Art de la guerre monétaire et économique

La fin de la prodigalité de l’Europe (Hans Werner Sinn)/ Quand Ben Bernanke blâme l’Allemagne (Andreas Hofert)/ Que venons-nous faire dans cette pétaudière ukrainienne ?/ Y a-t-il ou non une imposture nommée Tsipras?

La fin de la prodigalité de l’Europe Par Hans Werner Sinn

 Université de Munich, Institut Ifo Project Syndicate mars15

Les plans d’aide aux économies en crise ont montre leur inefficacité. Et l’euro sa crédibilité. 

L’euro a créé une crise de la balance des paiements en Europe, comme l’a fait le système monétaire des années 1920 fondé sur l’étalon-or. En fait, une seule chose distingue ces deux épisodes: les pays actuellement en crise peuvent faire appel à de vastes programmes internationaux de renflouement. 

Ces programmes ont soulagé les tensions financières dans la zone, mais à quel prix? Non seulement ils ont permis aux investisseurs de ne pas avoir à payer le coût de leurs mauvaises décisions; ils ont également donné l’occasion aux pays du sud de l’Europe dont les prix sont trop élevés de retarder ce qui revient à une dévaluation sous la forme d’une réduction des prix relatifs des marchandises. Cette dévaluation de la monnaie est généralement nécessaire pour restaurer la compétitivité érodée par les débuts de l’euro, qui avait gonflé l’inflation. 

En réalité, pour des pays comme la Grèce, le Portugal ou l’Espagne, il faudrait pour qu’ils redeviennent concurrentiels qu’ils baissent les prix d’environ 30% de leurs propres produits par rapport à ceux du reste de la zone euro au début de la crise. L’Italie a probablement besoin de réduire ses prix relatifs de 10% à 15%. Mais le Portugal et l’Italie n’ont pu jusqu’ici effectuer une telle «dépréciation effective», tandis que les prix relatifs en Grèce et en Espagne n’ont diminué que de 8% et 6%, respectivement. 

Fait plutôt révélateur, de tous les pays en crise, seule l’Irlande est parvenue à passer le point critique. La raison en est évidente: la bulle spéculative avait déjà éclaté en Irlande dès la fin de 2006, à l’époque où les fonds de sauvetage n’existaient pas. L’Irlande devait se débrouiller seule, elle n’avait donc d’autre choix que d’instaurer de grandes mesures d’austérité, réduisant de 13%, du sommet au creux, les prix relatifs de ses produits par rapport aux autres pays de la zone euro. Aujourd’hui, le taux de chômage de l’Irlande fond à vue d’œil et son secteur manufacturier est en plein essor. 

En termes relatifs, la Grèce est le pays qui a reçu la grande part des fonds du programme de renflouement européen et c’est celui qui a connu la plus grande hausse du chômage. Les prêts officiels octroyés aux pays en difficulté par la Banque centrale européenne et la communauté internationale ont augmenté d’un facteur supérieur à 6 dans les cinq dernières années, de 53 milliards d’euros 

(58 milliards de dollars) en février 2010 à 324 milliards d’euros, ou 181% du PIB actuel. Malgré cela, le taux de chômage a plus que doublé, de 11% à 26%. 

Quatre mesures économiques et politiques peuvent être prises pour sortir de ces ornières. L’Europe pourrait en premier lieu devenir une véritable fédération dotée de mécanismes de transfert, le Nord accordant de plus en plus de crédits au Sud pour ensuite renoncer à leur remboursement. Le Sud pourrait aussi, en second lieu, adopter des mesures déflationnistes. Ou bien, troisième option, c’est le Nord qui pourrait stimuler son économie. En dernier et quatrième recours, les pays qui ne sont plus concurrentiels peuvent toujours sortir de l’Union monétaire européenne et se mettre à dévaluer leur nouvelle monnaie. 

Chaque voie est jonchée de redoutables embûches. La première crée une dépendance permanente des transferts, qui, en soutenant les prix relatifs, empêche les économies de redevenir concurrentielles. La deuxième voie mène la plupart des pays emprunteurs à la crise et à la faillite. La troisième solution prévoit la spoliation des pays créanciers du Nord, et la quatrième pourrait avoir des conséquences qui se propagent sur les marchés des capitaux, forçant éventuellement les autorités à imposer un gel des mouvements de capitaux, comme à Chypre en 2013. 

Les politiques européennes se sont jusqu’ici contentées d’accorder des crédits aux pays en crise à un taux d’intérêt presque nul, qui pourraient ultimement se transformer en transferts. Mais pour l’instant, la BCE essaie de sortir de l’impasse par le truchement de l’assouplissement monétaire (QE). Le but avoué de la BCE est de relancer la zone euro, réduisant du même coup la valeur de l’euro à l’étranger, et ce, par le rachat d’actifs d’une valeur de plus de 1 100 milliards €. Selon le président de la BCE Mario Draghi, le taux d’inflation, qui se situe actuellement un peu en dessous de 0%, devrait se relever à une moyenne qui frôle le 2%. 

Ceci permettrait aux pays du sud de l’Europe de sortir des rets de leur manque de compétitivité, car lorsque les prix restent constants au Sud, et que ceux des pays du Nord grimpent, les pays du Sud sont en mesure de réduire progressivement les prix relatifs de leurs produits sans subir trop d’effets négatifs. Évidemment, ce scénario n’opère que si l’inflation dans le Nord est supérieure à 2%. 

Dans le cas où le sud de l’Europe maintienne son taux d’inflation à 0 % et que les prix en France augmentaient de 1%, les prix de l’Allemagne devraient augmenter au rythme annuel appréciable de 4% et les autres pays de la zone euro à 2%, pour obtenir une moyenne légèrement inférieure à 2 % pour toute la zone euro. Ces proportions devraient se répéter pendant environ dix ans pour faire revenir la zone euro en situation d’équilibre. Le niveau des prix en Allemagne serait alors de 50% supérieur à celui d’aujourd’hui.

Il est vrai que je m’attends à ce que l’assouplissement monétaire crée un peu d’inflation. Puisque le taux de change est le prix relatif d’une monnaie, à mesure que plus de billets en euros entrent en circulation, leur valeur doit baisser substantiellement pour établir un nouvel équilibre sur le marché des changes. L’expérience de programmes semblables aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Japon montre que l’assouplissement monétaire déclenche cette tendance lourde à la dévaluation. L’assouplissement monétaire dans la zone euro permettra donc d’atteindre le taux d’inflation visé par Draghi au moyen du prix des importations et des exportations. Reste à savoir si cet effet suffira à relancer le sud de l’Europe 

Il est peu probable que le Japon, la Chine et les États-Unis ne réagissent point devant la dévaluation de l’euro, qui pourrait même dégénérer en guerre mondiale des taux de change. D’autant plus que les pays du Sud de l’Union européenne, au lieu de maintenir les prix, pourraient bien cesser leurs programmes d’austérité et émettre un volume toujours plus élevé de titres souverains pour stimuler l’économie. Les gains obtenus sur le plan de la compétitivité et de l’équilibre ne seraient ainsi jamais atteints faisant en sorte qu’après le feu de paille du début, la zone euro rechuterait en état de crise permanente. En fin de compte, l’euro perdrait toute crédibilité pour disparaître dans les limbes. 

Il est à espérer que ce scénario ne se réalise jamais, et que les pays du sud de l’Europe gardent le cap de l’austérité. Car c’est bien là leur dernière chance. 

http://www.project-syndicate.org/commentary/euro-demise-quantitative-easing-by-hans-werner-sinn-2015-03/french

A propos Par Bruno Bertez

Ce texte de Sinn est de qualité, il contraste avec la bouillie pour les chats que nous délivrent les Banquiers Centraux comme Dudley ou Bernanke; Sinn cherche à tracer les articulations, les causes et les effets de mesures qui sont prises et à restituer la réalité des objectifs, même si ceux-ci sont cachés: Nous avons développé il y a peu une analyse voisine de celle de Sinn, avec la même articulation, c’est à dire la recherche par Draghi d’une inflation forte dans les pays du Nord et d’une inflation nulle dans les pays du Sud et la France. C‘est une nouvelle politique qui remplace la politique ancienne de dévaluation interne couplée à l’austérité.

Cette politique court le risque de faire dériver les pays du Nord et de rogner leur compétitivité, il est difficile d’imaginer qu’elle sera acceptée, mais on ne sait jamais.

Cette politique ne résout que partiellement le problème de compétitivité et celui des déséquilibres budgétaires et elle repose sur une grande rigueur de gestion chez les pays du Sud.

Est-ce réaliste ?

Pour les marchés financiers, en revanche elle est positive à court et moyen terme.

Nous privilégions les actifs Allemands et singulièrement l’immobilier.

En France nous privilégions les actifs dont le rendement est encore autour des 4%, l’immobilier locatif, les SCI, etc.

Quand Ben Bernanke blâme l’Allemagne Par Andreas Hofert

Chef économiste, UBS Wealth Management Agefi Suisse 14/4/2015 

Il développe la théorie de l’excès d’épargne. Mettant en avant l’excédent de la balance des paiements. 

Outre le regain d’inquiétude quant à un «Grexit» ou «Graccident» et en plus des doutes croissants quant à la vigueur de la croissance économique aux Etats-Unis après la publication d’un rapport très décevant sur le marché de l’emploi américain en mars, le week-end de Pâques a été marqué par un autre événement intéressant: le lancement du blog de Ben Bernanke l’ancien président de la Réserve fédérale américaine. 

Ses trois premiers billets étaient consacrés aux causes de l’environnement de faibles taux d’intérêt qui, d’après Ben Bernanke, ne sont bien évidemment pas imputables à la Fed et aux 4500 milliards de dollars de ses programmes d’assouplissement quantitatif successifs. Qui en doutait? Selon lui, les causes profondes résident plutôt dans l’excès d’épargne à l’échelle mondiale, un concept qu’il avait déjà énoncé en 2005. 

Dans son quatrième billet intitulé «Germany’s trade surplus is a problem» (L’excédent commercial de l’Allemagne pose problème), il développe un peu plus sa théorie de l’excès d’épargne en prenant comme exemple l’énorme excédent de la balance des payements courants allemande. 

Lorsque l’on se penche sur les déséquilibres mondiaux, on se focalise habituellement sur les pays déficitaires. Toutefois, dans la mesure où chaque déficit courant suppose qu’il y ait des excédents du même ordre, les pays excédentaires peuvent également être décriés. Alors, pourquoi ne pas retourner le blâme et faire des pays excédentaires le cœur du problème des déséquilibres? 

Ben Bernanke n’est pas le premier à développer cette argumentation. Ces dernières décennies, les responsables politiques américains, alarmés par l’ampleur du déficit de la balance des paiements courants des Etats-Unis, n’ont eu de cesse d’accuser le Japon ou la Chine de se livrer à une concurrence déloyale en manipulant leur monnaie. Et même l’Allemagne a été critiquée pour sa balance excédentaire. Pourtant, avec l’euro, on peut difficilement l’accuser de manipuler sa monnaie. Ainsi, en mars 2010, la ministre française des Finances de l’époque, Christine Lagarde, avait estimé que l’Allemagne «devrait relancer la consommation intérieure, qui stagne depuis longtemps, pour aider les pays en difficulté de la zone euro à stimuler leur exportations et à assainir leurs finances». Les responsables politiques allemands avaient alors raillé ces propos, caractéristiques selon eux du dirigisme à la française. 

Ben Bernanke ne dit pas autre chose: «L’Allemagne pourrait aider à raccourcir la période d’ajustement dans la zone euro et soutenir la reprise économique en prenant des mesures pour réduire son excédent commercial, alors même que d’autres pays de la zone euro continuent à réduire leurs déficits.» 

Pour ce faire, elle pourrait investir dans ses infrastructures, augmenter les salaires des travailleurs allemands ou procéder à des baisses d’impôts ciblées pour stimuler l’investissement privé en Allemagne, y compris la construction de nouveaux logements. 

Au premier abord, cela semble pertinent. Mais là encore, c’est davantage le type de programme que l’on attendrait de la part d’une avocate française plutôt que d’un économiste américain. L’accroissement de la dépense publique par le biais des investissements d’infrastructure ou des incitations fiscales, notamment lorsque l’économie se porte déjà bien, sonne comme de l’hyper-keynésianisme, sur une ligne défendue habituellement par Paul Krugman. 

En outre, si l’Allemagne fait figure de meilleur élève au sein du G7 en ce qui concerne le ratio dette/PIB, c’est simplement parce qu’elle fait partie d’une classe de cancres. Le ratio dette/PIB de l’Allemagne, qui est de 80% à l’heure actuelle, est supérieur de 20 points à ce qui était autrefois considéré comme le seuil d’adhésion à la zone euro. 

Quant à augmenter les salaires des travailleurs allemands, c’est plus facile à dire qu’à faire. N’oublions pas que l’Allemagne, à l’instar des Etats-Unis, est une économie de marché où les salaires sont négociés entre les partenaires sociaux et non imposés par le gouvernement. On peut cependant rassurer Ben Bernanke un peu ici, les dernières négociations salariales allemandes, notamment dans la métallurgie, se sont conclues a l’avantage des salariés. 

Cela dit, Ben Bernanke, ne s’interroge pas sur la cause première de l’énorme excédent de la balance des paiements courants de l’Allemagne. Le solde de cette balance reflète à la fois le degré de compétitivité (exportations moins importations) et l’ampleur de l’épargne. 

L’Allemagne a un tel excédent car elle est très compétitive – des hausses de salaires écorneraient évidemment cette compétitivité – mais aussi parce qu’elle épargne beaucoup. Ce dernier facteur tient non seulement à des stéréotypes culturels mais aussi au fait que, parmi les pays développés, l’Allemagne est (après le Japon) celui qui présente le déclin démographique le plus marqué, avec à la clé des promesses non financées colossales pour l’Etat dans son système de pensions. 

Ceux qui demandent au gouvernement allemand de dépenser plus alors que le pays doit relever l’immense défi du vieillissement démographique font, à mon avis, preuve d’une grande naïveté ou d’une très courte vue.

http://www.agefi.com/quotidien-agefi/forum-blogs/detail/edition/2015-04-14/article/il-developpe-la-theorie-de-lexces-depargne-mettant-en-avant-lexcedent-de-la-balance-des-paiements-396128.html?issueUID=827&pageUID=24698&cHash=5e0d98dd08164f721e60b362d9b580a5

Même avec des ressources suffisantes, l’Allemagne refuse encore de dépenser

Par Arnaud Lefebvre · 08 avr. 2015/ Express be

 « En Allemagne, le mot dette équivaut au mot faute », a déclaré l’ancien Premier ministre italien, Mario Monti, dans une interview. Monti définit ainsi la position de l’Allemagne qui refuse les dépenses et les investissements malgré le fait de bénéficier de ressources suffisantes et de jouir d’un contexte favorable pour impulser l’économie régionale.  

Monti figure en bonne place parmi les détracteurs de la chancelière Angela Merkel quant à son refus de dépenser et de sortir sa carte de crédit, attitude qui freine l’économie de la zone euro et rend plus difficile le dépassement les obstacles de la crise financière. En s’asseyant sur le banc de touche fiscal et ce, même avec un excédent budgétaire, Berlin rend plus compliquée la récupération européenne, écrit Bloomberg.

Malgré les chiffres positifs de l’Allemagne en termes de budget, Merkel et son équipe n’ont rien apporté comme solution face à la menace de déflation qui pèse sur la Banque centrale européenne. L’Allemagne paie actuellement seulement 0,2% pour des prêts à dix ans et pourrait modifier ces normes et faire payer ses préteurs, grâce à des taux d’intérêts négatifs, pour obtenir des liquidités sur 5 ans.

« Vous ne pouvez pas soutenir toute une région si la croissance est si basse », explique Michelle Tejada, économiste chez Roubini Global Economics de Londres. Selon ce dernier, les décisions allemandes ont affecté toute l’Union européenne au point de ne pas être en mesure d’atteindre leur plein potentiel pour contrecarrer les effets de la crise.

L’analyste explique qu’en refusant les dépenses, l’Allemagne pourrait faire face à des problèmes dû aux baisses de taux d’intérêt, ce qui conduirait à des difficultés futures, au point que la principale économie européenne se retrouverait à la traîne. Selon plusieurs données, l’investissement public du gouvernement allemand est passé de 14% en 1990 à 10%. Par conséquent, les experts estiment que les politiques et les dirigeants sont les principaux responsables du fait que le pays ne soit pas à la recherche d’une solution plus active pour continuer à être une puissance économique mais également pour jouer un rôle fondamental pour que la région sorte de la crise des dernières années.

http://www.express.be/business/fr/economy/meme-avec-des-ressources-lallemagne-refuse-encore-de-depenser/212559.htm

L’Europe n’a pas su rester un arbitre de la situation dans l’Est Européen 

Si les responsables des affaires étrangères européennes avaient la moindre jugeote, ils auraient laissé le fardeau Ukrainien aux Russes quitte à faire quelques gestes humanitaires, ce qui aurait été bien moins coûteux que de soutenir l’économie du pays.  En étranglant l’économie russe dans les années 80 par une course effrénée aux budgets militaires, les équipes de Reggan ont été bien plus malines. Au lieu de laisser les russes soutenir l’économie ukrainienne et le bâton merdeux qu’était le problème des prix du gaz aux seuls protagonistes  régionaux, tout ce qu’a réussi Bruxelles a été de mettre en danger ses propres approvisionnements. Cerise sur le gâteau, les européens vont devoir assurer la consommation du gaz de l’Ukraine et la prise en charge d’une dette à géométrie variable en fonction de l’équipe au pouvoir. Je ne doute pas de la ruse des ukrainiens pour hurler à la mort dans les couloirs de la Commission Européenne. Ce n’est pas à de vieux apparatchiks que l’on apprend à faire les bonnes grimaces du singe qui pleure.    

Notre diplomatie sous-estime l’importance de l’Ukraine dans le passé de la Russie.

L’origine de la Russie commence dans le bassin du Dniepr avec Kiev comme capitale vers le IXème siècle. Ce seront les débuts de ce que les historiens appelleront la civilisation Kievienne (IX-XII) aux origines de la Russie. Arrachée aux mongols – les fameux kazakhs qui deviendront les cosaques – par les principautés russes aux 18 et 19eme siècles, la région en s’étendant au détriment de l’Anatolie, deviendra la Moscovie au 17ème siècle. Le passé tourmenté du ventre mou du continent a été construit par des guerres incessantes menées par Ivan IV – dit le terrible – Pierre le Grand et enfin Catherine II, puis celles des dirigeants du 20ème siècle. Elles n’ont cessé d’en modeler la géographie au détriment chaque fois des peuples toujours considérés comme des serfs.

Elles ont aussi mis la fameuse Russie blanche en balance permanente entre l’influence asiatique et européenne. On retrouve au travers des évènements récents la schizophrénie des élites russes partagées entre le désir de s’arrimer à l’Europe et celui de s’en affranchir complètement. Mais si l’élite russe entend profiter des avantages du mode de vie de l’Europe où ils vont volontiers en vacances et faire des affaires, ils restent dépendants d’un pouvoir qui ne cesse par sa propagande de cultiver auprès du plus grand nombre une « détestation » du modèle occidental. Pour cela, ce dernier s’appuie avec succès sur un levier qui semble avoir été très sous-estimé par les européens : pour une très grande majorité de russes, l’Ukraine reste le berceau de leur origine et ils la considèrent comme partie intégrante de la grande Russie originelle. La terre noire  « tchernozem » de l’Ukraine a toujours été considérée comme le grenier agricole de la Russie. Un commentateur affirmera un jour que c’était leur Alsace et Lorraine à eux, les russes.

Les régions autour de la mer noire sont devenues un détonateur potentiel.

L’évolution dangereuse de la situation en Ukraine n’est pas due à la seule volonté de Poutine. L’activisme délétère des américains ne semble rencontrer aucune résistance en Europe. Comme toujours, les européens de l’Ouest, désorganisés, incapables de se définir une politique commune en Europe de l’Est, laissent l’Otan, faux nez de l’activisme de la politique étrangère américaine, alimenter la hargne du patron du Kremlin contre l’encerclement imposé à son pays. Peu de lecteurs savent la réalité des manœuvres américaines sur place avec la complicité muette des européens : proximité de radars de surveillance de l’intérieur de la Russie, plateformes de tirs de missiles, bases aériennes américaines proches des frontières russes, surveillance de la navigation maritime à partir d’installations de surveillance installées en Géorgie, etc. Pour le Kremlin la présence des troupes de l’OTAN sur ses frontières justifie le branle-bas actuel et la politique de reconquête de certains des territoires de la grande Russie. Pour justifier son propre activisme, le pouvoir du Kremlin utilise une propagande incessante qui fait mijoter le peuple russe dans un fort ressentiment contre les américains accusés d’être à l’origine de la baisse du rouble, de l’appauvrissement des russes, alors qu’en réalité celui-ci est surtout dû à la diminution du prix du pétrole et à un détournement massif des actifs du pays. Cette propagande fait vivre un nationalisme quasi inconnu du temps des tsars. Un nationalisme dangereux qui enferme les russes dans le sentiment d’être assiégés par leurs voisins, dont il convient de se méfier. Une guerre froide qui pourrait ne pas le rester !

Ni Poutine, ni les russes ne sont des imbéciles, mais par moment, j’ai vraiment des doutes pour les autres.

On peut s’interroger parfois sur ce qu’apprennent les responsables de la géopolitique dans les chancelleries européennes. Sur place, se développe une détestation féroce envers les américains et le suivisme de l’Europe. Le sentiment anti-américain de la zone a explosé dans tout le pourtour de la mer noire et en Russie, ramenant la région à l’époque la plus sombre de la guerre froide. Les populations de l’est européen ont le sentiment que l’Europe et les américains veulent leur faire, toujours et encore, payer le prix d’avoir été durant des décennies soumis au stalinisme. Les gens de l’Est, qui souhaitent prospérer à l’abri des visées hégémoniques des uns ou des autres, considèrent que le tropisme « anticommuniste » du Maccarthysme semble ne jamais pouvoir disparaître. Contrairement à une idée générale trop facilement admise d’un moujik inculte et manipulable à l’infini, le russe moyen est largement aussi éduqué qu’un européen et bien plus qu’un américain moyen. Il n’est pas dupe de Poutine qu’il considère comme un moindre mal pour résister à l’interventionnisme américain insidieux ou assumé qui a été à l’origine de millions de morts dans le monde au prétexte d’une lutte contre un ennemi dont on ne connaissait que la couleur : le « rouge » ! 

Face à la montée des tensions entre deux vieilles puissances qui montrent inutilement leurs muscles depuis des décennies, les diplomates les plus lucides tentent de calmer le jeu comprenant bien que jouer sur le ressentiment des peuples peut aboutir à un dérapage fatal pour la paix du monde. Aucun n’oublie que ce serait les terres européennes qui serviraient de ring. Pour l’immédiat, seul la Realpolitik de Madame Merkel montre qu’elle a compris le danger d’une raideur diplomatique et morale qui ne ferait qu’envenimer la situation. On peut regretter la présence d’un De Gaulle qui aurait tout fait pour faire basculer la Russie dans le camp européen fusse en marchant sur quelques pieds américains. Aujourd’hui il faudra faire avec le gouvernement allemand le mieux à même de guider l’Europe tout simplement parce que nos voisins allemands sont très certainement ceux qui connaissent le mieux nos voisins russes. Croisons les doigts.

http://institutdeslibertes.org/que-venons-nous-faire-dans-cette-petaudiere-ukrainienne/

Kiev se débat avec sa dette et ses oligarques

Par Emmanuel Grynszpan Moscou le Temps 11/4/15

L’endettement de l’Ukraine s’envole alors que le pays livre une guerre à la fois militaire et économique à ses adversaires

En plus du conflit dans l’est du pays qui saigne son économie, l’Ukraine ploie sous la dette extérieure et croise le fer avec des oligarques résistant à toute réforme. La dette totale de l’Ukraine est estimée à 50 milliards de dollars. En 2014, elle représentait 71% du PIB, mais le ratio va atteindre 93% cette année, selon la banque nationale d’Ukraine. Un groupe de cinq créditeurs ayant prêté un total de 10 milliards de dollars a rejeté toute restructuration jeudi. Parmi eux figure la Russie, qui attend le remboursement de 3 milliards de dollars (prêtés en 2013) en décembre 2015. Cette rigidité met en péril les négociations pour un prêt vital de 17,5 milliards venant du FMI. Ce dernier attend de Kiev qu’il dégage 15 milliards de dollars d’ici à 2019 pour le remboursement de sa dette extérieure. Les réserves en devises du pays sont tombées à 10 milliards de dollars fin mars. Vendredi, Standard & Poor’s a abaissé d’un cran à «CC» la note de la dette à long terme du pays.

Les créditeurs, les économistes et les dirigeants ukrainiens sont d’accord sur un point: le pays a besoin de réformes urgentes pour assainir les finances et remettre l’économie sur des bons rails. Mais la population et les entreprises voient avec angoisse s’approcher la cure d’austérité. Conformément aux vœux du FMI, le gouvernement a multiplié par trois les tarifs du gaz et par six ceux du chauffage pour la population à partir d’avril. Les tarifs de l’eau chaude et de l’électricité ont doublé. Kiev a aussi adopté jeudi une loi sur le secteur gazier destinée à briser les monopoles et attirer des investissements privés. Une décision clé pour ce secteur vital, mais terriblement opaque.

Réunis la semaine dernière à l’occasion d’un forum intitulé «Stress test pour l’Ukraine» organisé par l’Institut Gorshenin à Kiev, plusieurs hommes d’affaires de premier plan ont vertement critiqué le gouvernement pour sa réticence à mener de front la guerre et les réformes économiques. «Où sont les réformes? Je n’en compte pas une seule qui ait abouti à des changements positifs. La situation sur le marché de l’emploi est catastrophique», s’est écrié Sergueï Tarouta, l’une des principales fortunes du pays. Pour lui, le plus urgent est non pas la lutte contre la corruption, mais une réforme constitutionnelle permettant une véritable décentralisation. «Il faut lutter contre les causes du problème, et pas seulement les conséquences», a-t-il expliqué.

Le PDG du groupe métallurgique Zaporijstal, Rostislav Chour­ma, voit des progrès: «Les officiels sont désormais plus orientés vers les clients, mais je ne vois pas de changement systémique. Les monopoles gouvernementaux demeurent, avec leurs fléaux, qui sont la corruption et l’inefficacité.»

En parallèle, Kiev a engagé une bataille risquée contre les oligarques avec la réouverture d’une enquête sur Igor Kolomoïsky, le plus influent des milliardaires ukrainiens. L’empire de Rinat Akhmetov, de loin l’homme le plus riche d’Ukraine, fait lui l’objet d’attaques de tous les côtés. Très lié à l’ancien président Viktor Ianoukovitch, il a perdu le contrôle sur de nombreuses usines situées dans les zones contrôlées par les forces pro-russes. Son groupe DTEK, qui détient un quasi-monopole sur les marchés du charbon et de l’électricité, est depuis début avril dans la ligne de mire du ministre de l’Energie, Vladimir Demtchichine. Ses actifs métallurgiques regroupés dans la société holding Metinvest ont annoncé jeudi avoir fait défaut sur une dette de 113 millions de dollars.

Dmitro Firtash, ancien homme de main de Gazprom en Ukraine et baron de l’industrie chimique, se trouve aussi dans le collimateur. Le Ministère de l’intérieur a ouvert des enquêtes contre plusieurs dirigeants de ses sociétés, soupçonnés de détournements de fonds publics pour près de 100 millions de dollars.

Les sceptiques notent cependant que le président Petro Porochenko, lui-même milliardaire et depuis longtemps considéré comme un oligarque, châtie volontiers ses rivaux. En revanche, il n’a pas tenu sa promesse, faite pendant la campagne présidentielle, de vendre ses actifs industriels.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/7de475f4-dfb3-11e4-aa18-ff4de01147fa/Kiev_se_d%C3%A9bat_avec_sa_dette_et_ses_oligarques

Nucléaire ukrainien: à quand le prochain Tchernobyl?

PAR VLADIMIR KOUZNETSOV/ Le TEMPS 9/5/15

Dans un pays exsangue miné par la guerre, la sécurité nucléaire passe au second plan. Or, les centrales ukrainiennes ne répondent pas aux exigences minimales de sûreté. Sans argent, sans volonté politique, sans personnel qualifié, l’Ukraine – et l’Europe – s’achemine vers la catastrophe. Parole d’expert en sécurité nucléaire, le Russe Vladimir Kouznetsov

Les derniers événements en Ukraine et la déstabilisation du pays qui en découle rendent indispensable une évaluation des nouvelles menaces globales liées à la sécurité nucléaire et à la radioprotection des installations nucléaires situées sur le territoire ukrainien.

Quinze tranches (unités de production) nucléaires sont en activité en Ukraine, soit deux tranches avec des réacteurs de type VVER-1000, mises en service en 1987 et 2004 dans la centrale de Khmelnitski(où deux autres tranches identiques sont encore en construction et devraient commencer à être exploitées en 2015-2016); quatre tranches (mises en services en 1980, 1981, 1986 et 2004) avec des réacteurs de type VVER-440 dans la centrale de Rovno; trois tranches (mises en service en 1982, 1985 et 1989) avec des réacteurs VVER-1000 dans la centrale d’Ukraine du Sud et six tranches (mises en service en 1984, 1985, 1986, 1987, 1989 et 1995) avec des réacteurs de type VVER-1000 dans lacentrale de Zaporijia. Une planification de production est mise en place dans six de ces tranches nucléaires.

L’exploitation des tranches nucléaires en Ukraine n’est pas satisfaisante. Le retard dans l’exécution des stress tests, prévus parmi les mesures de l’après-Fukushima, est dû au financement insuffisant de l’industrie nucléaire. Pour cette même raison, les délais d’exécution du programme d’amélioration de la sécurité des centrales nucléaires sont toujours retardés. Et cela alors que l’Europe entière a effectué depuis longtemps de tels tests sur ses centrales nucléaires.

Actuellement, l’atteinte des coefficients de sécurité planifiés est entravée pour deux raisons: le gouvernement comprend mal l’importance de leur application, d’une part, et de l’autre, le financement d’une série de programmes est insuffisant ou fortement retardé: en particulier le programme de prolongation d’exploitation des centrales nucléaires en activité au-delà des délais impartis, le programme de modernisation et d’augmentation de la sécurité des centrales, le programme d’investissement pour le développement d’Energoatom (la compagnie nationale de production d’énergie nucléaire d’Ukraine), pour ne citer que ceux-là.

Le complexe scientifique et technique d’Ukraine n’en est qu’au tout début de son développement. L’industrie nucléaire ukrainienne ne pourra être sauvée d’une dégradation complète – celle-ci ne faisant que s’accentuer – que si elle parvient à mobiliser l’attention des hauts dirigeants du pays et si des mesures décisives sont prises en conséquence par la Russie pour alerter la communauté internationale sur la crise imminente qui guette l’industrie nucléaire en Ukraine.

Les menaces pour les générations futures de toute l’Europe sont bien réelles et clairement illustrées par le sort de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Celle-ci a cessé son activité, mais le budget ukrainien continue de lui allouer (et ceci sans qu’on y voie de fin) d’importantes sommes pour son entretien. Et cela ne concerne pas seulement les problèmes de l’unité de secours. Le problème de la gestion des déchets radioactifs et de leur transfert vers un dépôt d’Etat n’est toujours pas résolu; de même que celui de l’entreposage de combustible nucléaire irradié.

Plus de treize ans après l’arrêt définitif de ses unités de production, la centrale nucléaire de Tchernobyl reste dans le fond un objet nucléaire désorganisé. Les activités liées au traitement des déchets radioactifs, à la gestion du combustible nucléaire usé et à leur évacuation de la centrale nucléaire ne sont jusqu’à présent toujours pas séparées de l’activité d’exploitation de la centrale. La centrale n’est pas dirigée par une administration d’Etat professionnelle comme le requiert la législation sur l’industrie de l’énergie nucléaire.

Aujourd’hui, l’énergie nucléaire en Ukraine est quasiment le seul secteur qui puisse assurer la sécurité énergétique du pays et soutenir l’économie en la préservant d’un effondrement total.

Le remplacement du combustible nucléaire russe par du combustible nucléaire américain dans les centrales nucléaires d’Ukraine découle d’une opportunité politique, mais personne ne s’interroge, arguments scientifiques à l’appui, sur la sécurité nucléaire et économique du pays.

Bien que le processus de construction de nouvelles tranches dans les centrales nucléaires soit arrêté, l’état d’avancement du projet de construction d’un centre d’entreposage destiné aux combustibles nucléaires usés des centrales nucléaires ukrainiennes est également insatisfaisant.

Le développement d’une ingénierie nucléaire propre ne suscite pas l’attention qu’il faudrait. L’Ukraine, qui ne possède pas de technologies nucléaires propres et qui ne construit pas de réacteurs, pourrait passer d’une position d’avant-garde aux derniers rangs des pays désireux de développer l’énergie nucléaire.

Pour ne rien arranger, la culture de sécurité dans les centrales nucléaires est faible. Comme du temps de la catastrophe de Tchernobyl, on assiste à une course à l’augmentation de la production d’énergie électrique.

L’Ukraine n’a ni gaz ni pétrole, et le charbon est extrait dans le Donbass, qui est empêtré dans la guerre.

Actuellement, les centrales nucléaires d’Ukraine produisent 50% de l’électricité du pays et fonctionnent au maximum de leur capacité. Mais le gouvernement a pris une décision radicale pour les années 2014 et 2015 visant à augmenter la production jusqu’à 65%, et ce malgré le fait que six unités aient déjà terminé leur programme de production. Pour quelle raison? Pour pouvoir réduire le temps de l’opération de maintenance; celle-ci est effectuée uniquement lors de l’observation d’un défaut dans l’installation, et non pas dans un but préventif, comme l’exigent les règlements technologiques des centrales nucléaires.

La situation est également préoccupante en ce qui concerne la formation des cadres de l’industrie nucléaire. L’Université nationale de l’énergie nucléaire et de l’industrie de Sébastopol, qui formait autrefois les exploitants d’installations nucléaires d’Ukraine, se trouve maintenant en territoire russe. Il ne reste plus que l’Université nationale polytechnique d’Odessa qui ne peut pas former tous l’éventail des spécialistes de l’industrie nucléaire.

Il est indispensable d’attirer l’attention de l’opinion publique européenne et du gouvernement ukrainien sur l’état de l’administration de l’énergie nucléaire. La complexité des missions qui lui incombent exige des efforts considérables de l’organe administratif chargé de l’industrie nucléaire du pays, une attention et un contrôle constants de la part des organes dirigeants de l’Etat, ainsi qu’une définition claire des rôles et des responsabilités de toutes les parties impliquées dans ce processus. Dans tous les pays qui possèdent l’énergie atomique, les dirigeants de l’administration chargée de l’industrie nucléaire ont un accès direct aux premiers dirigeants du pays et sont choisis exclusivement en fonction de leur professionnalisme et non pour des motifs politiques.

L’existence d’une industrie nucléaire en Ukraine n’est possible qu’avec la création d’une infrastructure nationale à grande échelle qui garantirait tous les aspects de sécurité à toutes les étapes du cycle de vie de l’installation nucléaire. Sans une telle infrastructure, toute exploitation est impossible, de même que la réalisation d’un projet national d’énergie nucléaire en collaboration avec les fabricants d’installations de réacteurs du monde entier.

Les centrales nucléaires en activité en Ukraine ont été construites sur la base du seul système d’infrastructure sécuritaire existant en URSS.

Au cours des deux dernières décennies, le pays a créé son propre système national de soutien organisationnel et technique pour épauler l’exploitation des centrales nucléaires. Mais pour répondre à la plupart des questions de sécurité nucléaire, l’Ukraine est obligée d’attirer des scientifiques – spécialistes et ingénieurs – d’autres pays, et principalement de la Fédération de Russie.

L’exploitation future de centrales nucléaires et la garantie d’une sécurité nucléaire et écologique en Ukraine sont impossibles sans la coopération de la Fédération de Russie, étant donné que c’est justement là que se concentrent les ressources en matière de recherche scientifique et d’ingénierie. Sinon, il faudra que la Russie renonce à endosser toute responsabilité quant aux accidents et catastrophes nucléaires susceptibles de survenir en Ukraine à l’avenir.

Traduit du russe par Natacha Stroot

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/cc71ea44-ddf6-11e4-aa18-ff4de01147fa/Nucl%C3%A9aire_ukrainien_%C3%A0_quand_le_prochain_Tchernobyl

Y a-t-il ou non une imposture nommée Tsipras?

Tsipras suscite une vague sincère de sympathie en France où, de droite comme de gauche, il apparaît comme un libérateur. Pourtant, à y regarder de près, un esprit critique ne peut qu’exprimer des doutes.

Tsipras est-il Machiavel incarné?

Les admirateurs de Tsipras lui prêtent volontiers une sorte de génie machiavélique grâce auquel il naviguerait comme un poisson dans l’eau au coeur de la diplomatie internationale. Cette idée est notamment accréditée par l’excellent Romaric Godin de la Tribune, quiécrit:

En agissant avec prudence et détermination, Alexis Tsipras a su contourner la stratégie du « noeud coulant » des Européens. Désormais, la pression est de nouveau sur Angela Merkel. (…) Reste qu’Alexis Tsipras, longtemps sous-estimé par la presse étrangère, a fait preuve d’une intelligence stratégique de premier plan dans cette affaire et qui n’est pas sans rappeler celle de Fabius Cunctator, le général romain qui usa les Carthaginois victorieux d’Hannibal durant la deuxième guerre punique. Le premier ministre grec n’est certes pas assuré de remporter la victoire, mais il a prouvé qu’il était un des rares dirigeants européens à pouvoir tenir tête, sur le plan tactique, à Angela Merkel.

On comprend bien que, face au dogmatisme prussien qui domine, chacun ait besoin de se chercher un héros capable de terrasser le monstre et d’apporter, enfin, la bouffée d’oxygène dont nous avons besoin pour reprendre notre souffle, et pour sortir de ce cauchemar technocratique qu’est l’Europe. Simplement, Tsipras ne paraît pas le bon cheval sur qui miser, pour plusieurs petites raisons que l’actualité de la semaine a encore montrées.

Tsipras, fort en propagande, faible en résultat

Tsipras a un mérite: il a compris qu’il fallait donner le change et toujours inspirer le sentiment de réussir, même (voire surtout?) quand on se prend une méchante gamelle. C’est devenu la marque de fabrique du personnage: il annonce urbi et orbi des victoires qu’il ne remporte jamais. Et quand il ne les annonce pas lui-même, il fait porter les fausses nouvelles par ses messagers.

Dimanche dernier, par exemple, son ministre Varoufakis est sorti de sa visite à Christine Lagarde, directrice générale du FMI, en déclarant:

« Mme Lagarde (…) a souligné que, dans le cas de la Grèce, le Fonds est disposé à faire montre de la plus grande souplesse dans la manière dont les réformes et propositions budgétaires du gouvernement seront évaluées », précise le ministère.

Le problème est que la vraie version est un peu différente: non seulement Christine Lagarde n’a rien lâché sur les 460 millions d’euros que la Grèce devait lui rembourser, mais elle a confirmé qu’elle exigeait de la Grèce une réforme des retraites.

Dans la foulée, le ministre grec a rencontré le sous-secrétaire d’Etat américain au Trésor, Nathan Sheets, et une conseillère de Barack Obama. On n’épiloguera pas ici sur le côté très « second rang » des interlocuteurs américains de la Grèce. Officiellement, il s’agissait de présenter les réformes que la Grèce entendait mener.

Cette visite a donné lieu à un désaveu cinglant de la politique grecque par les Américains:

Le responsable américain a appelé la Grèce « à s’engager pleinement dans un processus de négociations techniques avec ses partenaires internationaux afin de finaliser un programme de réformes qui mérite un soutien financier en temps opportun de la part des créanciers de la Grèce », a indiqué un porte-parole du Trésor.

En fouillant un peu, on comprend rapidement que la remontée de bretelles ne s’est pas arrêtée là. Caroline Atkinson, conseillère d’Obama, a probablement profité de cette visite pour dire à Varoufakis tout le mal qu’elle pensait des cajoleries que Tsipras ne cesse de faire à la Russie.

La visite de diversion aux Etats-Unis n’a donc rien d’un succès diplomatique, ni d’une initiative géniale. Elle est, pour Tsipras, une occasion de plus de se prendre une veste.

L’imposture de la visite en Russie

Mais le plus caricatural de l’imposture est apparu avec la visite rendue par Tsipras à Moscou, présentée de-ci de-là comme une opération maîtresse de renversement des alliances, de nature à faire trembler l’Europe. Là encore, la visite du 8 avril, quand on y regarde de près, manifeste une impréparation consternante à l’exercice diplomatique.

Tsipras n’a en effet rien gagné ou presque. Il a soutenu ne pas avoir demandé d’argent à la Russie: heureusement, car il n’en aurait pas obtenu, pour deux raisons clairement exprimées dans les médias russes. D’abord, les Russes, qui ne sont pas fous, considèrent comme inévitable un défaut grec:

« De toute façon, la Grèce est au bord du défaut de paiement. Elle peut repousser le désastre pendant encore un moment, mais il est inévitable », affirme Oleg Barabanov [directeur scientifique de l’Institut de l’Europe de l’Institut des relatons internationales de Moscou]

Pourquoi, dans ces conditions, mettre son argent dans un puits sans fonds? Les Russes seraient au mieux prêts à investir en Grèce, mais ils savent qu’il s’agirait d’un casus belli qui précipiterait la disparition de l’Union Européenne. Et c’est la deuxième raison pour laquelle ils n’ont pas envie de rentrer dans le jeu de Tsipras:

« Dans cette situation, la scission deviendra évidente au sein de l’UE et cette dernière sera grandement affaiblie, explique Vladimir Brouter, expert de l’Institut international des sciences politiques et humaines. Ce qui ne recèle rien de positif pour Moscou. »

Car finalement, ce vide se remplira de forces antirusses, notamment celles de la Grande-Bretagne. Moscou doit plutôt déployer des efforts pour modifier la vision européenne générale.

Pire, Tsipras s’est même fait alpaguer par le patriarche de Moscou, qui lui a reproché son athéisme.

Tsipras lâche la proie européenne pour l’ombre russe

Au sortir de sa visite chez Poutine, Tsipras a donc une nouvelle fois dû se contenter de ses seuls yeux pour pleurer: en dehors d’une promesse de sociétés agricoles gréco-russes permettant de contourner l’embargo sur les fruits décrété par Moscou, il est revenu bredouille, mais avec de vraies commandes à remplir.

Ainsi, à peine sorti du bureau de Poutine, Tsipras dénonçait-il les sanctions prises contre la Russie:

«Pour résoudre cette crise profonde (en Ukraine), il faut abandonner le cercle vicieux des sanctions, qui ne contribuent pas à la défense du droit international«, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse commune retransmise à la télévision russe.

Plus fort même: Poutine est parvenu à vendre à la Grèce une participation au projet de gazoduc Turkish Stream.

M. Poutine a notamment évoqué une participation de la Grèce au projet de gazoduc Turkish Stream entre la Russie et le Turquie, qui pourrait servir de base à des livraisons de gaz russe vers le sud de l’Europe. Mais il a reconnu qu’aucun accord ferme n’avait été conclu. «La Grèce souhaite étudier des initiatives en vue d’investissements pour la construction d’un gazoduc grec de la frontière gréco-turque au territoire grec», a indiqué pour sa part M. Tsipras.

Trop fort ce Poutine! Il reçoit un mec ruiné qui vient lui taxer du pognon en lousdé, et il parvient à lui faire une vente…

Bref, Poutine n’est pas né de la dernière pluie, et Tsipras s’est fait plumer comme un perdreau de l’année, en décrédibilisant à l’avance toute parole grecque sur les sanctions contre la Russie au sein de l’Union. Mais jusqu’où le Machiavel de Plaka fera-t-il tomber son pays?

La farce des réparations allemandes à la Grèce

Heureusement, Tsipras peut compter sur une frange de l’opinion européenne pour applaudir à chacune de ses forfanteries en anesthésiant totalement son esprit critique. La farce des réparations de guerre allemandes en a constitué une superbe exemple.

Alors que la dette grecque s’élève à environ 320 milliards d’euros, le gouvernement grec chiffre le montant des réparations allemandes pour fait de guerre à… 280 milliards d’euros.

Lors d’un débat au Parlement grec entamé samedi, le secrétaire d’Etat au Budget, Dimitris Mardas, a indiqué que ses services avaient évalué à 278,7 milliards d’euros le montant des réparations de guerre dues par l’Allemagne à la Grèce à la suite de l’occupation du pays entre 1941 et 1944.(…)

Selon M. Mardas, la somme de 278 milliards comprend un prêt forcé de 10,3 milliards d’euros exigé de la Banque de Grèce par les occupants ainsi que les dommages subis par les « particuliers et les infrastructures » du pays.

Un rapport de la Comptabilité nationale grecque avait dans le passé évalué le montant des réparations à 162 milliards d’euros.

Comment passe-t-on de 162 milliards à 280 milliards en l’espace de quelques années? Ce n’est probablement pas le débat: l’enjeu est bien de détourner l’attention et de tenter une manoeuvre à trois francs six sous pour retourner la situation et affaiblir l’Allemagne. On voit mal comment la position grecque pourrait ne pas exaspérer ses partenaires, qui doivent avaler dans le même mouvement une évidente mauvaise volonté sur les réformes à préparer, un coup de poignard dans le dos de la discipline communautaire sur les sanctions contre la Russie, et une revendication fantaisiste sur des dettes de guerre réelles, mais qui mériteraient autre chose qu’un traitement à l’emporte-pièce.

La Grèce a remboursé le FMI avec l’argent de la BCE

Une autre farce tout à fait effrayante est celle de la levée de bons du Trésor grecs, qui a permis de rembourser le FMI et de payer les fonctionnaires ce mois-ci. Le gouvernement grec adore en effet annoncer qu’il lève tout à fait normalement des bons du Trésor. Mercredi dernier, il a ainsi levé 1,14 milliards d’euros. On oublie juste de dire que les souscripteurs de cet emprunt ne sont autres que les banques grecques, refinancées par le fonds de secours de la BCE.

D’ailleurs, la BCE a encore relevé le plafond d’aide d’urgence aux banques grecques cette semaine. Cette fois, le coup de pouce est de… 1,2 milliard d’euros précisément le montant de l’émission grecque de mercredi. Amusant non?

Autrement dit, sans la garantie (discrète) de la BCE, la Grèce serait aujourd’hui incapable de se refinancer et ferait faillite. Malgré cette aide importante, Tsipras continue de façon ahurissante à jouer aux victimes de l’Union.

Au passage, ces mêmes banques grecques sont désormais visées par une enquête de la Commission pour des aides de l’Etat illégales. La BCE a d’ailleurs révélé que le renflouement du secteur bancaire grec avait coûté près de 25% du PIB, dont la moitié perdue en recapitalisation pure.

On voit bien comment la survie de la Grèce est d’ores et déjà totalement artificielle.

Tsipras fait un cadeau inattendu à la Chine

Les défenseurs des libertés, qui voient en Tsipras l’un de leurs héros, noteront avec intérêt la grande première à laquelle la Grèce s’est livrée dans le domaine de la coopération avec la Chine: l’extradition d’un Chinois accusé de crime économique. Jusqu’ici, l’Europe a toujours pris soin de ne pas extrader les Chinois, au regard du caractère infiniment démocratique de la justice chinoise…

Comme Tsipras a besoin de s’attirer les bonnes grâces de l’empire du Milieu, cette précaution n’a manifestement plus cours. Et qu’il n’existe aucun accord d’extradition entre la Chine et la Grèce ne semble pas poser problème.

Le gouvernement Tsipras totalement incompétent?

Les relations avec la Chine sont un élément de la stratégie machiavélique grecque, mais elles ne semblent pas produire de résultats beaucoup plus brillants que les autres gesticulations internationales de Tsipras. Les Chinois semblent se faire peu d’illusions sur l’équipe au pouvoir à Athènes. La vente du port du Pirée en a donné un indice:

Des annonces contradictoires sur des dossiers tels que le projet de privatisation du port du Pirée, successivement annoncé, annulé, relancé et transformé en projet de coentreprise, ont sapé la confiance des prêteurs étrangers et nourri les doutes sur la compétence et la cohésion du nouveau gouvernement, ont dit des sources proches des discussions.

Une source a rapporté que des négociateurs étrangers s’étaient retrouvés dans un premier temps face à des fonctionnaires expliquant qu’ils n’avaient pas l’autorité nécessaire puis face à des responsables qui s’en tenaient à des propos très généraux et incapables de chiffrer leurs arguments. « Au final, on ne sait pas qui est responsable », a-t-elle ajouté.

La présence de deux négociateurs différents dans les discussions, Giorgos Chouliarakis et Nikos Theoharakis, a nourri les soupçons de division au sein même du gouvernement grec. Le premier passe pour être proche du vice-Premier ministre Yannis Dragasakis, le second pour être lié à Yanis Varoufakis.

Le gouvernement dément toute divergence entre ses représentants aux discussions.

 On commence à mieux comprendre… Après tout, ce qu’on nous présente comme de la haute stratégie dans certains milieux français n’est peut-être pas autre chose qu’une immense improvisation de quelques amateurs dépassés par le job qu’ils doivent faire.

Un arbitrage fixé au 20 avril

Après d’innombrables réunions de la dernière chance, et après de très nombreux ultimatums, l’accord de février devrait être appliqué: sans un plan de réforme détaillé fin avril, l’Eurogroupe devrait, le 24 avril, trancher dans le vif et décider de ne pas renouveler l’aide à la Grèce. Cette décision cataclysmique risque de changer la vie à quelques millions d’Européens.

Selon le Times, l’Union s’apprêterait à sortir la Grèce de la zone euro. Cette solution d’ores et déjà évoquée dans ces colonnes la semaine dernière apparaît comme à peu près inévitable. Le paradoxe est que le divorce entre la Grèce et l’euro sera une initiative européenne, alors que les fans de Tsipras en France rêvent d’en faire une initiative grecque.

La bulle créée par la BCE explosera-t-elle?

Pour les marchés financiers, la sortie de la Grèce hors de la zone euro pourrait provoquer quelques catastrophes en série. Le Quantitative Easing de la BCE, avec 60 milliards déversés dès le premier mois dont 11 milliards pour l’Allemagne et près de 9 milliards pour la France, produit en effet des distorsions importantes.

Outre qu’à ce rythme la BCE aura en décembre financé tout le déficit public français de 2015, le marché des obligations et des actions connaît déjà des anomalies inquiétantes. Dans la pratique, les investisseurs sont évincés du marché des obligations et se reportent massivement sur le marché des actions où les prix s’envolent. Le très respecté gestionnaire Carmignac s’en inquiète:

Le gestionnaire d’actifs donne comme exemple la zone euro où les multiples de résultats atteignent aujourd’hui 16 fois les résultats attendus cette année. Ce niveau représente non seulement un doublement par rapport aux multiples qui prévalaient il y a trois ans, mais il se situe aussi 4 écarts-types au-dessus de la moyenne des dix dernières années. Autrement dit, les multiples de résultats se situent près de 40% au-dessus de cette moyenne.

La bulle spéculative s’est gonflée à une vitesse spectaculaire. On s’en mordra les doigts.

http://www.eric-verhaeghe.fr/y-a-t-il-ou-non-une-imposture-nommee-tsipras/

7 réponses »

  1. Mises à part vos analyses, vos montages graphiques sont géniaux, les regrouper pour en faire un album serait une idée à concrétiser .. vous trouveriez un éditeur, sans aucun doute. J’imagine que vous passez autant de temps à écrire que devant votre photoshop ! merci en tout cas.

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  2. – La Grèce est incapable de rembourser les prêts qui arrivent à échéance. Du coup, la Grèce doit se surendetter encore davantage et, ensuite, elle utilise cet argent pour rembourser les prêts qui arrivent à échéance. Résultat : la dette publique de la Grèce continue à augmenter (176 % du PIB).

    – Les banques privées grecques sont en faillite. Du coup, elles doivent emprunter encore davantage de milliards d’euros à la banque centrale de Grèce. C’est le programme ELA, en français : « Prêt de liquidités en urgence. » Résultat de ces prêts en urgence : pour pouvoir encore survivre quelques semaines, les banques privées grecques empruntent le chiffre record de 74 milliards d’euros à la banque centrale de Grèce ! Record battu !

    – La banque centrale de Grèce a dans ses livres des dizaines de milliards d’euros d’obligations de l’Etat grec. Problème : la Grèce est incapable de rembourser. Résultat : la banque centrale de Grèce est en faillite.

    Conclusion :

    1- La Grèce est en faillite.

    2- Les banques privées grecques sont en faillite.

    3- La banque centrale de Grèce est en faillite.

    4- Mais à part ça, ça va.

    Mardi 14 avril 2015 :

    La BCE accorde une rallonge à la Grèce.

    La Banque centrale européenne (BCE) a relevé de 800 millions d’euros le plafond des liquidités d’urgence (ELA) que les banques grecques peuvent retirer auprès de leur banque centrale, selon l’AFP qui site une source bancaire.

    Ce dernier relèvement porte le plafond des liquidités d’urgence à 74 milliards d’euros.

    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/04/14/97002-20150414FILWWW00416-la-bce-accorde-une-rallonge-a-la-grece.php

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  3. Deux semaines.

    Vous avez bien lu : deux semaines.

    Mercredi 15 avril 2015 :

    La Grèce « a de l’argent pour deux semaines. »

    Le temps presse pour la Grèce : le gouvernement a jusqu’au 20 avril pour présenter aux autres membres de la zone euro la liste des réformes qu’il entend mener, un dossier sur lequel Grecs et Européens ont déjà étalé leurs désaccords à trois reprises. Mais où en est le pays à moins d’une semaine de cette échéance décisive ? Kostas Botopoulos, président de l’autorité grecque des marchés financiers, était l’invité d’Europe 1 mercredi matin. Et il n’a pas caché la situation difficile du pays.

    Des caisses vides dans « deux semaines ».

    « Le gouvernement lui-même a admis qu’il y a de l’argent dans les caisses pour deux semaines, jusque début mai. Après, il y aura des problèmes pour honorer nos obligations intérieures et extérieures », a reconnu le président de l’autorité grecque des marchés financiers.

    http://www.europe1.fr/economie/la-grece-a-de-l-argent-pour-deux-semaines-2428349

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  4. En ce qui concerne le redressement de l’Irlande ,il faut regarder l’explosion récente de la dette publique(comme l’Espagne d’ailleurs).En ce qui concerne l’Allemagne leur modèle est simple:ils refusent de faire de la croissance en dépensant n’importe comment.En France nous continuons les dépenses improductives(collectivités locales)qui sont une allocation catastrophique des ressources des citoyens,mais qui ont l’avantage de masquer la récession.Combien de temps allons nous continuer a nous ruiner dans le gaspillage improductif?Il est grand temps de fermer les mairies et de faire baisser la pression fiscale

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  5. Lemonde.fr :

    Mauvaise nouvelle pour le gouvernement. Alors que l’exécutif veut croire à un retournement de tendance après des années de crise, les chiffres des faillites publiés, jeudi 16 avril, par le cabinet Altares montrent, au contraire, une dégradation de la situation. Le nombre de défaillances, qui avait reflué de 5 % au dernier trimestre 2014, est nettement reparti à la hausse au premier trimestre 2015.

    En trois mois, 18 134 sociétés ont été contraintes de déposer leur bilan ou de demander une procédure de sauvegarde, soit 7,6 % de plus que durant la même période de 2014. Surtout, cette montée des faillites touche les entreprises de toutes les tailles. Y compris les grosses PME, pour lesquelles l’horizon paraissait s’être éclairci au fil des mois en 2014.

    Liquidations successives

    MoryGlobal, le successeur de Mory Ducros, qui employait 2 200 personnes, a ainsi été liquidé, de même que le groupe Coop d’Alsace. Parmi les entreprises placées en redressement judiciaire, et pour lesquelles un espoir subsiste donc, figurent la petite compagnie Air Méditerranée, le constructeur de bateaux Zodiac Nautic, ou encore le fabricant de visserie et de boulonnerie pour l’automobile Preciturn.

    Lire aussi : MoryGlobal, Gefco : les messagers en grande difficulté

    Dans ces conditions, le nombre d’emplois menacés par ces défaillances d’entreprises est lui aussi reparti en hausse (+5 %). Il dépasse 66 000 en trois mois, son plus haut niveau « depuis 2009 », constate Thierry Millon, le directeur des études d’Altares. « La consommation des ménages reprend des couleurs, le climat des affaires s’améliore, les conditions de crédit s’assouplissent, les clignotants passent progressivement au vert, pourtant l’économie réelle patine encore sévèrement », note-t-il.

    image: http://s1.lemde.fr/image/2015/04/16/534×0/4616713_3_fbd8_le-transporteur-moryglobal-ex-mory-ducros_dec9655cd4eb84ee472d29cda0478e33.jpg

    Le transporteur MoryGlobal (ex-Mory Ducros), qui employait 2 200 personnes, a été liquidé.
    « Le début des ennuis, pas à la fin ! »

    « On est au début des ennuis, pas à la fin !, pronostiquait, fin janvier, Yves Poinsot, le patron pour la France d’Atradius, un des trois grands de l’assurance-crédit mondiale avec Euler Hermes et Coface. Depuis avril 2014, les déclarations d’impayés par nos clients ne cessent d’augmenter, les trésoreries se tendent, et je ne vois pas pourquoi cela s’arrêterait. »

    A ses yeux, le plongeon des matières premières, la baisse de l’euro et celle des taux d’intérêt sont des indicateurs positifs. Mais ils profitent surtout aux grandes entreprises, à ces stars du CAC 40 à même de capter la croissance à l’étranger. Beaucoup moins au tissu des PME. « Surtout, cela ne compense pas tout le reste. »

    Et d’égrener les facteurs qui empêchent une vraie sortie de crise : le chômage en hausse qui freine la consommation des ménages, les entreprises qui renâclent à investir faute de marché, la nouvelle dégradation qui s’annonce dans le bâtiment et les travaux publics… Sans compter l’augmentation des coûts salariaux.

    Ce diagnostic paraît aujourd’hui confirmé par les chiffres du début de l’année. « La lourde tendance de ce début 2015 efface les espoirs » que le nombre de défaillances retombe sous la barre des 60 000 cette année, reconnaît M. Millon.

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