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Les très importantes questions posées au quantitative easing Par Andreas Hofert

Les très importantes questions posées au quantitative easing  Par Andreas Hofert

Le QE pourrait aboutir à une situation paradoxale. Le FMI a fait un premier pas pour réfléchir sur les conséquences de son utilisation répétée.

La conférence annuelle Jacques Polak organisée par le Fond monétaire international (FMI) est généralement un rendez-vous académique au sommet.

Des universitaires de haut niveau discutent des nouvelles avancées de la théorie économique et d’études empiriques avec l’équipe du FMI et des banquiers centraux. L’édition 2013, la 14e depuis sa création, s’intitulait «Crises d’hier et d’aujourd’hui». Ben Bernanke y a participé pour la dernière fois en tant que gouverneur de la Réserve fédérale américaine. Aussi, l’événement a pris les traits d’un bilan des politiques mises en œuvre pendant ses huit années de mandat, et surtout des cinq dernières années, celles qui ont suivi la faillite de Lehman.

Deux des documents présentés, rédigés par des fonctionnaires de la Fed, méritent une attention toute spéciale car ils donnent un aperçu des rouages décisionnels de l’institution et de l’héritage de Ben Bernanke. Le premier article, intitulé «The Federal Reserve’s Framework for Monetary Policy – Recent Changes and New Questions», analyse les «innovations» de politique monétaire mises en place par la Fed et par d’autres banques centrales dans l’environnement post-crise financière. Il conclut que les schémas d’intervention actuels ne sont pas définitifs et pourraient continuer à évoluer. Le second article, intitulé «Aggregate Supply in the United States: Recent Developments and Implications for the Conduct of Monetary Policy», évalue les possibles effets négatifs de la crise financière sur le taux de croissance potentiel et le taux de chômage «naturel» aux Etats-Unis. Ses auteurs estiment que «le PIB potentiel est actuellement inférieur de 7% à ce qu’il serait si la trajectoire d’avant 2007 s’était poursuivie». Cette conclusion a conduit Paul Krugman, prix Nobel d’économie, qui participait à la conférence à s’offusquer dans un de ses éditoriaux hyper-keynésiens dans le New York Times, sur l’économie américaine «qui s’automutile». Sa solution? Des politiques fiscales et monétaires encore plus expansives que celles pratiquées actuellement.

Abstraction faite de cette analyse qui illustre, selon les termes attribués à Albert Einstein, qu’«on ne peut pas résoudre un problème avec le même type de pensée que celui qui l’a créé», cette réduction énorme du potentiel de production – près de mille milliards de dollars US par an – indique clairement qu’il est temps de se livrer à une réflexion critique sur l’efficacité réelle du Quantitative Easing (QE). Tout d’abord, si le PIB potentiel a diminué et le taux de chômage naturel augmenté depuis la crise aux Etats-Unis comme l’estiment les chercheurs de la Fed, alors une politique visant à renouer avec les chiffres d’avant la crise pourrait échouer complètement et faire plus de mal que de bien.

Ensuite, il faut se demander, dans le déclin estimé, quelle est la part de responsabilité des politiques économiques actuelles, et surtout de la politique monétaire ultra-accommodante. Larry Summers, ancien candidat à la succession de Ben Bernanke à la présidence de la Fed, s’est fait l’avocat du diable lors de la conférence. «Dans les années à venir, nous ferions mieux de nous demander comment gérer une économie dans laquelle le taux d’intérêt nominal nul est un frein chronique et systémique à l’activité économique. […] On ne peut que s’inquiéter lorsque l’on constate que la politique monétaire et la politique fiscale produisent aujourd’hui moins de résultats que par le passé», a-t-il martelé, fustigeant les mesures prises, dont l’objectif fondamental consiste selon lui à «réduire les prêts, les emprunts et à gonfler les prix des actifs». Le point de vue de Larry Summers commence à trouver un écho parmi les économistes.

L’argent facile débloqué par les programmes d’assouplissement quantitatif, qui distord les prix de marché, pourrait en fait produire des résultats contraires à ses objectifs. Au lieu d’encourager l’octroi de crédit et de dynamiser l’activité du secteur privé, cette politique, associée à l’objectif d’assainissement des bilans des intermédiaires financiers, incite ces derniers à acheter des actifs sûrs, donc à coopérer avec la Fed et à garantir un financement à peu de frais au gouvernement américain, au lieu de prêter aux particuliers. On parle habituellement d’«effet d’éviction» lorsque la dette publique fait grimper les taux d’intérêt, renchérissant le financement des investissements du secteur privé. Le QE pourrait aboutir à une situation paradoxale.

En maintenant artificiellement les taux d’intérêt à un bas niveau et en redirigeant en fin de compte tout l’argent bon marché vers le gouvernement, il pourrait produire exactement les mêmes résultats qu’un effet d’éviction classique alors que les taux d’intérêts sont bas. Cette question mérite plus ample réflexion. Il me semble que la dernière conférence du FMI a fait un premier pas dans ce sens.

ANDREAS HÖFERT Chef économiste,   UBS Wealth Management / AGEFI SUISSE 19/11/2013

http://agefi.com/une/detail/artikel/le-qe-pourrait-aboutir-a-une-situation-paradoxale-le-fmi-a-fait-un-premier-pas-pour-reflechir-sur-les-consequences-de-son-utilisation-repetee.html?issueUID=460&pageUID=13744&cHash=8e54d9b7e107a7110b4c7aa128e862c2

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