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Leçons de séduction européennes par Michel Juvet

Leçons de séduction européennes par Michel Juvet

L’actualité européenne devrait inciter à se méfier de certaines déclarations…L’actualité européenne nous offre plusieurs leçons de séduction.

Michel Juvet. (veroniquebotteron.com)

PLUS DE JUVET EN SUIVANT :

Leçon n° 1: Méfiez-vous des garanties théoriques. Juin 2010: «Grâce à la création du fonds de stabilité financière, l’Europe a désormais un mécanisme qui, en ramenant avec ses garanties le calme sur les marchés, évitera qu’on doive faire appel à lui…» Des garanties en forme de paravent contre l’appel à l’aide provoquent souvent au contraire un appel d’air. L’Irlande sera la première bénéficiaire des garanties théoriques.

Leçon n° 2: Fuyez lorsqu’une autorité financière en pleine tourmente vous assène qu’il n’y a pas de raison de faire appel à l’aide extérieure. Novembre 2010: «Les banques irlandaises ne connaissent pas de difficultés de financement…»

Leçon n° 3: Créanciers des banques irlandaises, imitez l’aléa moral de vos gouvernements et luttez contre les restructurations des créances. Et si vous êtes une banque, prétextez que cela fera monter fortement vos coûts de financement, car vos créanciers devront désormais intégrer ce risque dans leur demande de rendement. Les banques anglaises et allemandes, grandes créancières envers l’Irlande, comme les banques espagnoles grandes créancières des banques portugaises, adorent le fonds de stabilité européen alimenté avec l’argent des citoyens.

Leçon n° 4: Suisses, faites attention… Vous n’êtes pas membres de la zone euro, mais vous devez être gentils. L’Angleterre n’est pas dans le fonds de stabilité européen, mais par solidarité elle prêtera à l’Irlande. Rien à voir avec l’exposition de ses banques à l’Irlande (voire leçon 3).

Leçon n° 5: Gouvernements endettés, faites appel aux subventions européennes afin d’emprunter à des conditions favorables désormais claires. Vos rendements obligataires approchent du taux d’intérêt accordé à l’Irlande? N’hésitez plus, ou les marchés vous aideront à franchir la ligne de départ de l’appel au secours.

Leçon n° 6: Investisseurs, spéculez sans réserve sur les mauvais débiteurs souverains européens; grâce au fonds européen, il n’y aura pas de défaut de paiement avant la fin 2011. A moins que… voir les deux premières leçons…

Leçon n° 7: La meilleure défense contre l’explosion de l’euro, c’est l’implosion solidaire. Grâce au fonds européen, le citoyen allemand sera désormais créancier à hauteur de 20% des prêts accordés à l’Irlande. Comme par ailleurs les banques allemandes ont des créances vers les «PIGS» pour 500 milliards de dollars, il est déjà probablement trop tard pour envisager une sortie de l’Allemagne de l’euro, ou la création d’un système à deux euros. Les pertes de changes et les pertes de valeur sur les créances seraient en effet gigantesques pour l’Allemagne.

Leçon n° X: Point d’aubade. Difficile d’être en effet charmé par les perspectives de la zone euro.

Source  Bordier & Cie. nov10

Classement des Pays en fonction de leurs probabilté de défault sur leur dette public mesuré par le cout de leur CDS respectif (assurances) + Taux des obligations grecques à 10 ans

EN COMPLEMENT :  L’implacable mécanique de mort de l’euro

La mécanique infernale conduisant à la mort de l’euro semble impossible à arrêter.

Sept mois après la Grèce c’est donc au tour de l’Irlande d’accueillir les experts du FMI pour procéder à une restructuration de ses finances publiques. Une aide acceptée à contrecœur par le gouvernement irlandais, qui ne l’a toujours pas demandée officiellement d’ailleurs, mais qui s’est imposée sous la pression des européens et en particulier de la BCE. Qu’il est loin le temps où le patron de notre banque centrale, Jean Claude Trichet expliquait que jamais le FMI ne débarquerait en zone euro au motif théorique que les interventions du FMI étaient destinées à sauver les pays d’une crise de balance des paiements ce qui ne pourrait jamais arriver sur notre bon vieux continent puisque avec l’euro tous les pays de la zone sont justement à l’abri d’une crise des paiements extérieurs…Trichet oubliait juste qu’avec des budgets séparés, les pays peuvent continuer à faire défaut individuellement sur leur dette.

Le scénario implacable est désormais facile à écrire : dans six mois, ou dans un an, le Portugal recevra à son tour l’aide du FMI et l’Espagne suivra.

 Le cas de l’Irlande est différent nous dira-t-on car Dublin est surtout menacé par la faillite de ses banques. C’est vrai. L’Etat a besoin d’argent à court terme pour combler la centaine de milliards de perte de ses établissements financiers. Mais à long terme, le pays s’en sortira. Pourquoi ? Parce que les exportations y représentent 80% du PIB. La consommation intérieure n’a aucune incidence sur la croissance. Contrairement à ce qu’a dit Nicolas Sarkozy à la télévision mardi soir ce n’est pas la rigueur qui casse aujourd’hui la croissance de l’Irlande, mais la lenteur du redémarrage du commerce international. Les mesures de rigueur prises pour combler le déficit, qui se sont traduites par une baisse des salaires pèse peu sur le PIB. Quand le monde sera reparti, l’Irlande suivra et ses malheurs seront oubliés.

Tout l’inverse de l’Espagne et du Portugal dont la croissance phénoménale des dix dernières années était en trompe l’oeil : basée sur une forte consommation intérieure, un boom de l’immobilier et le développement du tourisme. Le commerce extérieur, dans ces deux pays, représente moins de 30% du PIB, la consommation entre 60 et 65%. L’industrie y représente 17 % de la valeur ajoutée, environ. Ils ne disposent donc ni l’un ni l’autre, de véritables relais de croissance. L’histoire des prochains mois – sinon années – s’annonce sous le signe d’une croissance lente, insuffisante pour résorber les déficits qui vont prendre une proportion considérable par rapport à la richesse nationale. L’attaque des marchés n’en sera que plus dure !

Il y aura alors deux problèmes à résoudre.

 Le premier est politique.

 Le Fonds de stabilité européen de 440 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent les 250 milliards promis par le FMI en mai dernier ne suffira pas à sauver l’Espagne et le Portugal. Et de toutes les façons il se résumera bien vite à une question : les français et les allemands sont-ils prêts ou non à aider leurs voisins ?

Un sauvetage du Portugal par l’Union européenne sur le modèle de ce qui s’est fait en Grèce et en Irlande ne serait pas alarmant. Les sommes à engager seraient du même ordre de grandeur, soit une centaine de milliards d’euros par pays. Prévoir que Lisbonne pourrait déposer sa demande d’aide avant la fin du mois de novembre.

En revanche, si l’Espagne doit être secourue, les montants à avancer devraient être bien plus élevés. Les besoins pourraient avoisiner 200 à 300 milliards d’euros et il faudrait procéder à une restructuration de la dette. Les conséquences seraient colossales non seulement pour l’Euro, mais aussi et surtout pour la stabilité politique européenne et pourrait remettre en cause la façon de fonctionner du vieux continent. En effet, une monnaie unique sans péréquation entre les différents Etats membres est très bancale, comme nous ne pouvons que le constater depuis quelques mois….

Le deuxième problème est monétaire

Que peut faire la BCE, dont la seule arme est celle des taux directeurs, dans une zone économique où les taux longs vont de 2,6% pour l’Allemagne à plus de 10% pour la Grèce…Quelle est l’efficacité de cette arme ? Prenons un exemple « en l’air », au hasard. L’inflation s’est établie à 1,9% en rythme annuel dans la zone euro le mois dernier. Si elle était cohérente avec elle-même, la BCE remonterait son taux directeur, fixé à 1%, pour éviter que les prix ne dérapent de plus de 2% tel que l’impose son mandat. Mais ceci est impossible. Comment expliquer aux portugais ou aux irlandais, dont les taux sont de respectivement 6,50% et 7,80%, qu’il faut les relever encore pour éviter le risque d’inflation ?

Ce scénario d’économie fiction peut être évité si l’Europe se résout enfin à mettre en place une agence pan européenne d’émission de la dette, ce qui signifie regrouper les budgets nationaux, ou du moins les intégrer davantage, donc mettre en place une fiscalité commune. La phase d’après serait de mettre en place une vraie politique industrielle à l’échelle du continent, qui redonnera enfin un avenir aux usines des pays du sud. Avant – rêve totalement insensé – de mettre en place un ministère du commerce extérieur commun. Je rêve bien entendu. Aucun pays n’est prêt à renoncer à sa souveraineté nationale, les allemands encore moins que les français ! Et lorsque l’on voit le spectacle affligeant donné par les gouvernants européens, on se dit qu’à moins d’un miracle sur la croissance mondiale, l’euro ne survivra pas à cette crise.

Par Cyrille Lachèvre le Figaro  le 18 novembre 2010

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La zone euro toujours plus hétérogène

Ce thème récurrent en 2010 s’imposera encore en 2011 et 2012.

Les hétérogénéités au sein de la zone euro ne sont pas un phénomène nouveau, elles ont toujours été fortes depuis la naissance de l’euro. Pour caricaturer, les pays ont eu des stratégies de croissance très différentes (et non coopératives) au cours de la décennie passée:

. D’un côté, certains pays ont privilégié leur demande domestique, en la finançant bien souvent à crédit. Ces pays ont enregistré des rythmes de croissance très élevés. Cette bulle du crédit a été permise par la faiblesse des taux d’intérêt qui prévalaient dans la zone euro. En effet, d’une part, la politique monétaire de la zone n’était pas forcément adaptée à la situation de chaque pays. Par ailleurs, les primes de risque sur les dettes périphériques étaient extrêmement faibles, quelques points de base, ne reflétant pas les différences structurelles des économies.

• De l’autre côté, certains pays ont choisi de privilégier le secteur exportateur et ont mené une politique de compression des coûts. Cette politique de l’offre a, en particulier, été menée en l’Allemagne. Ces spécialisations ont renforcé les divergences structurelles des économies.

Pendant la dernière décennie (2000-2008), la zone euro a enregistré une croissance moyenne de 2,0%. Les pays qui ont choisi la première stratégie ont connu des rythmes de croissance beaucoup plus élevés que la zone euro (3,9% pour la Grèce, 3,3% pour l’Espagne, 4,9% pour l’Irlande) alors que ceux qui ont choisi la deuxième stratégie n’ont affiché qu’une modeste progression (1,5% en moyenne pour l’Allemagne). Aujourd’hui, nous assistons à un renversement de tendance, avec l’éclatement de la bulle du crédit.

Si l’hétérogénéité de la zone euro n’est pas nouvelle, elle ne posait guère de problème dans une période de croissance forte. La situation s’est fortement dégradée avec la crise, cette dernière révélant des problèmes institutionnels importants, comme la clause de «no bail out» (pas de sauvetage d’un pays par les autres en cas de problème) qui s’est avérée intenable ou l’absence de politique budgétaire commune.

 Par ailleurs, la crise a également mis en exergue l’insuffisance des critères de convergence de Maastricht. En effet, l’un des principaux problèmes a clairement été de ne focaliser l’analyse que sur des critères de finances publiques (déficit et dette au sens de Maastricht) et non sur des critères de croissance structurelle des économies (solde extérieur, qualité de la croissance,..). Cette critique prend tout son sens actuellement avec la crise institutionnelle que traverse la zone euro et les réflexions menées aujourd’hui commencent à aller dans ce sens d’élargissement des critères.

La problématique des hétérogénéités de la zone euro, grand thème de l’année 2010, risque fort de rester d’actualité dans les années qui viennent. En effet, les divergences au sein de la zone euro vont persister en 2011 et 2012. Comme en 2010, elles seront notamment liées à la capacité des pays (ou non) de répondre à la demande extérieure, avec l’Allemagne comme principal gagnant. Par ailleurs, les politiques budgétaires vont également exacerber les divergences, l’austérité budgétaire risquant fort de peser significativement sur les rythmes de croissance des pays concernés (Grèce, Irlande, Espagne,…),  avec l’émergence du cercle vicieux croissance faible/difficultés à respecter les objectifs budgétaires affichés. Les mauvaises nouvelles sur ces pays vont continuer d’affluer ce qui suggère que la crise que traverse actuellement la zone euro n’est pas encore terminée.

Marie-Pierre Ripert Natixis NOV10

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Pour sauver les Européens, brisons les tabous par Michel Santi

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Nous sommes témoins d’un spectacle aberrant où l’Irlande subit de la part de l’Union une intense pression pour emprunter plus et ce dans le seul but de rassurer des marchés qui ne forceraient ainsi pas à la hausse les coûts de refinancement des dettes portugaises et espagnoles. Car ce n’est pas tant la solvabilité de la dette souveraine irlandaise qui constitue l’urgence absolue que celle de son système bancaire. En persuadant l’Irlande de demander une aide de 100 milliards d’Euros, les responsables Européens espèrent en outre préserver certaines banques de l’Union qui subiraient une implosion en cas de banqueroute d’établissements financiers irlandais. Souvenons-nous en effet des fameux « stress tests » des banques Européennes dont la publication en Juillet dernier n’avait procuré que peu de réconfort quant à la solidité de notre système bancaire… 

N’est-il pourtant pas scandaleux d’exiger encore plus de sacrifices de la part du contribuable irlandais encore appelé à la rescousse car prié de recapitaliser ses établissements financiers?

 Sauver un système bancaire et apaiser les marchés ne justifie en effet pas de contraindre ses citoyens à s’endetter plus dans le but de renflouer des banques ayant commis tous les excès.

 L’Irlande – et par extension l’Europe – devraient aujourd’hui sérieusement planifier la restructuration de leurs banques plutôt que d’hypothéquer l’avenir de leurs citoyens. Cet inéluctable assainissement épargnerait ainsi à certains Etats de creuser leurs déficits – et donc d’exacerber leur fragilité – en s’endettant plus afin de sauver certaines banques. Il est désormais malsain de temporiser car il est impératif d’interrompre sans tarder cette mécanique infernale qui veut que les nations d’Europe périphériques soient priées de s’endetter afin de renflouer des banques (locales et nationales) qui entraîneraient dans leur faillite d’importantes institutions financières appartenant au « noyau » Européen…

De plus, il est immoral dans la conjoncture présente de favoriser les créanciers de ces banques au détriment du contribuable, les pertes latentes de ces établissements se devant ainsi d’être redistribuées sur l’ensemble de la chaîne dont bien-sûr l’actionnariat.

 

L’option choisie par l’Irlande de nationaliser les pertes de son système bancaire et d’en faire porter le fardeau à ses citoyens doit absolument être évitée par d’autres nations Européennes car elle aggrave inconsidérément les endettements et intensifie la pression sur une population déjà suffisamment sinistrée. Laissons plutôt les banques les plus fragiles disparaître tout en protégeant les petits et moyens épargnants car, en s’acharnant à sauver des établissements moribonds, un Etat va droit vers le défaut de paiement. En réalité, la faillite souveraine elle-même ne devrait plus être tabou, une restructuration bien organisée dans le paiement de la dette d’un pays n’étant pas susceptible de provoquer un effondrement généralisé… A cet égard, la comparaison avec la déconfiture cataclysmique de Lehman Brothers est fallacieuse car les débiteurs et créanciers d’un pays comme la Grèce sont bien connus alors que les interconnections des opérations et autres titrisations de Lehmann recouvraient potentiellement l’ensemble du spectre. 

Il est donc temps de sortir des sentiers battus et de rompre avec les formules éculées si nous voulons que notre Union se tire par le haut de cette crise grave.

Source gestionsuisse.com nov10

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