 2007 toutefois, à la place Nisour, au centre de Bagdad, ils ont provoqué un carnage sans précédent, tuant 14 civils irakiens et en en blessant 18 autres au moyen de lance-grenades et de mitrailleuses. Selon le FBI, un véhicule stationné sur la place fut criblé de 29 balles. Des enfants et des femmes furent tués.

Un deuil de huit ans

Chercheur à la New America Foundation, un laboratoire d’idées de Washington, Peter Singer a consacré un livre au problème des mercenaires utilisées par l’armée américaine (Corporate Warriors). Il réagit au verdict: «Nous savons depuis près d’une décennie que sous-traiter la guerre implique de nombreux effets collatéraux. Le procès constitue l’un des premiers efforts pour sanctionner de tels comportements. C’est essentiel si l’on veut limiter de tels effets collatéraux.» Pour les familles des victimes irakiennes, c’est aussi une manière d’achever un deuil qui dure depuis près de huit ans. Les Irakiens désespéraient de voir un jour les auteurs de la tragédie condamnés par la justice américaine.

Les quatre condamnés n’ont pas manifesté de remords lundi au dernier jour du procès. Ils ont plutôt insisté sur le fait qu’ils ont agi correctement, en légitime défense, précisant qu’ils n’auraient que répliqué à des coups de feu. Or plusieurs dizaines de témoins ont invalidé cette thèse. Les employés de Blackwater n’ont cessé de préciser qu’ils ont agi en vrais patriotes pour le compte des Etats-Unis. L’un d’eux, Paul Slough, s’en fait l’écho: «Je me sens complètement trahi par un gouvernement que j’ai servi honorablement.» Nicholas Slatten, condamné à la prison à vie, avait fait un témoignage pour le moins troublant au cours du procès, déclarant: «Les vies de ces gens [Irakiens] ne valent rien, ce ne sont même pas des humains, ce sont des animaux.» Les avocats de la défense ont tenté de remettre la tragédie de la place Nisour dans son contexte, relevant que les mercenaires étaient au cœur des hostilités à un moment intense de la guerre d’Irak et après des attentats du 11-Septembre traumatisants. Leurs arguments n’ont pas convaincu la justice.

160 000 mercenaires en Irak

Le procès a redonné un coup de projecteur sur un phénomène préoccupant qui a pris des proportions inédites en Irak. Blackwater, société qui s’est rebaptisée Xe Services, puis Academi, a eu plus de 160 000 employés en Irak, soit davantage que ce que l’armée américaine avait de soldats. Dirigée à l’époque par Erik Prince, un gros donateur du Parti républicain, elle a obtenu des contrats du gouvernement américain pour plus d’un milliard de dollars. Or l’engagement de tels mercenaires n’a cessé de soulever des questions telles que le régime juridique auquel ils sont soumis et le déficit démocratique qu’il provoque. Les citoyens américains paient pour leur armée, mais n’ont rien à dire quand celle-ci sous-traite ses missions sans demander l’approbation du Congrès.

La privatisation de la sécurité par l’armée américaine et d’autres armées nationales a fortement augmenté au lendemain de la fin de la Guerre froide, où les effectifs militaires ont été réduits. Elle a permis au Pentagone de substantielles économies, mais a posé de vrais problèmes de contrôle. Aujourd’hui, le groupe de travail de l’ONU sur l’utilisation des mercenaires se félicite de l’action de la justice américaine, tout en appelant les Etats à élaborer un traité contraignant en la matière. Mais il met en garde: «Un tel exemple est l’exception et non la règle.» Cela paraît d’autant plus important que le marché de la sécurité privée dans le monde représente au moins 50 milliards de dollars.

 http://www.letemps.ch/Page/Uuid/5cccd3b8-e2e0-11e4-94b8-e7cac4d21567/Le_proc%C3%A8s_des_d%C3%A9rives_de_la_privatisation_de_la_guerre

Un Code international de conduite pour cadrer les mercenaires

L’organisation chargée de superviser le document a été fondée à Genève en novembre 2013

La Suisse, l’Australie, la Norvège, la Suède, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont agi pour tenter de limiter les dérives de la privatisation de la guerre. Ils ont tous permis, en collaboration avec la société civile et des sociétés de sécurité privée, l’avènement d’un Code international de conduite. L’organisation chargée de superviser le document adopté en novembre 2010 est dénommée la International Code of Conduct for Private Security Service Providers’ Association et fut fondée à Genève en février 2013. Elle peut déjà s’enorgueillir, explique Andrew Clapham, professeur de droit international au Graduate Institute, d’avoir convaincu plus de 800 sociétés de sécurité privée de signer le document. «Ce code est important, explique le professeur, car il enseigne aux mercenaires leurs devoirs. Il ne remplace pas le droit international déjà en vigueur, mais il n’est pas anodin non plus. Le code est inclus dans les contrats conclus avec les gouvernements. S’il y a violation du Code de conduite, il y a aussi violation du contrat et l’affaire peut être portée devant la justice.»

Pour l’heure, il est difficile de mesurer l’impact du Code de conduite, mais certains gouvernements, ajoute Andrew Clapham, ont déjà précisé qu’ils ne solliciteraient pas de telles sociétés si elles n’ont pas adhéré au document. Dans quelques années, ajoute-t-il, les gouvernements pourront toutefois voir quelles sont celles qui ont agi en conformité avec le Code de conduite et refuser de collaborer avec celles qui n’ont pas agi dans ce sens.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/3732ce14-e2e0-11e4-94b8-e7cac4d21567/Un_Code_international_de_conduite_pour_cadrer_les_mercenaires

 Guerre civile en hausse, humanisme en baisse


Pepe Escobar
Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 10 avril 2015 – SourceAsia Times

…the backward half-look
Over the shoulder, towards the primitive terror”

T.S.Eliot, The Dry Salvages

[« … le coup d’œil vers l’arrière
Par dessus l’épaule, vers la terreur primitive »]

Nous vivons des temps tristes – et dangereux. Nous sommes impuissants face aux souffrances continuelles du Moyen-Orient ou à la préparation de la guerre froide 2.0 ; face aux ramifications innombrables de la guerre permanente du Pentagone ou la paupérisation des classes moyennes du monde occidental. Le sentiment d’une guerre civile mondiale ne fait aucun doute. Au moins, dans quelques obscurs recoins de l’Otanistan, quelques-uns des meilleurs et des plus brillants esprits pensent, en silence.

Dans un bref ouvrage – Stasis. La Guerra Civile come Paradigma Politico [Pour une théorie politique de la guerre civile*] – basé sur deux séminaires à Princeton et disponible en italien et en français, mais pas encore en anglais, le philosophe Giorgio Agamben identifie la guerre civile comme le paradigme constitutif de la politique occidentale. La question essentielle est de savoir si cette proposition a été modifiée par notre chute civilisationnelle dans la dimension de la guerre civile mondiale.

Stasis est la guerre civile qui a causé des troubles au sein de l’anciennepolis [cité, NdT] grecque. Hannah Arendt avait déjà conceptualisé la guerre civile globale en 1963. Agamben argumente cela en termes historiques mondiaux, et aujourd’hui la guerre civile est représentée par le terrorisme.

Donc si Foucault avait raison quand il qualifiait la politique moderne debiopolitique, alors, selon Agamben : «Le terrorisme est la forme prise par la guerre civile lorsque la vie devient un enjeu politique.»

Il s’agit de l’équilibre entre oikos (la famille) [dont dérive le mot économie, NdT] et polis (la cité) comme les Grecs – toujours eux – le définissaient. Donc, si la polis se présente elle-même sous la forme rassurante d’un oikos, comme dans l’image si réconfortante de la maison Europe vendue par Bruxelles, ou dans celle du «monde comme espace absolu de la gestion économique mondiale», alors, argumente Agamben, «la guerre civile, qui ne peut pas être placée entre oikos et polis, devient le paradigme de tout conflit et prend le visage de la terreur».

Ainsi, terrorisme égale guerre civile globale. La prochaine étape, que Agamben ne franchit pas – après tout, c’est un bref essai –, serait de qualifier la multitude de déclinaisons du terrorisme; pas seulement le genre ISIS/ISIL/Daesh, mais aussi le terrorisme d’État, comme dans le massacre aveugle de civils dans le monde entier par nos suspects impériaux et sous-impériaux habituels.

La barbarie commence à domicile.

Comme le terrorisme est une forme de barbarie, un autre court essai –L’Europe à Deux Visages** – du sociologue Edgar Morin, fait un pas de plus en nous emmenant dans une brève mais très ambitieuse anthropologie de la barbarie humaine.

Edgar Morin soutient que les idées d’Homo sapiens, Homo faber et Homo economicus sont insuffisantes. Après tout, Homo sapiens peut devenir Homo demens (voir l’archive politique sans fin du délire et de la démence, de Néron à Dick Cheney). Homo faber peut aussi produire une collection infinie de mythes. Et Homo economicus peut aussi se transformer en Homo ludens, un joueur joyeux (à l’exception du ministre allemand des Finances Schäuble).

La cruauté humaine appartient évidemment à Homo demens; un producteur assoiffé de délire (Ibrahim, le calife de Daesh), de haine (des Saoudiens contre les chiites), de mépris (des riches à l’égard des opprimés) et – les Grecs, encore une fois – d’hubris (les manipulations et les vicissitudes de l’Empire du Chaos). Sans oublier, Morin nous le rappelle, que la technologie introduit sa propre forme de barbarie; la barbarie du calcul pur et glacé.

Morin nous montre que l’Europe n’a peut-être pas eu le monopole de la barbarie, mais qu’elle a certainement présenté toutes les formes de barbaries enregistrées dans l’Histoire, sous une forme beaucoup plus durable, massive et innovante [et rationalisée, NdT]. Et il relie toutes ces innovations à la formation de la nation européenne moderne, en Espagne, en France, au Portugal, en Angleterre.

Le cas le plus accablant est l’Espagne. Dans les régions musulmanes – Al Andalus – il y avait une grande tolérance à l’égard des chrétiens et des juifs et, dans la région chrétienne, de la tolérance à l’égard des musulmans et des juifs, jusqu’en 1492.

Alors que s’est-il passé en 1492 ? «Pas seulement la découverte de l’Amérique et le début de la conquête du Nouveau Monde. C’était aussi l’année de la conquête de Grenade, le dernier bastion musulman en Espagne, et peu après, du décret imposant aux juifs et aux musulmans de choisir entre la conversion et l’expulsion. Cette invention européenne, la nation, a été construite dès le départ sur une base de purification religieuse.»

Eh bien, au moins l’Occident a aussi été béni par la Renaissance – qui a donné naissance à l’humanisme européen. Morin identifie deux explications divergentes de l’essence de l’humanisme. L’une exalte la tradition judéo-chrétienne. L’autre se réfère à la Grèce antique – parce que c’est dans la pensée grecque que l’esprit et la rationalité humaine affirment leur autonomie. La meilleure chose qu’on peut dire de l’humanisme est qu’il a développé le message grec, revitalisé dans l’Italie de la Renaissance. Contempler le Printemps de Boticelli aux Offices pendant quelques minutes suffit à régler la question.

Auschwitz = Hiroshima

Morin nous rappelle aussi que «dans la cité démocratique athénienne, la déesse Athena ne gouverne pas, elle protège». La vraie signification de la démocratie est que «les citoyens responsables tiennent le gouvernement de la cité entre leurs mains». Difficile de faire entrer Merkel, Cameron, Hollande ou la nouvelle Maison du capo des Saoud dans cette description.

En parallèle, comme la barbarie de l’Europe a évolué, Morin nous rappelle aussi qu’elle a toujours traité l’Autre – entendez les pays du Sud – comme des barbares, au lieu de célébrer les différences et d’y voir une occasion d’enrichissement mutuel par la connaissance et les relations humaines.

Il y a des exceptions, bien sûr. Ainsi, dans notre piteuse condition actuelle, le moins que nous puissions faire est de tenir compte des leçons de Spinoza – pour qui la raison était souveraine; non pas «une raison froide, glaciale, mais une raison profondément bienveillante». Spinoza était un esprit aussi indépendant que Montaigne – un autre modèle parmi ceux qui nous inspirent.

Morin est implacable; si Auschwitz était la barbarie suprême, alors Hiroshima l’était aussi. Il qualifie Bruxelles, à juste titre, de techno-bureaucratie européenne; il insiste sur le fait que la Turquie est une puissance européenne, en particulier depuis la chute de Byzance ; et il remarque avec émotion que «la culture russe a apporté sensibilité et profondeur humaine à la culture européenne, puisque  la Russie aussi est européenne». Essayez donc de dire ça aux fourriers de la guerre froide 2.0.

Donc tout n’est pas perdu, même si nous devons admettre que la barbarie, c’est aussi nous. Morin nous dit que réfléchir sérieusement à la barbarie contribue à régénérer l’humanisme. Donc même assiégés, même sous l’égide d’une guerre civile mondiale, nous résisterons, avec nos cœurs et nos esprits. No pasarán.

Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).

Notes
*       Editions du Seuil, Paris, 2015
**     Lemieux éditeur, Paris, 2015

Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.net/guerre-civile-en-hausse-humanisme-en-baisse/

5 réponses »

  1. Extraordinaire…les articles de zerohedge, de Pablo Escobar et la vidéo de Friedman
    A diffuser sans modération..contre poison vital…..
    Merci à vous de relayer ainsi et de nous donner des éclats de vérité …de déchirer le voile du mensonges ..et de l’horreur qui s’organise..en préparant les moutons à finir a l’abattoir..

    J'aime

  2. « Leurs coûts sont dissimulés par la création monétaire des banques centrales, mais elles contribuent à la destruction continue des économies. »

    avec tout le respect du à Ron paul et cela revient au même mais :
    c’est la création monétaire qui est dissimulée par leur cout

    aucun rapport lol sauf que l’on parle ici de Ron paul de la fed et de la guerre
    à propos d’ Eisenhower: il est le dernier à avoir audité la fed

    fausse bannière:
    il manque mai 1968

    sinon lorsqu’on analyse ce que fait le deb@le valls+le ps suite à charlie hebdo (plus le fait que Maris anti euro ait été assassiné) : on est obligé de penser à un coup tordu
    comment aurait-il pu faire passer son petit patriot act autrement ?!!

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  3. pour le jugement des mercenaires:

    ce jugement est un scandale, ces militaires n’étaient pas des mercenaires mais des militaires américains. Washington les a envoyé en Irak: c’est à Washington de payer

    lorsque j’ai dit ici,aux us, qu’aujourd’hui l’armée était le seul contre pouvoir au cartel , je le pense vraiment. l’armée a été le dindon de la farce : les marines se sont fait escroqués
    C’est la raison pour laquelle amha Kyle Bass a financé Chris Kyle

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  4. en 2001/2002 ai lu une lettre de Stratfor -souvent relayé par mauldin par lequel je l’ai lu- qui expliquait à propos de la france:
    que la situation avec les immigrés était explosive et ne demandait qu’à dégénérer
    qu’on pouvait s’attendre (le plus serieusement du monde) à ce que les francais construisent des camps de concentration pour les immigrés d’ici 20ans

    je sais que je possède cette note mais il me faudrait 10/20h pour la retrouver

    quand vous avez lu cette note, vous comprenez comment et pourquoi en 24h tous les dirigeants (y compris israel) sont arrivés à paris pour célébrer charlie hebdo (sauf les kerry car cela serait trop voyant)
    (ndlr pour importer la merde en france)
    plus anecdotique, vous comprenez aussi pourquoi les us ont crée des fonds de revitalisation avec les jeunes de banlieues (! véridique)

    les gens de l’umps soit se sont des abrutis soit des collabos

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  5. j’ai des réactions assez épidermiques contre la gauche… mais quand je commence à lire une analyse et que je constate des propos qui tendent à la victimisation du communisme voir du socialisme… aussitôt je décroche. J’ai le sentiment que tout le reste ne sera que mensonge…
    Une pétition circule actuellement pour la libération d’un activiste de Pravy Sektor qui a participé à l’assassinat d’Ukrainiens pro-russes, le 2 mai 2014 à la maison des syndicats… cette pétition du réseau « pro Maïdan » en appelle aux mouvements de gauche et notamment aux libertaires pour aller foutre le boxon en Crimée…
    Cette pétition est une pétition de réseaux bien implantés en France, et soutenus par le sénateur Maurey de l’UDI (la fausse Droite française qui copine avec l’UMP)….

    Que la gauche pose son masque d’humanistes… et qu’elle se montre telle qu’on devrait la voir (vue de l’esprit)…
    Le national-socialisme et le bolchévisme… y’a pas besoin de faire un dessin non plus !

    Un peu marre de ces escroqueries intellectuelles, de tous ces mecs qui font des analyses pleines de bon sens à première lecture, mais qui au final ne servent qu’à laver ces immondes gauchiasses de tout le sang qu’ils ont sur les mains…

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