Art de la guerre monétaire et économique

Jean Pierre Petit / Les leçons de 2009 (2) : Toutes les bulles ne se valent pas

A force de repousser les ajustements réels imposés par le vieillissement et la montée du monde émergent, on a vu que le déclin occidental se sera particulièrement accentué durant les années 2000.

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, l’économie de bulle n’est pas directement responsable de cet état de fait. La bulle high tech des années 90 avait ainsi plutôt favorisé un choc d’offre positif en relevant les gains de productivité aux Etats-Unis et dans certains autres pays.

De leur côté, les pays émergents sont aussi partie prenante à l’économie de bulle (10 bear markets actions depuis 1990 pour le MSCI emerging markets, de nombreuses bulles immobilières). Cela ne les a pas empêché d’enregistrer une croissance moyenne annuelle de 5,9% de 2001 à 2010 (en reprenant les prévisions du FMI pour 2009 et 2010) contre 3,6% durant la décennie 90.

Dans le même temps, les pays riches n’ont réussi qu’à atteindre péniblement 1,5% cette décennie contre 2,6% la décennie précédente.

Certains pays occidentaux comme l’Australie, le Canada ou la Norvège surnagent plutôt bien dans cet environnement «booms and busts», mais ils sont minoritaires.

De son côté, la Chine participe pleinement à l’économie de bulle (elle accumule les bulles depuis une dizaine d’années) mais l’on sait que les ressorts de sa prodigieuse croissance sont ailleurs (urbanisation, infrastructures).

En revanche, il est clair que la bulle immobilière des années 2000, dont les effets désastreux ont été amplifiés par le «shadow banking» et le choc Lehman, n’a fait qu’alimenter une fausse croissance et fait considérablement perdre du temps aux pays occidentaux qui y ont cédé. La caractéristique première d’une bulle immobilière est en effet un choix en faveur de l’économie du passé, de la rente et de l’immobilisme.

Toutes les bulles ne se valent donc pas et il n’est d’ailleurs absolument pas évident que la prochaine crise financière soit nécessairement plus grave que la précédente, ni même qu’elle revête un caractère systémique.

Tout au plus sait-on qu’elle ne sera probablement pas générée par l’immobilier américain, ni facilitée par le hors bilan des banques ou la prolifération des produits structurés de crédit, ni étendue par une titrisation de masse désordonnée, qu’on ne lâchera pas le prochain Lehman etc…

Quid de l’avenir économique ?

Il est navrant de constater que l’essentiel des pays occidentaux (en particulier l’Europe) n’a fait dans l’ensemble depuis Lehman que renforcer les rentes du passé à travers ses déficits publics (secteur public, industries traditionnelles, immobilier et banques zombies) et qu’elle s’illusionne sur la sortie miraculeuse de la langueur grâce à une nouvelle révolution technologique (la croissance verte) un peu comme la seconde révolution industrielle nous avait sortis de la longue stagnation (1873-96).

Et comme 2010 a de bonnes chances d’être une bonne année en termes de redressement conjoncturel, tout porte à croire que la plupart des pays occidentaux continueront de se laisser ainsi bercer et qu’ainsi la fracture entre le monde riche et le monde émergent continuera de se creuser.

JEAN-PIERRE PETIT économiste et  Stratégiste de marché jan2010

BILLET PRECEDENT : Jean Pierre Petit : Les leçons de 2009: rien n’a vraiment changé (I) (cliquez sur le lien)

2 réponses »

Laisser un commentaire