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Trappes à Dettes :Dites « AAA »!

 Trappes à Dettes : Dites « AAA »!

États-Unis/ S&P dégrade à négative la perspective sur la dette américaine

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Image: Federal Reserve Board z.1 and BEA NIPA data

«Il y a un risque réel que les responsables politiques américains ne parviennent pas à un accord sur la façon de répondre aux difficultés budgétaires à moyen et long terme d?ici à 2013», souligne l’agence de notation.

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Standard and Poor’s a abaissé lundi à «négative» la perspective d’évolution de la note de la dette des États-Unis, en raison des déficits budgétaires «très importants» et du niveau d’endettement du pays, et de l’absence d’une politique claire pour y remédier.

«Parce que les États-Unis ont, par rapport aux autres pays notés «AAA», ce que nous considérons comme des déficits budgétaires très importants et un niveau d’endettement gouvernemental en hausse, et que le chemin pour traiter (ces problèmes) n’est pas clair, nous avons révisé notre perspective sur la note à long terme de «stable» à «négative»», a indiqué l’agence de notation financière dans un communiqué.

«Il y a un risque réel que les responsables politiques américains ne parviennent pas à un accord sur la façon de répondre aux difficultés budgétaires à moyen et long terme d’ici à 2013. S’il n’y a pas d’accord et qu’une mise en oeuvre significative n’est pas lancée d’ici là, cela rendrait à notre avis le profil de risque des États-Unis significativement plus faible que celui des autres pays «AAA»», poursuit l’agence.

Le Trésor américain s’est défendu en jugeant que «la perspective négative de S&P sous-estime la capacité des dirigeants des États-Unis à se rassembler pour répondre aux difficiles défis budgétaires du pays». «Comme le président l’a dit la semaine dernière, s’attaquer à la situation budgétaire actuelle est largement dans nos capacités en tant que pays», a ajouté Mary Miller, secrétaire adjointe au Trésor chargée des marchés financiers.

Mme Miller s’est par ailleurs réjouie d’un avis de l’agence Moody’s qui considère que le débat actuel sur le budget aux États-Unis est «positif».

«Le débat budgétaire américain est positif en dépit de l’incertitude sur son issue», car désormais démocrates aussi bien que républicains donnent la priorité à la réduction de la dette et non plus aux mesures de relance, a jugé Moody’s dans une note également parue lundi.

Évoquant le discours sur la dette prononcé la semaine dernière par le président Barack Obama et les propositions concurrentes du parti républicain, Moody’s note que tous visent «des déficits et des niveaux d’endettement réduits par rapport à ce qui a été projeté dans le budget de février».

«Les divergences sur les impôts et la couverture santé (entre les deux clans) sont très larges, rendant extrêmement difficile un accord sur un budget final», convient Moody’s, relevant qu’il a fallu plus d’un an pour faire adopter le projet de budget pour 2011.

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Source The Big Picture

«Nous prévoyons que l’adoption d’un budget pour 2012 prendra également un temps considérable, avec un débat politique chahuté en attendant. En outre, avant un accord sur le budget, il faudra s’occuper du plafond de la dette, ce qui ajoutera au climat de confrontation», ajoute Moody’s.

Alors que le président Obama a fixé mercredi l’objectif de réduire le déficit de 4000 milliards de dollars cumulés sur douze ans, son secrétaire au Trésor Timothy Geithner a souligné dimanche que l’administration américaine souhaitait «que le Congrès mette en place un cadre vaste et équilibré pour réduire nos déficits de longs termes».

Comment lire le message de S&P

Le marché boursier, le marché obligataire et le marché des devises sont secoués lundi par la révision à la baisse des perspectives des États-Unis.

Les Américains ont une cote de crédit «parfaite» (AAA) et Standard & Poor’s menace de la faire tomber d’ici deux ans.

La situation profite à l’or qui joue son rôle de refuge.

Voici quelques réactions à ce qui peut aussi être vu comme un message aux politiciens américains:

Kathleen Brooks, Gain Capital: «Ce n’est pas si surprenant que ça. S&P avait prévenu les marchés en janvier que ça pouvait s’en venir. De plus, le FMI a fustigé les Américains la semaine dernière parce qu’ils permettent à leur déficit budgétaire d’augmenter. Ça devrait être le seul déficit du G10 à prendre de l’expansion cette année. Les bons du Trésor américains ne semblent plus aussi sans risque qu’ils semblaient l’être (surtout ceux avec une échéance à plus long terme). Ça pourrait amener plus d’observateurs encore à scruter les finances publiques des États-Unis et un peu moins d’attention sur celles en Europe.»

Avery Shenfeld, CIBC: «S&P ne fait vraiment que se mettre à jour avec les statistiques disponibles et avec ce que les marchés ont déjà escompté dans la courbe des rendements. L’impact de l’endettement et du déficit américain n’est pas conforme à une cote AAA. Notez toutefois, qu’un compromis n’est pas très loin au niveau fiscal aux États-Unis. De plus, la perspective de défaut par les États-Unis sur leur dette émise en devise américaine n’est pas une crainte réaliste dans un marché financier qui a beaucoup d’autres inquiétudes sérieuses (zone euro). Je suis moins inquiet d’une décote que des conséquences pour la croissance du resserrement fiscal avant que l’économie ait un momentum auto-suffisant.»

Peter Boockvar, Miller Tabak: «Le 21 mai 2009, S&P a fait la même chose avec la dette britannique. Cette journée-là, l’indice FTSE à Londres a perdu 120 points et a regagné ce terrain en deux semaines. Il a fallu près d’un an, mais le gouvernement britannique a répondu avec un budget très austère. La clé, évidemment, est quelle cloche est sonnée à Washington, quelle sera la réaction et ce que feront les taux. Le premier commentaire émis par Austan Goolsbee, du Council of Economic Advisers, un organe chargé de conseiller le président américain en matière économique, n’est pas encourageant. Au lieu de dire qu’il va s’attaquer au problème, il a dit qu’il n’était pas d’accord avec ce que S&P vient de faire.»

David Ader, chez CTR Capital: «Peut-être qu’on va regarder ça plus tard et en rire, mais le message reste clair même s’il n’y a pas beaucoup d’autres pays mieux cotés où investir. S&P dit que plus de deux ans après le début de la crise financière, les autorités américaines ne se sont pas encore entendues sur une stratégie pour redresser la situation fiscale.»

Doug Porter, BMO:
«Le geste de Standard & Poor’s vient réveiller les politiciens (et les investisseurs). Ça pourrait déboucher sur de nouvelles initiatives plus fortes pour réduire le déficit américain au cours des deux prochaines années, ce qui agirait comme un poids plus lourd sur la reprise économique.»

EN COMPLEMENT : Dites « AAA »!

La capacité de remboursement des pays ne se mesure pas uniquement à l’aune de leur dette publique ou de leur déficit budgétaire. La taille du pays, son économie, sa stabilité jouent aussi.

Dans le monde, ils ne sont que quatorze. Quatorze pays bénéficient de la meilleure note auprès des trois principales agences de notation financière. Ce fameux « AAA » représente une cote de 20/20, ce qui signifie qu’il s’agit des emprunteurs les moins risqués sur le marché de la dette publique. Leur capacité de remboursement est, aux yeux des agences, optimale. Chez ces débiteurs étatiques, le risque d’un défaut de paiement est infinitésimal. Bref, ces pays ont droit à la plus grande distinction avec les félicitations du jury, lequel se compose de Standard & Poor’s, Moody’s et Fitch. Cet oligopole des agences de notation a attribué un triple A à six pays de la zone euro: l’Allemagne, la France, la Finlande, l’Autriche, les Pays-Bas et le Luxembourg.

Hors zone euro, on trouve cinq autres États européens qui bénéficient de ce grade: le Royaume-Uni, la Suisse, la Suède, la Norvège et le Danemark. Le cercle des économies les mieux notées au monde compte encore parmi ses membres le duo américain composé des Etats-Unis et du Canada, ainsi que le micro-État de Singapour.

D’aucuns y ajoutent trois États sur lesquels les principales agences divergent toutefois dans leur appréciation de la solvabilité. L’Australie est notée « AAA » chez Standard & Poor’s (S & P) et Aaa chez Moody’s mais ne reçoit « que » la note « AA + » (soit 19/20) chez Fitch. La Nouvelle-Zélande figure parmi les « Aaa » chez Moody’s mais se retrouve un cran plus bas (« AA + ») chez S & P et Fitch. Et Hong Kong doit se contenter d’un « Aa1 » (19/20) chez Moody’s et d’un « AA + » chez Fitch alors qu’il est gratifié d’un triple A en bonne et due forme chez S & P.

Pour être exhaustif, signalons encore que trois pays lilliputiens peuvent se vanter d’être notés « AAA »: il s’agit du Liechtenstein, de l’Île de Man et de Jersey. Mais les deux premiers ne sont pas suivis par Fitch et le dernier n’est noté que chez Moody’s. De minimis non curat praetor (le juge ne s’occupe pas de ce qui est insignifiant)…

Voilà pour le tableau des États censés être les plus solides emprunteurs de la planète. « Censés »… Car parmi tous ces triples A, la situation financière peut fortement différer d’un pays à l’autre. Ainsi, les Etats-Unis présenteront cette année un déficit budgétaire de plus de 10 %, soit autant que la Grèce, le pays le plus mal en point de la zone euro. De plus, l’an prochain, la dette publique de la première économie mondiale dépassera les 100 % pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale. Seulement, voilà: l’Oncle Sam est aussi la patrie du roi dollar, devise mondialement utilisée. Le billet vert reste la principale monnaie de réserve des banques centrales étrangères.

« Pays plus petit? Risque plus grand…

De toute façon, les considérations budgétaires sont loin d’être les seuls critères des agences de notation. Comme l’indique l’agence Moody’s dans un rapport sur les pays notés « Aaa », « la capacité des pays à gérer des crises ne dépend pas seulement de leur niveau de dette mais aussi d’une série de facteurs comprenant la résistance économique, la qualité des institutions politiques et la structure de la dette ». Dans une économie ouverte et réactive capable de se redresser rapidement après une récession, dans un pays ayant des autorités politiques fortes capables de lever des impôts sans faire fuir les capitaux vers le marché noir, dans un État dont la charge de la dette est réduite, la perspective d’un défaut sera très faible. Les « AAA » ne sont pas nécessairement les moins endettés. Par contre, la charge de leur dette est relativement légère.

La taille d’un pays est également à prendre en compte. « Une économie plus petite est davantage susceptible de souffrir d’un événement soudain, comme la dégradation de la santé d’une de ses principales banques », indique Christophe Dispas. « De plus, le marché de sa dette est généralement moins liquide. » Bref, dans un petit pays, le risque est moins diversifié et la facilité de vente des titres de dette est moindre.

C’est pourquoi des pays tels que les Pays-Bas ou la Finlande, bien que « AAA », ne bénéficient pas du même taux d’intérêt que l’Allemagne sur leurs obligations à long terme. « Sur le marché obligataire, tous les triples A ne sont pas logés à la même enseigne », explique Alexandre De Groote, administrateur délégué de Petercam Institutional Bonds. « La note « AAA » signifie qu’un risque de défaut est quasiment inexistant mais le marché intègre la probabilité d’une éventuelle hausse de ce risque à plus long terme. Par exemple, en Autriche, le secteur bancaire pourrait connaître un jour des problèmes à cause de son exposition aux marchés d’Europe de l’Est. »

Enfin, il existe un défi auquel tous les pays « AAA » devront répondre dans les années à venir: le vieillissement de la population. Comment éviter que ce paramètre ne fasse bondir les dettes publiques? De la réponse qu’apporteront les uns et les autres à cette question cruciale dépendra le maintien de leur note triple A.

par Philippe Galloy l’Echo avril11

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