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Idées courtes, Idées fausses : Grands groupes, start-up et nouveaux emplois

Grands groupes, start-up et nouveaux emplois

En faisant intervenir l’âge de l’entreprise dans la discussion, les chercheurs montrent que la relation inverse entre la croissance des emplois  et la taille des entreprises ne se vérifie pas

L’influence des grands groupes sur l’emploi, par rapport aux PME, est incertaine. Est-ce que les start-up créent des emplois et les grandes entreprises en détruisent? Telle est l’opinion du public. Le sujet est complexe. Jusqu’ici, la littérature économique avait effectivement démontré une relation inverse entre la croissance des emplois et la taille des entreprises. Mais une analyse du NBER* remet en cause cette analyse.

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 La méthode employée pour observer l’évolution de l’emploi est primordiale. Les pièges sont multiples. Il n’est pas possible de comparer l’effectif d’une entreprise entre deux années différentes. Les chiffres doivent être ajustés aux fusions, acquisitions, reventes de filiales. Sans ajustement statistique, les conclusions seraient faussées.

L’Office fédéral Suisse de la statistique a publié une revue sur l’emploi qui répartit les entreprises selon leur taille. Il en ressort que les PME de moins de dix salariés emploient 869 200 collaborateurs en 2008, soit une augmentation de 2,4% par rapport à 2001. L’effectif des grandes entreprises (plus de 240 collaborateurs) s’élève pour sa part à 1,1663 million d’équivalents plein temps en 2008. L’augmentation de l’emploi atteint 10,4% depuis 2001 et dépasse donc celle des petites sociétés. Aussi surprenants que soient ces chiffres, sous l’angle de la recherche économique, ils ne permettent toujours pas de conclure. Il faut notamment distinguer entre les entreprises et les établissements. Prenons l’exemple du commerce de détail: l’expansion d’un distributeur s’effectue par l’ouverture de nouveaux magasins plutôt que par l’agrandissement des locaux existants. Beaucoup de filiales sont créées par des entreprises existantes et leur croissance doit donc être classée selon la taille et l’âge de la maison mère. Et non pas celles de la filiale.

Trois économistes du NBER relèvent ces défis méthodologiques et montrent que la relation inverse entre la croissance de l’emploi et la taille de l’entreprise devrait intégrer l’âge de l’entreprise. Haltiwanger, Jarmin et Miranda limitent leurs observations aux Etats-Unis. Mais, équipés de statistiques très complètes portant sur la période de 1975 à 2005, les chercheurs ne soulignent pas uniquement l’importance des start-up dans les créations d’emplois. Ils mettent en exergue leur faible taux de survie. Les jeunes entreprises (de un à dix ans) détruisent des emplois en plus forte proportion que les groupes qu’ils définissent comme matures (plus de dix ans).

A priori, pourtant, le sort du combat entre les jeunes pousses et les grands groupes ne souffrait aucune discussion. En 2005, 2,5 millions d’emplois privés (nets) ont été créés dans le secteur privé américain. Les start-up en ont créé 3,5 millions. Toutes les autres catégories, à l’exception des plus anciennes, ont donc détruit des emplois. Mais le calcul ne peut s’arrêter ici sans éliminer les problèmes temporels liés à l’effet de base. Une fois ces ajustements effectués, il apparaît que les PME ne sont pas nécessairement créatrices d’emplois. La croissance de l’emploi s’est élevée à 2,2% en 30 ans, mais en excluant les start-up, le document de travail du NBER montre que les petites et moyennes entreprises (5 à 99 emplois) ont systématiquement détruit des emplois. Au niveau des établissements, un taux de destruction d’emplois de 15,4% s’oppose à un taux de création de 17,6% par an. Mais nous avons signalé plus haut, avec l’exemple du commerce de détail, les difficultés d’une décomposition au seul niveau des établissements.

La solution préconisée par les auteurs consiste à séparer les entreprises non seulement en fonction de l’âge (nouvelles, jeunes et matures), mais aussi de leur taille (moins de 500 employés pour les petites, ou plus de 500 employés pour les grandes). Sous cet angle, les entreprises définies comme grandes et matures comptent pour l’essentiel (45%) des créations autant que des destructions d’emplois entre 1992 et 2005. Ce n’est pas vraiment étonnant. Si Novartis ou Nestlé augmentent leurs effectifs de seulement 1%, les emplois concernés sont forcément considérables. Ainsi, une personne à la recherche d’un emploi agit de façon tout à fait rationnelle si elle s’adresse en premier lieu à un grand groupe.

Les perceptions du public par rapport aux créations d’emplois sont donc fausses. Les start-up représentent 3% de l’emploi total aux Etats-Unis, un chiffre remarquable par rapport au flux d’emplois annuel (2,2%). Mais, comme indiqué plus haut, les jeunes entreprises sont les premières à disparaître. Après cinq ans, 40% des emplois initiaux ont disparu. Leur volatilité est supérieure à la moyenne. Celle des grandes et anciennes entreprises (plus de dix ans et plus de 500 emplois) est bien plus basse. Ce type d’entreprise représente 45% de l’emploi privé et 40% à la fois des créations et destructions d’emplois. Leur part aux emplois créés ou détruits est similaire à leur part au total de l’emploi.

Le tableau est différent pour les start-up. Celles-ci représentent seulement 3% de l’emploi, mais presque 20% des créations d’emplois.

L’étude du NBER nous permet donc de mieux expliquer la perception générale du public à l’égard des créations d’emplois. Et en faisant intervenir l’âge de l’entreprise dans la discussion, les chercheurs montrent que la relation inverse entre la croissance et la taille ne se vérifie pas.

*Who creates jobs? Small Versus Large Versus Young, John Haltiwanger, Ron Jarmin, Javier Miranda, NBER, Working Paper, August 2010.

Par Emmanuel Garessus le temps sep10

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