Art de la guerre monétaire et économique

Grèce: à quand le retour de la crise? Par Eric Verhaeghe

Grèce: à quand le retour de la crise?

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Un sommet européen a, paraît-il, sauvé la Grèce le 13 juillet – une date idéale pour que François Hollande, qui voulait un accord à n’importe quel prix, puisse claironner sa victoire. Mais une fois l’accord de principe donné sur une aide en échange d’une reddition de Tsipras sur tous les sujets qu’il avait repoussés jusqu’ici, le temps de la réalité revient: qui paiera pour quoi au juste?

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La Grèce à nouveau dans la panade financière dans les douze mois à venir

En dehors de François Hollande et des europhiles aveugles du Parti Socialiste, personne ne croit au règlement de la question grecque. L’agence Bloomberg a par exemple interrogé 34 économistes sur l’avenir de la Grèce. 24 d’entre eux estiment que la question du Grexit reviendra dans les douze mois, en grande partie parce que les 86 milliards accordés à la Grèce (sur le papier) ne suffiront pas à remettre le pays sur les rails.

Un économiste de la Commerzbank déclare d’ailleurs:

“Without some form of debt relief, the package will never be big enough,” Peter Dixon, a global economist at Commerzbank AG in London, said in his response to the survey. “Loading additional loans onto a country which cannot afford to repay them corresponds to Einstein’s definition of insanity: Trying the same thing over and over again in the expectation of different results.”

http://public.globecartoon.com/cgi-bin/WebObjects/globecartoon.woa/wa/jpgImage?uid=1003251

(Sans une forme ou une autre de restructuration de la dette, le paquet ne sera jamais assez grand », dit Peter Dixon, économiste de la Commerzbank à Londres. « Empiler les prêts supplémentaires sur un pays qui n’est pas capable de les rembourser correspond à la définition de la folie selon Einstein: répéter encore et encore la même erreur dans l’espoir d’un résultat nouveau. »)

Il existe donc des Allemands lucides!

La Grèce, une économie en chute libre

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Selon le think tank grec IOBE, le contrôle des changes imposé par le gouvernement ne tarde pas à faire sentir ses effets cataclysmiques pour l’économie grecque. Alors que celle-ci affichait un taux de croissance de 0,7% en 2014, la récession devrait se situer, en 2015, entre 2 et 2,5%! Le peuple grec a donc tout gagné avec Tsipras: non seulement les mesures d’austérité finalement décidées sont pires que celles prévues au sommet de février, mais l’économie du pays sort exsangue de l’absurde bras de fer mené pendant plusieurs mois.

Ajoutons que les 86 milliards promis à la Grèce ont été calculés sur l’état du pays au 30 juin, c’est-à-dire avec une récession à 1%. La dégradation de la situation devrait définitivement sceller l’échec du plan.

La Grèce en situation de pénurie alimentaire?

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Le contrôle des changes est-il une arme entre les mains de la bureaucratie grecque pour torpiller les réformes structurelles? En tout cas, la lenteur des procédures d’agrément pour changer les liquidités des entreprises importatrices met encore un peu plus l’économie du pays à genoux. La SEET (l’association des entreprises alimentaires grecques) a prévenu que les hôtels et les restaurants grecs pourraient manquer de nourriture…

According to the organization, just 7 percent of applications for payment arrangements regarding food imports had been approved until Thursday. This concerns demands submitted by importers through their banks to a special committee set up at the Finance Ministry.

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(Selon cette organisation, seuls 7% des demandes de paiement concernant des importations de nourriture avaient été accordées jeudi dernier. Ce chiffre englobe les demandes formulées par des importateurs par le biais des banques à un comité spécial créé au ministère des Finances).

La faible trésorerie des entreprises grecques contribue également à ce désastre.

GRECE:…témoignage édifiant de la réalité

http://or-argent.eu/la-grece-en-decomposition-totale-temoignage/  

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– Le contrôle des capitaux a arrêté l’écomonie, les entreprises ont imposés des vacances forcées, un temps de travail réduit accompagné d’une baisse de salaire

– Les propriétaires d’une maison sont obligés de la brader mais ne trouvent pas preneur (à cause de la chute des prix et des banques en faillite qui ne prêtent plus)

– Le contrôle des capitaux bloque l’argent à la banque sans compter le risque de ponction par un « haircut » d’ici la fin de l’année

– L’augmentation de la TVA frappe les dépenses d’alimentation et les produits de première nécessité

– Les hôpitaux publics sont en pénurie de tout

La Grèce passe après ses banques

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Cette situation bien plus désastreuse que les déclarations triomphalistes d’il y a deux semaines ne le laissent imaginer passe pourtant au second plan des préoccupations européennes et même mondiales. Dans l’immédiat, c’est la recapitalisation des banques qui est au coeur des négociations et des urgences pour la Grèce. Les banques grecques sont en effet dans un état pour le moins très tendu, et l’approche des stress tests bancaires à l’automne risque de souligner leur extrême fragilité.

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Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et parangon de l’esprit de Cour, propose de mettre rapidement la poussière sous le tapis pour cacher la misère. Il plaide pour un plan de recapitalisation dès la mi-août, tout en soutenant que le risque de Grexit est évacué. Il n’en coûtera que 25 milliards € aux Européens.

Quelques jours auparavant, Moscovici annonçait que les pourparlers entre la Grèce et ses créanciers dureraient au moins jusque fin août.

Deux lectures de cette contradiction sont possibles: soit (une fois de plus) Moscovici a parlé pour ne rien dire et personne ne l’écoute, soit Christian Noyer commence à annoncer que la négociation avec la Grèce est déjà trop longue et risque d’être précédée par une méchante correction sur les marchés.

Soit les deux.

Très affaiblies après des retraits de plus de 40 milliards d’euros depuis décembre, les banques sont dans l’attente d’une recapitalisation qui est l’un des sujets de discussion avec les créanciers UE, BCE, MES (Mécanisme européen de stabilité) et FMI.

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Cette question était au menu d’un rendez-vous mardi entre le ministre des Finances Euclide Tsakalotos et les représentants des bailleurs de fonds du pays, qui se trouvent à Athènes depuis une semaine pour mettre sur pied le troisième plan de renflouement du pays, via un prêt de plus de 80 milliards d’euros sur trois ans.

Les négociations portent également sur le calendrier et le périmètre des futures privatisations, de la suppression des préretraites et la réforme du marché du travail.

Une source gouvernementale avait estimé, fin juillet, à environ dix milliards les besoins immédiats des banques du pays, également plombées par l’accumulation de créances douteuses. L’accord du 13 juillet entre la Grèce et ses partenaires européens sur le plan d’aide au pays a prévu de consacrer 25 milliards d’euros à cette opération.

Une évaluation de la santé des établissements grecs est attendue dès les prochaines semaines. « En septembre, avec l’évaluation des banques, nous aurons une image plus claire », a estimé lors de la conférence de presse Sokrates Lazaridis, directeur de la Bourse d’Athènes. Le système bancaire grec, déjà recapitalisé deux fois depuis 2010 (une fois via les créanciers, une fois sur fonds privés), était encore jugé solvable à l’automne dernier par la BCE.

Athènes a besoin d’argent pour rembourser le 20 août 3,4 milliards d’euros, intérêts compris, à la BCE. Une source européenne avait jugé lundi « ambitieux, mais faisable » la conclusion d’un accord d’ici le 20 août qui devra être soumis au vote du Parlement grec où le gouvernement d’Alexis Tsipras n’a plus de majorité.

La Grèce définitivement coulée par l’Allemagne?

Une bonne raison explique la difficulté d’aboutir dans les pourparlers entre la Grèce et ses créanciers: l’Allemagne ne veut pas entendre parler d’un allègement de la dette que le FMI pose comme préalable à toute participation à un accord. Ce conflit entre la Française (Christine Lagarde) et l’Allemande les plus puissantes du monde est donné comme très incertains. On s’attend à une redoutable effusion de sang.

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Rappelons au passage qu’un conseiller d’Obama vient d’être recruté au FMI comme chef économiste. Une bataille d’influence s’annonce en Europe entre l’Allemagne et les Etats-Unis.

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En attendant, le gouvernement grec aux abois a écrit au FMI pour lui demander une aide. Il faut dire que le plan européen prévoit surtout de servir les créanciers et les banques. Pour le reste: aide-toi, et l’Union t’aidera. Voilà qui ne permet guère de mettre de l’huile d’olive sur la féta.

Décidément, la crise grecque pourrait revenir plus vite qu’on ne croit.

Tsipras cherche déjà à ne pas respecter l’accord du 13 juillet

Décidément, Tsipras est un incorrigible Grec: il peut indéfiniment violer sa parole, même la tête écrasée dans le sable pour l’ours prussien. Reuters annonçait hier qu’il cherchait une solution alternative à la privatisation de la compagnie d’électricité grecque ADMIE. Voici qui augure bien mal de la réussite des négociations. A moins que Tsipras n’ait pas eu sa dose et qu’il cherche un bon prétexte pour se reprendre une raclée de la part d’Angela.

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http://www.eric-verhaeghe.fr/grece-a-quand-le-retour-de-la-crise/

Non, ce n’est pas le graphique de la bourse grecque…

Les marchés financiers ont été saisis par l’effondrement du marché boursier grec qui a perdu plus de 16% à la clôture ce lundi, suite à sa réouverture après cinq semaines d’inactivité. Certains titres vedette, comme ceux de la Banque Nationale de Grèce, ou de la Piraeus Bank, ont perdu près de 30%. On s’attendait à ce désastre ; mais la société d’enquêtes de conjoncture Markit donne une meilleure idée de la débâcle de l’économie réelle et de la situation actuelle du pays.

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