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BRI :Les dangers de taux bas prolongés

BRI :Les dangers de taux bas prolongés

 Un environnement trop accommodant permet à des entreprises aux modèles d’affaires non viables de retarder leur disparition. Un frein a la destruction /création schumpétèrienne et une prime aux « mauvais » (entreprises zombies° et à l’aléa moral

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La sortie progressive de la politique d’assouplissement quantitatif et des taux directeurs très prochesdu plancher prend nettement plus de temps que prévu. L’engagement des banques centrales à changer de paradigme n’a jamais été remis en cause. Mais la crise de dettes souveraines a fait naître de sérieux doutes par rapport au timing. L’échéance sembleainsi être continuellement remise à plus tard. Dans le contexte d’une croissance qui paraît toujours fragile, prolonger les taux bas semble comporter nettement moins de risques que le choc provoqué par une augmentation. Pourtant, la politique monétaire très accommodante fait partie des facteurs ayant contribué à l’éclatement de la dernière crise financière.

La BRI (Banque des règlements internationaux, l’institution faîtière des banques centrales) tient à le rappeler, en invitant dans son rapport annuel 2010 les responsables de politique monétaire à également surveiller de près les anomalies résultant du recours à des outils non conventionnels».

Cela paraît d’autant plus crucial que les expériences historiques dans ce domaine font cruellement défaut, contrairement aux taux bas. Pour ces derniers, les enseignements tirés de la crise financière de 2007 à 2009 et de l’évolution du Japon depuis le milieu des années 1990 devraient inciter les banques centrales à agir bientôt contre les anomalies ainsi créées. Si elles tardent trop à le faire, ces dernières «pourraient contenir les germes de problèmes futurs, sur le marché domestique et ailleurs.»

Historiquement, un environnement de taux bas favorise l’essor du crédit, des hausses de prix d’actifs dues aux taux d’escompte moins élevé, des primes de risques en diminution et la recherche de rendements. Comme ces dernières années l’ont montré, ces deux derniers facteurs poussent les investisseurs à aller dans des zones toujours plus risquées, d’autant plus susceptibles de créer des impasses de liquidité s’ils ont recours à l’effet de levier.

Les tentatives d’obtenir un niveau de rendement conforme aux données historiques, malgré le contexte indiquant clairement que le niveau réaliste se situe plus bas que dans le passé, se manifestent encore dans d’autres symptômes.

A partir du début des années 2000, l’ingénierie financière avait promis de réaliser des rendements plus élevés tout en minimisant les risques. Le constat de la BRI est sans appel: «Ces produits ont donné l’impression superficielle d’incarner le Saint Graal des investisseurs

– risque bas, rendement élevé. Mais au cours de la crise, leurs caractéristiques se sont tournées en son contraire.» Les produits trop exotiques sont alors tombés en disgrâce.

Autre élément mis en évidence, le volume record de rachats d’actions en 2007. A défaut de pouvoir réaliser des gains sur les marchés, les investisseurs en actions auraient fait pression sur les entreprises pour leur rendre une partie des fonds, plutôt que de miser sur le développement des affaires par le biais d’investissements risqués.

Ces facteurs ont engendré des «mésallocations sévères au cours des années précédant la crise, comme les croissances excessives de l’industrie financière et du secteur de la construction l’ont montré. », rappelle la BRI.

Et si une compression des taux à court terme entraîne une hausse de ceux à plus longue échéance, les entreprises comme les gouvernements ont tendance à retarder les restructurations de leurs bilans par le biais de refinancements.

Etant donné le coût de la dette plus faible, l’assainissement devient moins urgent. Cela peut même inciter les banques à reconduire des prêts dont elles savent que les débiteurs ne seront probablement jamais en mesure de les rembourser, retardant ainsi cette échéance correspondant à la réalisation de la perte pourtant inéluctable.

Ces entreprises «zombie» semblent gêner la compétition, diminuer les investissements et faire obstacle à l’apparition de nouvelles entreprises.

 Les établissements financiers peuvent certes mieux exploiter le différentiel de taux de rendement, mais au risque de sous-estimer les risques liés à la duration et de se positionner donc trop  dans les obligations àong terme. Une hausse de taux trop brusque mettrait les banques dont les structures de financement penchent trop vers le court terme à nouveau dans une situation délicate.

Des taux directeurs proches du plancher donnent aussi plus de marge aux gouvernements pour diminuer leurs dettes. «Cela peut soulever des inquiétudes au sujet de l’indépendance des responsables de la politique monétaire», note la BRI.

En dehors des principaux pays développés, les banques centrales se sont mises à resserrer leur politique monétaire au vu de la demande domestique compensant le recul des exportations. Et les différentiels de taux en hausse, tant en termes nominaux que réels, favorisent évidemment les carry trades. Ce qui est tout particulièrement délicat à gérer pour les pays émergents, à nouveau fortement exposés aux risques liés aux flux de capitaux étrangers.

Même en ne traitant les problèmes liés aux marchés immobiliers (résidentiels)  qu’en marge, il reste donc suffisamment d’écueils pour nourrir des inquiétudes par rapport à une période de taux bas prolongée.

source agefi juin10

EN COMPLEMENT : La Banque des règlements internationaux (BRI) a averti lundi de risques de « rechute » de l’économie mondiale dans une nouvelle crise, si les gouvernements ne mettent pas rapidement un terme à leurs plans de soutien conjoncturels et politiques monétaires avantageuses.

« Conjuguées aux vulnérabilités qui subsistent dans le système financier, les effets secondaires des soins intensifs (à l’économie mondiale) appliqués sur une période aussi longue ne sont pas sans créer des risques de rechute », a souligné la BRI dans son rapport annuel.

La banque centrale des banques centrales a insisté que « les programmes de soutien aux marchés et aux établissements ont créé une dépendance dont le système financier risque d’avoir des difficultés à s’affranchir ».

Elle a également estimé que l’économie mondiale est aussi fragilisée par les risques qui pèsent à nouveau sur les banques menacées par une crise de l’immobilier commercial (entrepôts, bureaux…) qui pourrait bien provoquer de nouvelles pertes dans le secteur financier. »On peut s’attendre à ce que l’exposition à l’immobilier commercial entraîne de nouvelles pertes », a ainsi averti la BRI qui a tenu ce week-end son Assemblée annuelle.

Dans son rapport annuel, la banque des banques centrales présente les risques que pose un niveau élevé de dette publique et souligne que les inquiétudes à ce sujet menacent d’ores et déjà la reprise économique de la zone euro et pourraient, à long terme, peser sur la croissance et rendre la maîtrise de l’inflation plus difficile.

Les banques centrales devront tenir compte des effets du durcissement nécessaire des politiques budgétaires au moment de prendre elles-mêmes une décision de politique monétaire. Elles ne doivent pas pour autant oublier qu’un maintien des taux d’intérêt à un niveau très bas pendant une période prolongée peut provoquer des turbulences, souligne la BRI.

« Pour dire les choses sans détour, l’association d’une vulnérabilité persistante du système financier et des effets secondaires d’une longue période de soins intensifs menacent le patient de rechute », résume-t-elle.

La BRI estime que la situation de la Grèce montre que les pays très endettés n’ont quasiment aucune marge de manoeuvre financière et qu’ils pourraient ne pas être en mesure de venir au secours de leurs banques en cas de problème.

A moins que les Etats ne prennent des mesures vigoureuses pour résoudre leurs problèmes budgétaires, il existe selon la BRI un « risque majeur » que les craintes des investisseurs s’accentuent et se propagent à d’autres pays.

« La crise de la dette souveraine grecque menace clairement la reprise économique qui s’amorce en Europe », prévient-elle.

La BRI ajoute que des niveaux élevés de dette publique pourraient à long terme rendre les économies plus vulnérables aux chocs, limiter leur potentiel de croissance et menacer la stabilité monétaire.

Sur ce dernier point, la Banque affirme que si la détérioration des finances publiques se poursuit, les banques centrales pourraient se trouver contraintes de tolérer une inflation plus importante qu’à l’heure actuelle, afin de réduire par ce biais la dette publique

source afp juin10

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