Formation a la gestion de portefeuille

André Gosselin : L’investissement extrême

  • les événements supposément rarissimes qui entrent dans nos scénarios prévisionnels sont beaucoup moins rares qu’on ne le pense. Et leurs effets dépassent notre imagination
  • Faut-il gérer son portefeuille en fonction des événements les plus inattendus?
  • Pour ne pas avoir une attitude extrémiste, il faut diversifier géographiquement le contenu de son portefeuille

La Bourse est soumise à des événements imprévisibles dont l’impact est tout aussi imprévisible. Dans ces circonstances, comment investir ?

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« C’est difficile de faire des prévisions, surtout quant à l’avenir « , dit un jour l’inénarrable Yogi Berra. Le plus philosophe des joueurs du baseball majeur serait découragé de voir toutes les prévisions qui noircissent les pages économiques de nos journaux.

Nous ne sommes même pas capables de prévoir, avec une marge d’erreur de 100 %, le coût de construction d’un hôpital, d’un stade ou d’un pavillon universitaire. Imaginez quand vient le moment d’anticiper le prix du pétrole, la valeur du dollar ou la croissance du PIB.

Le problème, selon certains experts, c’est que les événements supposément rarissimes qui entrent dans nos scénarios prévisionnels sont beaucoup moins rares qu’on ne le pense. Et leurs effets dépassent notre imagination.

Presque personne n’avait prévu le krach de la Bourse du 19 octobre 1987, la crise des pays asiatiques de 1997 ou les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Ces événements ont pourtant nui à tous les investisseurs. Faut-il pour autant s’en inquiéter et gérer notre portefeuille en prévision des événements les plus inattendus ?

Nassim Nicholas Taleb, docteur en mathématiques et gestionnaire de portefeuille, le pense. Auteur d’un livre qui fait sensation en ce moment (The Black Swan: The Impact of the Highly Improbable), il ne manque pas d’arguments pour démontrer que le hasard intervient à tous les niveaux de l’activité économique.

Nous vivons dans un monde de plus en plus complexe et interdépendant où les événements les plus imprévisibles prennent une plus large place. Dans plusieurs secteurs d’ailleurs, les extrêmes ont pris le dessus sur la normalité des choses. À un tel point que même les moyennes statistiques sont inutiles.

Prenez, par exemple, l’édition du livre. Vous avez des milliers d’auteurs qui n’arrivent pas à vendre cinq cents exemplaires de leur dernier roman, et une seule auteure (J.K. Rowlings) qui vend des dizaines de millions d’exemplaires des aventures de Harry Potter. C’est la même chose dans l’univers du spectacle, du cinéma ou de la chanson.

En affaires, des centaines d’entreprises peuvent créer un moteur de recherche sur Internet, mais il a fallu qu’une seule entreprise (Google) s’empare de 99 % du marché. Dans un stade de 50 000 personnes, vous pouvez facilement imaginer que le revenu moyen des spectateurs tourne autour de 40 000 dollars. Mais faites-y entrer Bill Gates, et le revenu moyen par personne passe à un million de dollars. La moyenne ne veut pas dire grand-chose.

Pour tirer profit de cet univers de l’improbable et de l’extrême, Nassim Nicholas Taleb nous recommande d’être à la fois hyper agressifs et hyper conservateurs, plutôt que de nous contenter d’être moyennement agressifs ou moyennement conservateurs. Autrement dit, il ne faudrait prendre aucun risque avec 75 % de nos actifs (achetons des bons du Trésor), et prendre des risques très élevés avec les autres 25%.

Bien que son livre s’adresse au grand public, souhaitons que les théories du mathématicien n’aient aucun impact sur l’investisseur moyen. Ce dernier, après tout, est déjà trop extrême quand la moitié de son portefeuille d’actions est concentré dans les titres de haute technologie, comme en 2000. L‘investisseur canadien a une attitude extrémiste quand on sait que plus de 80 % des actions de son portefeuille sont liées à des sociétés canadiennes, alors qu’il ne possède à peu près aucun titre de sociétés européennes, asiatiques ou sud-américaines. Plus de 60 % de l’argent des investisseurs canadiens est concentré dans 10 % des plus grandes entreprises du pays (celles qui sont historiquement les moins rentables). Il ne possède en moyenne que quatre entreprises dans son portefeuille d’actions, alors qu’il lui en faudrait au moins 15 pour que ce portefeuille soit suffisamment diversifié. Si ce n’est pas un comportement extrémiste, on se demande bien ce que c’est.

N’en déplaise à Nassim Nicholas Taleb, le problème de l’investisseur moyen, c’est qu’il est trop radical, sans même le savoir.

Chronique d’André Gosselin chercheur canadien parue dans Affaires Plus

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES :  Nassim Taleb : l’homme qui murmurait à l’oreille des cygnes… (cliquez sur le lien)

Finances : Les risques extrêmes remettent en question les modèles statistiques et mathématiques (cliquez sur le lien)

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