Agences de Notation

Le déni de la crise de la dette européenne par Dylan Grice/SG

Le déni de la crise de la dette européenne par Dylan Grice/ SG

 « Les commentaires rassurants des différents responsables politiques de la zone euro suggèrent que la crise de l’euro ne fait que commencer. Seul un assouplissement quantitatif de type anglo-saxon permettrait d’empêcher la dissolution de l’euro. Une telle solution, aux antipodes de la vision germanique, ne sera adoptée que lorsque la mesure des problèmes liés à la devise européenne aura été prise. A l’heure actuelle, le déni persiste », écrit Dylan Grice de Société Générale Cross Asset Research.

PLUS DE DENI ET DE DYLAN GRICE EN SUIVANT :

Interrogés en 2005 au sujet des risques que la bulle immobilière faisait peser sur l’économie, Bernanke répondait : Je ne suis pas d’accord avec votre affirmation de départ. Il s’agit d’une hypothèse très peu probable. Les prix immobiliers à l’échelle du pays n’ont jamais reculé. Bernanke s’est refusé à reconnaitre qu’il y avait un problème.

Henry Paulson and Ben Bernanke

Quand la crise des subprimes a éclaté, le président de la Fed a rassuré le monde en déclarant qu’elle serait contenue. Et quand Bear Stearns s’est effondré, Hank Paulson a promis que le pire était certainement déjà passé. Ici encore, il y a refus d’admettre qu’il existe un sérieux problème.

Peu de temps après, le système financier s’est retrouvé au bord de la faillite. Comme il était devenu impossible de se voiler la face, la perception erronée de la réalité a évolué : il y avait bien un problème, mais la responsabilité incombait à quelqu’un d’autre. Par conséquent, l’interdiction des ventes à découvert a été décidée en septembre/octobre 2008, comme si les vendeurs à découvert étaient responsables de la crise. (La faute ne pouvait en aucun cas être imputée à la Fed, selon la Fed. Ben Bernanke a indiqué cette année que les économistes avaient conclu que seule une petite portion de la hausse des prix immobiliers pouvait être attribuée à la politique monétaire américaine.)

Notons que la réaction de Bernanke et autres homologues ressemble en tous points à celle des responsables politiques qui ont supervisé par le passé des crises similaires. Il est inquiétant de constater que le refus de voir la réalité en face/les tentatives pour se rassurer des responsables politiques de la zone euro ont un goût de déjà-vu. Si les crises passées peuvent servir de référence, la crise de l’euro ne fait alors que débuter. Le fourvoiement, qui caractérise la plupart des crises, compte trois étapes distinctes.

 Dick Fuld a déclaré dans un premier temps en décembre 2007, tant que je vivrai, Lehman ne sera jamais vendu, puis au cours de l’été 2008 : Nous avons accès aux Fed funds ; nous ne pouvons plus faire faillite et s’est finalement mis d’accord avec un collègue pour que la moitié de l’injection de fonds, alors négociée avec la banque coréenne KDB, soit utilisée au rachat du titre Lehman pour jouer un mauvais tour à Einhorn. »

Des étapes identiques, lors la crise asiatique de 1997, peuvent être identifiées. Pour ceux qui ont oublié, les Tigres asiatiques ont été qualifiés d’économies miracles de l’Asie et leur taux de croissance vertigineux ont démontré la supériorité de la déréglementation des exportations, des investissements élevés et de la libéralisation des marchés. Leur solide réputation a en outre bénéficié de la crise en 1994 au cours de laquelle leur régime de taux de change fixe (parités arrimées au dollar) a réussi à résister à l’onde de choc provoquée par l’effondrement du peso mexicain.

Souvenez-vous que le monde avait avalé sans broncher l’histoire des Tigres asiatiques. La Banque mondiale a écrit à partir de 1993 une série de rapports désormais célèbre sous le nom Le miracle du Sud-est asiatique, louant la solidité des institutions de la région et vantant les mérites de son modèle de croissance fondé sur les exportations. Si certains pays (la Thaïlande et les Philippines, par exemple) étaient considérés plus risqués que d’autres (l’Indonésie), l’idée selon laquelle Taïwan et la Corée du Sud risquaient de traverser des zones de turbulences semblait grotesque. Début 1997, Jeffrey Sachs déclarait : Dans la mesure où la structure économique de la Corée est fondamentalement différente de celle du Mexique, la situation qu’a connue ce dernier n’a aucune chance de se reproduire. »

Mais début 1997, des problèmes ont commencé à surgir. Les premières difficultés sont apparues en Corée en janvier lorsque l’un des principaux groupes sidérurgiques du pays, Hanbo Steel, a plié sous le poids de sa dette, évaluée à 6 milliards de dollars. En février, la société de promotion immobilière thaïlandaise, Somprasong Land, n’a pas été en mesure de verser les intérêts d’obligations convertibles qu’elle avait émises à l’étranger. Cet incident a été l’élément détonateur. Effondrement des petites économies d’abord, puis des plus grandes ensuite. Le refus d’admettre qu’il y avait bien un problème a caractérisé les premières observations.

Juste après que le gouvernement thaïlandais débloque 3,9 milliards de dollars pour aider les banques à couvrir leurs créances immobilières douteuses, Michel Camdessus – alors directeur du FMI – a affirmé : la crise n’a selon moi aucune raison de se propager. Et le 30 juin de cette même année (1997), Chavalit Yongchaiyudh, alors premier ministre thaïlandais, a déclaré lors d’une allocution télévisée au pays : nous ne dévaluerons jamais le baht. Le 2 juillet, les autorités thaïlandaises ont alors décidé de laisser flotter le bath et le peso philippin a connu le même sort peu de temps après.

Le refus initial d’accepter qu’il y avait un problème était donc simplement devenu une négation que le problème était sérieux. L’Indonésie n’était pas la Thaïlande, après tout. Dans un article du 8 octobre 1997 du New York Times l’on pouvait lire : « La situation financière de l’Indonésie est nettement meilleure que celle de la Thaïlande cet été… alors que la Thaïlande a épuisé ses réserves en devises étrangères dans un ultime effort de soutien à sa devise, le baht, l’Indonésie détient encore des réserves de devises étrangères d’environ 27 milliards de dollars. »

Pour autant, la crise indonésienne a commencé à s’intensifier mais les Etats-Unis ont avancé que l’aide financière n’était apportée qu’à titre purement préventif : nous n’estimons pas que l’Indonésie aura besoin de notre aide directe, mais nous devons avant tout circonscrire un climat de contagion, affirmait un responsable américain de l’époque Au final, l’Indonésie n’a certes pas été la Thaïlande mais sa crise a été bien pire ! Le pays aura probablement été le plus affecté des Tigres asiatiques, avec une chute de près de 80% de son taux de change qui a ruiné les entreprises qui avaient largement emprunté en dollars. Le PIB s’est effondré de 14%, entraînant des émeutes et violences urbaines qui ont finalement contraint le président Suharto à la démission.

Pourtant le déni du sérieux problème a persisté. James Wolfensohn, alors président de la Banque mondiale, s’est montré rassurant sur le fait que le sauvetage de l’économie indonésienne marquait la fin de la crise : le pire est derrière nous, avait-il fermement affirmé. La Corée n’était pas l’Indonésie. Michel Camdessus, a annoncé le 6 novembre 1997 : Je ne pense pas que la situation en Corée du Sud soit aussi alarmante que celle de l’Indonésie il y a quelques semaines. La Corée du Sud s’est finalement révélée tout aussi vulnérable et sa crise encore plus coûteuse. Le 1er décembre 1997, le gouvernement coréen a annoncé qu’il avait accepté un renflouement de 55 milliards de dollars (ce qui, à l’époque, a constitué le sauvetage le plus cher de l’histoire). En dollars courants, ce plan atteindrait aujourd’hui 75 milliards de dollars, soit moins que l’addition à payer pour l’Irlande).

La tempête a changé de latitudes. Avant de s’épuiser, elle a soufflé sur l’Amérique latine, la Russie et même, en son temps, sur le fameux hedge fund LTCM.

En attendant, l’Asie avait, quoi qu’on en dise, été balayée, le miracle asiatique n’avait été qu’un mythe. La gravité des problèmes était enfin indéniable. Malgré tout, le déni a persisté mais cette fois-ci, il visait à imputer la responsabilité aux autres afin de démontrer que la crise n’était en aucun cas liée aux décisions des autorités politiques. Les spéculateurs, les banquiers internationaux et la presse étrangère sont les seuls responsables.

L’exemple le plus pathétique est celui du premier ministre malaysien, Mahathir Mohamed, qui a condamné George Soros, insinuant curieusement qu’il trempait dans un complot à plus grande échelle.

Nous constatons aujourd’hui comment des étrangers ont aisément et délibérément conduit notre économie à sa perte en sapant notre devise et notre marché boursier, et d’ajouter : Soros a pris part à une conspiration juive d’ordre mondial.

Et si nous cherchons des signes annonciateurs du dénouement de la crise, il apparaît que l’excellente fatuité consistant à rejeter sa responsabilité sur les autres constitue un bon indicateur.

Ainsi, lorsque la crise grecque a éclaté en décembre 2009, George Papandreou a tout d’abord nié le problème, insistant sur le fait qu’il était hors de question que la Grèce fasse appel au FMI pour, par la suite, renier la responsabilité de la Grèce, se lamentant en mars 2010 : nous-mêmes avons été ces derniers mois les victimes des spéculateurs.

Alors que la crise irlandaise a éclaté au grand jour, le ministre des Finances, Brian Lenihan, a désigné les conséquences involontaires des différents commentaires allemands et français comme étant à l’origine de la spirale des coûts d’emprunt.

Aujourd’hui, c’est au tour de l’Espagne. Il a quelques semaines, l’Espagne niait l’existence même d’un problème. Et Zapatero de déclarer : Je pense que la crise de la dette ayant affecté l’Espagne, et la zone euro en général, est terminée. Les autorités nient à présent l’ampleur du problème.

La semaine dernière, la ministre espagnole des Finances, Elena Salgado, a déclaré qu’il n’y avait absolument aucun risque que le pays recoure à l’aide internationale et mis l’accent sur les différences entre l’Espagne et l’Irlande, tout comme les Indonésiens avaient invoqué les différences avec les Thaïlandais il y a 13 ans : « Notre secteur financier a toujours fait l’objet d’une surveillance de la Banque d’Espagne et s’est conformé à sa réglementation, ce qui a probablement fait défaut à l’Irlande… Nous bénéficions d’un solide secteur financier et devrions nous souvenir que c’est le secteur financier qui est à l’origine de la situation critique en Irlande. »

Quand ils commenceront à imputer la responsabilité de leur problème aux autres, nous saurons alors que leur crise est presque finie. En attendant, ils ne sont pas encore au bout de leur peine. Bien sûr, le réel problème n’est pas l’Irlande ou le Portugal, ni même l’Espagne. La réelle crise concerne l’euro et les pressions que le maintien de l’adhésion exerce sur les relations entre les membres et sur l’attitude des électeurs dans les Etats membres envers la monnaie unique.

Et pourtant, les dirigeants nient l’existence d’un problème sérieux (i.e. lié à l’euro plutôt qu’à un pays uniquement) autant que Ben Bernanke et Hank Paulson ont occulté la crise du logement, que Dick Fuld a renié la situation critique dans laquelle se trouvait Lehman, ou que le FMI a ignoré les profondes faiblesses économiques de la Thaïlande, sans parler du reste de l’Asie.

La semaine dernière, le directeur de la banque centrale finlandaise et le gouverneur de la BCE, Erkki Liikanen, ont déclaré : L’euro survivra. Il n’est aucunement remis en cause. Klaus Regling, à la tête de l’EFSF (Fonds européen de stabilité financière), a indiqué : Aucun pays n’abandonnera l’euro de son propre chef : pour les pays les plus faibles, comme pour les plus solides, il s’agirait d’un véritable suicide économique. Et politiquement, l’Europe sans l’euro, n’aurait plus que la moitié de sa valeur. »

Ce n’est pas la première fois qu’un tel argument est invoqué. Barry Eichengreen a écrit en 2007 que l’adhésion à l’euro était effectivement irréversible car un retrait serait très traumatisant. Mais qu’adviendra-t-il si le coût du maintien de l’euro devenait si élevé qu’une sortie de la zone serait préférable ? Il ne fait aucun doute que la stratégie actuelle de l’Allemagne comporte ce risque. Les pays périphériques de la zone euro doivent faire défaut. Traditionnellement, cette procédure se fait par l’intermédiaire d’une dévaluation de la devise (ce qu’ont déjà commencé à faire la Fed et la BoE) ou en imposant des pertes aux prêteurs. L’Allemagne refuse d’approuver la première méthode et signale que la seconde a été à l’origine de la dernière crise.

A la place, les pays du noyau dur imposent des récessions à des pays qui perdent la confiance du marché obligataire. Combien d’années d’austérité seront nécessaires avant que les électeurs grecs, irlandais, espagnols etc. ne condamnent l’Allemagne, la France ou l’euro pour tous les maux de leur économie ? Ce petit jeu marquera-t-il le chapitre final de la crise de l’euro ? Je ne l’espère pas. La semaine dernière, Axel Weber a déclaré : Le Fonds européen de stabilité financière devrait suffire à dissuader les marchés de spéculer contre la solvabilité des pays membres de la zone euro, et si ce n’est pas le cas, des fonds supplémentaires seront injectés.

Si et seulement si ces liquidités proviennent des planches à billets de la BCE – à l’image des pratiques de la BoE et le la Fed – alors M. Weber aura raison. Un fort accroissement des risques s’ensuivra. Si ce n’est pas le cas, nous avons encore un très long chemin à parcourir. Le 27 mai 2010, après la mise en oeuvre originale de l’EFSF, j’avais écrit : Le plan de sauvetage particulièrement impressionnant de 1.000 milliards de dollars, mis en place par l’Union européenne, a reflété la volonté des gouvernements de jouer le tout pour le tout. Une attitude cependant risquée si l’on n’a pas les bonnes cartes en main. Or l’Union européenne semble être en situation de faiblesse. Les fonds du plan se sauvetage proviennent à hauteur des deux tiers de l’Union elle-même ; autrement dit, les emprunteurs en difficulté de la zone euro devront être sauvés par des emprunts supplémentaires souscrits par… euh… d’autres emprunteurs en difficulté de la zone euro. »

Cette situation est toujours d’actualité. L’EFSF présente un vice de forme : il invite aux attaques spéculatives. Le simple fait d’élargir le fonds dans sa forme actuelle, de façon à ce que le noyau dur solvable s’engage à verser plus de liquidités pour les pays périphériques insolvables, ne couvre pas le risque selon lequel plus les dominos s’effondrent, plus les prêteurs diminuent face aux emprunteurs (Italie et Espagne combinés – dont les spreads se sont envolés cette semaine – pèsent davantage que l’Allemagne). A partir de quel moment, les pays insolvables deviendront si nombreux que les marchés perdront confiance dans la solvabilité du noyau dur et dans sa capacité à les sortir d’affaire.

Laissant de côté pour l’instant la réalité déplaisante que le noyau dur pourrait ne pas être aussi solvable qu’il n’y paraît, le spread entre la Grèce insolvable et la France solvable devrait, peut-être, être plus étroit ? J’aimerais le savoir. En l’absence de création monétaire par la BCE, je suppose que nous allons trouver une réponse.

source Soc GEN/Aof fund dec10

EN COMPLEMENT : La Belgique nie les problèmes pae Geert Noels

La semaine dernière, nous avons à nouveau été la cible de la presse internationale.

http://www.guardian.co.uk/world/2010/nov/24/belgium-financial-markets-hit-list

http://blogs.wsj.com/source/2010/11/26/belgium-will-it-be-the-next-euro-domino-to-fall-down/

http://www.efinancialnews.com/story/2010-11-29/and-what-happens-if-it-gets-to-belgium?ref=email_32832

 Mais les voix des chœurs se sont vite échauffées pour entonner à l’unisson le refrain «Non, non, la Belgique n’a pas de problèmes, ce sont les insaisissables spéculateurs qui inventent des histoires». Et l’individu qui ose dire ouvertement que nous devons être un peu plus critiques, est repoussé dans le coin de ceux qui souillent leur propre nid.

En deux petits bonds, la Belgique a laissé derrière elle le groupe des pays qui forment le noyau de l’euro. Les marchés financiers ne considèrent plus notre pays comme un emprunteur de qualité supérieure mais lui demandent à présent une prime d’intérêt qui se rapproche de celle réclamée à l’Italie.

Le risque de faillite accolé à notre pays et qui peut être mesuré via les primes CDS, ne correspond plus à son statut AA+. Les marchés financiers tiennent de moins en moins compte des notations officielles de S&P et de Moody’s. Car les agences de ratings regardent en arrière, accordent de l’importance au statut et font l’objet de pressions politiques. Les investisseurs internationaux savent que les notations des agences galopent derrière la réalité et sont adaptées après les faits.

Voici un tableau très instructif comparant la note donnée aux dettes publiques des États par les Agences de Notation et celle données par les marchés de CDS. Spread Over !!!

Ratings Key   CDS-implied
rating
S&P Domestic
rating
Difference
AAA 1 Denmark AAA AAA 0
AA+ 2 Finland AAA AAA 0
AA 3 Germany AAA AAA 0
AA- 4 Norway AAA AAA 0
A+ 5 Sweden AAA AAA 0
A 6 Switzerland AAA AAA 0
A- 7 Austria AA+ A -1
BBB+ 8 Czech Rep. AA+ A+ 3
BBB 9 Slovakia AA+ A+ 3
BBB – 10 Slovenia AA+ AA 1
BB+ 11 Netherlands AA+ AAA -1
BB 12 Estonia AA+ A 4
BB- 13 UK AA+ AAA -1
B+ 14 Poland AA A 3
B 15 Turkey AA BB+ 8
B- 16 France AA AAA -2
CCC+ 17 Russia AA- BBB+ 4
CCC 18 Belgium BBB AA+ -7
CCC- 19 Bulgaria BB+ BBB -2
    Croatia BB+ BBB -2
    Italy BB+ A+ -6
    Lithuania BB+ BBB -2
    Iceland BB BBB -3
    Romania BB BB+ -1
    Latvia BB BB 0
    Hungary BB- BBB- -3
    Spain BB- AA -10
    Ukraine B+ BB- -1
    Portugal B A- -8
    Ireland B- A -10
    Greece CCC- BB+ -8

Source Mish’s nov10

En cas de stress financier, on montre du doigt les spéculateurs : c’est une tactique éprouvée. Ce groupe insaisissable de pirates financiers est le bouc émissaire préféré des entreprises et des responsables politiques qui se retrouvent dans l’£il du cyclone. Le terme spéculateur a une connotation négative et fait croire que des semeurs de panique créent des problèmes qui n’existent pas. Or dans la plupart des cas, les spéculateurs sont tout au plus la dernière goutte qui fait déborder le vase. Une débâcle est l’œuvre d’un grand groupe ; ce sont souvent des investisseurs à long terme qui déclenchent l’assaut.

La politique de l’autruche

Mais revenons-en à la Belgique et à la débandade financière de ces dernières semaines. Les articles publiés dans le New York Times et dans The Guardian à propos des problèmes belges n’avaient certainement rien d’original. En fait, ces informations refont régulièrement surface. Et c’est une erreur d’enfoncer à chaque fois la tête dans le sable et de nier les problèmes. La crédibilité de la stratégie de la dénégation a déjà été testée à de nombreuses reprises et récemment encore en Grèce, en Irlande et même à l’échelon européen. Plus on nie, plus on s’enlise dans le marais financier.

Problèmes bancaires

Les spéculateurs ne sont pas les seuls à être incriminés. Les économistes sont aussi souvent pris à partie. On reproche régulièrement au petit groupe qui ose mettre le doigt sur les problèmes, de causer ainsi les difficultés. C’est comme si l’on reprochait au médecin qui pose un diagnostic de cancer, de l’avoir provoqué. En matière de santé, nier la réalité n’est pas non plus la meilleure stratégie.

La Belgique a à nouveau une dette publique élevée et nous avions tous les atouts en main pour nous débarrasser une fois pour toutes de cette image voici quelques années. Notre pays a aussi connu une grave crise bancaire. L’opération de sauvetage et surtout les garanties qui ont été accordées sans transparence à cette occasion, soulèvent beaucoup de questions. Ici aussi, le débat et l’analyse doivent se faire de façon proactive. Nier ces deux choses n’a aucun sens parce que les investisseurs n’écoutent pas les propos des «autruches».

Exposition des banques belges (juin 2010)

Pays Exposition (en USD)
Irlande 54 milliards
Royaume-Uni 43,1 milliards
France 29,7 milliards
Italie 25,6 milliards
Pays-Bas 23,1 milliards
Allemagne 20,9 milliards
Espagne 18,7 milliards
Slovaquie 7,7 milliards
Luxembourg 5,9 milliards
Autriche 4,4 milliards
   
Europe 209,7 milliards USD
Monde 383,5 milliards USD
   

(Source: BRI)

Dexia et KBC engluées dans la dette

Les banques belges ne sont pas tirées d’affaires. Je parle ici des deux grands établissements cotés en Bourse :KBC et DEXIA.

Il suffit de jeter un œil sur l’évolution de leur cours de Bourse au cours des 12 derniers mois pour s’en convaincre. La banque flamande affiche un repli de 12,5% tandis l’ex-Crédit Communal s’offre une dégringolade  de 39,3%.

Comparé à certains concurrents européens, KBC s’en sort plutôt bien. Mais pour combien de temps encore?  Quant à Dexia, son graphique boursier ressemble, depuis octobre 2009 à une lente descente au tombeau.

Pourquoi une telle déprime ? Voici quelques éléments d’explication.

–>Les deux institutions ont été mises sous respirateur artificiel par les autorités publiques lors de la crise financière. En échange de ce soutien, elles se sont engagées à réduire la voilure. Chez Dexia, cela s’est traduit par l’allégement de son portefeuille obligataire, par des plans de restructuration, par un recentrage stratégique et par la cession de certaines participations, d’autres ventes devant encore survenir. Mais on attend toujours une éventuelle alliance (avec la Banque Postale française par exemple) pour doper ses capacités de funding.

–>Du côté de KBC, des cessions sont également intervenues comme celle, à perte, de KBC European Private Banking au groupe indien Hinduja pour 1,3 milliard d’euro. Mais le programme est loin d’être bouclé. Centea et Fidea doivent encore trouver preneur et la banque tchèque CSOB planche toujours son introduction en Bourse.
 
–>Les deux banques sont fortement exposées au risque souverain des pays périphériques de la zone euro. Selon un analyste, elles sont même les deux établissements  les plus englués au sein du Benelux si on prend en compte leurs fonds propres. Pour KBC, cette exposition représente 3 fois ses fonds propres. Chez Dexia, on atteint un multiple de 6 !

–>L’exposition élevée de la banque franco-belge s’explique par son portefeuille obligataire italien (17,6 milliards d’euros) ainsi que par son implication dans les finances publiques dans la péninsule ibérique (16,3 milliards) et en Italie (36,8 milliards). Dans son édition de jeudi, De Standard souligne que Dexia bénéficie encore de garanties d’état pour 45 milliards d’euros un montant « colossal », qui selon le quotidien, expliquerait en partie les pressions rencontrées ces derniers temps par la dette belge.

–>KBC, pour sa part, a été piégée par la crise irlandaise. Selon le Financial Times, le portefeuille de prêts immobiliers irlandais de KBC atteint 17,4 milliards d’euros, soit 1,5 fois sa capitalisation boursière. Le taux actuel de défaut atteint 9% mais d’après la société Evolution, il pourrait doubler.

–>Certains sont plutôt sombres sur l’avenir immédiat de KBC. C’est le cas, par exemple, du hedge fund Viking Global Investors qui a pris une position à la baisse (« short ») sur 0,38% du capital de la banque.

–>Du côté des analystes, 64% de ceux qui suivent KBC recommandent le titre à l’achat et 14% conseillent de vendre. Pour Dexia, ils sont beaucoup plus partagés : 29% sont à l’achat, 33% à  la vente et 38% à conserver.

SOURCE : crack en action/echo dec10 

Transparence et anticipation

La Belgique n’est pas la Grèce et n’est pas non plus l’Irlande. Elle est cependant un peu des deux. Nous pouvons continuer à le nier nous-mêmes mais nous ne pouvons pas empêcher qu’on fasse de plus en plus cette analyse à l’étranger. La prochaine fois que la Belgique sera dans le collimateur, il ne faudra donc pas pointer le doigt vers les spéculateurs et les économistes. Mais vers les guérisseurs qui en pratiquant leur médecine douce laissent subsister des plaies nauséabondes. Aux grands maux, il faut appliquer les grands remèdes.

Le ratio de la dette par rapport au PIB qui avoisine les 100% -un ratio souvent mis en  avant pour expliquer la pression sur notre dette- n’est pas suffisant pour déterminer si des finances publiques sont saines et viables. Le déficit budgétaire (4,6% pour 2010) est un autre élément clé.
Or, pris ensemble, ces deux paramètres démontrent que la situation dans notre pays n’est pas aussi problématique que dans la plupart des pays périphériques et dans certains autres pays européens

source crack en action/echo dec10

Geert Noels,CEO et chief economist d’Econopolis /Trends dec10 

Réactions : trends@econopolis.be

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EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Trappe à Dettes /Europe : Nous sommes au coeur de la crise…

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