Art de la guerre monétaire et économique

Art de la Guerre : De la terre aux capitaux la Chine joue avec la rareté….

Art de la Guerre : De la terre aux capitaux la Chine joue avec la rareté….

« Soumettre l’ennemi par la force n’est pas le summum de l’art de la guerre, le summum de cet art est de soumettre l’ennemi sans verser une seule goutte de sang. » Sun Tzu

« Il y a du pétrole au Moyen-Orient, il y a des terres rares en Chine. » En 1992, cette petite phrase du président chinois Deng Xiaoping est passée inaperçue….Mais en plus maintenant il y a les capitaux….

La Chine veut garder ses terres rares 

Les pressions conjointes, des Etats-Unis, du Japon et de l’Europe n’y ont rien fait. La Chine devrait réduire encore ses exportations de terres rares à compter du 1er janvier prochain. Une réduction justifiée par Pékin en raison de la protection de l’environnement….

PLUS/MOINS DE TERRES RARES ET DE CAPITAUX :

La Chine a réduit les quotas de sa première série d’exportations de terres rares pour l’année prochaine de plus de 10% malgré la menace des Etats-Unis de porter plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce. Le ministère du Commerce chinois a alloué des quotas de 14.446 tonnes à 31 sociétés, soit 11,4% de moins que les 16.304 tonnes allouées à 22 sociétés lors de la première série d’exportations de 2010 il y a un an. Le premier quota chinois annoncé  est de 13 105 tonnes pour 2011, contre 14 790 tonnes l’an dernier. Pékin ouvrira un autre quota un peu plus tard dans l’année. En 2010, le quota total était de 33 400 tonnes, 40% de moins qu’en 2009 .Ce quota n’est visiblement pas absolu: les exportations réelles l’ont déjà surpassé pendant les trois premiers trimestres de 2010.

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Le ministère a précisé dans un bref communiqué sur son site internet qu’il avait ajouté des producteurs sur la liste des quotas mais qu’il avait réduit les volumes alloués aux sociétés commerciales pour les métaux utilisés dans les produits de haute technologie. Les quotas d’exportations ont été définis en fonction des volumes exportés entre le début de 2008 et octobre 2010, a-t-il précisé, sans donner plus de détails.

La Chine possède 30 % des réserves de terres rares de la planète, mais fournit plus de 97 % de la demande mondiale. Cette appellation « terres rares » désigne 17 métaux aux propriétés électromagnétiques très recherchées dans les technologies de pointe: voitures hybrides et électriques, énergies renouvelables, électronique, éclairage et armement….

 Elles sont dix-sept, et l’industrie ne jure presque plus que par elles. Du lanthanum au lutétium, en passant par le scandium, la gamme de métaux que l’on appelle « terres rares » est devenue incontournable. Ce qui les unit? Une série de propriétés chimiques, magnétiques, luminescentes communes. On a commencé à leur trouver des applications au milieu du siècle dernier, et elles sont devenues ces dernières années un acteur central de la révolution industrielle en cours. Le moteur hybride de la Toyota Prius comporte par exemple 1 kg de neodymium, qui a des propriétés magnétiques plus puissantes que la ferrite traditionnelle tout en étant plus petit et plus léger. Une éolienne de dernière génération utilise aussi ce genre de métaux, qui nécessitent moins de frais de maintenance. Pour une Siemens de 3 Megawatt, on comptera 2 tonnes de neodymium. Les terres rares entrent également dans la composition des écrans LCD et des GSM, on en emploie dans le processus de raffinage du pétrole, et l’industrie des technologies de défense en est également friande… Bref, tout le monde se les arrache. Mais au fond, ces terres ne sont pas si « rares » que cela. La croûte terrestre en compte autant que de plomb ou d’argent selon la « terre » en question. Ce qui les rend si précieuses, c’est moins leur rareté que leur faible concentration à l’état naturel: il est extrêmement difficile de les isoler des minerais auxquels elles sont mêlées. l F.R.

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L’argument avancé par Pékin est incontestable sur le plan des chiffres. Si les taxes à l’export sur certains métaux rares augmentent comme annoncé, le 1er janvier prochain, c’est d’abord parce que la Chine veut protéger son patrimoine. L’argument est ressassé à chaque déplacement d’un responsable du ministère chinois du Commerce, qui ne se prive pas d’ailleurs de rappeler les données fournies par le Bureau de la géologie aux Etats-Unis : en 15 ans affirment les Américains, la part de la Chine dans les réserves mondiales de ces minerais a chuté de 43 à 31 % du fait même que le pays en est devenu le principal fournisseur.Des réglementations environnementales plus contraignantes pour le secteur des terres rares devraient également être dévoilées l’an prochain, a indiqué China Business News mardi 

 Effectivement, comme l’explique John Seaman dans un récent rapport du think tank français Ifri, la Chine a de bonnes raisons de politique intérieure pour limiter ses exportations.  La production de ces métaux est très polluante: les terres rares sont souvent accompagnées de métaux radioactifs comme l’uranium, mais surtout, le processus d’isolement de ces « terres » implique l’utilisation d’agents chimiques très toxiques. Dans la seule région de Baotou (Mongolie intérieure), l’industrie extractrice déverse 10 millions de tonnes d’eau polluée par an dans les rivières auxquelles les paysans s’abreuvent.

En outre, la Chine craint, si elle exporte trop, de ne plus pouvoir répondre à sa propre demande. Or les terres rares sont une composante clé de la montée en gamme que veut réaliser l’industrie chinoise: pour rééquilibrer l’économie, il faut une industrie plus rémunératrice de nature à augmenter le pouvoir d’achat des chinois et, partant, le marché intérieur. C’est d’ailleurs ce que la communauté internationale demande à cor et à cri.

Mais cet argumentaire n’explique pas tout. Pékin oublie de dire par exemple que depuis 5 ans, les exportations de terres rares chinoises diminuent en volume d’environ 5 % par an. Au-delà du jeu sur les prix, lié à la contraction de l’offre, la Chine veut aussi utiliser ses métaux pour ses propres industries vertes, et surtout inciter les industries étrangères de pointe à travailler en Chine. « Dans n’importe quel pays confesse Lin Dong lu, le secrétaire de l’Association académique des terres rares chinoises, tout développement technologique est lié à l’exploitation de la ressource ». Autrement dit, le minerai pourrait se monnayer en transfert de technologies.

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Les autorités chinoises ont indiqué que ces restrictions étaient dues à des questions environnementales et visaient à garantir l’approvisionnement des industries du pays, mais elles ont également insisté sur le fait que la position dominante de la Chine en tant que producteur devrait lui donner davantage de contrôle sur les prix mondiaux. 

Rappel : Pourquoi ce monopole des Chinois ?

La Chine n’est pas le seul pays à jouir de terres rares: elle ne dispose « que » d’un tiers (37%) des réserves prouvées de ces métaux. Dans ce cas, comment s’est-elle garantie la quasi-exclusivité de la production? Outre la décision du pouvoir central de soutenir cette industrie qu’elle considérait déjà comme stratégique, la Chine a évidemment profité du prix de sa main-d’œuvre. Et dans ce secteur plus qu’ailleurs, la légèreté des réglementations environnementales a mis les étrangers à terre. Les Etats-Unis dominaient encore le marché dans les années ’80, mais ce sont les règles environnementales californiennes qui ont forcé la mine de Moutain Pass l’ancien fleuron américain des terres rares à mettre la clé sous le paillasson, en 2002: le géant n’était plus compétitif face aux Chinois

Le contrôle de Pékin sur ses matières premières devrait encore se renforcer avec la mise en place de l’Association chinoise pour les terres rares, dont le ministère de l’industrie vient d’annoncer la création

Pékin a ardemment tenté d’imposer de la discipline dans son secteur des terres rares désordonné et devrait créer une association des industries de terres rares d’ici à mai 2011, a assuré Wang Caifeng, un représentant du ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information. Il a ajouté qu’il espérait que cette instance remplisse la même fonction que l’Association du Fer et de l’Acier de Chine en assurant le « développement ordonné » du secteur à travers la fixation des prix et les quotas d’exportations.

Avec le risque de voir redistribuer les cartes ailleurs … car les métaux rares qui sortent des déserts de Mongolie intérieure ne valent pas grand-chose en réalité. C’est leur affinage qui en fait la valeur, d’où leur rareté. Cette nouvelle réduction des exportations chinoises pourrait pousser les grandes compagnies minières à s’y intéresser de nouveau. L’Américain Molycorp aux Etats-Unis, l’Afrique du Sud et l’Australie seraient déjà sur les rangs. La Chine a déjà trouvé la parade en proposant désormais ses services à l’étranger. Nous sommes prêts à aider les pays qui souhaitent exploiter leurs réserves en jachères a fait savoir le président de la Chambre de commerce chinoise des métaux et de la chimie, à l’occasion du séminaire international qui s’ouvre ce mardi à Pékin.

Un séminaire consacré justement à ces 17 métaux aux propriétés électromagnétiques indispensables à la fabrication des voitures de demain, des écrans plats, mais aussi par exemple du dernier Iphone 4 dont toutes les radios chinoises parlent ce mardi matin. Une vingtaine de ces téléphones hauts de gamme ont été commandés par la police de Suzho (SUJO) dans le sud du pays, officiellement « pour des raisons de service ». L’information a fait rire jusque dans les mines de Mongolie intérieure où, pour l’instant, l’annonce de ces nouveaux freins aux exportations suscite peu d’inquiétude. Selon les chiffres officiels, cela ne fera que compenser le doublement des exportations en novembre.

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La Chine, déjà accusée d’abuser de son quasi-monopole sur le commerce des terres rares, envisage désormais de fixer des quotas d’exportation sur les alliages contenant ces métaux très recherchés, a rapporté jeudi l’agence Dow Jones. Le gouvernement envisage aussi des quotas distincts pour les terres rares lourdes (plus rares) et les terres rares légères (plus abondantes), selon un responsable cité par l’agence. Les mesures viseraient à empêcher les producteurs de terres rares de contourner la législation et les quotas en place, que le gouvernement souhaite renforcer l’an prochain.

La décision de réduire les quotas d’exportations et d’en relever les tarifs a attisé les tensions commerciales avec les Etats-Unis, l’Union européenne et le Japon notamment. A Washington, le bureau du représentant américain au Commerce s’est dit préoccupé par la décision de Pékin. 

« Nous sommes très préoccupés par les limites posées par la Chine aux exportations de terres rares. Nous avons fait part de nos inquiétudes à la Chine (…) », a dit un porte-parole du bureau. 

La semaine dernière, le bureau du représentant au Commerce avait dit que la Chine avait rejeté les requêtes des Etats-Unis en faveur d’un arrêt de ces limitations, ajoutant que Washington pourrait porter plainte auprès de l’OMC. Le ministère chinois du Commerce n’a pas encore répondu à cette menace. La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Jiang Yu a refusé, mardi, de commenter la situation lors d’une conférence de presse, renvoyant la question à un « département compétent », sans plus de précisions. Ce différend vient s’ajouter à des relations sino-américaines déjà tendues et qui se sont dégradées cette année en raison de désaccords sur de nombreux points, de la question du Tibet et de Taiwan à celle de la valeur du yuan. Le président Hu Jintao sera en visite aux Etats-Unis le mois prochain.

Le Japon a lui aussi été durement touché par ces réductions d’exportations. En septembre, la Chine a tout simplement interrompu ses envois vers le Japon, qui consomme 20% des terres rares. Cela a exacerbé les tensions entre les deux nations asiatiques.Les importations nippones de terres rares ont continué à baisser en novembre, sous le coup de l’interdiction par la Chine des livraisons de terres rares qui a été levée à la fin du mois dernier. Les sociétés japonaises se sont plaintes de ces limitations imposées par les douanes chinoises après un conflit concernant des îles convoitées dans l’est de la mer de Chine qui a conduit Pékin à suspendre ses exportations à partir de la fin septembre. 

L’Union européenne a également exprimé des inquiétudes au sujet de ces restrictions mais le commissaire européen au Commerce a dit plus tôt ce mois-ci que la Chine avait confirmé que l’approvisionnement en terres rares serait maintenu.

 La Chine compte moins du tiers des réserves mondiales de terres rares, mais profite quand même d’un quasi-monopole sur la production. Très peu de mines sont actives ailleurs dans le monde, les faibles coûts chinois ayant eu raison de la très grande partie de celles qui existaient aux États-Unis ou ailleurs. Les terres rares sont abondantes dans la nature, mais il est difficile de trouver des concentrations suffisantes pour en faire des mines rentables. Leur exploitation est coûteuse et souvent associée à des matériaux radioactifs.

La société Molycorp, une très grande société non chinoise de dépôt de matériaux rares a donné son accord ce mois-ci pour constituer des joint-ventures avec la société Hitachi

La décision chinoise de sabrer ses exportations a profité aux sociétés étrangères actives dans le secteur des terres rares. . Molycorp se prépare à relancer la mine californienne de Mountain Pass, fermée en 2002. Mountain Pass devrait rouvrir au plus tôt à la fin de 2011, voire en 2012, et sera pour un temps la seule productrice de terres rares en Amérique du Nord. Le titre de Molycorp a presque quintuplé depuis son entrée en Bourse, en juillet dernier. Plusieurs sociétés juniors font de l’exploration pour des terres rares au Canada, dont Quest Rare Minerals, Avalon Rare Metals et Matamec Explorations.

Les producteurs américains de hautes technologies comme Apple, ainsi que les sociétés japonaises s’efforcent déjà de sécuriser des offres fiables de métaux rares en dehors de la Chine. La société Molycorp, une très grande société non chinoise de dépôt de matériaux rares a donné son accord ce mois-ci pour constituer des joint-ventures avec la société Hitachi. Toyota s’est rapproché de la société Sojitz et d’une compagnie de mines vietnamienne pour assurer des exportations de matériaux rares vers le Japon dès 2012. 

Pour Sony, la restriction des exportations de métaux rares par la Chine est une entrave au libre commerce et souhaite œuvrer de manière à réduire sa dépendance à l’offre chinoise. Il faut dire que la compagnie est très grande consommatrice de ces matériaux rares pour la construction de ses TV écran plat Bravia, ses PC Vaio ou encore ses consoles de jeu PlayStation. 

«Pour le moment, nous ne ressentons pas d’impact sur les activités de la société mais si les restrictions se poursuivent et s’intensifient cela pourrait mener à une pénurie d’offre ou entrainer des augmentations de couts exorbitants des pièces détachées et autres matériels» ont indiqué les dirigeants de Sony. Ainsi la firme japonaise compte bien surveiller de très près l’évolution de la situation. 

La demande en matériaux rares est estimée à 110 000 tonnes par an. La Chine représente 75% de cette demande. Le reste est réparti entre le Japon, les Etats-Unis, l’Europe

De fortes envolées des prix sont à prévoir. Pour exemple, le prix de l’oxyde de néodyme utilisé dans les BlackBerrys est passé de 19,12 dollars en 2009 à 88,5 dollars aujourd’hui.

source agences+rfi dec10 

EN LIENS : Matières premières : L’accès aux terres rares inquiète

Terres rares: la demande dépassera sous peu l’offre

EN COMPLEMENT : Le soutien chinois à la zone euro est un cadeau empoisonné

Déjà grand créancier des Etats-Unis, la Chine se positionne désormais comme un sauveur potentiel pour sortir de l’Europe de la crise des dettes souveraines grâce à ses colossales réserves de change, relèvent les analystes.  Pékin a promis d’aider la Grèce et le Portugal en leur achetant des obligations d’Etat, une décision qui selon les experts pourrait soulager les difficultés de la zone euro tout en conférant de l’influence à Pékin.

La défense de l’euro est aussi dans l’intérêt de la Chine, pour assurer que l’Union européenne, son premier partenaire commercial, continue à acheter ses produits, et pour diversifier ses réserves de change. Ces dernières sont les premières du monde et ne cessent d’augmenter. Selon les derniers chiffres officiels, elles s’élevaient fin septembre à 2.648 milliards de dollars. Avec ces fonds, la Chine avait acheté fin octobre 907 milliards de dollars de bons du Trésor américain, dont les rendements sont très faibles. Elle doit placer de colossaux excédents commerciaux, qui s’accumulent à un rythme de quelques 10 milliards de dollars (7,6 milliards d’euros) par mois.  Aujourd’hui, entre 20% et 30% est investi en euros, d’après Xu Beiéconomiste chez Natixis

Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Jiang Yu, a assuré que l’Union européenne allait devenir « l’un des principaux marchés pour les réserves de change » chinoises. Pékin a aussi dit espérer que les mesures prises par Bruxelles et le Fonds monétaire international pour assurer la stabilité financière de la zone euro allaient « produire des résultats le plus tôt possible », à l’occasion de discussions commerciales de haut niveau entre l’UE et la Chine.

Le nouveau rôle joué par les Chinois « peut leur profiter sur le plan politique », a déclaré à l’AFP Patrick Chovanec, professeur d’économie à l’université Tsinghua de Pékin. « Cela s’accorde aussi avec leur projet de diversification » pour dépendre moins du dollar, ajoute cet expert. Les achats d’obligations de pays à risque « font sens au niveau des investissements », juge pour sa part Ken Peng, un économiste basé à Pékin pour Citigroup. « Il y a bien sûr des risques plus élevés mais les rendements le sont aussi (…), tandis que le risque supplémentaire sur l’ensemble du portefeuille (d’investissements chinois à l’étranger) reste minime », ajoute cet analyste.

 Accepter l’aide de la Chine au problème de financement de la zone euro serait-il une grave erreur ? C’est tout du moins ce que semblent penser certains experts à l’instar d’Yves Bonzon, responsable de la stratégie d’investissement au sein de la banque Pictet & Cie, ou encore d’Antoine Brunet président d’AB Marchés.

Au mois d’avril, le Financial Times indiquait que la Chine détenait 630 milliards de dollars de dettes publiques de la zone euro, soit environ 13% de la dette globale de la région. Ce chiffre n’a jamais été démenti. Et c’était sans compter la dernière intervention de la Chine sur le Portugal.

Lorsque la Chine achète des bons grecs, ou portugais, elle sait qu’elle achète un instrument qui a une forte probabilité d’être restructuré et de constituer une perte dans son portefeuille à terme. Qu’est-ce qui motive donc le comportement des autorités de Pékin ? L’altruisme ? Vraisemblablement pas.

 La Chine entend bien ne pas rester la deuxième puissance politique et économique derrière les Etats-Unis

Il s’agirait plutôt d’une stratégie bien construite destinée à permettre l’accès à l’hégémonie mondiale. «L’Empire du milieu entend bien ne pas rester la deuxième puissance politique et économique derrière les Etats-Unis et mettre tout en œuvre pour y parvenir», signale Antoine Brunet.

Or, lorsqu’un pays qui est en difficulté est contraint de s’endetter lourdement auprès d’un autre Etat souverain, il se crée une relation de dépendance politique très dangereuse pour le pays débiteur et très favorable pour le pays créancier. Le pays débiteur perd la capacité de dire non au pays créancier à l’achat d’actifs physiques stratégiques.

«C’est ainsi que la Grèce a été amenée à vendre une partie du port du Pirée à la Chine. C’est également de cette manière que les autorités chinoises ont obtenu que la France aliène à une entreprise d’Etat chinoise une zone aéroportuaire à Châteauroux permettant à la Chine d’importer plus facilement par voie aérienne les produits qu’elle veut vendre en Europe», fait noter Antoine Brunet.

Nous devrions voir se multiplier ce type d’opérations à l’avenir. Mais au-delà de l’achat d’infrastructures, le renforcement de la participation de la Chine dans l’endettement des pays occidentaux lui confère davantage de marge de manœuvre pour acquérir de grandes sociétés occidentales.

 La situation est alarmante

Un des rares fronts de résistance opposés jusqu’à récemment par les pays occidentaux à l’envahissement de la Chine a résidé dans l’obstruction générale à des OPA chinoises sur des entreprises occidentales. Jusqu’à présent les seules OPA qu’avait osées faire la Chine ont été le rachat d’une entreprise domestique acquise par une société étrangère».

Le rachat de Volvo par Geely a été fait auprès de Ford. «La levée de bouclier n’a pas eu lieu parce que la Chine n’a pas acheté la société Volvo suédoise, mais la société Volvo américanisée à la suite d’une acquisition par Ford».

Nous sommes dans une toute autre configuration dans l’affaire Nexans. «La Chine a surenchéri sur une société européenne Nexans pour acheter une société néerlandaise», remarque le président d’AB marchés.

A mesure que la Chine deviendra plus créancière de la zone euro dans son ensemble, cette dernière sera moins résistante à des achats d’entreprises par la Chine. «Les réactions défensives ne seront plus possibles. La voie sera libre à la Chine pour s’emparer des plus belles entreprises occidentales à très bon compte», souligne alors Antoine Brunet.

Cette stratégie très construite a vocation à perdurer. Si l’on rassemble Hong Kong et la Chine continentale, ce sont 4000 milliards de dollars qui sont disponibles.

Une stratégie d’affaiblissement vis-à-vis de l’Europe

La montée en puissance de la Chine va de pair avec l’affaiblissement des autres grandes puissances, Etats-Unis et Europe. «La Chine a une stratégie d’affaiblissement. Ces puissances sont en phase de déconfiture et la Chine s’emploie à ce que cette déconfiture s’accentue», affirme Antoine Brunet.

Pour ce dernier, la Chine a la capacité de maintenir une pression sur le marché obligataire européen jusqu’à ce que se concrétise une des deux alternatives suivantes. Dans le premier cas, l’Allemagne prend l’option de soutenir quoiqu’il arrive les pays fragilisés. «Les finances publiques allemandes risquent de s’alourdir significativement et par cet intermédiaire la Chine aura fragilisé l’Allemagne».

 La Chine est en train de porter un très mauvais coup à la zone euro

Dans un deuxième cas, l’Allemagne, parce qu’elle ne peut pas s’alourdir financièrement indéfiniment, sera contrainte d’abandonner la Grèce et le Portugal à un triste sort qui les fera sortir de la zone euro.

«A ce moment la Chine apparaitra comme le sauveur de ces pays. La Chine acceptera de financer ces pays à la condition que ces pays acceptent de devenir totalement vassalisés à l’instar du Laos, du Cambodge, ou de la Birmanie…»

Dans les deux cas, la Chine est en train de porter un très mauvais coup à la zone euro.

Ce sentiment est partagé par Yves Bonzon, responsable de la stratégie d’investissement au sein de la banque Pictet & Cie. «La Chine en provoquant un maintien artificiel du prix des obligations des pays fragilisés de la zone euro repousse la crise en Europe, les discussions inévitables qu’il doit y avoir sur le système de fonctionnement de l’Eurozone. On recule pour mieux sauter. On aggrave le problème. Plus le temps passe et plus on aura du mal à trouver une solution qui satisfasse toutes les parties».«Quand la Chine achète des obligations de l’État grec, elle sait qu’elle peut essuyer des pertes, mais cela la gêne moins que les autres investisseurs: elle sait que cela lui ferait gagner du même coup des marges de négociation en tant que créancier»

L’essentiel de la dette souveraine européenne détenue par la Chine, dont le montant n’est pas rendu public, serait composé d’obligations françaises et allemandes, selon les analystes.

Le quotidien portugais Jornal de Negocios a rapporté mercredi que Pékin que était prêt à acheter pour cinq milliards d’euros de dette portugaise.

« Les Chinois ont acheté un tout petit peu de dette grecque, de l’ordre de quelques centaines de millions d’euros, ça reste insignifiant, et quelques milliards de dette portugaise », selon Patrick Artus, chef économiste à la banque Natixis. »Leur motivation semble politico-stratégique plutôt que financière », selon lui.

« L’image globale d’un pays en développement sauvant de la faillite un pays développé est probablement suffisante pour la Chine pour offrir son assistance », estime Alistair Thornton, spécialiste de la Chine chez IHS Global Insight.

Les responsables européens assurent qu’aucune promesse n’a été faite aux Chinois en échange de leur appui, que ce soit la reconnaissance par l’Europe du statut d’économie de marché de la Chine ou la levée de l’embargo européen sur les ventes d’armes. Le soutien chinois n’a donné lieu à « aucune contrepartie ou négociation », a déclaré à l’AFP Amadeu Altafaj, porte-parole du commissaire européen aux Affaires économiques Olli Rehn. Immédiatement contredit par les faits puisque l’UE se prépare à la fin de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine, révèle le Figaro. Selon des « sources concordantes à Bruxelles », il pourrait être levé début 2011, plus de 20 ans après les événements de Tiananmen (1989) qui l’avaient provoqué. « La question a été évoquée lors du dernier sommet, dans un rapport confidentiel présenté aux Vingt-Sept. L’embargo y est décrit comme un ‘obstacle majeur’ à la coopération euro-chinoise en politique étrangère et dans le domaine de la sécurité », précise le quotidien

China Communist

 Décision très médiatisée, Pékin a injecté 3,4 milliards d’euros dans le port du Pirée en 2008. Les investissements directs chinois ont bondi de 280% en 2009. Mais ils ne représentent encore en moyenne que 3,35 milliards de dollars par an, sur un total de 50 milliards investis à l’étranger. La Chine n’en est donc pas  à acheter l’Europe….. Enfin  pas encore….Noublions jamais que la Chine estime avoir perdu de façon injuste sa place prépondérante dans l’économie mondiale, au début du XIXème siècle, avec ce qu’ils appellent le siècle de l’humiliation : 30% du PIB mondial en 1800, 5% il y a 30 ans, 15% aujourd’hui. Ils veulent retrouver leur ancienne place et devenir ainsi les futurs USA.

source easybourse/figaro + agence dec10

EN BANDE SON :

 

4 réponses »

  1. Un exemple de plus du dilemme chinois : favoriser une politique mercantiliste basée sur les faibles coûts ou privilégier la demande interne ? Quoiqu’il en soit, l’impact de la Chine sur les marchés des matières premières et sur la hausse des prix va permettre l’émergence de concurrents émergents et le retour d’acteurs des pays développés.

  2. 2012 : fin du terbium

    2018 : fin de l’hafnium

    2021 : fin de l’argent

    2022 : fin de l’antimoine

    2023 : fin du palladium

    2025 : fin de l’or

    fin du zinc

    fin de l’indium

    2028 : fin de l’étain

    2030 : fin du plomb

    fin du lithium

    2038 : fin du tantale

    2039 : fin du cuivre

    2040 : fin de l’uranium

    2048 : fin du nickel

    2050 : fin du pétrole

    2050 : fin du lithium

    2064 : fin du platine

    2072 : fin du gaz naturel

    2087 : fin du fer

    2120 : fin du cobalt

    2139 : fin de l’aluminium

    2158 : fin du charbon

    2010 : fin de l’année mais pas encore fin du Champagne 😉

    Donc en attendant les retombées de la conquête spatiale pour renouveler dans quelques décennies nos ressources de terres rares etc. Excellente année 2011, meilleurs voeux de bonheur et de santé et encore un grand bravo et très bonne continuation pour ce superbe et très intéressant blog !!

    Olivia

    http://www.youtube.com/watch_popup?v=oiXsfA4x2qo&vq=hd720

    En bande son 😉

    http://www.youtube.com/watch_popup?v=JwQZQygg3Lk

    http://www.youtube.com/watch_popup?v=zudbz4hOcbc&feature=channel_page

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