Art de la guerre monétaire et économique

Les Clefs Pour Comprendre du Jeudi 18 Juin 2015: Modeste proposition pour que l’on ruine mieux le public… Une proposition de l’OCDE ! Par Bruno Bertez

Les Clefs Pour Comprendre du Jeudi 18 Juin 2015:  Modeste proposition pour que l’on ruine mieux le public… Une proposition de l’OCDE ! Par Bruno Bertez

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Nous l’attendions depuis longtemps ce plaidoyer ! Depuis le début de la dérégulation, d’abord, puis dès le lendemain de la Grande Crise Financière ensuite. La dérégulation ne peut « marcher » que s’il n’y a pas de fuite, si on ne peut sortir du Système de John Law. Il faut, pour que la dérégulation ne conduise pas à des crises périodiques comme celles que l’on connait à répétition, que le monde des assets financiers soit clos. Qu’il n’y ait pas de possibilité d’en sortir. Il faut unifier le champ des assets financiers, tout mettre en packages, que les assets ne diffèrent entre eux que par le couple risque/rendement. C’est ce que nous avions diagnostiqué en son temps, lorsqu’en France sous Bérégovoy on avait réfléchi sur la question.

La dérégulation visait à « booster » la croissance et le taux de profit en supprimant les limites à l’endettement. Il fallait remplacer les blocages des revenus et des cash flows insuffisants par la dette et d’autre part réduire les risques du secteur bancaire contraint par l’insuffisance de ses capitaux propres, d’où l’idée de transférer la dette sur les marchés, l’idée de la transformer en securities cotées.

Le problème du crédit c’est que c’est un contrat qui ne se dévalorise pas avec les difficultés économiques, avec l’insolvabilité. Bref le crédit est ce que l’on appelle du « fixe » sur du « variable ». Donc le crédit est enclin aux crises périodiques puisque par définition l’économie et les valeurs qui lui sont attachées sont fluctuantes. Le secret pour boucler la Great Experiment, c’est de tout rendre variable et de fermer le système. Tous prisonniers, et les uns, s’ajustent sur les autres. La variabilité est automatiquement réalisée en continu sur les marchés.  Si les assets , si les créances ou le crédit empaqueté vaut moins, son prix sur le marché chute. L’idéal serait de tout transformer en fonds propres, on n’y est pas encore, mais on y est presque avec l’unification, la banalisation du champ des assets financiers, actions, bonds, crédit.

Ainsi quand les taux vont monter, c’est à dire bientôt, la valeur des créances anciennes, la valeur des droits anciens sur les cash flows, cette valeur, sur les marchés, va chuter. Ainsi sera réalisée l’adéquation entre ce qui est dû et ce que l’on peut payer dans les conditions nouvelles. Si, lors de la première crise Grecque, on avait fait ce qu’il fallait faire, c’est à dire entériner la baisse de valeur des dettes de la Grèce en prêtant à un organisme quelconque de quoi racheter les dettes dépréciées, il n’y aurait pas eu d’impasse comme on en connaît maintenant. Mais on ne l’a pas fait car, à l’époque, c’étaient les banques qui portaient les créance et elles auraient « sauté », puisqu’elles auraient dû  comptabiliser leurs pertes. On a préféré prêter soi-disant à la Grèce pour que les banques fassent leur plein.

La fonction des marchés est de …. déprécier, dévaloriser ce qui vaut moins objectivement. La fonction des marchés est de découvrir les vrais prix, d’ajuster, d’euthanasier. On va s’en apercevoir d’ici quelque temps. Dans un mois, dans un an ou plus, peu importe. L’autre choix serait de détruire la monnaie, mais c’est un peu dangereux, ou trop tôt.

Donc les marchés collent du variable sur du fixe et c’est leur fonction : ajuster. On ne peut émettre des promesses financières, du crédit sans limite que si on est capable de le déprécier sans crise. Sans rupture, en continu.
Greenspan a eu l’analyse correcte quand dans une conférence nous l’avons entendu dire que la crise venait du fait que le risque n’avait pas été disséminé, on n’avait pas suffisamment déversé le risque sur les marchés, entendez par là, sur vous, sur vos institutions de retraite, de prévoyance. Bref on n’a pas assez socialisé, déversé sur le collectif, sur le contribuable, sur l’épargnant. Si on l’avait fait avant, il n’y aurait pas eu de crise, il a donc fallu le faire après.
Dans son analyse cette insuffisance de la dissémination est une aberration, et les propriétaires des banques n’ont pas fait ce qu’ils devaient faire : ils ont accepté que les banques dont ils étaient propriétaires gardent le risque pour elles, le nourrissent au lieu de se contenter de percevoir les commissions. Elles ont créé des SIV, des véhicules pour stocker le risque par avidité. Les actionnaires ont accepté que les banques portent le risque au lieu de le vendre, au lieu de le refiler et de le « disséminer ». En fait les dirigeants des banques et les propriétaires n’ont rien compris au Système. Ils croient que le capitalisme peut monter jusqu’au ciel. Ils ne comprennent pas le paradoxe radical de la capitalisation. Le paradoxe du grain de blé sur l’échiquier. Voilà le fin mot de l’affaire. Ils n’ont pas été assez cyniques, ils ont été trop gourmands. D’autres ont été plus intelligents, ils ont vendu le risque à découvert et on fait des fortunes, ils ont réalisé ce que les banques auraient dû faire. C’est l’une des fonctions des dérivés que de disséminer, de répartir le risque sur l’ensemble de la société et ceci n’est pas toujours bien compris. Il n’y pas d’assureur dans le Système, l’assureur, c’est «l’autre», celui à qui on repasse le mistigri de la perte, de la dévalorisation.

La proposition de l’OCDE tire les conséquences de l’anomalie qui consiste à mettre du fixe sur du variable, il faut basculer beaucoup plus, sinon tout, sur les marchés. Et ainsi combler la faille structurelle du Système en institutionnalisant la dissémination et ce que nous appelons la biodégradabilité des actifs financiers. Leur valeur fixe, ce que nous appelons également « le mort », ne doit plus faire obstacle à la marche du « vivant ».Accessoirement, on réduira les besoins en capitaux propres des banques, ainsi on montera leur rentabilité relative.
Nous le répétons, cyniquement, il faut mieux utiliser la fonction de destruction des marchés financiers, elle est secrète, cachée, mais elle est essentielle. Elle est irremplaçable sauf par les crises ou l’inflation accélérée.

Lisez le rapport, c’est un chef d’œuvre : il préconise exactement à mots couverts ce que nous mettons en pleine lumière. En fait, le rapport pourrait aller plus loin, mais alors les choses deviendraient trop claires… Ce qui agit, dans nos sociétés, doit rester caché. C’est comme notre inconscient, il n’est notre maître que si nous n’y avons pas accès, tant qu’il n’est pas dévoilé.

Il faut produire une hausse de 10% de la capitalisation boursière pour fabriquer 0,2% de progression du GDP ! C’est la stimulation/régulation par les bulles. Ah les braves gens !

« Le développement du financement sur le marché boursier stimule la croissance, alors que le recours excessif au crédit bancaire fait peser de nombreux risques à long terme sur l’activité, estime l’OCDE dans un rapport portant sur « la finance et une croissance inclusive » dévoilé mercredi.

Les effets de la capitalisation boursière sur la croissance

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Selon les calculs effectués par l’organisation, « une hausse du crédit bancaire de 10% du PIB se traduirait par une baisse de 0,3 point de la croissance du PIB » dans la plupart des pays de la région. En revanche, « une hausse de la capitalisation boursière de 10% du PIB est associée à une progression de 0,2% du PIB ». « Nous ne faisons pas l’apologie de la finance dérégulée, nous plaidons pour une forme d’équilibre entre les différentes sources de financement de l’économie », prévient toutefois la chef économiste de l’OCDE, Catherine Mann, dans une interview accordée au ‘Monde’.

Une merveille de penser-faux avec une touche de démagogie.

D’ailleurs, le rapport montre également que le système boursier est actuellement très inégalitaire et permet seulement aux plus aisés d’en profiter. Ceux-ci « peuvent emprunter (et empruntent) davantage et recueillent une plus grande part des fruits de l’essor des marchés boursiers », écrit l’OCDE. « De même, le secteur financier verse des salaires plus généreux, supérieurs à ceux perçus par des salariés au profil similaire dans le reste de l’économie, ce qui amplifie les inégalités de revenu », ajoute l’organisation.

L’OCDE recommande donc d’engager une refonte du système, en utilisant notamment des instruments macro-prudentiels pour « empêcher une expansion excessive du crédit ». Il s’agirait également de réduire les subventions explicites et implicites aux institutions financières « trop grandes pour faire faillite », et de les affecter à la réduction des inégalités.

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BRUNO BERTEZ Le 18 Juin 2015 

illustrations et mise en page by THE WOLF

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