Alan Greenspan est mort Ă 100 ans. Avec lui disparaĂźt peut-ĂȘtre le personnage le plus influent du capitalisme financier moderne.
La plupart des nĂ©crologies parleront du prĂ©sident de la Fed. Elles se tromperont. Greenspan fut davantage que cela. Il fut lâarchitecte involontaire du monde dans lequel nous vivons.


Avant Greenspan, la dette était un outil.
AprÚs Greenspan, la dette est devenue un modÚle économique.
Avant Greenspan, les marchés craignaient encore les récessions.
AprÚs Greenspan, ils ont commencé à croire que la banque centrale les sauverait toujours.
Câest ainsi quâest nĂ© ce que Wall Street appellera plus tard le âGreenspan Putâ.
Une idée simple.
Si les marchés chutent suffisamment, la Fed interviendra.
Cette idée a changé le monde.
Elle a encouragé davantage de risque.
Davantage de levier.
Davantage de spéculation.
Davantage de dette.
Davantage dâactifs financiers.
Davantage de bulles.
Davantage de richesse.
Mais aussi davantage de fragilité.
Lâhistoire est ironique.
Greenspan Ă©tait initialement proche de la philosophie libertarienne dâAyn Rand.
Il croyait aux marchés.
Il croyait Ă la discipline du capitalisme.
Il croyait à la responsabilité individuelle.
Et pourtant son hĂ©ritage est presque lâinverse.
Une civilisation oĂč les banques centrales sont devenues les assureurs ultimes du risque.
Le plus Ă©tonnant est quâil a lui-mĂȘme reconnu son erreur aprĂšs la crise de 2008.
Cette phrase restera dans lâhistoire : « JâĂ©tais dans un Ă©tat de choc et dâincrĂ©dulitĂ©. »
Le grand prĂȘtre du marchĂ© dĂ©couvrait que les marchĂ©s nâĂ©taient pas toujours rationnels.
Le gardien de lâautorĂ©gulation dĂ©couvrait que lâautorĂ©gulation avait des limites.

Ă bien des Ă©gards, nous vivons encore dans le monde quâil a créé.
Le monde de la dette permanente.
Le monde des bulles dâactifs.
Le monde du capital bon marché.
Le monde oĂč chaque crise appelle davantage de liquiditĂ©.
Le monde oĂč les banques centrales sont devenues les vĂ©ritables centres de gravitĂ© du systĂšme.
Et câest lĂ que lâhistoire rejoint AAMON.
Car la rĂ©volution IA actuelle repose exactement sur le mĂȘme mĂ©canisme.
Des centaines de milliards de dette.
Des milliers de milliards de valorisations.
Des marchés persuadés que le futur justifiera toutes les dépenses présentes.
Greenspan nâa pas créé lâIA.
Mais il a contribuĂ© Ă crĂ©er lâenvironnement financier qui la rend possible.
Peut-ĂȘtre que son vĂ©ritable monument nâest ni Wall Street ni la Fed.
Peut-ĂȘtre que son vĂ©ritable monument est invisible.
Câest la civilisation de lâactif.
La civilisation du crédit.
La civilisation de la liquidité.
La civilisation oĂč chaque problĂšme semble pouvoir ĂȘtre rĂ©solu par davantage dâargent créé.
Cette civilisation lui survivra probablement encore longtemps.
Mais aujourdâhui, son architecte principal vient de quitter la scĂšne.
Et avec lui disparaĂźt lâun des derniers tĂ©moins du moment oĂč la dette est devenue le langage universel de lâĂ©conomie moderne.
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