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Scandale du Libor : Barclays paie pour ses manipulations de taux

Scandale du Libor : Barclays paie pour ses manipulations de taux

 EN LIENS : Main basse sur le Libor ou «la plus grande manipulation financière de l’Histoire».

L’impact des manipulations du Libor

La Commission de la concurrence (Comco) suisse suspecte de nombreuses banques au niveau mondial d’avoir manipulé les taux de référence

Soupçons sur l’Euribor et le Libor : Nouvelle ombre sur le système bancaire

Manipulations autour du taux Euribor?

Barclays paie un demi-milliard de dollars d’amende pour ses manipulations de taux Les autorités américaines et britanniques condamnent la banque londonienne à un demi-milliard d’amende et de dommages et intérêts. Son patron se voit forcé de renoncer à son bonus. Dix-sept autres banques mondiales – dont UBS et Credit Suisse – ont été accusées d’avoir trempé dans le scandale

La punition est à la hauteur du scandale que représente la manipulation du Libor, de l’Euribor ou du Tibor – ces taux d’intérêt à partir desquels sont fixées les conditions d’une grande partie des prêts accordés dans le monde – par 18 des plus grandes banques mondiales. Des années durant.

Mercredi, le groupe Barclays a ainsi fait les frais d’une pénalité de 200 millions de dollars imposée par la CFTC, l’agence américaine de surveillance des marchés dérivés. Afin de mettre fin à une rafale de plaintes, la banque britannique est en outre parvenue à un accord avec le Département de la justice américain, prévoyant le versement de 160 millions de dommages. Au Royaume-Uni, la FSA, l’organe de régulation financière, lui a de son côté imposé une amende de 59,5 millions de livres (93 millions de dollars). Total de l’ardoise? Plus de 453 millions de dollars.

PLUS DE MANIPULATION EN SUIVANT :

L’autorité britannique des services financiers (FSA) a précisé lui avoir infligé une amende de 59,5 millions de livres pour des conduites répréhensibles liées aux taux interbancaires de référence sur le marché londonien (Libor) et dans la zone euro (Euribor). «C’est la plus grosse amende jamais imposée par la FSA», et elle aurait été encore plus importante si la banque n’avait pas collaboré à l’enquête et obtenu ainsi un rabais de 30%, souligne le communiqué du régulateur.

Outre la FSA, Barclays a passé des accords à l’amiable aux Etats-Unis avec l’autorité de régulation des marchés à terme et dérivés (CFTC) et le département de la Justice (DoJ). Elle va leur verser respectivement 200 millions de dollars (160 millions d’euros) et 160 millions de dollars. En échange, le DoJ lui a accordé l’immunité dans des enquêtes sur des violations de la concurrence. Les régulateurs de plusieurs pays soupçonnent depuis un moment déjà des manipulations dans la fixation des taux Libor et Euribor, utilisés pour déterminer le prix auquel les banques se prêtent de l’argent entre elles.

En plus des Etats-Unis et du Royaume-Uni, des investigations sont en cours au Japon, en Suisse et au niveau de l’Union européenne (UE), concernant aussi pour certaines le taux interbancaire japonais Tibor.

Parmi les établissements cités comme impliqués dans l’une ou l’autre des enquêtes figurent entre autres Société Générale, UBS et Credit Suisse, Deutsche Bank, HSBC, les américaines Citigroup, JP Morgan Chase et Bank of America, RBS et Lloyds Banking Group, Rabobank, les japonaises Bank of Tokyo-Mitsubishi, Mizuho Financial Group et Sumitomo Mitsui Banking Corporation.

«Mec, monte-moi ce taux!»

«Barclays a tenté de manipuler et de publier de fausses données au sujet des taux de référence Libor et Euribor afin d’en tirer profit pour ses propres activités de trading de dérivés», et ce «de façon régulière et généralisée», accuse la CFTC. En outre, entre 2007 et 2009, la banque a tenté de maintenir ces taux artificiellement bas «sur les ordres de la direction». Ceci afin de se «protéger contre la perception négative qu’avaient [alors] les marchés et les médias de sa situation». Cette condamnation a forcé dès hier le patron de la toute puissante banque londonienne – Robert Diamond – et trois de ses lieutenants à renoncer aux bonus qu’ils pouvaient espérer cette année.

Ayant «demandé à d’autres banques de les aider dans la manipulation de l’Euribor», Barclays n’est pas la seule en ligne de mire de l’agence américaine. Des documents de la FSA britannique rapportent, eux, les exhortations musclées de traders de Barclays envers leurs confrères. «Mec! C’est quoi cette [cotation] fixée sur le 34.5 à trois mois… Dis-lui de la monter!» menace l’un d’entre eux le 28 février 2007.

Immunité partielle pour UBS

UBS et Credit Suisse ont également été aspirées dans ce scandale, ce qui a notamment motivé l’ouverture d’une enquête en Suisse par la Comco. Au sein des deux banques, on répétait hier «coopérer pleinement avec les autorités». UBS a déjà obtenu une immunité partielle dans plusieurs pays en acceptant de livrer des informations sur ces pratiques. Notamment de la part des autorités de la concurrence aux Etats-Unis, au Canada et en Suisse. Dans son dernier rapport trimestriel, UBS précise en revanche que cette immunité «n’empêche pas d’autres agences gouvernementales de porter plainte contre nous». Pas plus qu’elle ne la met à l’abri «d’actions au civil par des privés».

 Londres pourrait infliger des sanctions criminelles suite au verdict sur les manipulations de taux.

 Après les rémunérations jugées exorbitantes, un scandale autour des pratiques de la banque britannique Barclays alimente la polémique sur les dérives du secteur financier, déjà en butte à des critiques virulentes. Barclays a écopé mercredi d’amendes record des deux côtés de l’Atlantique pour avoir tenté de manipuler des taux d’intérêt de référence, le Libor et l’Euribor, qui définissent le prix auquel les banques se prêtent de l’argent, mais aussi indirectement ceux des crédits aux ménages et aux entreprises. 

Le Premier ministre britannique David Cameron a évoqué «des questions graves» auxquelles la direction de la banque devrait répondre. Son ministre des Finances George Osborne a dénoncé pour sa part «des preuves de cupidité» et «l’irresponsabilité» des acteurs de l’affaire, en déplorant «la culture de banques comme Barclays dans la période d’avant la crise». Il a annoncé que le gouvernement britannique allait examiner la possibilité d’infliger des sanctions criminelles aux banques dans ce type d’affaire. De telles sanctions ont aussi été réclamées par le leader du parti travailliste dans l’opposition, Ed Miliband. 

La presse britannique, où l’affaire s’étalait en Une, n’a pas été plus conciliante. Le tabloïd Daily Mail a insisté sur la manière dont «les courtiers avides de bonus se sont promis des bouteilles de champagne pour truquer les chiffres qui affectent des millions de propriétaires et de petites entreprises». Et le Times a souligné que «les emplois des chefs de Barclays sont en jeu», relayant des appels à la démission du patron controversé de la banque, Bob Diamond. Le très riche américain, surnommé «le banquier aux 100 millions de livres», est considéré au Royaume-Uni comme le symbole des dérives de la finance. Il a alimenté les polémiques en affirmant l’an dernier que «le temps des remords pour les banquiers est révolu», ou en obtenant des bonus jugés faramineux.  Ce n’est pas par hasard si, dès la révélation de l’affaire mercredi et dans un geste pour tenter d’amadouer l’opinion, il a annoncé qu’il ne demanderait pas de prime cette année. Sous la pression de l’opinion, il avait déjà été contraint il y a quelques mois à renoncer à la moitié de celles qu’il devait toucher pour 2011, ce qui n’avait pas empêché un vote de défiance des actionnaires de la banque lors de la dernière assemblée générale. 

L’affaire tombe d’autant plus mal que le monde de la finance est sous le feu des critiques. La Royal Bank of Scotland est particulièrement visée alors que, depuis plus d’une semaine, elle peine à venir à bout d’un bug informatique ayant empêché des millions de clients de retirer de l’argent ou de faire des virements. 

Le secteur financier est aussi une cible privilégiée du «printemps des actionnaires», un mouvement de contestation des rémunérations jugées exagérées des chefs d’entreprises, qui a touché ces derniers mois à des degrés divers toute une série d’entreprises. Comme ceux de Barclays, les dirigeants de l’américaine Citigroup se sont heurtés à un vote négatif des actionnaires sur leurs rémunérations. Et le patron de l’assureur Aviva, Andrew Moss, a même été poussé à la démission.

Le scandale Barclays déchaîne la presse anglo-saxonne

Les nuages s’accumulent sur le groupe Barclays. Tour d’horizon de la presse financière internationale, au lendemain de sa condamnation pour ses manipulations des taux interbancaires

L’action Barclays a plongé de plus de 15% jeudi à la bourse de Londres, alors que le groupe est sous le feu des critiques, au lendemain d’une amende d’un demi-milliard pour ses tentatives de manipulation des taux interbancaires. L’affaire attire au patron de l’établissement, Robert Diamond, un feu de critiques du monde politique. «Qui, au sein de la direction de Barclays, était impliqué et qui doit payer? Nous voulons tous entendre ses réponses», a martelé le premier ministre David Cameron devant les parlementaires. Le responsable de l’opposition travailliste a, lui, demandé l’ouverture d’une enquête pénale.

  • La réputation de Londres en cause

Les preuves des autorités américaines et britanniques «sur la façon dont les traders et les dirigeants de Barclays se sont entendus pour manipuler un taux d’intérêt sur lequel sont établis ceux de milliers de milliards de dollars de prêts et de produits dérivés sont à même de révolter même les plus cyniques», écrit le Wall Street Journal. Deux de ses reporters – Carrick Mollenkamp et Mark Whitehouse – avaient révélé ce Watergate financier dans une enquête magistrale, il y a plus de quatre ans. Le journal économique estime que ceci «menace de ternir un peu plus la réputation du centre financier londonien».

  • Fin d’un Libor fixé par le secteur privé?

Le Financial Times évoque de son côté à demi-mot la fin d’une époque consistant à laisser entièrement aux banques la fixation d’un outil financier aussi crucial. «La British bankers association a demandé au gouvernement britannique de réguler et superviser la fixation du Libor», écrit le quotidien londonien.

  • Banques centrales piégées

Pour Alphaville, blog phare du Financial Times, un point crucial ne doit pas être oublié: plusieurs banques centrales – dont la BNS – utilisent explicitement le Libor dans leur politique monétaire. «Pour elles, l’équation est simple: plus le taux Libor est bas, moins les marchés ont besoin de liquidités.» Les conséquences de la manipulation ne s’arrêtent pas là: ces liquidités insuffisantes – à cause du taux manipulé – exerceront, mécaniquement, des pressions à la hausse du Libor… ce qui incitera encore davantage à le faire descendre artificiellement. Pour Alphaville, l’affaire aura au moins eu l’avantage de mettre à jour ce «cercle vicieux». Et d’engager un débat au sein des banques centrales quant à l’utilité de viser des taux qui n’ont plus de sens aujourd’hui en tant qu’indicateur des besoins de liquidités.

  • Un peu de tendresse à Wall Street

Dealbook, le blog financier du New York Times, revenait jeudi sur les e-mails des traders de Barclays, rendus publics la veille. «On y découvre quelque chose de nouveau pour Wall Street: de la tendresse.» Au moment de demander des taux préférentiels, les traders de Barclays se confondaient en formules tendres.
Morceaux choisis. «Je te dois énormément mon grand.» «Lorsque je prendrai ma retraite et que j’écrirai un livre sur ce business, ton nom y apparaîtra en lettres d’or.»

  • En Suisse, pas de résultats avant deux ans

L’agence Reuters a, elle, contacté les autorités helvétiques de la concurrence afin d’en savoir plus sur le déroulement de leur enquête. «C’est une affaire très complexe, elle prendra environ deux ans», lui a-t-on répondu.

 Par Pierre-Alexandre Sallier/Le Temps +Agefi +Agences Juin12

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