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Commentaire du Wolf /Afrique du Sud : Une Coupe du Monde et après ?

Commentaire du Wolf /Afrique du Sud : Une Coupe du Monde et après ?

 

Grâce à des politiques budgétaires et fiscales crédibles, l’Afrique du Sud représente aujourd’hui un marché de référence pour les investisseurs souhaitant miser sur l’Afrique. Mais ce pays de 50 millions d’habitants doit aussi faire face à des défis majeurs. Prudence fortement recommandées aux investisseurs potentiels. explications

PLUS DAFRIQUE EN SUIVANT : 

Boostée par les exportations et la consommation

L’Afrique du Sud est aujourd’hui le plus riche des grands pays africains. Elle représente en effet à elle seule près d’un tiers du produit intérieur brut de l’Afrique subsaharienne et affichait un revenu annuel par habitant de 5.800 dollars en 2008.

Autre chiffre notable : elle a enregistré, de 2000 à 2009, une croissance moyenne de 3,6%, justifiant ainsi sa réputation de pays émergent relativement dynamique.

A l’origine de cette croissance, essentiellement, deux facteurs.

Tout d’abord, l’engouement du marché, et de la Chine en particulier, pour les matières premières qui constituent toujours le gros des exportations sud-africaines.

Ensuite, l’émergence, depuis la fin de l’apartheid, d’une nouvelle classe moyenne toujours plus importante grâce à la progression des salaires réels. Souhaitée par les instances dirigeantes pour aider la population noire, cette hausse des salaires (plus de 10% par an depuis 2006) a qui plus est été épaulée par un crédit à la consommation toujours plus abondant.

Un pays en mal de compétitivité

Si la montée en puissance de la Chine – devenue premier partenaire commercial de l’Afrique du Sud – a largement contribué à la croissance de ces dernières années, c’est aujourd’hui sur sa propre demande intérieure que le pays fonde sa croissance. Malheureusement, ce modèle ne m’apparaît guère tenable dans la mesure où la hausse des salaires ne s’est pas accompagnée de gains de productivité. En cause, le faible niveau dequalification de la population, héritage du régimeprécédent. Couplé aux salaires élevés, ce manque de qualification implique aujourd’hui une perte de compétitivité catastrophique au niveau international. Résultat, alors que la moitié de la population vit toujours de l’agriculture de subsistance et n’est donc pas comptabilisée dans les statistiques de l’emploi, le chômage atteignait 25,2% de la population au premier trimestre, soit un des niveaux les plus élevés parmi les paysémergents !

Comme le pari pour l’éducation tarde à se concrétiser, le pays se retrouve donc avec plus de la moitié de sa population en âge de travailler à l’arrêt, ce qui limite son potentiel économique et explique, en partie, un taux de criminalité très élevé.

Forte dépendance aux capitaux étrangers

Si les salaires élevés contribuent à la bonne tenue de l’économie, c’est aussi parce que les ménages n’hésitent pas à dépenser. Avec un taux d’épargne négatif au premier semestre 2009, l’Afrique du Sud vit ainsi un boom de consommation semblable à celui qu’ont connu les Etats-Unis avant la crise financière.

Or, ce manque d’épargne est loin d’être anodin pour un pays émergent. En effet, cette épargne serait bien nécessaire pour financer les investissements qui s’imposent à des niveaux divers comme l’énergie, les ports ou les transports.

Faute d’épargne nationale, c’est donc vers les investisseurs étrangers que le pays doit se tourner pour assurer son financement, ce qui, pour l’instant, se fait, il est vrai sans problèmes.

Maîtrise des comptes publics, gestion méritoire de la politique monétaire par la Banque d’Afrique du Sud et taux d’intérêt plutôt élevés ont en effet permis à l’Afrique du Sud de financer sans encombre une dette qui, à 28% du PIB en 2009, reste en outre tout à fait gérable.

Néanmoins, ce choix forcé du financement par des capitaux étrangers n’est pas non plus sans risque.

En effet, Pretoria reste ce faisant tributaire de l’humeur des marchés qui, s’ils n’hésitent pas à prêter des fonds lorsque la volatilité sur les marchés est réduite, ferment aussi rapidement les cordons de la Bourse à la moindre rumeur de problèmes.

Ensuite, ces flux importants de capitaux étrangers mènent aussi à une grande volatilité du rand sud-africain. Or, ceci compliquenon seulement la tâche de la Banque centrale du pays et des entreprises locales, mais aussi des investisseurs potentiels pour qui la volatilité du rand constitue un obstacle de taille.

Conclusion

Souvent citée en exemple dans le contexte africain, l’Afrique du Sud n’en reste pas moins peu compétitive sur la scène internationale. Le pays vient certes de vivre des années fastes grâce aux exportations et à la consommation des ménages, mais sa croissance est aussi restée quelconque par rapport au Brésil ou à la Chine. Il reste donc encore beaucoup à faire dans ce pays dont le modèle de développement ne  semble guère tenable à terme. Dans ces conditions, il me semble plutot déconseillé pour l’heure d’investir en Afrique du Sud.

COMMENTAIRE PRECEDENT : Commentaire du Wolf : Chine – des questions non résolues (cliquez sur le lien)

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