Art de la guerre monétaire et économique

WSJ : Les risques de l’option nucléaire de la BCE

Les autorités européennes et internationales se sont lancées dans une vaste contre-offensive pour défendre l’euro, comme en témoigne la décision de la Banque centrale européenne, annoncée lundi matin, d’acheter des obligations souveraines.

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« De toutes les mesures annoncées ce week-end, la plus sensationnelle est la décision de la BCE d’engager un programme d’achat d’obligations d’Etat, un mécanisme auquel elle n’avait encore jamais eu recours, même au coeur de la crise financière », écrit David Mackie, économiste de JP Morgan, dans une note de recherche.

Cette initiative de la BCE jouera un rôle crucial pour empêcher une propagation de la crise de la dette, car elle permettra de faire la jonction en attendant que soient mobilisées les aides du Fonds monétaire international et des différents Etats impliqués dans le plan de soutien, qui pourraient dans certains cas nécessiter l’aval du Parlement de ces Etats.

L’achat d’emprunts d’Etat est cependant un exercice très risqué et c’est pourquoi le Traité sur l’Union européenne interdit à la BCE d’acquérir des titres sur le marché primaire, lors de nouvelles émissions. La BCE peut acheter des obligations souveraines peu prisées – par exemple celles de pays dont la situation budgétaire est délicate, comme l’Espagne et le Portugal – mais seulement sur le marché secondaire où sont négociées les obligations déjà émises.

Mais même avec cette restriction, cette option ne plaît guère aux banques centrales, car elle tend à gonfler la masse monétaire et à alimenter l’inflation.

La BCE compte par conséquent « stériliser » ces achats d’obligations.

Elle n’a pas donné de précisions, mais il s’agirait en pratique de vendre d’autres titres de valeur équivalente, tels que des certificats de dette de la BCE, pour réabsorber l’argent versé en échange des obligations souveraines.

La BCE n’a pas indiqué quel montant d’obligations elle comptait racheter, mais il s’agit en tout état de cause d’un véritable revirement de position, car son président Jean-Claude Trichet affirmait jeudi encore que le conseil des gouverneurs n’avait pas discuté de cette option.

Selon les calculs de Credit Suisse, les banques européennes détiennent près de 206 milliards de dollars d’obligations souveraines des trois pays de la zone euro les plus en difficulté : 75 milliards de dollars de titres grecs, 46 milliards de dollars de titres portugais et 85 milliards de dollars de titres espagnols.

Il ne s’agit là que d’une petite partie des quelque 1.300 milliards de dollars d’actifs qu’elles détiennent dans ces pays : environ 190 milliards de dollars en Grèce, 850 milliards de dollars en Espagne et 241 milliards de dollars au Portugal.

Le lancement d’un programme d’achat d’emprunts d’Etat, surnommé « l’option nucléaire » de la BCE par les observateurs, était considéré comme la dernière ligne de défense de la banque centrale pour empêcher que la perte de confiance dans les obligations grecques ne se propage à d’autres dettes souveraines.

Les chefs d’Etat européens ont affirmé vendredi que tout serait fait pour préserver l’intégrité de la monnaie unique, mais cela risque d’être au détriment de la BCE.

« A court terme, l’intervention de la BCE sera un élément crucial du plan et apportera un répit immédiat », estime Marco Annunziata, économiste en chef chez UniCredit Group.

Mais à plus long terme, les conséquences pourraient être néfastes.

« Si le fonds de stabilisation devait être utilisé, cela impliquerait l’émission de centaines de milliards d’euros d’emprunts d’Etat de la zone euro », souligne-t-il. « La décision de la BCE soulèvera de sérieuses questions sur son indépendance ; et les Etats devront évaluer les conséquences politiques à l’intérieur de leurs frontières respectives. »

Nina Koeppen Wall Street Journal  mai10

5 réponses »

  1. Depuis dimanche soir les pays du PIIGS et même la France ont « open bar » nous avons eu aujourd’hui l’euphorie de de ce délire économique. Hélas ce type de déboire termine toujours par un gueule de bois.

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  2. Les opérations de rachat d’obligations d’Etats ont commencé.

    Les opérations de rachat d’obligations d’Etats européens, décidées dans le cadre de mesures exceptionnelles visant à calmer les marchés, ont commencé « ce matin », a indiqué lundi 10 mai le président de l’institut d’émission européen, Jean-Claude Trichet.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/economie/20100510.OBS3734/les-operations-de-rachat-d-obligations-d-etats-ont-commence.html

    Le serpent « ZONE EURO » avait faim.

    Le serpent « ZONE EURO » était en train de mourir de faim.

    Alors, le serpent « ZONE EURO » a commencé à se dévorer la queue lundi 10 mai 2010.

    Le serpent « ZONE EURO » est rassasié momentanément : il ne mourra pas tout de suite.

    Mais il mourra bientôt.

    L’opération « Ouroboros » continue.

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  3. « Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, victime d’un malaise ce week-end dans la capitale belge, n’a pas participé à ce conseil des ministres avancé d’une journée. » (source: lepoint.fr)

    Représentant l’Allemagne, on peut comprendre pourquoi!

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