Art de la guerre monétaire et économique

Charles Gave – Intégrale les Experts 22/06/2015/ Sur mes vieux jours, je deviens Philosophe !

 Un philosophe, c’est quelqu’un qui recherche la Sagesse, un concept extrêmement abscons s’il en est.

Comme me l’a dit il y a quelques temps l’un de mes amis : « Depuis deux cent ans, la Philosophie s’est mis à ressembler aux grandes plaines Polonaises. Couverte de brouillard, parsemée de marais impénétrables et envahie sans arrêt par des Allemands » Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela n’a pas rendu la Philosophie plus compréhensible au commun des mortels !

Néanmoins, la Sagesse commence sans doute par une bonne appréciation, par chacun, de ses capacités. En particulier, la Sagesse consiste à apprécier ses propres limites quand l’on s’efforce de comprendre le monde dans lequel on vit. Or, il me semble que je suis absolument submergé par une information qui n’est faite apparemment que de détails dont l’on m’abreuve sans que quiconque essaie de créer le moindre lien dans ce qui apparait en fin de parcours comme une avalanche de bruits plus assourdissants les uns que les autres. Voila qui fait songer à la phrase de Shakespeare  « l’Histoire n’est qu’un ramassis de sang, de bruit et de fureur, racontée par un fou »

En essayant de me comprendre moi -même, je me rends compte que ce fracas m’est de plus en plus pénible, ce qui est sans doute un effet de mon grand âge et j’ai donc décidé de devenir philosophe dans l’espoir de dissimuler ce qui est certainement le signe d’un déclin mental qui s’accélère et dont le signe évident serait une incapacité à comprendre le monde qui m’entoure.

Et, tant qu’à faire d’être Philosophe, autant poser une question aussi générale que possible pour essayer de répondre de la façon la plus vague possible. Foin des détails et de la pensée en morceaux, telle est ma devise.

La grande question à laquelle je vais donc essayer de répondre est la suivante : Sommes-nous dans une période sans précédent dans l’histoire ? Pour y répondre, je vais bien sur concentrer mon propos sur le domaine dans lequel je me sens vaguement compétent, le monde de l’économie et de l’investissement.

Je sévis dans la finance depuis plus de quarante ans, et ce monde a toujours été scindé en deux tribus.

  • La première de ces deux tribus, que j’appelle les « Créationnistes » pensent que la richesse est créée «ex nihilo» par un dieu bon et tutélaire appelé l’Etat. Ce dieu a eu un prophète éminent, appelé Keynes et les volontés de ce dieu sont annoncées par une cléricature de gens qui savent, parce qu’ils ont été dans les bonnes écoles ou ils ont rencontré des gens qui pensant comme eux ne pouvaient être qu’intelligents et préoccupés du bien commun. De façon générale, les créationnistes chassent en meute et ont comme but ultime de peupler toutes les institutions que l’Eglise Catholique a créé en son temps, dans l’éducation, la protection sociale, les hôpitaux, les universités, voir le système politique qui chapeaute tout ces domaines. Ce faisant, ils ont remplacé  le clergé Catholique par leur propre clergé. Ils se reconnaissent d’ailleurs en général par la haine profonde qu’ils ont de l’ancien clergé.  Cette tribu ne croit que dans le capitalisme de connivence et elle prospère en France depuis 1981 comme rarement dans l’histoire de notre pays.
  • La deuxième de ces tribus, que j’appelle les Darwiniens pensent que la richesse est créée par un processus mis en lumière par l’un d’entre eux, Schumpeter  et ce processus a été appelé la « destruction créatrice ». La richesse générale trouve sa source dans les actions des individus laissés libres de leur choix. Un certain nombre de ces individus ont des idées originales et pensent que leurs concitoyens vont leur acheter des produits ou des services nouveaux. La plupart se cassent la figure, mais certains réussissent-la création- et ces créations entrainent inévitablement des destructions ( ie  internet détruisant le courrier classique). Ces entrepreneurs, car c’est ainsi qu’on les appelle, sont toujours solitaires, ce qui ne les empêche pas de se préoccuper du bien commun, sans jamais en parler cependant.  Les intellectuels qui défendent la thèse Darwinienne sont la plupart du temps grognons, incapables de se regrouper, certains d’avoir raison et donc en général extrêmement peu agréables en société. Les pauvres ne croient qu’en l’individu et dans le respect sourcilleux de la Loi qui s’applique de la même façon à tous. On comprend qu’ils soient grognons, surtout en France.

Ce n’est certes pas la première fois que je mentionne ces deux tribus dans ces missives et le lecteur doit se dire que je me répète un peu.

En fait, il n’en est rien.

Le phénomène nouveau pour moi est que les Créationnistes sont en train d’infliger une défaite quasiment totale aux Darwiniens et ça c’est un fait absolument nouveau depuis le XVIII siècle.

Partout, la pensée issue des Lumières est en déroute.

Lorsque le mur de Berlin est tombé, j’ai cru naïvement que cet événement consacrait la fin des idées créationnistes, le Marxisme n’étant qu’une forme comme une autre du créationnisme.

Quelle erreur !

Devant le danger, le clergé créationniste s’est regroupé depuis 1990 comme jamais  et a entrepris de verrouiller toute pensée libre, au nom de la Liberté d’expression, ce qui ne manque pas de sel !

Jean- Francois Revel, ce grand esprit qui nous manque tant, s’en était inquiété dans  son dernier livre, la « Grande Parade, ou la survie de l’Utopie Socialiste».

Philippe Nemo a fait le même constat dans « la France aveuglée par le socialisme».Mais rien n a pu arrêter la marche du bulldozer et l’emprise du créationnisme obtus et non scientifique ne cesse d’augmenter.

Que le lecteur en juge

  • Dans tout l’occident, la monnaie a été capturée par l’Etat, ce qui est une régression  invraisemblable puisque les dépenses de l’Etat ne sont plus financées par les impôts, ce qui est la base même de la Démocratie mais le sont par les banques centrales, colonisées par cette cléricature. Et pour accéder  à cet argent, il faut que nos élus se soumettent a la volonté de gens que personne n’a jamais élu, du style de monsieur Draghi
  • Comme la monnaie n’a plus de prix de marché (taux de changes et taux d’intérêts sont partout manipulés), il n’y a plus de prix de marché  pour aucun bien ou service, puisque ces deux prix sont à la base de tous les autres prix.  Nous sommes donc  en train de rentrer dans un système où la croissance économique s’arrête et où la pauvreté gagne partout puisque les entrepreneurs n’ont plus de système d’information. Le résultat normal de tout cela est le populisme dont la cléricature se sert pour rester au pouvoir.  Mais la politique du pire est presque toujours la pire des politiques.
  • Un système monétaire dément, l’Euro, dont on voit tous les jours les effets sur les populations Grecques, Italiennes, Françaises, Espagnoles a été imposée aux peuples européens pour détruire les Nations et reste en place malgré ses effets désastreux.
  • Dans notre pays, les dépenses de  l’Etat ne cessent de croitre, tandis que les astreintes sur la sphère entrepreneuriale ne font que s’alourdir.
  • Des lois scélérates mettent en danger nos Libertés Individuelles, et nous ramènent à des siècles en arrière.

Bref, le phénomène nouveau est que partout en Occident la Liberté est en recul. C’est ce qu’avait prévu Schumpeter dans son grand livre « Capitalisme, Socialisme et Démocratie ». Le fait qu’il l’ait prévu ne me console guère.

Il me semble évident cependant que nous arrivons à la fin de cette période, et que l’Occident est en train de vivre la fin de ses années Brejnev. Certes, les raisons de se désespérer sont nombreuses, mais déjà le retour du balancier se profile à l’horizon. C’est même pour cela que nous avons créé l’Institut des Libertés. Déjà, en Grande Bretagne, en ce huit centième anniversaire de la Magna Carta,  la révolution contre ces idées est en marche. Cameron, lentement mais surement, fait reculer les Oints du Seigneur. Il en a viré 600.000 depuis qu’il est au pouvoir tandis que plus de 2 millions d’emplois ont été crées en Grande Bretagne, par le secteur privé.

Les candidats du parti Républicain à la prochaine élection Présidentielle aux USA sont pour la plupart de grande qualité et tout ce que le parti Démocrate peut offrir comme candidat d’avenir est ce vieux cheval de retour (jument ? pour ne vexer personne) ,  Madame Clinton, qui représente à  merveille la classe de ceux que j’ai appelé les « hommes de Davos »

Aussi curieux que cela paraisse, je reste donc persuadé que l’avenir appartient à nos idées, et que nos adversaires sont au plus haut.

Et au plus haut, en bon financier, il faut vendre.

http://institutdeslibertes.org/sur-mes-vieux-jours-je-deviens-philosophe/

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