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La réalité vaut beaucoup mieux que la multiplication des prévisions par Jeannette Williner

La réalité vaut beaucoup mieux que la multiplication des prévisions par Jeannette Williner

Il n’est pas étonnant qu’Alan Greenspan prétende que la sphère financière est trop complexe pour être appréhendée par les régulateurs. 

Pourquoi s’acharner à faire des prévisions? Les premiers mois de l’année ont montré que les propos de Ben Bernanke, qui avait affirmé qu’il était sûr à 100% de savoir à quel moment il devrait monter les taux, ne pouvaient anticiper les remous au Moyen-Orient, la mise en cause du premier libyen et encore moins le tremblement de terre nippon et ses suites.

Entre la Fed et la BCE les objectifs ne sont pas identiques. La première doit veiller à la stabilité des prix ET faire en sorte que le taux d’emploi du pays soit proche de son maximum. La BCE ne doit veiller qu’à la stabilité des prix. Les deux objectifs de la Fed peuvent être gravement contradictoires. Tel semble être le cas aujourd’hui, et pour beaucoup, il vaudrait mieux que l’institut monétaire américain n’ait qu’un objectif. D’un autre côté est-on obligé de satisfaire à tous les objectifs? Il faut bien admettre que non puisqu’avant la crise la Fed avait aussi l’autorité de fixer les règles des prêts hypothécaires et que volontairement cette mission a été oubliée.

Il n’est donc pas étonnant que l’ancien président Greenspan monte au créneau et prétende que la sphère financière est beaucoup trop complexe pour être appréhendée par les régulateurs et notamment la première loi connue sous le nom de Dodd-Frank. Certes, il y a encore beaucoup de lacunes mais des points d’ancrage sérieux existent. Les faillites du style Lehman Brothers mettant en péril non seulement le système financier américain mais mondial, sont toujours possibles mais peuvent prendre place dans le «bon ordre». A l’heure de l’informatique universelle, il est possible pour les régulateurs d’agir avant le constat d’une crise et de procéder à la réduction d’activités posant problème par leur amortissement. Le marché des produits dérivés de l’ordre de 500 à 600.000 milliards de dollars mérite une attention particulière et les outils à disposition doivent être utilisés. C’est la moindre des choses qu’une masse aussi importante soit plus transparente. Les prêteurs inconséquents recyclant sans soucis leurs erreurs potentielles dans ce marché ne peuvent être libérés pour autant de leurs responsabilités et doivent rester, pour une part au moins, financièrement responsables. De même hedge funds et sociétés d’investissements privées peuvent à présent être l’objet de questions, la discrétion réclamée par leurs activités n’étant plus de mise lorsque leur taille met en danger le système. Certains fonds ont déjà fermé et ce n’était pas toujours parce qu’ils avaient des problèmes. Même si cette atteinte à la «vie privée» de la finance peut choquer, on ne peut rester les bras croisés face à des entités qui, aux Etats-Unis seulement, dépassent largement les affaires au nom des banques évaluées à 13.000 milliards de dollars. Les lignes de crédit détenues par certains fonds sont plus importantes que celles des banques de Wall Street.

On comprend le souci d’Alan Greenspan qui est la réduction de la taille du secteur financier et de ce fait un impact direct sur le produit intérieur brut. Raisonnant de cette manière, il laisse croire qu’il n’est pas si éloigné de présidents de sociétés comme BP, UBS ou Tepco qui n’ont pas hésité pour un gain de 10 à mettre en cause des sécurités qui ont coûté 1000 et plus sans parler des dégâts collatéraux. Il n’y a rien de plus simple pour une banque commerciale contrôlée de façon correcte que de bénéficier des services d’un organisme à l’ombre des règlements. Il est évident que le futur du système financier et de l’économie tout court s’en trouverait compromis.

La Réserve fédérale et l’»Office of the Comptroller of the Currency», l’organisme gouvernemental de tutelle des banques aux USA, annoncent des réformes à la façon d’accorder des prêts immobiliers. Leurs travaux pourraient contraindre les banques (et les autres par ricochet) à amortir des milliards de dollars d’emprunts qui n’ont aucune chance d’être remboursés. Le plus vite sera le mieux. La valeur des biens immobiliers ne remonte pas et sous peu ces emprunts vont être encore plus vulnérables lorsque la hausse des taux se fera sentir. Des pertes considérables sont incontournables pour les banques commerciales au sommet de la liste (de l’ordre de 1260 milliards de dollars aux Etats-Unis mais les banques européennes ne sont certainement pas aussi blanches que l’absence de statistiques les laisse paraitre), et pour toutes les entités détenant des titres adossés à de tels crédits. Malheureusement, les découvrir n’est pas toujours aisé.

Quantifier les coûts qu’il y a à détenir du risque ou au contraire les avantages n’est pas simple. Des entreprises privées ont consenti des crédits hypothécaires sans en avoir l’obligation, uniquement pour rentabiliser leur trésorerie. Alors règlementer sans créer de favoritisme est un art difficile. Toute interventionnisme apporte son lot de déception. Donner un coup de pouce aux nouvelles énergies, à la santé, à l’éducation est nécessaire mais pour autant il ne faut pas vicier un développement naturel.

Jeannette Williner Analyste indépendant avril11

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