A Chaud!!!!!

L’Edito du Lundi 18 Novembre 2012 : Derrière le fiscal cliff, l’ombre menaçante de l’échec …par Bruno Bertez

L’Edito du Lundi 18 Novembre 2012 :  Derrière le fiscal cliff, l’ombre menaçante  de l’échec …par Bruno Bertez

Nous écrivons moins fréquemment sur les marchés que par le passé, c’est une évidence. Pourquoi?

Tout simplement parce qu’il y a moins à dire. Le paradigme du risk-on/risk-off dans lequel ils sont enfermés, l’incroyable niveau des corrélations directes et inverses qui relient tous les assets, tout cela appauvrit la matière des analyses et commentaires. Quand les marchés sont suspendus aux espoirs de QE, de Big Bazooka, aux meetings des Banques Centrales et aux sommets politiques, il y a peu de place pour une analyse originale, utile. Le travail du commentateur/analyste glisse vers le suivi des paramètres généraux, globaux, vers l’analyse politique, voire géopolitique et même sociale. Car le social, avec la dislocation, déstabilisation des sociétés européennes, redevient fondamental. Il marque les limites des remèdes que les dirigeants peuvent appliquer. Il s’y ajoute un autre élément peu commenté, à savoir la disparition du lien entre la situation fondamentale des économies, ce que l’on appelle la marche des affaires,  et les fluctuations et orientations boursières. Ce que nous épinglons du nom de « La Grande Divergence ».

Nous avons cependant fait un peu de Bourse au cours de ces deux derniers mois. 

Début Octobre, nous avons développé l’idée selon laquelle les marchés étaient des pièges, que leur évolution post-annonce de QE était inquiétante et, par conséquent, qu’il convenait d’être en état d’alerte maximum. Ce qui signifie, prudence maximum.

Début Novembre, nous avons cru discerner des craquements dans l’édifice financier. Nous avons fait remarquer que le top du risk-on avait été fait au lendemain de l’annonce de QE Eternity et que depuis, on ne faisait que baisser. Un tel comportement avait quelque chose de décevant et inquiétant puisqu’il se prolongeait au-delà des quelques jours nécessaires aux prises de bénéfices de la communauté spéculative.

Quelques jours plus tard, un franc décrochage se produisait qui nous incitait à affirmer: « Et ce qui devait arriver, arriva ». La cause proche, mise en avant par les médias, étant  le fameux mur fiscal, « the fiscal cliff ».

  Le focus sur le fiscal cliff mérite que l’on s’y attarde. C’est une opération de manipulation boursière classique que de focaliser l’attention de la clientèle et des médias sur un point précis et d’en faire le responsable de tous les maux. En procédant ainsi, ceux qui font les marchés mettent en place le futur ressort, les conditions du futur rebond. En effet, si l’on dit: on a chuté à cause des craintes sur le fiscal cliff, il est évident que l’apaisement de ces mêmes craintes doit produire l’effet inverse, par le soulagement, donc la reprise, la hausse. C’est une  manière de baliser le terrain qui prépare les reprises en mains futures. 

Et on vient de le voir, cela fonctionne, presque comme un test. Vendredi 16, la Maison Blanche a émis un message disant que les discussions avançaient et que l’on examinait un plan de transition, un package restreint,  pour remplacer les coupes budgétaires et les hausse d’impôts automatiques et, mmédiatement, les marchés ont remonté. On négocierait, en quelque sorte, un ensemble d’artifices pour éviter le séquestre ravageur. 

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Notre conviction est que le fiscal cliff est, passez-nous la vulgarité, un truc « bidon ». Aucun investisseur sérieux ne croit que les spending cuts et les hausses automatiques d’impôts seront mises en application. La classe politique américaine est loin d’être suicidaire, elle est connivente, car ce sont les mêmes think-tanks qui, en fait,  gouvernent dans les coulisses. Les soi-disant différences irréductibles finissent toujours par disparaitre. L’establishment républicain, en particulier, est moins intraitable que ce que l’on dit sur la question de la hausse des impôts sur les riches. Ce qu’il veut,  c’est sauver la face, à savoir que l’on augmente les impôts sans monter les barèmes facialement. Il accepterait, acceptera, une hausse des impôts sur les riches déguisée en un rabotage des déductions, niches fiscales, plafonds, etc. Les Républicains ont précisément perdu les élections pour cela, ils ne sont pas trés différents des Démocrates, eux aussi sont, malgré leur dénégations, concrètement pour le Big Government. Ils n’ont pas de plan de rechange à ce que font les Démocrates. La pensée américaine est concentrée dans l’élite de la Ivy League et ce réservoir de pensée est keynésien, voir pour certains, ultra-keynésiens; nous voulons parler des illuminés de la MMT, la nouvelle théorie monétaire à la mode qui rationalise la création monétaire sans limite au profit de l’Etat.

 

Seule l’aile droite conservatrice autour du Cato Institute tient bon, elle refuse les hausses d’impôts non pour préserver les riches, mais pour surtout ne pas fournir de nouvelles ressources au gouvernement, pour brider ses dépenses et faire rétrograder le Big Government. Bref pour préserver ce qui subsiste de libertés.

 

Les Démocrates feront des coupes dans les dépenses, bien sûr, ce seront des coupes cosmétiques et surtout des coupes malhonnêtes, vis à vis de leurs électeurs. Ainsi on trichera sur les indices qui servent à l’indexation des dépenses,  on rabotera sur les scandaleuses dépenses de gaspillage, et un peu sur le Pentagone, etc. En fait, tout cela est déjà joué, ne manque que la durée de la comédie que l’on va représenter  et les bavures, car, des bavures, il y a en aura.

 Mais n’oubliez pas, les Américains finissent toujours par se mettre d’accord entre eux sur le dos du reste du monde, ils sont connivents quand il s’agit de prélever sur la richesse mondiale par le biais de l’accroissement de la dette, le monopole du dollar et la guerre monétaire. 

Mais n’oubliez pas aussi, chacun doit jouer sa pièce, faire comme si… il y a déjà, à l’horizon, les élections de Mid-Term!

 Au-delà de l’escarpolette probable, fallacieuse, fake, que provoque et provoquera le fiscal cliff, le problème des marchés est ailleurs. Radicalement ailleurs. 

La question centrale, c’est celle de l’efficacité des politiques mises en place en 2008 pour faire face à la Crise Financière d’abord et économique ensuite. Bref, c’est la question des résultats décevants obtenus par la politique monétaire non-conventionnelle d’un côté et la politique de soutien keynésien de l’autre.

 Ces deux politiques conjointes ont produit des résultats médiocres, surtout en regard des volumes de dettes et de déficits qu’elles ont produits. La lutte contre les tendances déflationnistes n’a pas donné grand chose. Le CRB, indice de prix des matières premières, est au même niveau qu’il y a deux ans, le pétrole est au même niveau qu’il y a trois ans alors que la guerre au Moyen-Orient et en Iran menace, le vrai chômage, le sous-emploi, reste dans les plus hauts, les salaires réels baissent. 

Le seul succès, si on peut dire, car la hausse est à double tranchant en raison des risques spéculatifs, le seul succès est la hausse des actions. Quand on songe aux dettes qu’il a fallu empiler, aux déficits qu’il a fallu creuser, aux dégâts irrémédiables faits aux systèmes de retraites, le résultat semble bien mince. Remettez bout à bout les différents QE américains, les QE britanniques, japonais, les LTRO européens, les EFSF, les balances de Target 2, les futurs ESM, et tous les gros bazookas du monde, et vous verrez que les marteaux pilons ont à peine réussi à enfoncer un clou dans les palissades  du  chantier de la crise. 

Les résultats sont, non seulement faibles, mais fragiles, comme le montrent les entrées en récession en Europe et les indicateurs avancés médiocres américains. D’un côté, des mesures qu’il faut bien qualifier de désespérées, des mesures du style « coûte que coûte » et, de l’autre, des résultats minuscules et, en plus, fragiles, mal assurés. 

Bien entendu, il y a le chœur des inflationnistes, keynésiens qui se lamente et proteste; si les résultats sont aussi faibles, c’est parce que l’on n’a pas fait assez. Pas fait assez de printing, pas fait les taux d’intérêt négatifs, pas fait assez de déficits et de dépenses gouvernementales. Les Japonais se lancent dans un nouveau round d’inflation de la taille du bilan de la BoJ. Dès la semaine dernière,  des voix se sont élevées pour réclamer une augmentation du volume des QE3; Krugman a dit à Obama qu’il ne faut rien lâcher sur les dépenses et, au contraire, les augmenter. Le FMI lance des ballons d’essai sur la question du bien-fondé de l’austérité. Les convictions vacillent. Mais, peu à peu,  l’idée, la terrible idée que finalement les solutions n’en sont pas, ne sont pas bonnes, cette terrible idée se répand. 

Ce qui nous ramène aux marchés. La lutte contre les tendances déflationnistes est menée, beaucoup,  par le biais des politiques monétaires non-conventionnelles et un peu par le biais des politiques de soutien keynésiennes. Les marges de manœuvre keynésiennes sont réduites, à la fois par le surendettement des Etats et les résistances politiques. Une accentuation des politiques monétaires non-conventionnelles reste en fait la seule arme possible. Plus la tendance à la déflation est lourde, plus il faut printer, printer. L’efficacité du printing marginal est fortement décroissante, et pour cause, il faut soutenir un édifice spéculatif de plus en plus lourd, donc il faut faire plus, beaucoup plus, plus longtemps, prendre des risques beaucoup plus grands. 

Le secteur qui répond le mieux au printing, c’est celui qui est constitué par le marché financier. La communauté spéculative reste persuadée que la liaison printing/lévitation des assets n’est pas rompue, simplement, il faut faire plus. Elle reste l’arme aux pied, mais elle attend des renforts. 

Il faut aller plus loin dans la bulle des assets papiers. L’atonie des commodities, du pétrole, des commos industrielles, du cuivre, indique clairement qu’il faut aller plus loin. Il faut appuyer sur le clavier des electronic-entries qui permettent de créer de la dette, de gaver les marchés et les spéculateurs. Il faut que cela déborde pour créer une fausse confiance et faire tourner le carrousel. 

Les marchés gloutons en redemandent. 

Nous pensons que la communauté spéculative mondiale est toute placée du même côté du bateau, elle est toute risk-on. Imaginez si elle venait à être déçue? Imaginez ce que cela donnerait si de nouvelles pertes sur les portefeuilles de dérivés, de couverture, venaient à être révélées?

Imaginez ce qui se passerait si certains, qui viennent de se bourrer de papiers semi-pourris, se trouvaient dans la position de devoir dégager? Les marchés sont étroits, rétrécis, les portes de sortie sont minuscules en regard de la foule qui peut avoir besoin, avoir  urgence à se précipiter vers la sortie. 

Rien n’est joué, aucune anticipation n’est possible. C’est l’échec des responsables, mais c’est parce que c’est l’échec que, selon toute vraisemblance, ils feront plus, beaucoup plus, pour tenter de refaire un tour de manège.

 

 BRUNO BERTEZ Le Dimanche 18 Novembre 2012

llustrations et mise en page by THE WOLF

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EN BANDE SON :

4 réponses »

  1. Lundi 19 Novembre : Et ce qui devait arriver arriva bis

    Le jeu de l’escarpolette s’est mis en branle sur les marchés.

    Nous vous conseillons de relire toute la séquence boursière rappelée ci dessus.
    Le focus sur le mur fiscal américain produit les effets attendus à savoir une volatilité importante sur la moindre déclaration.

    En fait les déclarations de la fin de semaine dernière d’Obama, Boehmer et
    Mac Donnell sont vides, mais elles existent et cela suffit à faire bouger les bourses.
    Et ce d’autant plus facilement qu’à WST on a violé les MM 200 sur le S&P ce qui est toujours, absolument toujours une indication de piège de court terme.

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  2. Lundi 19 Novembre : En Allemagne au moins, on débat

    Le Professeur, Dr Wohlgemuth de Open Europe Berlin s’exprime dans la FAZ.

    Il affirme que les solutions standards, une politique pour tous, en Europe ne marchent pas. Certes, c’et regrettable d’un point de vue géopolitique, mais c’est ainsi.

    En conséquence il défend l’idée d’une Europe à la carte . La mutualisation et la mise en commun des politiques dit- il, est souhaitable, mais elle ne devrait réunir que les pays qui le veulent et, en plus, qui en sont capables. Selon lui tout le monde y gagnerait au plan micro, macro et politico économique
    .

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  3. Lundi 19 Novembre . Fiscal cliff , les conservateurs critiquent Boehner .

    L’aile conservatrice du parti républicain critique sévèrement Bob Boehner qui selon elle a grillé l’essentiel de ses cartouches avant même de commencer la négociation avec les démocrates d’Obama.

    Boehner a reconnu ne pas être opposé a une augmentation des recettes fiscales, en particulier par les biais indirects que constituent le rabotage des niches, des seuils et des plafonds. Tout ce que l’on appelle les loopholes.

    Accepter avant même toute négociation le principe d’une hausse des impôts parait en effet de mauvaise politique puisque maintenant , Boehner n’a plus rien dans sa manche, il a cédé sur l’essentiel dit-on, le reste n’est qu’habillage. En cédant sur le principe de la hausse des impôts, fut-ce par le biais des loopholes, Boehner a semble t il commis une maladresse, puisque dans le donnant donnant , il a en quelque sorte abandonné l’essentiel sans contrepartie. Le fait qu’il continue de s’opposer à une hausse des barèmes constitue en fait une reculade, il a en quelque sorte déplacé la ligne de négociation.

    En fait les républicains sont désemparés. Ils étaient persuadés qu’ils allaient gagner les élections, ceci les a conduit à refuser un marchandage qui leur était très favorable et a conduit au fiscal cliff. Ils ont perdu la présidentielle,, selon tout probabilité ils vont devoir accepter un accord calamiteux.

    Le plus grave n’est pas là :

    En effet dans le cadre du marchandage, on va comme d’habitude repousser les échéances, faire de la cosmétique, tout en prenant rendez vous pour plus tard.
    Une refonte positive du système fiscal américain va se retrouver repoussée sine dié.

    On va à nouveau s’installer dans les replâtrages, et le provisoire va durer, comme en 2012, ou malgré les promesses, rien ne s’est passé. Tout a continué de dériver.

    La crise qui était censée provoquer un sursaut de responsabilité va être gommée, une occasion va disparaitre.

    Une éventuelle « bonne nouvelle  » pour le fiscal cliff est en réalité une très mauvaise nouvelle pour ceux qui se préoccupent du long terme….

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  4. « Seule l’aile droite conservatrice autour du Cato Institute tient bon, elle refuse les hausses d’impôts non pour préserver les riches, mais pour surtout ne pas fournir de nouvelles ressources au gouvernement, pour brider ses dépenses et faire rétrograder le Big Government. Bref pour préserver ce qui subsiste de libertés. »
    Que c’est mignon tout ces gentils économistes totalement désintéressés ! Ah on me souffe dans l’oreillette que je suis pas assez crédible, zut ben alors.
    Que cette aile « droite » soit dans le vrai sur le fait que le printing n’est pas une solution à cette crise vu que ce n’est pas un problème de liquidité, c’est indubitable. Ceci ne les rend cependant pas exempts de petits intérêts partisans. A force de hurler au vil keynesien on se jette dans les bras de n’importe qui, qui ne veut pas forcément ton bien.
    « quand on tend son arme à quelqu’un, il vaut mieux être sûr de ce qu’il va faire avec ».

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