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Europe : Les chiffres magiques de Maastricht

Les chiffres magiques de Maastricht

Les critères de Maastricht restent justifiés. Il conviendrait toutefois d’abaisser le taux de déficit de 3 à 2%.

Certains chiffres se transforment avec le temps, deviennent magiques et obtiennent un statut de culte. Les critères de Maastricht appartiennent à cette catégorie. A l’origine créés pour régler l’accès au système monétaire européen, ils sont entre-temps devenus souvent une ligne de séparation entre une bonne et une mauvaise gestion du budget de l’Etat. Quelle est la réelle importance de ces chiffres?

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Quand l’idée d’une monnaie unique a mûri, dans les années 1990, tout le monde était sûr de son succès. Un euro faible ou même son éclatement était perçu comme un désastre. L’euro devait être fort et politiquement un succès. L’objectif ne pouvait être atteint que si les pays participants étaient stables. Les critères ont rapidement été présentés: une monnaie stable, de faibles taux d’inflation et des finances publiques saines. Il a ensuite fallu quantifier les critères. Sous l’angle économique, mieux vaut les formuler de façon restrictive pour minimiser le risque d’un euro faible. Les politiciens voulaient aussi que les pays fondateurs soient présents dès la première heure. Il ne fallait donc pas que les critères soient trop restrictifs, sous peine d’exclure la France et l’Italie. Toutefois, une exception a été formulée dès le début à cause du fort degré d’endettement de la Belgique.

Concrètement, on s’est mis d’accord en 1992 sur les limites suivantes: la monnaie d’un candidat doit, durant les deux années précédant son entrée, s’éloigner d’au plus 2,25% par rapport aux monnaies appartenant autrefois à l’ECU. Le taux d’inflation ne doit pas dépasser 1,5 point de pour-cent au-dessus de la moyenne des trois pays ayant le plus bas taux d’inflation. Les taux d’intérêt nominaux ne doivent pas être supérieurs de 2% à ceux des trois plus stables.

Pour les finances publiques, l’Europe a repris le modèle de l’économiste russe E.D.Domar. Celui-ci avait établi une relation entre le taux d’endettement (b), le taux de déficit (d) et la croissance nominale (w) soit: d = w x b. Cela implique qu’un pays en forte croissance peut être plus endetté qu’un autre.

A la création de l’euro, le taux d’endettement choisi a été de 60% parce qu’il correspondait à la moyenne des pays. Avec une croissance nominale de 5%, le déficit autorisé est de 3% du PIB. Un pays avec un taux d’endettement de 60% et une croissance nominale de 5% doit limiter son déficit public à 3% du PIB.

Ainsi étaient nés les chiffres magiques de 3% et 60%. Les pays qui ne respectent pas les critères encourent en théorie le risque de lourdes amendes. Dans les faits, il ne s’agit que d’avertissements sans grand impact. Rien n’explique mieux le fait que la plupart des pays de l’eurozone présentent une dégradation de leur situation financière.

La situation actuelle peut ètre  représentée dans un  graphe . Sur l’axe horizontal, le taux d’endettement et sur l’axe vertical, le taux de déficit en 2010. S’y ajoutent les critères de Maastricht, les 60% de taux d’endettement et les 3% de taux de déficit. L’image est aussi impressionnante qu’effrayante. Si le respect des critères reflète une politique financière responsable et durable, alors les argentiers européens obtiennent une très mauvaise note. Soyons honnête! Le tableau est exagérément noirci par la crise financière. Cependant, même durant les années de boom économique, durant lesquels selon Keynes des excédents budgétaires auraient dû être réalisés, les déficits ont souvent dépassé les 3%.

Il est frappant de constater à quel point les pays de l’Eurozone ratent les objectifs. Il est également intéressant de voir que ce sont des pays comme la Suisse ou la Suède qui remplissent le mieux ces critères, et pratiquent une politique budgétaire durable, alors qu’ils n’en sont pas dépendants.

La France et l’Espagne, à l’inverse, présentent d’énormes déficits publics. L’Italie plie plutôt sous le poids de sa dette. Et la Grèce, par qui la crise de l’euro est venue, pèche autant par son endettement que par son déficit public.

Le regard peut aussi porter sur des pays hors d’Europe. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont considérés comme des puissances économiques mais l’état de leurs finances est inquiétant. Dans ce contexte, il est compréhensible que le président Obama exige des Européens qu’ils lancent de plus vastes plans de relance puisque le budget américain est déjà en mauvaise posture. Les Etats-Unis ont toutefois l’avantage d’une croissance supérieure à l’Europe, ce qui les autorise à présenter un taux de déficit supérieur. Le Japon aura par contre perdu le contrôle de la situation dès que les taux d’intérêt augmenteront.

En Europe, la question est de savoir si la Grèce peut sortir de sa triste situation? Le sauvetage de 750 milliards d’euros pour ce pays hautement déficitaire lui offre une bouée d’oxygène. Pour améliorer sa situation financière dans la perspective d’une remontée des taux d’intérêt, les Grecs doivent réduire la taille du budget de l’Etat de 10% du PIB en quelques années. Soit par des coupes dans les dépenses, soit par des hausses d’impôts. Aucune des deux solutions n’est attractive pour le site de production grec. Chacune réduit la pouvoir d’achat et freine la croissance.

Dans ce contexte, une guérison du patient grec est peu vraisemblable. De plus, les autorités politiques sont coincées entre Bruxelles et le peuple. Si elles plaisent à Bruxelles, elles déplaisent à leur peuple et vice-versa. Si elles appliquent le programme d’assainissement, la réaction de la rue sera d’autant plus vive. Pour l’instant, c’est d’ailleurs assez calme. Il faut donc s’attendre à ce que la Grèce annonce sa faillite dans les deux ans et que sa dette soit restructurée (haircut).

Revenons à Maastricht: ces chiffres magiques sont-ils sensés?

 La réponse est: oui, mais en partie seulement. Il ne serait guère avisé de relever le taux d’endettement, même s’il a été déterminé arbitrairement. De même, le taux de déficit de 3% paraît un peu trop élevé. Sur la base de la croissance démographique en Europe, d’un potentiel de croissance de 1,5% et un taux d’inflation également de ce niveau, il en résulte une croissance nominale plus proche de 3% que de 5%. La formule de Domar nous amène à un taux de déficit de 2%.

Si la charge d’intérêt est supportable aujourd’hui, grâce au bas niveau des taux d’intérêt, l’exemple grec montre que les limites d’endettement d’un Etat sont définies en fonction de sa crédibilité sur les marchés financiers. Pour éviter cet ultime test, les critères de Maastricht restent justifiés. Il conviendrait toutefois d’abaisser le taux de déficit de 3 à 2%.

Par Urs Müller Directeur et chef économiste de BAK Basel Economics/le temps 

Texte déjà publié dans «Finanz und Wirtschaft».

EN COMPLEMENTLes services du Fonds monétaire international (FMI) ont publié récemment des conclusions intéressantes sur la situation budgétaire d’une vingtaine de pays avancés.

 Premièrement, le ratio d’endettement moyen des pays concernés devrait continuer à augmenter et dépasser 85 pour cent du PIB d’ici 2015.

Deuxièmement, l’effort budgétaire structurel à réaliser pour ramener le taux d’endettement à 60 pour cent du PIB d’ici 2030 est considérable, de l’ordre de 9 points de pourcentage du PIB pour les pays du G7.

Troisièmement, il existe un niveau d’endettement limite au-delà duquel il devient très difficile d’empêcher l’explosion de la dette. Ce taux d’endettement est estimé à environ 190 pour cent du PIB pour le groupe de pays examinés par les experts du FMI.

En comparant le taux d’endettement limite avec le taux d’endettement attendu en 2015, les experts du FMI calculent la marge de manœuvre dont disposent les pays en termes d’augmentation de leur dette publique. D’après leurs estimations, tous les pays avancés disposent encore d’une marge de manœuvre en termes d’augmentation de leur dette publique, sauf la Grèce, l’Italie, le Japon et le Portugal.

3 réponses »

  1. Y aurait-il « du défaut dans l’Eire » ? Derrière le jeu de mots qui prête à sourire, la question posée par les analystes de Natixis, dans une note du 9 septembre 2010, traduit les inquiétudes suscitées ces derniers jours par la situation économique de l’Irlande et les déboires de son secteur bancaire. Autrement dit : l’ancien « Tigre celtique » serait-il en passe de devenir la nouvelle Grèce de la zone euro ?

    Il y a d’abord les chiffres, inquiétants.

    Ceux de la dette et du déficit, plombés par le coût du sauvetage d’un système financier au bord de l’asphyxie.

    Selon l’agence de notation Standard & Poor’s (S & P), les nouvelles injections dans le capital de la banque en crise Anglo Irish risquent de propulser la dette publique irlandaise à 113 % du produit intérieur brut (PIB) en 2012. A un iota de la dette publique grecque qui s’est établie en 2009 à 115 % du PIB.

    Quant au déficit public, il est déjà énorme : il a atteint 14,3 % du PIB en 2009, un (triste) record au sein de la zone euro, et pourrait gonfler jusqu’à 20 % en 2010. Pour mémoire, celui de la Grèce n’était « que » de 13,6 % en 2009.

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/09/11/la-zone-euro-recommence-a-manquer-d-eire_1409917_3234.html

    Récapitulons :

    – l’Irlande aura une dette publique de 113 % du PIB en 2012 ;

    – l’Irlande aura un déficit public de 20 % en 2010 ;

    – l’Irlande va se déclarer en défaut de paiement.

    http://www.bloomberg.com/apps/quote?ticker=GIGB10YR:IND

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  2. Amusant :
    à Montauban il existe une avenue de l’Europe d’où partent des rues : rue du Danemark, de l’Espagne et…….l’IMPASSE DE MAASTRICHT !!!

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  3. Ayant fabriqué un soir de juin 81 un « déficit public à 3% du Pib », à la Direction du Budget du Ministère des Finances français, j’ai évidemment un point de vue, certes beaucoup plus à ras de la moquette (des ministères), et qui est, on l’aura compris, bien éloigné de la théorie de feu Domar…

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20101001trib000554871/pourquoi-le-deficit-a-3-du-pib-est-une-invention-100-francaise.html

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