Etats-Unis

Tic Tac/Tic Tac : Question de délai pour la dette américaine

Tic Tac/Tic Tac : question de délai pour la dette américaine

Le FMI vient d’annoncer que la dette américaine devrait atteindre 110% du PIB d’ici 2016, soit deux fois plus que pour la zone euro ; dans le même temps, le Congrès américain a voté un budget qui va afficher un déficit record en 2011 (1480 milliards de dollars) : les craintes quant aux dettes souveraines ne sont pas près de disparaitre…et le AAA des Etats-Unis semble menacé avec USD 1.5 dépensé pour USD 1 de recettes. La limite maximale de la dette publique américaine autorisée par le Congrès des États-Unis devrait être atteinte entre le 5 avril et le 31 mai, selon une nouvelle estimation publiée mercredi par le département du Trésor à Washington. Ce plafond avait été relevé à 14 290 milliards de dollars en février 2010.

Pour la dette américaine tout devient donc une question de délai…

PLUS DE DETTES ET MOINS DE DELAI EN SUIVANT :

L’Etat fédéral devra dépenser 1,50 dollar pour chaque dollar de recettes. Cinquante cents devront donc être empruntés. Soit des dizaines de milliards chaque semaine.

Personne à Washington ne sait combien de temps encore les Etats-Unis déjoueront les sombres pronostics suscités par l’explosion de leur dette publique et continueront à échapper à l’emballement des taux d’intérêt ou à la désaffection des étrangers.

Les mois passent, la dette américaine franchit des paliers (14.000 milliards de dollars en décembre, 100% du Produit intérieur brut en 2011 ou 2012), les agences de notation lancent des avertissements, et rien ne change: les Etats-Unis trouvent à emprunter autant d’argent qu’ils veulent, quand ils le veulent. Impossible de dire quand cette machine se grippera.

Selon des projections publiées  par le Bureau du budget du Congrès, sur l’exercice qui s’achèvera le 30 septembre, pour chaque dollar de recettes, l’Etat fédéral devra dépenser 1,50 dollar. Cinquante cents devront donc être empruntés, soit des dizaines de milliards de dollars chaque semaine. Car en fin d’exercice, c’est un trou de 1480 milliards qu’il aura fallu combler, si les parlementaires ne trouvent pas de nouvelles sources d’économies ni de recettes.

Si on les rapproche de la richesse que créent les Etats-Unis, ces chiffres donnent un certain sens de l’urgence.

En 2010, la première économie mondiale a vu son PIB progresser de 541 milliards de dollars. La dette de l’Etat, elle, a explosé de quelque 1.700 milliards.

total US Debt ramené au PIB

Pourtant, l’Etat américain n’a jamais aucun mal à vendre cette dette aux investisseurs, à des taux d’intérêt qui sont parmi les plus bas du monde (aux alentours de 3,35% pour les bons du Trésor à dix ans, actuellement).

Une explication simple veut que la demande sera insatiable tant que le dollar restera la monnaie de référence.

«Les banques centrales et les fonds souverains détiennent aujourd’hui plus de la moitié des bons du Trésor, d’après des estimations de JPMorgan», révéle  le Financial Times. Et «ces acheteurs ne sont pas fortement sensibles aux variations de prix».

Pour le directeur des Affaires budgétaires au Fonds monétaire international, Carlo Cottarelli, le crédit du billet vert auprès des Etats étrangers n’est pas inépuisable.

«Nous nous demandons, nous-mêmes, ce qui fait d’une devise la monnaie de réserve, et il nous faut encore travailler sur cette question, assurément. Je pense que ce dont nous pouvons être sûrs, c’est que ce n’est pas quelque chose qui peut durer éternellement, quelles que soient les conditions économiques», explique t-il .

«Les Etats-Unis aujourd’hui ont beaucoup de crédibilité, comme le montrent des taux d’intérêt toujours très bas. Cela n’implique pas, cependant, que cela puisse continuer toujours en l’absence de rééquilibrage budgétaire», ajoute-il. A Washington, on ne trouve personne pour risquer une prévision sur le jour où la dette américaine inquiètera les marchés.

Le FMI se refuse à toute prévision détaillée. «Les perspectives pour les rendements des bons du Trésor sont incertaines», écrivait-il mardi dernier. «C’est un métier très difficile» que d’anticiper les crises financières, avouait jeudi devant une commission du Sénat le président Bureau du budget du Congrès, Doug Elmendorf. Et «il est très difficile de prédire ce qui se produira s’il y a un changement soudain de perception, en défaveur de l’achat de titres de dette du Trésor».

Moody’s pose ses conditions

L’agence de notation Moody’s a posé plusieurs conditions pour que les Etats-Unis conservent la meilleure note de dette à long terme dans son échelle, «Aaa», selon un rapport. «La probabilité que Moody’s mette une perspective négative sur la note des Etats-Unis dans les deux années à venir a augmenté du fait des tendances de long terme et des développements récents», indique l’agence dans ce rapport.

Moody’s table sur le maintien du «Aaa» si le pays remplit quatre conditions:

«des efforts constructifs» pour d’une part «réduire le déficit budgétaire actuel»

et d’autre part «contrôler la croissance à long terme des dépenses de protection sociale»,

 une croissance nominale (hors inflation) du produit intérieur brut entre 4 et 5%,

 et des rendements des bons du Trésor à trente ans qui restent sous les 5% en moyenne.

 La croissance économique à elle seule ne suffira pas à altérer fondamentalement la tendance négative des ratios de dette», a prévenu Moody’s. Les Etats-Unis ont franchi la barre des 14.000 milliards de dollars de dette publique en décembre, et se rapprochent de celle des 100% du produit intérieur brut, qui a été de 14.660 milliards de dollars en 2010. Selon l’agence de notation, parmi les seize pays notés «Aaa», les Etats-Unis ont la dette la plus élevée rapportée aux recettes fiscales annuelles. Pour l’Etat fédéral elle représente plus de huit ans de recettes, contre deux ans et demi pour Singapour, un peu plus de deux ans pour le Canada, et moins de deux ans pour les treize autres «Aaa».

source agences fev11

EN COMPLEMENT : WSJ /La Réserve fédérale américaine a franchi un seuil symbolique : elle détient à présent plus de 1.000 milliards de dollars d’obligations du Trésor.

Avant la crise financière, la Fed détenait au maximum 700 milliards de dollars d’emprunts du Trésor, composés aux deux-tiers de titres d’une maturité de plus d’un an. Le nombre de titres détenus a ensuite augmenté en flèche en raison du programme de rachat de 600 milliards de dollars que la Fed a décidé de maintenir inchangé la semaine dernière.

En janvier 2011, le total des emprunts détenus par la Fed, y compris à court terme, a ainsi dépassé le seuil de 1.000 milliards de dollars. La semaine dernière, la Fed détenait en moyenne pour 1.022 milliards de titres du Trésor.

Même si le programme de rachats de titres s’achève comme prévu en juin prochain, la banque centrale américaine pourrait être amenée à poursuivre ses achats pendant quelque temps. Si elle décidait de ne rien faire, environ 200 milliards à 300 milliards de dollars d’emprunts du Trésor et de titres adossés à des crédits hypothécaires arriveraient à maturité chaque année à partir de 2012, estime Lou Crandall, économiste en chef chez Wrightson ICAP.

Cela équivaudrait à un resserrement effectif de politique monétaire et risquerait de poser problème en cas de reprise hésitante.

D’autres scénarios sont toutefois possibles: si l’inflation devient menaçante, la Fed pourrait être obligée de vendre une partie des titres qu’elle détient. La vice-présidente de la Fed, Janet Yellen, a d’ailleurs évoqué cette possibilité dans un discours en janvier.

Cependant, toute indication que la Fed puisse se mettre à vendre des titres ferait fuire des investisseurs du marché obligataire. Et plus le portefeuille d’emprunts obligataires de la Fed est important, plus cette hypothèse devient inquiétante.

Le Trésor américain a fait savoir qu’il comptait emprunter en net 237 milliards de dollars durant le premier trimestre 2011, soit moins que prévu précédemment, et ce pour éviter d’atteindre le plafond légal de la dette.

Le montant est inférieur de 194 milliards de dollars à ce qui avait été prévu en novembre.

Pour ce faire, le Trésor va réduire le montant qu’il détient sur un compte spécial auprès de la Réserve fédérale. Il avait annoncé cette mesure la semaine passée, afin de dégager plus d’argent pour financer les opérations de l’Etat au jour le jour.

Le plafond légal de la dette est de 14.294 milliards de dollars et l’Etat risque de l’avoir atteint dès le 31 mars, a dit le secrétaire au Trésor Timothy Geithner au Congrès ce mois-ci. C’est pourquoi le Trésor a annoncé la semaine dernière que le montant déposé sur le compte Supplementary Financing Program serait ramené de 200 à cinq milliards de dollars.

Le Trésor américain doit tenir mercredi matin une conférence de presse pour donner le détail des adjudications de la semaine prochaine. Ces dernières refinanceront des dettes à trois, 10 et 30 ans arrivées à échéance.

Suivant ce qu’il a annoncé, il ne reversera pas le produit des adjudications sur ce compte mais s’en servira pour assurer la gestion courante.

Plusieurs analystes anticipent un refinancement de 72 milliards de dollars au total sur les trois échéances, comme pour le refinancement de novembre, ce qui permettrait au Trésor de lever une cinquantaine de milliards de dollars. L’offre de Treasuries ne cesse d’augmenter. Cette semaine seulement, Washington en émettra donc  pour 72 milliards US, dont 24 milliards US qui viendront à échéance en 2021. Devant pareille avalanche, les investisseurs se montrent naturellement plus exigeants, même si en fait la Réserve fédérale achète beaucoup dans le cadre de sa deuxième phase de détente quantitative (DQ2) qui vise à stimuler artificiellement l’économie en diminuant et manipulant  le loyer de l’argent. On s’attend à ce qu’elle en achète pour de 7 à 9 milliards US rien que cette semaine. 

La Fed n’achète pas directement du Trésor américain, un privilège réservé à une vingtaine de grands courtiers. Elle recherche néanmoins des titres émis depuis peu, de manière à soulager ces grands courtiers et à inciter les investisseurs à se tourner vers les obligations d’entreprises ou des titres adossés à des créances hypothécaires. 

Selon une compilation de Bank of America Merrill Lynch, 40% des achats de la Fed portaient sur des émissions de moins de 90 jours, en janvier, comparativement à 20% en décembre et à 15% en novembre quand a été annoncée la DQ2 qui doit s’échelonner jusqu’en juin et atteindre quelque 600 milliards US. Cette somme représente grosso modo la taille du déficit du gouvernement américain durant la période. 

Depuis le début de la DQ2, les achats de la Fed se montent 288 milliards US. Elle détient désormais plus de 1000 milliards US de Treasuries et dépasse désormais la Chine comme premier créancier des États-Unis. 

En acquérant massivement des obligations du Trésor et en maintenant les taux longs bas , la Fed incite aussi les investisseurs à de tourner vers des actifs plus risqués pour cause de recherche de rendement . Depuis le 3 novembre, le taux des obligations de 10 ans a augmenté d’un point de pourcentage alors que le maître indice Standard&Poor’s avançait de 9,4%.

 Click to View

source agences fev11

Laisser un commentaire