Art de la guerre monétaire et économique

Douce France – Gilets Jaunes, ce que je comprends de la journée du 8 décembre (et des précédentes) 

Gilets Jaunes, ce que je comprends de la journée du 8 décembre (et des précédentes)

 « Quand tu m’as dit que tu te servirais de la Force petit Skystaner, je ne savais pas que tu n’allais pas t’en servir contre les casseurs! »

Charles Gave: “Au delà de 30 km de Paris, vous avez le pays profond où vivent à peu près 50% des français. Ca fait 20 ans qu’on les laisse crever ! C’est là où les écoles ferment, c’est là où les hôpitaux ferment, c’est là où il n’y a pas de transports en commun etc… […] Leur vraie problème aujourd’hui, c’est que leur frigidaire est vide ! Et donc, vous avez rendu cette classe qui sont des gens travailleurs, enragés ![…] Ce gouvernement a atteint un niveau de surdité, j’allais dire presque d’autisme qui a rarement existé dans l’histoire de France”

GILETS JAUNES.

  • Le mouvement marque le surgissement au premier plan de la scène politique d’une population que la classe dominante (milieux économiques, partis politiques (sauf le FN), milieux culturels et médiatiques, et syndicats) avaient passé par pertes et profits. Cette population est celle des campagnes et des petites villes que le géographe Christophe Guilluy a appelé, la France périphérique et qui représenterait selon lui un peu moins des deux tiers du pays.
  • Le gouvernement a sans cesse minoré les chiffres, mais il est clair qu’au moins un million de personnes ont participé activement au mouvement avec un taux de soutien des deux tiers du reste de la population qui ne s’est jamais démenti.
  • Castaner peut bien dire aujourd’hui: « ils n’étaient que 10 000 le 8 décembre, ils ne sont pas la France », cela s’appelle en termes freudiens une dénégation. Si le ministre le nie, c’est qu’il a bien conscience que c’est à la France que le gouvernement s’est affronté. C’est la France qu’il a tenté de casser.
  • Les Gilets Jaunes ont non seulement réorganisé l’agenda politique pendant plus de trois semaines, mais ils ont démontré une remarquable capacité d’organisation décentralisée. Et fait preuve d’une remarquable énergie, celle de gens qui n’ont rien à perdre. Mieux, ils ont obtenu le retrait des taxes carbonées dont ils estimaient être les seuls à faire les frais. C’est une victoire politique et un important message qui devrait être reçu cinq sur cinq par les énarques de Bercy: à l’avenir, ils réfléchiront à deux fois avant de tenter de piquer plus de pognon aux « beaufs » de la France périphérique.
  • Le mouvement s’essouffle aujourd’hui faute d’expression politique. Mais aussi faute de solidarité avec les partis et les syndicats. A l’exception du FN qui finira (dès les Européennes) par tirer les marrons du feu, les Gilets Jaunes n’ont pas de parti, pas de leaders. Leur méfiance envers la démocratie représentative – ceux qui vous trahissent à peine élus – est leur principale qualité, mais aussi un obstacle de taille à l’évolution du mouvement en formation politique.

MACRON.

  • Incontestable défaite politique. Il a retiré ses taxes et se retrouve avec un déficit budgétaire accru d’environ 3.9 milliards d’euros qu’il ne pourra financer dans l’immédiat qu’en mécontentant le patronat et les bobos des grandes villes. Toutes ses tentatives de casser le mouvement ont échoué. La dénonciation des GJ comme un mouvement de beaufs, de fascistes, de prédateurs anti-écolos a laissé de marbre l’opinion publique. Les sondages ont montré un remarquable soutien populaire au mouvement.
  • La remarquable maîtrise policière de la journée du 8 décembre prouve à posteriori que le gouvernement a réellement laissé quartier libre aux casseurs des banlieues et de l’extrême gauche au cours des deux weed-end qui ont précédé. Macron a également découvert à cette occasion une grogne policière à laquelle il ne s’attendait pas. Il existe aujourd’hui des fragilités au sein des forces de l’ordre tentées par une sympathie naturelle avec le mouvement. La prime exceptionnelle distribuée aux policiers voila trois jours n’avait d’autre but que de raffermir une fidélité branlante.

AUTRES FORMATIONS POLITIQUES.

  • A part le FN qui a su intelligemment garder ses distances tout en manifestant son soutien, et l’extrême gauche alliée de la banlieue et des casseurs de banlieue qui a tout fait pour casser le mouvement, toutes les autres formations politiques ont joué double jeu. Le PS et LR, incapables d’abandonner l’idée qu’ils sont dans une mécanique d’alternance automatique avec le pouvoir en place, ont soutenu le mouvement du bout des lèvres pour le lâcher quand les violences ont éclaté. Incontestablement, ils sont partie prenante du système de la classe dominante et du système de castes qui structure la France. Et à ce titre, le meilleur allié de Macron.

LES SYNDICATS.

  • Eux aussi ont fait alliance avec Macron et bloqué toute tentative de faire évoluer le mouvement en grève générale. Ils ont démontré ainsi qu’ils faisaient partie du système.

LES INTELLECTUELS. 

  • Ils ont été remarquablement absents ou franchement hostiles voire haineux (Cf BHL). Ils privent ainsi les Gilets Jaunes d’une capacité de réflexion politique.

A MOYEN – LONG TERME.

  • Les choix macroniens – oui à la mondialisation, oui à l’ouverture des frontières, oui à l’immigration, oui à l’euro et oui à l’Union européenne – vont se heurter au refus croissant des Gilets Jaunes de faire les frais de cette politique coûteuse et sans réelle potentialité de changement ou d’amélioration.
  • D’autres conflits sont donc inscrits dans l’agenda français. Ils seront sans nul doute de plus en plus violents. Et leur issue n’a rien de prévisible.
  • Reste que ce pouvoir ne saurait considérer que la trêve des confiseurs règle la question d’un mouvement où les classes moyennes du pays, sa base électorale, ont pris des risques physiques et judiciaires réels pour lui exprimer son exaspération fiscale, sociale et politique. Les Gilets Jaunes à ce titre prolongent l’abstention massive de l’élection d’Emmanuel Macron, l’absence totale d’opposition crédible, qui est une dimension générique du macronisme (remplacer le plein par du vide), réarmant d’autant le recours désespéré à la violence. La réponse à cette fronde nationale, totalement inédite autant par sa nature que par sa puissance, ne saurait se résoudre par l’abandon de deux mesures ou le report d’une troisième, ou même par la tenue de quelque référendum ou élection législative. Ce mouvement doit continuer, mais grandir.

Yves Mamou

3 réponses »

  1. « LES INTELLECTUELS.

    Ils ont été remarquablement absents ou franchement hostiles voire haineux (Cf BHL). Ils privent ainsi les Gilets Jaunes d’une capacité de réflexion politique. »

    Humoriste, l’auteur du billet.

    Pour ma part, sans adhésion au projet proudhonien, des personnes comme Etienne Chouard sont des références intellectuelles valeureuses.

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    • Des exceptions qui confirment la règle…OUI les intellos, les médias, les humoristes, les pseudos artistes sont contre les gilets jaunes…Cette gauche caviar qui depuis 40 ans se fait sa pelote sur le dos du peuple en se faisant subventionner par celui ci ! Mème pas la reconnaissance du ventre ces enfoirés !

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