1984

Etats-Unis : Dans le noir avec la Fièvre des marécages

Fièvre des marécages


Par James Howard Kunstler – Le 8 septembre 2017 – Source kunstler.com


Voici une preuve supplémentaire, s’il en était besoin, que Dieu est plutôt remonté contre le pays exceptionnel, numéro un du monde : l’ouragan Irma poursuit un coup direct sur Disney World. Dans les mots immortels des Talking Heads : « This ain’t no party, this ain’t no disco, this ain’t no fooling around » (Ce n’est pas une fête, ce n’est pas une discothèque, ça ne va pas rigoler).

Houston est toujours détrempée et saoulée de coups, avec une fantastique explosion de moustiques, mais ne fait même plus les gros titres. Cette semaine, les médias, avec leurs faibles équipes de journalistes, ont sillonné la Floride, demandant aux gens, ici et là, leurs sentiments. « Que va-t-il se passer… » Je pense que j’ai entendu cela environ soixante fois, et il n’y a pas de contestation sur ce qui va se passer.

Pour le moment, vendredi matin [8 septembre, NdT], il est un peu difficile de calculer l’effet d’une dévastation complète, d’un lavage et d’un rinçage de l’État de Floride vis-à-vis de la viabilité à venir de l’économie américaine. Il y aura un grand trou avec des dollars qui vont s’y perdre et cela incitera probablement les pouvoirs combinés du Trésor des États-Unis, du Congrès et de la Réserve fédérale à créer des dizaines de milliards de dollars. Pendant la nuit, l’indice DXY a plongé à un nouveau bas cette année.

Est-ce que je suis le seul observateur à me demander si Irma peut être un coup fatal pour le système bancaire ? Il faut se demander quelles implications ces événements auront pour les assurances. Les obligations urgentes déclenchées par un événement à cette échelle pourraient ne pas être réparables. Il faut bien regarder la chaîne des effets sur les contreparties qui ont soutenues les banques, les assureurs et les fonds de pension sur de simples promesses depuis des années. Les finances, privées et publiques, ont alimenté l’irréalité depuis bien avant la crise de 2008. La destruction de la Floride (et de tout ce qui se trouve sur le passage) sera aussi réelle que possible.

Vous avez sûrement entendu le vieil argument sur les catastrophes naturelles qui se révèlent être une aubaine pour l’économie parce que tant de personnes sont employées pour réparer les dégâts. Ce n’est pas vrai, bien sûr. Remplacer les choses de valeur qui ont été détruites par de nouvelles choses est juste une autre version de la vieille blague polonaise : « Si quelqu’un veut allonger sa couverture, alors il lui suffit de couper un bout en haut et de le coudre en bas ». Le capital dépensé doit provenir de quelque chose et de quelque part, et dans ce cas, cela représente vraisemblablement les dépenses d’infrastructure nécessaires pour les ponts, les routes, le système d’eau et les égouts, et caetera, dans toutes les autres régions des États-Unis qui n’ont pas été touchées par les tempêtes. Au lieu de cela, ces endroits et leurs infrastructures vont s’approcher de leur point critique sans donner de préavis.

La deuxième catastrophe météorologique majeure cette année peut ne pas être suffisante pour induire des retombées pour reconsidérer la question du changement climatique, mais cela devrait provoquer des interrogations sur le développement connu sous le nom d’étalement des banlieues, qui, même sous sa forme virginale, peut être décrit comme la plus grande mauvaise allocation de ressources dans l’histoire du monde. Sûrement, il y aura un débat sur la question de savoir si la Floride, ou au moins une partie de celle-ci, sera reconstruite ou non. La nature sauvage des centres commerciaux, des subdivisions de logements et des cloisons de copropriétés déployées le long des autoroutes à six voies apparemment infinies accumulées dans l’orgie du développement d’après-guerre est un affront à la nature humaine, sinon à une divinité, si elle existe. Il existe de meilleurs moyens de construire des villes et nous savons comment le faire. Demandez-le aux abrutis qui ont payé une centaine de dollars pour descendre Disney’s Main Street la semaine dernière.

Outre les tragédies personnelles à venir, il va y avoir la perte de nombreuses vies de travail investies dans des choses de valeur, des maisons, du sens et la vie elle-même. Beaucoup de personnes qui ont évacué retourneront sur place et ne retrouveront… rien, et peut-être que beaucoup d’entre elles ne voudront pas rester dans un endroit aussi fragile. Mais l’Amérique, où qu’ils se déplacent à la recherche d’un lieu pour se réinstaller, l’Amérique va partout être un endroit plus fragile. Une semaine ou deux après la disparition d’Irma, les mauvais démons qui tiennent ce pays comme une fièvre des marécages seront toujours là, conduisant la nouvelle folie américaine vers des rivages encore inexplorés.

James Howard Kunstler

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/fievre-des-marecages

Dans le noir

By James Howard Kunstlerwww.24hgold.com

Le marché boursier est en plein essor ce matin, après qu’il a été annoncé que seuls 5,7 millions d’habitants de la Floride devront vivre sans air conditionné, douche chaude et capuccino Keurig le matin du lundi 11 septembre 2017. Je suis conscient du fait que les fils d’actualité restent généralement très calmes le lendemain du passage d’un ouragan, pendant que les citoyens étourdis et confus sortent dans les rues pour évaluer les dommages. Pour l’heure, seules très peu d’informations sont disponibles en ligne. Key West existe-t-elle encore ? Difficile d’en être sûr. Nous en saurons plus ce soir.

Le double uppercut porté par les ouragans Harvey et Irma ont offert à ceux qui sont  en charge des affaires de la nation l’opportunité narquoise de se débarrasser de cet ennuyeux plafond de la dette. Il s’agit là de la loi qui impose une limite à la dette que peut acheter la Réserve fédérale au gouvernement national. Vous vous demandez peut-être ce que signifie « acheter de la dette ». Pourquoi diable quelqu’un voudrait-il acheter la dette de quelqu’un d’autre ? Voyez-vous, il s’agit ici de dette sécurisée, c’est-à-dire d’obligations émises par le Trésor des Etats-Unis, qui sont porteuses d’intérêts et sont donc intéressantes – du moins elles l’étaient à l’époque, quand les taux d’intérêt étaient encore positifs après déduction du pourcentage d’inflation. C’est là que la situation devient intéressante.

La loi relative au plafond de la dette établit des limites quant à la dette obligataire que peut émettre le gouvernement (combien il peut emprunter), afin qu’il ne puisse pas dépenser trop d’argent qu’il n’a pas. C’est pourtant exactement ce qui s’est passé malgré la limite imposée à la dette, parce que le « plafond » a été rehaussé une bonne centaine de fois tout au long du XXe et au début du XXIe siècle, de manière à ce que la dette accumulée se trouve aujourd’hui autour de 20 trillions de dollars.

Les individus rationnels réalisent qu’une somme de 20 trillions de dollars représente une obligation surnaturelle, et comprennent qu’elle ne pourra jamais être remboursée. Pourquoi donc ne pas abandonner ce prétendu, pour que puisse se poursuivre le racket des emprunts gouvernementaux pendant autant de temps qu’il faudra, et que continue d’apparaître de la nouvelle monnaie sur les écrans de la Réserve fédérale ?

Les individus rationnels réalisent également qu’à un moment donné, quelque chose devra flancher. Comme par exemple la valeur du dollar en lequel est émise toute cette dette. Si la valeur du dollar décline, alors la véritable valeur des obligations émises en dollars plonge également, ce qui pousse les divers propriétaires d’obligations – particuliers, fonds de pension, compagnies d’assurance, fonds souverains – à se débarrasser de leurs obligations le plus rapidement possible. Notamment si la Fed et ses banques servantes continuent de réciter leurs incantations pour maintenir les taux d’intérêt de ces obligations artificiellement bas. 

La Réserve fédérale rachèterait-elle toutes les obligations que les autres déchargeraient sur le marché ? Elle tenterait certainement de le faire. La Banque du Japon en a fait ainsi avec les obligations de son propre gouvernement, sans conséquence néfaste apparente, bien que je me demande ce qui se passe une fois qu’un serpent qui se mange la queue en arrive à sa tête. Que reste-t-il après ? Un retour à l’ère médiévale. Littéralement. Plus de moteurs, de lumière électrique, de chauffage central…

Aux Etats-Unis, nous faisons face à une valeur de la monnaie et un coût de l’emprunt complètement détachés de la réalité – cette réalité étant le coût et la valeur véritables des biens et services échangés contre de la monnaie. Voilà tout. Une crise de la devise et une interruption des échanges au niveau le plus macro imaginable. Ainsi que, sans aucun doute, des perturbations majeures au niveau des services gouvernementaux, donc les services de sécurité sociale et Medicare. Des mules viendront ensuite remplacer les Ford F-150. Et le New York Timestrouvera de nouveau des sujets sur lesquels écrire autres que la Russie et les transsexuels.

La valeur de la monnaie et le coût de l’emprunt sont ce qu’il y a de plus fondamental pour une économie dite avancée. Bien des lois qui gouvernent la société peuvent être manipulées, mais quand la situation s’emballe, l’anarchie commence à se profiler à l’horizon. Mais contentons-nous pour le moment de voir comment la glue sociale qui tient ensemble ces régions de la Floride qui, maintenant plongées dans le noir, commencent déjà à ressembler à des attractions médiévales.

http://www.24hgold.com/francais/actualite-or-argent-dans-le-noir.aspx?article=11460842610H11690&redirect=false&contributor=James+Howard+Kunstler.&mk=2

EN BANDE SON :  

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