Le Grand Effondrement

MACBETH SUR LES MARCHÉS – Moyen-Orient, Londres, Chine, terres rares, stablecoins : le monde assassine le sommeil

Les événements actuels ont un ton shakespearien.

Pas celui des comédies.

Celui des tragédies.

Les rois tombent.

Les alliances tremblent.

Les détroits se ferment à moitié.

Les monnaies se préparent à la guerre.

Les empires parlent de paix tout en déplaçant leurs poignards.

Les marchés font semblant de dormir.

Mais quelque chose, dans la pièce, vient de changer.

Le monde assassine le sommeil

Le Moyen-Orient donne le premier acte.

Les États-Unis desserrent temporairement l’étau sur le pétrole iranien.

Téhéran obtient une respiration financière.

Washington parle d’inspections nucléaires.

L’Iran nuance, conteste, dément ou temporise.

Le détroit d’Ormuz reste une menace suspendue.

Le Liban devient une scène secondaire mais décisive.

Israël ne veut pas sortir du jeu.

Le Hezbollah reste le nœud.

La Syrie observe.

Le Hamas discute ailleurs.

Tout le monde parle de désescalade.

Mais personne ne désarme vraiment.

C’est du Shakespeare diplomatique.

La paix est annoncée comme un banquet.

Mais sous la table, les dagues restent sorties.


Le marché, lui, veut croire à la version simple.

Moins de guerre.

Moins de pétrole cher.

Moins d’inflation.

Moins de pression sur les taux.

Donc plus de risque.

Mais cette lecture est trop confortable.

Car le Moyen-Orient ne produit pas seulement du pétrole. Il produit de l’incertitude stratégique. Et l’incertitude stratégique ne disparaît pas parce qu’un communiqué parle de progrès.

Le pétrole peut baisser.

La prime de guerre peut se contracter.

Mais le risque politique, lui, reste vivant. Il change seulement de forme.


Le deuxième acte se joue à Londres.

Le Royaume-Uni continue son interminable tragédie post-Brexit.

Cameron.

May.

Johnson.

Truss.

Sunak.

Starmer.

Et maintenant Burnham.

Sept premiers ministres en dix ans.

Ce n’est plus une alternance. C’est une instabilité de régime.

La Grande-Bretagne ressemble à un théâtre dont le décor demeure impérial, mais dont les coulisses ne tiennent plus. Le pouvoir change de visage. Mais la question reste la même : comment gouverner un pays qui a perdu son modèle économique, son récit national et sa cohérence politique ?


Burnham arrive avec une promesse impossible.

Rassurer les marchés.

Rassurer la gauche.

Rassurer les classes populaires.

Rassurer l’Europe.

Rassurer les investisseurs.

Rassurer l’État.

Rassurer la rue.

C’est beaucoup demander à un seul homme.

Car le Royaume-Uni ne souffre pas seulement d’un problème de leadership. Il souffre d’un problème de structure.

Productivité faible.

Investissement insuffisant.

Dette élevée.

Services publics épuisés.

Énergie chère.

Désindustrialisation.

Immigration massive.

Fracture territoriale.

Nostalgie impériale.

Et maintenant fatigue démocratique.

Macbeth ne devient pas roi parce que le royaume est stable. Il devient roi parce que le royaume est déjà malade.


Le troisième acte se joue en Asie.

L’Inde déploie ses navires.

La Chine regarde Taïwan, le Japon, les Philippines, le Pacifique.

Les États-Unis redistribuent leurs priorités.

Les alliés doivent comprendre qu’ils seront davantage responsables de leur propre théâtre.

L’Europe doit porter davantage l’OTAN.

Le Japon et les Philippines doivent porter davantage Taïwan.

Israël doit porter davantage sa guerre régionale.

Le monde américain ne disparaît pas. Mais il délègue. Il sous-traite. Il hiérarchise. Il demande aux périphéries de devenir adultes. C’est une révolution silencieuse. L’empire ne quitte pas la scène. Il demande aux vassaux de payer le décor.


Le quatrième acte se joue sous terre.

Terres rares.

Aluminium.

Minerais critiques.

Aimants.

Métaux.

Chaînes d’approvisionnement.

La Chine cible des entreprises américaines.

L’Europe découvre qu’elle veut réarmer, mais qu’elle ne possède pas toujours les matériaux nécessaires pour fabriquer les armes.

Voilà la grande farce tragique de l’Occident.

Il veut des missiles.

Il veut des drones.

Il veut des data centers.

Il veut des robots.

Il veut des éoliennes.

Il veut de l’IA.

Il veut de la souveraineté.

Mais il a externalisé le monde lourd.

Les mines ailleurs.

Le raffinage ailleurs.

Les aimants ailleurs.

Les procédés ailleurs.

La compétence industrielle ailleurs.

Et maintenant il découvre que le logiciel ne suffit pas lorsque le métal manque.


Le cinquième acte se joue dans la monnaie.

La Chine avance sur le yuan offshore, le yuan numérique, les circuits de paiement parallèles.

Les États-Unis avancent sur les stablecoins en dollars.

Tout cela peut sembler technique.

Ce ne l’est pas.

Les monnaies deviennent des infrastructures de guerre économique.

Les paiements deviennent des routes stratégiques.

Les stablecoins deviennent des bases avancées du dollar.

Le yuan numérique devient une tentative d’internationalisation contrôlée.

Le dollar reste roi.

Mais les prétendants construisent des tunnels sous le palais.


C’est là que le monde devient vraiment post-moderne.

La guerre ne se déclare plus seulement avec des chars.

Elle se déclare avec des listes d’exportation.

Des sanctions.

Des contrôles de capitaux.

Des stablecoins.

Des minerais.

Des logiciels.

Des câbles.

Des ports.

Des data centers.

Des modèles d’IA.

Des normes.

Des agences de notation.

Des chaînes d’approvisionnement.

Des plateformes de paiement.

Le champ de bataille n’est plus seulement militaire. Il est monétaire, industriel, numérique, énergétique, juridique et narratif.


Et pendant ce temps, les marchés font semblant de choisir la solution facile.

Le pétrole baisse ?

Très bien.

Les rendements baissent ?

Très bien.

SpaceX rebondit ?

Très bien.

Achetons le soulagement. Mais le soulagement n’est pas la paix. Le rebond n’est pas la stabilité. La détente n’est pas la résolution. Le marché confond souvent l’entracte avec la fin de la pièce. Or, dans Shakespeare, l’entracte précède rarement le bonheur. Il précède souvent l’accélération du drame.


Voilà pourquoi la citation de Macbeth est si juste : “Ne dormez plus.”

C’est exactement cela.

Le monde a assassiné le sommeil.

Les banques centrales ne peuvent plus dormir.

Les investisseurs obligataires ne peuvent plus dormir.

Les Européens ne peuvent plus dormir.

Les Taïwanais ne peuvent plus dormir.

Les Israéliens ne peuvent plus dormir.

Les Iraniens ne peuvent plus dormir.

Les Britanniques ne peuvent plus dormir.

Les producteurs de terres rares ne peuvent plus dormir.

Les détenteurs de dollars ne peuvent plus dormir.

Les marchés voudraient dormir.

Mais le réel les réveille.


Nous ne vivons pas une crise. Nous vivons une simultanéité de crises.

Géopolitique.

Énergétique.

Monétaire.

Industrielle.

Technologique.

Institutionnelle.

Budgétaire.

Militaire.

Et c’est précisément cette simultanéité qui donne aux événements leur ton shakespearien.

Chaque acteur croit jouer sa propre pièce.

L’Iran joue sa survie.

Israël joue sa sécurité.

La Chine joue sa puissance.

Les États-Unis jouent leur empire.

Le Royaume-Uni joue sa cohésion.

L’Europe joue son réveil tardif.

Les marchés jouent leur liquidité.

Mais toutes ces pièces appartiennent au même théâtre. Celui de la fin de l’ordre ancien.


La dernière décennie avait un récit simple.

Mondialisation.

Taux bas.

Dollar central.

Commerce ouvert.

Paix relative.

Banques centrales protectrices.

Technologie désincarnée.

Énergie disponible.

Chaînes d’approvisionnement optimisées.

Ce monde est mort.

Le nouveau monde est fragmenté.

Lourd.

Cher.

Armé.

Électrique.

Minier.

Algorithmique.

Monétaire.

Instable.

Un monde où la puissance redevient concrète.

Un monde où la géopolitique revient dans les prix.

Un monde où les marchés doivent réapprendre la tragédie.


Macbeth assassine le sommeil.

Notre époque assassine l’illusion.

L’illusion que le commerce suffit à empêcher la guerre.

L’illusion que la monnaie est neutre.

L’illusion que l’énergie est secondaire.

L’illusion que les minerais sont des détails.

L’illusion que les empires peuvent déléguer indéfiniment leurs chaînes vitales.

L’illusion que les marchés peuvent toujours être sauvés par un pivot.

L’illusion que le futur peut être financé sans douleur.

Le monde revient au réel.

Et le réel, comme Shakespeare, ne fait pas de sentiment.

A man in chainmail stabbing a ghostly woman with a dagger in a stone room

https://blogalupus.substack.com/p/spacex-quand-la-fusee-retrouve-la

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