Europe

Commentaire : Trappe à Dettes/le Royaume Uni va t-il se joindre aux PIIGS ???

Vous avez dit PIIGS ?

Le terme PIIGS est l’abréviation constituée des initiales des 5 pays qu’il désigne : Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne (Spain). Des pays qui accusent une situation financière délicate (endettement élevé et grave déficit public), à laquelle ils peuvent difficilement remédier, vu leur appartenance à la zone euro (ils ne peuvent décider seuls de déprécier leur devise pour retrouver leur compétitivité internationale).

Des pays en situation difficile donc, qui suscitent la crainte des investisseurs, lesquels n’achètent plus des obligations de ces Etats que si les taux sont suffisamment alléchants !

Dailleurs à ce propos le personnel de Barclays Capital  a reçu un memo demandant de ne plus utiliser l’acronyme PIIGS (oralement, cela donne cochons en français) pour désigner les pays plus fragiles de l’Union européenne. C’est vrai que cela a un côté un peu injurieux. Ils sont désormais priés d’utiliser les noms propres : Portugal, Italie, Irlande, Grèce et Espagne. Ce qui fait dire au Financial Times (cliquez sur le lien) que les études de Barclays Capital risquent d’être un peu plus verbeuses…

The Big Picture (cliquez sur le lien)propose donc d’autres acronymes. Au hasard. PUKE pour Portugal UK EU. To puke = vomir.

PLUS DE ROYAUME UNI EN SUIVANT :

Thé et spaghetti

C’est dire qu’en effet une autre nation, étrangère à la zone euro, pourrait bien rejoindre ce groupe (punk!!!) : le Royaume-Uni.

 Les taux que doit offrir le Royaume-Uni sur ses emprunts d’Etat ont en effet dépassé ceux pratiqués en Italie. Un étonnant renversement de situation :

longtemps, l’Italie a été l’enfant terrible de l’endettement européen, alors que le Royaume-Uni se classait bon élève, avec un budget en équilibre et un endettement public en recul. En 2008 encore, la dette britannique ne dépassait pas 52% du PIB, contre 106% en Italie. Mais les finances britanniques, dépendant en partie du secteur financier (City de Londres), ont été très détériorées par la crise. Et les déficits budgétaires élevés semblent devoir persister.

 De plus, l’Etat n’est pas le seul à être endetté. Au contraire des italiens, les ménages britanniques comptent parmi les plus endettés au monde et risquent de mettre des années à digérer les excès du passé.

Le flegme a ses limites

Malgré sa piètre situation, le Royaume-Uni est longtemps parvenu à se financer à des taux raisonnables, comparables à ceux de la France.

En cause : des taux directeurs proches de zéro et une Banque d’Angleterre qui a pratiqué à l’image de la Fed le quantitating easing pour sauver le système bancaire britanique  : achat des créances pourries adossées à de l’immobilier pour assainir les bilans bancaires en échange de quoi les banques absorbent  les énormes émissions du Trésor britannique réputées sures, ce qui du mème coup a le magique effet et de renforcer  leurs fonds propres  et de  mettre ainsi un frein sur les taux longs pour aider ainsi à un redressement de l’immobilier au travers des taux hypothèquaires…Du mème coup le bilan de la Banque d’Angleterre s’en trouve rassainie ce qui lui permet de revendre et recycler  certains actifs dit « toxiques » vers des hedges funds et autres fonds spéculatifs….Et la machine est ainsi relancée…

Oui mais voilà , depuis que fin 2009, la Banque d’Angleterre a cessé d’intervenir, les taux sur les emprunts d’Etat remontent. Une hausse d’autant plus stimulée par la déclaration d’un responsable du grand fonds d’investissement Pimco, qui a prétendu que la dette britannique se trouvait  « sur un lit de nitroglycérine ».

Trappe à Dettes : Pimco pessimiste pour la Grande-Bretagne (cliquez sur le lien)

Dans le smog

• Après la récente crise, les investisseurs s’intéressent beaucoup à l’assainissement des comptes publics. Les pays endettés sont priés d’y remettre de l’ordre.

Mais le Royaume-Uni ne le fera qu’après les élections législatives de cet été. Et ces élections risquant d’accoucher d’un parlement très divisé, les mesures impopulaires, nécessaires à l’assainissement auront du mal à passer.

Pour ne rien arranger, l’inflation fait son retour en force. Elle a atteint 3,5% en janvier 2010, le chiffre le plus élevé du G7.

• Enfin l’économie reste affaiblie. Malgré une livre faible, qui favorisait les exportations, elle n’est sortie de récession que de justesse au quatrième trimestre (+0,1%).

Please, join the club !

• Grâce au contrôle dont il dispose sur sa politique monétaire (au contraire des PIIGS), le Royaume-Uni a bénéficié d’une intéressante marge de manoeuvre (taux directeurs et quantitating easing).

Mais on peut à présent raisonnablement penser que le gros de cette marge de manoeuvre est épuisé. Et la livre sterling, qui, contrairement au dollar, n’est pas très présente dans les réserves de change du monde entier, pourrait être à nouveau sous pression.

• Le pays mérite donc sans doute sa place au sein des PIIGS ! Et s’il garde encore auprès de l’agence de notation Moody’s (chargée d’apprécier la santé financière des émetteurs d’obligations) sa note AAA (la meilleure qui soit), je crains bien qu’il ne la perde ces prochains moins. Dans ce cas, les taux sur les emprunts d’Etat britannique poursuivront leur hausse.

Pour le Royaume-Uni, le risque n’est pas seulement que ce déséquilibre budgetaire engendre une crise obligataire, mais que le maintien de volumes d’emprunt élevés ne donne pas le coup de pouce escompté à la croissance, et pénalise au contraire le secteur privé en entraînant une hausse du coût du capital : mauvaise allocation du capital, denrée rare par excellence, au détriment du secteur privé qui s’en trouve rationné… 

Certes, les entreprises et les ménages sont peu enclins à contracter de nouveaux crédits dans l’immédiat. Mais, malgré tout, le maintien de gros volumes d’obligations d’Etat risque de peser sur le crédit disponible pour le secteur privé, alors même que l’économie est en train de se redresser: le montant des émissions nettes de bons et d’obligations européens va probablement atteindre 550 milliards d’euros en 2010, selon Morgan Stanley.

Le Royaume-Uni doit en particulier faire face à d’importants besoins de financement: sans le programme d’assouplissement quantitatif de la Banque d’Angleterre, qui a absorbé près de 200 milliards de livres d’obligations d’Etat l’an passé, JP Morgan estime que l’Etat britannique pourrait devoir émettre pour 70 milliards de livres de gilts – l’emprunt d’Etat britannique – en 2010. Pas étonnant dans ces conditions que le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mervyn King, se soit montré aussi désireux mardi de laisser la porte ouverte à de nouvelles mesures d’assouplissement quantitatif.

Il est certes possible que les banques absorbent encore  une part importante de la dette souveraine, étant donné que les régulateurs vont les obliger à détenir plus d’emprunts d’Etat pour consolider leurs réserves de liquidités. Mais les achats d’obligations d’Etat par les banques pourraient aussi potentiellement restreindre l’offre de crédit aux ménages et aux entreprises.

Quoi qu’il en soit et dans tous les cas de figure, une hausse du coût de l’emprunt semble inévitable. JP Morgan estime que le rendement du gilt britannique à échéance dix ans devrait atteindre 4,4% en mars, contre 4% au début de l’année, ce qui va augmenter le coût du capital pour les entreprises et pourrait peser sur leurs valorisations. Au Royaume-Uni, le multiple de capitalisation du marché boursier a 90% de chances de diminuer dans l’année, selon Morgan Stanley, cette contraction pouvant être compensée par de meilleurs résultats des entreprises si la croissance se redresse.

Il est cependant plus probable qu’une baisse des valorisations des entreprises et un relèvement des seuils de rentabilité minimaux privent les économies des investissements privés nécessaires pour alimenter une reprise durable.

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES : WSJ : Trappe à Dettes/La grandeur perdue des emprunts britanniques (cliquez sur le lien)

Commentaire : Trappe à Dettes / Royaume-Uni – l’empereur nu. (cliquez sur le lien)

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