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Soupçons sur l’Euribor et le Libor : Nouvelle ombre sur le système bancaire

Nouvelle ombre sur le système bancaire

L’enquête ouverte par la Commission européenne sur une manipulation possible de la fixation de l’Euribor a une importance considérable.

Elle succède à une autre enquête, en cours, des autorités américaines, britanniques et japonaises sur celle du Libor. Indépendamment d’éventuels arrangements financiers entre institutions bancaires, la valeur de ces taux impacte directement des milliers de milliards de dollars de transactions (dont certaines pour, ou avec le public).

 

Non seulement ces taux dits «de base» sont le fondement de l’information sur les coûts d’emprunt dans plusieurs devises, ils les influencent aussi directement. Libor et Euribor servent de référence pour un nombre considérable de prêts cotés sous la forme «taux de base + pourcentage». Ils sont utilisés dans les transactions avec le public (prêts hypothécaires, prêts à la consommation, prêts aux étudiants…), le financement des entreprises et les produits financiers (swaps, notes à taux variables, FRA). En outre, le spread entre les taux des banques centrales et ces taux de référence sert d’indicateur sur l’état financier du secteur bancaire.

L’estimation du montant des transactions liées au Libor – taux fixé quotidiennement par la British Banker Association (BBA) dans les principales devises et pour différentes durées – varie considérablement d’une source à l’autre. Environ 10.000 milliards de dollars de prêts et 350.000 milliards de dollars de produits dérivés y sont apparemment liés. Si le taux a été maintenu artificiellement bas, les emprunteurs en ont bénéficié, mais les prêteurs ont été pénalisés. Toute manipulation de ces taux conduirait à une sous-estimation ou une surestimation des produits dérivés qui leur sont attachés. La moindre inexactitude ou imprécision peut couter des milliards aux emprunteurs, aux prêteurs ou à l’économie toute entière. Niki Tzavela, députée grecque au Parlement européen, rappelait il y a quelques mois combien les entreprises grecques souffraient de toute variation brutale de l’Euribor.

Le Libor est fixé par la BBA sur la base des taux affichés sur le marché interbancaire par un panel de banques actives à l’international. L’Euribor fixé sur des bases similaires par Euribor-EBF, une association établie en Belgique, est fixé sur la contribution de 44 banques impliquées dans l’Eurozone. Les soupçons selon lesquels des banques auraient influencé le Libor, le minorant de plusieurs points de base pour dissimuler le véritable coût de leurs refinancements, remontent à trois ans. Les perquisitions récentes, menées dans plusieurs banques par la Commission européenne, ravivent bien des inquiétudes sur la crédibilité du système bancaire.

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L’affaire qui relance les inquiétudes

Euribor. L’enquête sur le taux euro est dans le droit fil de celle initiée par les autorités américaines, britanniques et japonaises sur le Libor.

Des quarante quatre banques du panel de contribution à la fixation de l’Euribor, seules une dizaine seraient l’objet d’une enquête de la Communauté européenne. Parmi elles, Deutsche Bank et RBS. Barclays, HSBC et Lloyds Banking Group pourraient être sur la liste des prochains établissements auxquels les autorités européennes demanderont des comptes.

L’enquête concernerait la violation des lois antitrust, de fausses déclarations sur les coûts d’emprunt et une possible collusion entre traders de dérivés et trésoriers bancaires.

Cette nouvelle enquête est dans le droit fil de celle initiée par les autorités américaines (SEC, CFTC et ministère de la justice), britanniques (FSA) et japonaises (JFSA) incriminant plusieurs banques – dont Bank of America, Citigroup, UBS et Barclays – pour avoir manipulé le Libor entre 2006 et 2008. Ces banques auraient minoré leurs contributions de plusieurs points de base pour dissimuler le véritable coût de leurs refinancements afin d’éviter d’être perçues comme plus risquées que d’autres. Suite à ces anomalies, repérées en mars et avril 2008, la British Banker Association (BBA) avait menacé d’expulser de ses rangs toute banque qui aurait participé à une manipulation. Au cours des deux séances suivantes, le Libor en dollar gagnait 18 points de base.

Une étude menée par le Wall Street Journal estimait qu’une sous-évaluation du Libor dollar au cours des 4 premiers mois de 2008 pourrait avoir économisé 45 milliards de dollars aux emprunteurs américains et couté tout autant aux prêteurs.

Plus d’une vingtaine de poursuites ont été engagées par des investisseurs pour manipulation du taux. La société de gestion viennoise FTC Capital GmbH – et deux des fonds qu’elle gère au Luxembourg et à Gibraltar – a porté plainte en avril 2011, auprès du Tribunal de Manhattan, contre un certain nombre de banques, les accusant d’avoir conspiré pour minorer «illégalement et intentionnellement» le Libor et limiter les transactions en dérivées sur le taux entre 2006 et 2009. La liste des banques sous accusation est longue et comprend Bank of America, Barclays, Citigroup, Credit Suisse, Deutsche Bank, HSBC Holdings, JPMorgan Chase, Lloyds Banking Group, Norinchukin Bank, Royal Bank of Scotland, UBS et WestLB.

Ce seraient des révélations faites par UBS dans le cadre des poursuites américaines qui auraient poussé les autorités japonaises à enquêter sur d’éventuelles manipulations du Tokyo interbank offered rate (Tibor). Selon le WSJ, en juillet, UBS aurait déclaré avoir bénéficié d’une immunité partielle en échange de sa coopération à l’enquête. On trouve trace des plaintes américaines dans le rapport annuel d’UBS mais c’est Barclays qui fut la première à admettre publiquement que l’enquête concernait la suppression de taux d’emprunt.

Une étude publiée en avril 2010 par Connan Snider, de UCLA, et Thomas Youle, de l’Université du Minnesota, confirme que le Libor aurait été manipulé sur la base de deux observations.

 La première est que les publications de taux des banques pour la fixation du Libor ne sont pas recoupées par d’autres mesures observables y compris par les déclarations de ces mêmes banques dans le cadre d’autres contributions.

 La seconde est basée sur la manière dont les prix sont regroupés, pour certaines banques, à partir d’août 2007. Leur distribution adopte un rythme anormal non observé jusque là. Les auteurs de l’étude notent que les contributions au Libor sont beaucoup plus regroupées autour de la quatrième contribution la plus faible de la journée que les spreads des CDS ne sont regroupés autour du quatrième spread le plus bas. Alors que la distribution des deux contributions était beaucoup plus équilibrée auparavant. Cette observation s’applique en particulier à Citigroup et Bank of America mais pas du tout à WestLB. Ce résultat est cohérent avec la situation des deux banques américaines qui avaient de bonnes raisons de maintenir un Libor bas pour cause de nombreux contrats liés à la valeur du taux, ce qui n’était pas le cas de la banque allemande.

Nicolette de joncaire/agefi oct11

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