Art de la guerre monétaire et économique

Rappel : Le vrai rebelle qui fait peur au capitalisme financier ? Le propriétaire ! Par Henri Feng

 

 Sylvain Tesson : Entre deux voyages, je travaille souvent seul chez moi, je me mets en quelque sort en quarantaine ! Je n’ai aucune difficulté à vouer ma vie à l’immobilité, au silence, à la lecture et à l’écriture. […] Néanmoins, j’ai été impressionné par la facilité avec laquelle on enferme 70 millions de personnes en quelques heures… La révolution digitale a contribué à cela : le confinement existait bien avant, cela s’appelle les heures passées devant les écrans ! Nous avons accepté, il y a 40 ans, de nous mettre comme des mouches écrasées sur des pare-brises devant nos écrans. Le premier déconfinement est de débrancher : si on veut aller mieux, le premier geste à faire est de prendre un marteau et de fracasser son ordinateur.

Henri Feng est docteur en histoire de la philosophie.


La globalisation économico-financière a fait rentrer l’homme dans une voie de plus en plus éloignée de ce que fut l’idéal de l’humanisme moderne . Lisons la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, largement inspirée par la philosophie des Lumières. Dans ce texte fondateur le droit de propriété était mis en équation avec la liberté, la sûreté (c’est-à-dire la sécurité) et la résistance à l’oppression (article 2 de la Déclaration). «Avoir» devait systématiquement être renvoyé à «être». La démocratie s’est donc constituée sur la base de l’idéologie politico-économique d’une bourgeoisie française totalement imprégnée d’éthique anglo-saxonne. Le capitalisme ne pouvait se constituer sans l’individualisme. Marx l’avait déjà dit dans La question juive en 1844.

C’est un paradoxe: l’hyperconsumérisme ambiant laisse de moins en moins de place au droit de propriété.

Or l’hyperconsumérisme ambiant laisse paradoxalement de moins en moins de place au droit de propriété. L’homme devenu atome, voire monade, dans un espace intégralement numérique, se réduit à une somme de données informatiques. Nous ne sommes plus définis que par des data. Qui peut aujourd’hui se prévaloir d’échapper à son identification en dehors de la transcription de son numéro de sécurité sociale, ou celle de son numéro fiscal ou de son numéro de carte bancaire, ou encore de son numéro de téléphone cellulaire? L’homme moderne est un être fiché. Il se targue d’user d’une absolue liberté alors que celle-ci est quotidiennement dévoyée. Il convient de se rendre compte que, dans une telle technostructure à la fois numérique et ultra-bureaucratique, aucune de ses données ne peut être protégée pour l’éternité. Personne n’a demandé à être le propriétaire d’une série de chiffres et de mots de passe, mais en même temps personne ne peut se soustraire à cet empire du chiffre virtuel. Même en matière de finance, le virtuel est devenu plus réel que le réel. Pis encore, le mort existe encore à travers des comptes informatiques que personne ne peut effacer. De manière générale, le data est ineffaçable. Le tout numérique rend l’existence humaine inique. Seul l’expert informatique peut s’inscrire dans une dynamique.

L’hyperconsommateur efface peu à peu le propriétaire. Sous le règne de l’usure et de la corruption programmées par les fabricants de produits en tout genre, la consommation sitôt génération est aussitôt corruption. Plus d’être ni de néant, mais que du vide. Quant à la propriété elle-même, celle-ci n’est plus le vol comme au temps de Proudhon. Le propriétaire, obligé d’être soumis à la globalisation financière, est devenu un exploiteur précaire. Le prolétaire n’est plus. Le cambrioleur et les hackers volent des biens achetés à crédit. On emprunte parce qu’on est plus en capacité d’acheter.

Le droit de propriété garantissait, de fait, la première frontière entre «ce qui est à moi» et «ce qui n’est pas à moi». Ce qui légitimait la protection physique de l’État, voire l’auto-protection par le droit d’usage de l’arme à feu. Les pays les plus libéraux sont les plus prompts à faire condamner le viol de la propriété privée. Mais la cinquième dimension, en l’occurrence la finance internationale, de plus en plus numérisée, est l’espace où tout est à tout le monde et rien n’est à personne à la fois. La crypto-monnaie est un thaler possible qui tend à supplanter le thaler réel.

La mort du propriétaire annonce la disparition de tout principe de souveraineté.

Le genre transhumain est clairement une monade avec portes et fenêtres. Il est quasiment à la portée de n’importe qui de rentrer dans un disque dur, de craquer un mot de passe et d’usurper une identité. Les algorithmes rythment notre quotidien sans que personne n’ait donné son accord pour en arriver là.

En outre, personne ne demande à être déterminé par un supercalculateur. La mort du propriétaire annonce la disparition de tout principe de souveraineté, tant au niveau géopolitique qu’au niveau financier et économique. La dette d’État de l’un est achetée quotidiennement par celle de l’autre. Dans le marché obligataire, l’Allemagne appartient essentiellement à la Chine, la France au Japon et au Royaume-Uni, puis la Grèce à l’Allemagne et à la France. En physique, la relation de cause à effet ne peut remonter à l’infini. Au bout d’un temps, le marché obligataire implosera. C’est le petit consommateur qui paiera le premier la facture. Pour retarder l’inéluctable, les marchés financiers s’en remettront aux géants du web pour juguler la volatilité disproportionnée des échanges monétaires et crypto-monétaires. Une Intelligence Artificielle deviendra, à terme, le véritable propriétaire de toutes les données présentes et à venir. La fin du droit de propriété annonce le début d’une nouvelle humanité: de l’uniformité démonétisée. On découvrira bientôt que tuer le propriétaire est une autre manière de tuer le père.

https://amp.lefigaro.fr/vox/economie/2018/01/22/31007-20180122ARTFIG00143-le-vrai-rebelle-qui-fait-peur-au-capitalisme-financier-le-proprietaire.php?fbclid=IwAR1_pPhk_SYru-xSiXyzfZRGM0otQ7VsSzI7d8KmtiED-W18ybEurW0eOZ8

Donc, au virus d’origine animale obligeant l’être humain à se retirer du monde s’ajoute celui de nature idéologique qu’est le sans-frontiérisme, comme s’il valait mieux être assigné à résidence plutôt que d’être libre dans son pays. A minima, ceux qui posent le pied sur le sol hexagonal ne sont pas assujettis à des quatorzaines ni à des tests PCR systématiques. Enfin, le masque en soi n’est-il pas une frontière à échelle individuelle ? En l’espèce, cacher son visage, n’est-ce pas dissimuler une large partie de son âme ? « Je ne dis pas qu’autrui est Dieu, mais que dans son visage j’entends la parole de Dieu », avait affirmé le philosophe Emmanuel Levinas. HENRI FENG

« Que prouve l’histoire des idées sinon que la production intellectuelle se métamorphose avec la production matérielle ? Les idées dominantes d’une époque n’ont toujours été que les idées de la classe dominante. » — Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste

 EN BANDE SON :

 

1 réponse »

  1. Terrifiant entre le texte et les images le surgissement de l’ennemi ..monstre impalpable insaisissable,au cœur de nos vies …d’un être indigne on dit qu’il n’a plus de visage.
    Masqués et traqués…ils nous effacent ..

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :