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Steen Jakobsen: La situation actuelle s’apparente à un «triangle des Bermudes» économique- des marchés actions à des niveaux records, une croissance zéro, et un chômage qui reste proche des sommets historiques!

Steen Jakobsen: La situation actuelle s’apparente à un «triangle des Bermudes» économique-  des marchés actions à des niveaux records, une croissance zéro, et un chômage qui reste proche des sommets historiques!

La démographie obère la croissance, l’économiste en chef de Saxo Bank estime que seul un renforcement de ce qui forme la base de l’économie permettrait de la redynamiser! 

L’économiste en chef de Saxo Bank Steen Jakobsen s’est fait une réputation de catastrophiste par ses dix «prédictions outrageuses» exprimant les risques extrêmes qu’il annonce à la fin de chaque année. Il a tenté de corriger cette image lors d’une rencontre au siège de la banque à Copenhague la semaine dernière. Celui qui compare pourtant la situation actuelle à un «triangle des Bermudes» économique (des marchés actions à des niveaux records, une croissance zéro, et un chômage qui reste proche des sommets historiques) a assuré que sa vision n’est pas que du «gloom, boom and doom». Même s’il s’est battu une fois de plus contre l’angélisme du consensus et des discours de bon nombre de politiciens. Et pour la consultation des données de référence appropriées. Le pourcentage de chômage aux Etats-Unis affiche ainsi certes une évolution plutôt positive, mais qui est en train de s’aplatir. Dès progrès apparents qui ne cessent pourtant d’être relevés par les politiciens, et qui semblent également jouer un rôle déterminant dans les rumeurs de tapering (réduction progressive des achats de bons du Trésor) lancés par la Fed.

«Le nombre total d’emplois est aujourd’hui inférieur à celui en 2009», constate Steen Jakobsen. Pour se faire une idée du chômage réel, il faut également intégrer les personnes qui ne sont plus comptés parmi celles à la recherche d’un emploi, et consulter des chiffres recensant également les sous-employés, comme le sondage de Gallup. «Le nombre d’heures travaillées est déjà reparti à la baisse, martèle-t-il. Le chômage va augmenter de manière dramatique. Les Etats-Unis deviendront temporaires sous tous les aspects, aussi celui de l’emploi. Comme les emplois à partir d’une durée de travail hebdomadaire d’au moins 30 heures donnent droit à Obamacare, pris en charge par les entreprises, celles-ci créent des postes à 29 heures, en recrutant par le biais d’agences.» 

Gallup’s survey of unemployment printed at 8.6% for July. At 8.6%. it is over 1% higher than the BLS’ reported print. And it is the highest print since the end of 2011.gallupunemp

At the same time, ADP reports private payrolls increased by 176,000. And initial jobless claims dropped … again.ijc090513Of course, most of the employment recovery has been in part-time, rather than full-time jobs.ptftemp

Ce qui montre que la recette appliquée pour relancer l’économie n’était pas la plus appropriée. «Seuls les financières et le 1% de la population mondiale le plus riche ont bénéficié de l’assouplissement quantitatif. La classe moyenne est la vraie perdante.» Faut-il alors en sortir, comme semble le prévoir la Fed? Ce ne serait que pour revenir rapidement à l’assouplissement quantitatif – en doses encore plus fortes. «La Fed est en retard sur l’évolution de la situation», analyse Steen Jakobsen sans complaisance, relevant au passage l’affaiblissement de la pression inflationniste. 

En Europe, «le marché des maisons se retrouve partout sous pression», pas seulement à Genève, un exemple qui rayonne néanmoins déjà au-delà de nos frontières. Pour les pays de la zone euro, les mesures de la BCE destinées in fine à faciliter le crédit n’ont pas réussi à passer. La baisse des taux hypothécaires qu’elles auraient pu provoquer est simplement rendue impossible, notamment en Espagne et aux Pays-Bas, par «des taux minimum requis». ebm090513

Tous ces problèmes-là ne provoqueront pas de changement de paradigme. Un autre facteur, souvent sous-estimé ou négligé, générera quant à lui des modifications structurelles: la démographie. Une anecdote l’illustre bien: au Japon, les ventes de couches-culotte pour adultes ont récemment dépassé celles des modèles pour bébés. Du côté de notre continent, la part de la plus grande génération d’ayants-droits a déjà si fortement augmenté que les majorités politiques nécessaires pour diminuer les prestations n’existent plus. Il est encore plus facile d’augmenter les impôts afin de les financer. Ce vieillissement diminue sensiblement le potentiel de croissance des pays développés. «Les modèles basés sur l’utilisation du levier et la croissance éternelles doivent changer. Less is more sera au centre de l’attention, il s’agira plutôt d’économiser de l’argent que d’en gagner plus.» Le précepte que l’innovation est créatrice d’emplois est lui aussi remis en question. Elle permet certes de produire plus avec moins de collaborateurs. Mais «les capacités excessives ainsi formées provoqueront une baisse de la croissance». Du moins faut-il plutôt compter avec une croissance à la japonaise pendant les cinq ou dix prochaines années, avant que de vraies innovations (par exemple plutôt de nouvelles batteries que de nouvelles applications pour l’iPhone) ne déploient leurs effets positifs. » 

Face à la morosité à laquelle il faut s’attendre au sein des grandes industries, il n’y a qu’un seul remède: se rappeler du rôle que jouent les PME dans une économie. «Si la moitié des PME européennes engage juste une personne de plus, le chômage structurel disparaît. Les programmes se concentrant sur les grandes entreprises et les banques ne touchent que 20% de l’économie, détenue par moins de 1% de la population mondiale. Mais les 80% restants créent 85% des emplois. Il faut oublier Nestlé pour rester concentré sur les entreprises de taille plus modeste.» Ce qui parle en faveur de l’Europe et des Etats-Unis, le niveau des salaires n’étant plus le critère déterminant, tandis que les grands pays émergents risquent de décevoir. 

C’est aussi en termes de salaires que Steen Jakobsen appelle à une redistribution vers la base. Pas du tout pour des motifs socialistes (interpellé au sujet de l’initiative 1:12 sur laquelle le peuple suisse sera appelé à voter, il s’est déclaré opposé à une démarche imposée par l’Etat, que les entreprises chercheront à contourner), mais à partir de deux constats fondamentaux. «Les rémunérations variables ne doivent être versées que si elles correspondent vraiment à un mérite personnel du bénéficiaire pour le bien de l’entreprise à long terme. Aujourd’hui, trop souvent, les critères sur lesquels celles-ci sont déterminées ne respectent pas ce principe, elles ne récompensent pas la performance. L’un des problèmes actuels, c’est que nous sous-payons nos employés!» Le système actuel n’est donc pas cohérent du point de vue d’un méritocrate, avec également des références libertaires. Récompenser les employés pour les gains de productivité réalisés au lieu de distribuer ceux-ci aux actionnaires ferait marcher l’économie. Car ceux-ci utilisent les fonds supplémentaires, plutôt que de les accumuler sur un compte bancaire. Si cela augmente les coûts de fabrication au point de ne plus être compétitifs, cela donne tout simplement un signal clair: «Fermez l’usine, et faites autre chose.» Ce qui accélérerait la transition vers une économie basée sur la propriété intellectuelle et les services.

Christian Affolter/ Agefi Suisse Vendredi, 06.09.2013

http://agefi.com/marches-produits/detail/artikel/saxo-bank-leconomiste-en-chef-estime-que-seul-un-renforcement-de-ce-qui-forme-la-base-de-leconomie-permettrait-de-la.html?issueUID=408&pageUID=12195&cHash=4187f4a4cd72797946f6542531e92451

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