Art de la guerre monétaire et économique

A propos de la disclocation géopolitique et économique européenne et de l’effondrement des prix du pétrole et des matières premières dans un contexte de crise majeure entre les USA et la Russie Par Pierre Leconte

Depuis la chute de l’URSS en 1990-1991, les USA, suivis par leurs alliés ouest-européens, n’ont eu de cesse d’humilier et d’encercler la Russie comme de tenter d’intégrer les nouveaux Etats issus de la dislocation de l’empire soviétique à l’OTAN et à l’Union européenne, qui sont les deux versions pile et face de la domination US pour le contrôle du Heartland -selon la théorie d’Halford MacKinder- jusqu’ici contrôlé par Moscou. Ce qui peut se comprendre de la part des USA, dont l’extension de l’hégémonie globale est vitale pour le maintien du dollar US comme monnaie mondiale et donc la prospérité de leur économie permettant aussi leur contrôle des circuits financiers et bancaires internationaux comme des grands flux de marchandises.

 

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http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_du_Heartland

Alors que les Européens de l’ouest, quant à eux, auraient dû jouer leur propre carte en tendant la main à Moscou pour permettre de nouer le grand partenariat euro-russe « de l’Atlantique à l’Oural » (selon la formule gaullienne) assurant la survie d’une Europe indépendante face à l’hégémonie US et à la montée en puissance de la Chine et autres pays émergents. Dans le droit fil de la vision du général de Gaulle lequel, bien avant la chute de l’URSS qu’il avait évidemment prévue, militait dans ce sens. D’où son refus de faire entrer le Royaume-Uni dans la CEE, Londres étant notoirement la base avancée des USA en Europe, sa décision de sortir la France du commandement intégré de l’OTAN et sa politique de détente et de coopération avec ce qu’il appelait la « Russie soviétique » (l’adjectif « soviétique » étant appelé un jour à disparaitre lorsque les fondamentaux de la Russie profonde reprendraient leur prééminence). Ce que les boutiquiers dénué de toute vision géopolitique à la tête de l’UE n’ont hélas pas compris en faisant l’erreur fatale de se rallier à la politique américaine anti-russe, via l’organisation de diverses révoltes en Europe de l’Est et sur le pourtour sud de l’ex-URSS (Géorgie, Caucase, etc.), la dernière en date étant le coup d’Etat qu’ils ont suscité et financé à Kiev en février 2014 (dix ans après la « révolution orange » dans ce pays, déjà fomentée par les USA en 2004, mais qui s’était terminée dans la corruption généralisée des politiciens ukrainiens voyous).

Évidemment, Moscou ne pouvant pas accepter l’intégration de l’Ukraine, le pays dont il est le plus proche historiquement, religieusement, ethniquement et linguistiquement, peuplé d’une forte minorité russe et/ou russophone orthodoxe, dans l’UE (ce qui aurait supprimé le dernier « tampon » entre les deux zones d’influence russe et ouest-européenne désormais rivales) et encore moins dans l’OTAN (ce qui aurait fait de Sébastopol une base navale US en plein cœur de la Russie), a récupéré la Crimée (partie intégrante de l’héritage des Tsars) avec l’accord de la population locale et lutte maintenant pour protéger la minorité russe de l’est de l’Ukraine, ayant récemment voté majoritairement pour son indépendance à l’égard de Kiev, que les forces militaires ukrainiennes et d’autres paramilitaires (en particulier des éléments appartenant à des sociétés militaires privées anglo-saxonnes encadrés par des agents de la CIA) agressent sans discontinuer en faisant des milliers de morts civils.

Pour contraindre la Russie à se désengager de la Crimée et de l’Ukraine, les USA et leurs alliés ouest-européens sont entrés dans un processus de sanctions croissantes de plus en plus dommageables pour la Russie pendant qu’elle réplique par des contre-mesures pour le moment plutôt insignifiantes pour l’Occident, alors que de violents combats se développent en Ukraine et que ce pays s’effondre politiquement et économiquement. En même temps, la Russie s’est encore rapprochée de la Chine et autres BRICS, avec la coopération desquels elle s’oppose frontalement au Système monétaire et commercial international dominé par les USA. Sans compter une lutte d’influence croissante entre les Russes et les Occidentaux, au Moyen-Orient en particulier, le soutien de Moscou à la Syrie, à l’Iran et autres mouvements chiites, empêchant les USA et leurs alliés sunnites de maintenir leur domination sur la région et ayant de fortes probabilités de se terminer en guerre régionale totale. Surtout depuis l’émergence des djihadistes de l’État islamique d’Irak et du Levant (initialement mis sur orbite par l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie) que plus personne ne contrôle et que l’on ne réduira pas par des seules frappes aériennes. Surtout, si après Mossoul, ils prennent Bagdad.

Faisant délibérément chuter les prix de l’or, la principale réserve de change russe, et surtout du pétrole ou du gaz, la principale ressource financière d’exportation russe (selon la politique inspirée par plusieurs fondations stratégiques occidentales dont celle de George Soros), avec le concours de l’Arabie Saoudite qui en profite pour surproduire à bas prix et ainsi récupérer sa part du marché mondial récemment gagnée par la Russie, les USA ont aussi provoqué la chute du rouble, ce qui asphyxie l’économie russe et risque de mettre ce pays en défaut de paiement. Pendant que l’économie européenne (celle de l’Allemagne en particulier) s’enfonce dans la récession-déflation que la crise ukrainienne et russe aggrave. Avant que les USA en payent aussi la note, leur production de pétrole et de gaz de schiste n’étant plus rentable en dessous de 70 USD le baril, comme plusieurs autres pays producteurs sud-américains (Venezuela), africains (Nigeria, Angola) et même européens (Norvège, Royaume-Uni) ou moyen-orientaux (les Etats du Golfe), dont les réserves de change chutent au moment même où l’endettement de plusieurs d’entre-eux ne faiblit pas. Une vague de faillites d’entreprises internationales du secteur pétrolier et gazier et de défaut d’obligations desdites entreprises, et même souveraines de certains pays producteurs, ne manquerait pas de se produire en cas de chute incontrôlée du prix du baril…

L’évolution de la situation géopolitique dépend maintenant de savoir si les USA et leurs alliés ouest-européens vont cesser leurs sanctions contre la Russie et reprendre avec ce pays une politique de coopération (ce qui suppose d’entériner le partage de l’Ukraine en deux Etats séparés et l’intégration de la Crimée à la Russie) ou bien si la Russie, poussée dans ses derniers retranchements, pour éviter une faillite financière à court terme, se lancera dans une solution militaire radicale (l’utilisation d’armes nucléaires tactiques n’étant pas à exclure). Ce qui, évidemment, ferait encore monter le dollar US et les obligations d’Etat US (TLT, TMF) mais baisser fortement les actions un peu partout. Quant à l’Union européenne, dans un tel cas de figure, elle se disloquerait aux plans géopolitique et économique, sans parler de l’euro qui, restant toujours aussi structurellement inadapté, ne pourrait pas subsister dans sa forme actuelle.

Bref, il est vital pour les Occidentaux de cesser de jouer avec le feu à l’égard de la Russie et pour les dirigeants de cette dernière de garder leur sang froid.L’amateurisme dangereux d’Obama que les électeurs US viennent de désavouer en plaçant le véritable pouvoir dans les mains du Congrès républicain plutôt va-t-en guerre et la détermination de Poutine qui a le soutien de la population russe, sur fond d’absence de personnalités européennes à la hauteur de la situation (A. Merkel dépassée, F. Hollande ridicule), augure mal d’une solution négociée rapide entre les adversaires. Les évènements actuels ressemblent à la crise des missiles survenue en octobre 1962 qui a opposé les USA et l’URSS au sujet des fusées nucléaires soviétiques pointées sur le territoire des États-Unis depuis Cuba, ayant mené les deux blocs au bord de la guerre nucléaire, sauf que la situation est inversée dans la mesure où c’est la Russie qui est maintenant menacée par l’OTAN -c’est-à-dire les USA- en Ukraine et chez elle en Crimée, indépendamment de la guerre économique sans merci que l’Occident lui livre. Le problème c’est qu’une Russie gravement blessée, sans perspective de sortie de crise, risque de devenir très dangereuse.

Pour le reste, chaque jour apporte son lot de révélations sur les manipulations des marchés financiers (forex, taux d’intérêt, métaux précieux, etc.) par les grandes banques privées et les amendes qu’elles négocient avec les autorités pour stopper les poursuites à leur encontre, ce qui ne les incite pas à cesser leurs pratiques déloyales puisque lesdites amendes ne sont que des gouttes d’eau par rapport aux profits qu’elles en retirent, et sur les interventions des banques centrales, qui persistent à traiter la crise mondiale structurelle par des injections conjoncturelles de monnaie ou l’octroi de crédits ex nihilo, lesquels ne font qu’entretenir la bulle des actions sans régler les problèmes réels d’économies sans croissance et du chômage de masse étant donné que toute cette liquidité reste bloquée dans la trappe du même nom.

C’est l’augmentation du bilan de la Federal Reserve US du fait du Quantitative Easing qui explique la hausse des actions US :

A-Fed-Balance-Sheet-SP500-082614

http://www.kitco.com/news/2014-11-14/The-Eurozone-is-not-likely-to-survive-its-own-Japanese-style-lost-decade.html

https://www.tradingfloor.com/posts/jakobsen-ignore-the-rubles-fall-at-your-peril-2383822

http://www.businessinsider.com/why-the-russian-rouble-wont-recover-2014-11

 
L’effondrement ultra déflationniste des prix du pétrole et des matières premières et la poursuite de la hausse du dollar US contre le yen surtout, que la Banque du Japon a entrepris de détruire avec son Quantitative Easing Forever, sont susceptibles de provoquer des défauts en chaine:

http://www.zerohedge.com/news/2014-11-13/why-rising-us-dollar-could-destabilize-global-financial-system

Premier objectif de chute du pétrole brent: 62 USD le baril environ:

brent———————————————-

Notre véhicule d’investissement privilégié depuis la fin 2013, les obligations d’Etat US (TLT et TMF), est reparti à la hausse:

graphique daily

tlt plgraphique weekly

Hausse du TLT depuis le début janvier 2014 à ce jour: +19,49% (en US Dollars).

tlt pl n

Lire régulièrement le site bien informé:  http://www.zerohedge.com/

SOURCE ET REMERCIEMENTS: FORUM MONETAIRE DE GENEVE  14/11/2014

http://www.forum-monetaire.com/a-propos-de-la-disclocation-geopolitique-et-economique-europeenne-et-de-leffondrement-des-prix-du-petrole-et-des-matieres-premieres-dans-un-contexte-de-crise-majeure-entre-les-usa-et-la-russie/

3 réponses »

  1. Bien, mais petit erratum : la presence de smp occidentales en Ukraine est un fantasme et revele une incomprehension de l emploi de telles societes.

    Pour l anecdote, dans la communaute des traineurs de sabre, le sentiment est plutot pro-Russe, quelques uns sont vraiment alles se battre mais sans salaire.

    Vous pouvez regarder d ou je poste 😉

    Au fait l Etat Islamique est en train de perdre l avantage ; perdre du terrain face a ces bullots d Irakiens reguliers est un signe qui ne trompe pas. L EI ne prendra PAS Baghdad et encore moins Erbil.

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  2. Avant l’hiver on sait que les Etats unis et bien d’autres états, font des stocks de pétrole .. et qu’en règle général, c’est en Mars/Avril que le prix du pétrole se remet à flamber, au moment de la reconstitution des stocks…

    Pour l’instant, compte tenu, des stocks emmagasinés, la situation est donc du côté de ceux qui veulent asphyxier la Russie, mais jusqu’à quand ??

    D’autant que la Chine sur lequel les pays de l’Opep misaient fortement en raison de l’accroissement de sa demande se tournera vers la Russie.

    Ce marché qu’ils ont perdu avec la Chine, l’Iran, comment vont ils faire pour accroître l’offre voir la maintenir, si la demande baisse ??

    C’est certain que personne ne veut partager le gateau… mais c’est encore Poutine qui avait le plus d’ouverture et qui les a comblé… La Russie en se tournant vers l’asie n’a fait que substituer un marché par un autre…

    En attendant que ces prochains mois n’arrivent, on peut penser que la Russie va se mettre au ralentit et faire peser des menaces aux belliqueux, sur les approvisionnements de gaz..

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