Art de la guerre monétaire et économique

Les Chiens de Guerre (Charles Gave)/ L’Arabie saoudite, championne du monde des achats d’armements/l’Arabie saoudite intervient au Yémen soutenu par l’Iran et tiraillé entre guerres locales et djihad mondial/ Au Yémen, le coup de force saoudien/ Al-Qaida, l’Arabie saoudite et Israël (Robert Parry)

J’espère me tromper, mais je pense que le Proche et le Moyen Orient sont sans doute en train de rentrer dans une crise d’une gravité extrême, qui bien sur trouve son origine dans l’incompétence inimaginable du Président Obama et de son secrétaire d’Etat John Kerry. Quand  la Crise Russo / Ukrainienne a commencé, j’ai immédiatement indiqué que le but premier était de couper la Russie de la Crimée, pour empêcher la Russie d’intervenir au Moyen Orient, la Russie ayant des comptes à régler avec les sunnites qui avaient soutenu les révoltes Tchétchènes. Le but pour les Russes était d’aider les chiites contre les sunnites de façon à apprendre à  ces derniers qu’il ne fallait pas chatouiller l’Ours Russe.  .

Comme intervenir au Moyen Orient a toujours été l’un des sports préférés des Russes, Poutine n’eut aucun mal à déjouer la manœuvre et la reprise de la Crimée par les Russes était donc inévitable et eut lieu comme prévue, ce qui permet aux Russes  de soutenir les Chiites comme ils le souhaitent. A partir du moment où les Russes  contrôlent la Crimée et Tartous sur la cote Nord de la Syrie, ils contrôlent toute velléité d’intervention des Turcs au Moyen orient, les Turcs représentant la principale armée Sunnite, et de loin. En réalité, les Turcs ont la première armée d’Europe. Pour freiner les Russes dans leur désir de vengeance, l’Arabie Saoudite, probablement à la demande des Etats-Unis et de la Turquie, a accepté de faire effondrer le prix du pétrole, ce qui après tout était de bonne guerre. Parallèlement et pour empêcher qu’un arc «Chiite» ne se déploie de la Méditerranée à Aden, nos  monarchies pétrolières arabes ont fait émerger en quelques semaines un mouvement sunnite d’une brutalité inouïe en regroupant  en Irak et en Syrie du Nord toute une série de combattants qu’ils avaient envoyés en Syrie pour  essayer de faire sauter le régime des Alaouites (une branche du Chiisme). Et tous ces combattants sont bien sur payés par les Qataris, avec la bénédiction des Saoudiens et peut être des Français. Du coté chiite, le « blocage » des Turcs par les Russes permet aux alliés des Russes, les Iraniens de commencer à s’occuper sérieusement des monarchies pétrolières, toutes sunnites. On l’a vu récemment au Yémen, ou des tribus chiites, les Houthis ont en quelques semaines fait sauter le pouvoir Sunnite. Il me parait tout à fait évident que ces tribus Chiites, des qu’elles auront consolidé leur pouvoir vont essayer d’aider leurs coreligionnaires qui sont après tout la majorité sur la cote orientale de l’Arabie, là ou curieusement se trouvent la plupart des gisements de pétrole Saoudiens.Faire tomber Bahreïn, à majorité chiite, qui contrôle le golf Persique et où la flotte Américaine est ancrée, créerait une situation d’échec et mat pour les forces américaines au Moyen Orient. Pourquoi ne pas essayer ? Bref, jusqu’il y a peu de temps, tout se passait plus ou moins comme prévu, tous ces braves gens se faisant croche-pieds sur croche-pieds comme toujours au Moyen Orient, mais dans l’ensemble, rien de bien alarmant ni de bien nouveau. Abominable certes. Nouveau non, La sanglante routine habituelle, en quelque sorte. Mais depuis trois mois environ, tout a changé. Le Président Obama a décidé de changer la donne et de prendre des ‘initiatives».Et ces initiatives sont en train de créer les conditions d’un bouleversement extraordinairement dangereux au Moyen Orient et  ce bouleversement a sans doute déjà commencé C’est ce qu’il me faut décrire maintenant… Le Président Obama a d’abord décidé qu’il fallait à tout prix signer un accord sur le nucléaire avec l’Iran. Pourquoi tant de hâte, alors que la situation traine depuis des lustres, nul n’en sait rien.Mais l’affaire parait extrêmement mal engagée, au point que la Diplomatie Française s’est vue obligée de refuser le projet d’accord. Et du coup, les pressions sur la France, de la part du Département d’Etat se font intenses.Dans la foulée,  le même Président Obama a essayé de faire battre aux élections législatives Israéliennes le Premier Ministre sortant, Benjamin Netanyahu, pour lequel il a une solide détestation. Peine perdue. Et du coup, le Président US qui n’a même pas félicité le vainqueur comme les usages diplomatiques l’auraient voulu a fait savoir que les USA n’allaient plus s’opposer à  la reconnaissance d’un Etat Palestinien par les Nations Unies. Mettez vous dans la peau des grandes nations Arabes, toutes sunnites.

  • Vous voyez l’aviation Américaine prendre ses ordres chez le général Iranien Soleimani qui commande les opérations en Irak du Nord contre les forces d’ISIS.
  • Vous voyez les USA s’apprêter à supporter le Hamas, lui-même totalement soutenu par les chiites Libanais. Certes, les sunnites n’ont pas une passion pour les Israéliens, mais ils ont beaucoup plus peur des chiites que de Netanyahu, avec lequel ils sont en contact permanent  pour discuter des développements actuels. Faire monter le pouvoir des Palestiniens, c’est détruire la légitimité des monarchies.
  • Vous voyez quatre grandes capitales arabes, sunnites,  déjà sous le contrôle des chiites, Damas, Beyrouth, Baghdad et  bientôt Aden qui elle, contrôle l’entrée et la sortie de la mer rouge, ce qui est vital tant pour l’Egypte que pour l’Arabie Saoudite.

Ces grandes nations ne peuvent pas ne pas penser que les USA sont en train de les trahir et de les abandonner, ce qui serait bien dans la nature des choses.Et donc une coalition Sunnite comprenant l’Egypte, le Maroc, les Emirats, la Jordanie, l’Arabie Saoudite, bientôt le Pakistan a été mise en place très rapidement, et cette coalition a décidé d’attaquer le Yemen pour y faire régner l’ordre sunnite à nouveau. Revoilà le monde Musulman du IX siècle qui réapparait, armes en main. Les USA qui ont fait condamner la Russie  en raison de leur intervention en Crimée vont avoir du mal à approuver. A noter que les USA n’ont été prévenus de l’opération contre le Yémen qu’après son déclenchement.  La confiance règne entre les USA et le monde sunnite.Ces armées sunnites vont-elles envahir le Yemen. ? Et si oui, pourquoi pas la Syrie ? Ou la Libye ? Ou l’Irak ?Si l’accord avec l’Iran est aussi mauvais qu’on nous le dit, il est tout à fait évident que la Turquie va devoir développer aussi une arme nucléaire, tandis que l’Arabie Saoudite ira chercher les siennes au Pakistan, ou elles existent déjà.La course aux armements nucléaires est lancée, dans la zone du monde la plus dangereuse. Pour résumer, nous étions dans une situation abominable mais stable. Nous sommes en train de passer un monde nouveau, tout aussi abominable, mais instable. A mon avis, il ne s’agit pas d’un progrès. http://institutdeslibertes.org/les-chiens-de-guerre/

A propos du billet de Charles Gave Par Bruno Bertez

Je ne sais pas si les pièces du puzzle s’assemblent comme Charles Gave le décrit, mais ce que je sais c’est que la situation est dangereuse, tant les protagonistes sont incompétents. Ils jouent aux apprentis sorciers, sans vision aucune et sans retenue. L’Europe et la France qui devraient jouer un rôle modérateur, inciter à la raison, sont sans voix. La politique étrangère et la diplomatie n’ont jamais été les points forts de l’Allemagne et Hollande est redoutablement incompétent. Par ailleurs on dit qu’en plus, la France serait tricarde aux USA car un officiel Français très haut placé aurait commis des indiscrétions majeures au profit d’Israël sur les intentions d’Obama. Ce serait très mal passé aux Etats-Unis. L’un des risques majeurs, non évoqué directement par Charles Gave est la déstabilisation de l’Arabie Saoudite par la conjonction de rivalités intérieures et des coups de boutoir extérieurs. Mais peu importe, les primes de risque sont … dans les plus bas niveaux historiques séculaires!

 L’Arabie saoudite, championne du monde des achats d’armements

Par Véronique Guillermard / Le Figaro Publié le 10/03/2015

Des militaires saoudiens surveillant la frontière avec l'Irak. Le contrat de surveillance des 9000km de frontières de l'Arabie saoudite -toujours en vigueur - avait été gagné en 2009 par Airbus DS.

À 6,4 milliards de dollars, les importations d’armement de l’Arabie saoudite ont augmenté de 54% en 2014. Ryad a dépassé New Delhi, en devenant le premier acheteur d’armes dans le monde.

Toutes les études le confirment. L’Arabie saoudite est devenue le premier importateur de matériels militaires dans le monde en 2014. Ryad a dépassé New Delhi en augmentant ses achats pour la sixième année consécutive, souligne un rapport du cabinet londonien IHS Janes qui couvre 65 pays. Il confirme une autre étude récente de l’International institute for strategic studies (IISS) montrant que les Saoudiens étaient en tête des pays ayant renforcé leur effort de défense ces dernières années, devant la Chine, la Russie et l’Inde.

À 6,4 milliards de dollars, soit quelque 10% de toutes les ventes d’armes dans le monde – 64,4 milliards de dollars, en hausse de 13,4% -, l’Arabie saoudite a vu ses importations militaires progresser de 54% en 2014. «Elles augmenteront encore de 52% cette année, pour atteindre 9,8 milliards de dollars», anticipe le rapport de IHS janes. Celui-ci précise: «un dollar sur sept dépensés pour l’achat d’armes est décaissé par l’Arabie saoudite». Globalement, le Moyen-Orient est le plus dépensier dans le monde avec des acquisitions attendues valorisées à 110 milliards de dollars dans les dix ans à venir, toujours selon le rapport. http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/03/10/20002-20150310ARTFIG00116-l-arabie-saoudite-championne-du-monde-des-achats-d-armements.php

l’Arabie saoudite intervient au Yémen soutenu par l’Iran et tiraillé entre guerres locales et djihad mondial

Le Monde – 20/03/2015 – Louis Imbert

L’Arabie saoudite et des pays alliés ont lancé jeudi une intervention militaire au Yémen pour contrer l’avancée de rebelles chiites soutenus par l’Iran, qui a vivement dénoncé cette opération « dangereuse ».  Téhéran, traditionnel rival de Ryad au Moyen-Orient, a mis en garde contre une propagation du conflit à d’autres pays. L’opération va « créer plus de tensions dans la région », a averti son ministre des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. En pleines négociations sur le nucléaire iranien, les Etats-Unis ont apporté leur soutien à l’intervention, sans toutefois y participer directement. A cela s’ajoute la poursuite d’actions d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), bien implanté dans le sud-est. Et pour ajouter au chaos, le groupe jihadiste Etat islamique a récemment revendiqué des attentats suicide ayant fait 140 morts à Sanaa.

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Dans la mosquée chiite Badr de Sanaa, le 20 mars.
Dans la mosquée chiite Badr de Sanaa, le 20 mars. AFP/MOHAMMED HUWAIS
  L’Etat islamique (EI) a revendiqué son entrée sur la scène yéménite avec les attentats qui ont fait 142 morts à Sanaa vendredi. Les milices chiites houthistes avaient pris le pouvoir dans la capitale en septembre, poussant le président à s’exiler à Aden en février. Le pouvoir politique est marginalisé, le pays livré à l’arbitraire des clans et des groupes armés. Il devient peu à peu un champ d’affrontement sectaire entre les milices chiites et Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA), la principale branche d’Al-Qaida.  Le gouvernement en perdition  Le président, Abd Rabbo Mansour Hadi, au pouvoir depuis 2012, n’a jamais pu mettre en place les recommandations du dialogue national établi après la révolution populaire de 2011 et la chute d’Ali Abdallah Saleh, au pouvoir depuis 1978. Débordé en septembre par le mouvement chiite houthiste, venu de l’extrême nord du pays et par certains éléments de l’armée, il est contraint à la démission en janvier, lorsque les houthistes s’emparent du palais présidentiel. Toujours considéré par la communauté internationale comme le président légitime du Yémen, Abd Rabbo Mansour Hadi est assigné à résidence mais se réfugie en février à Aden, port stratégique du sud du pays.  Le coup d’Etat des houthistes  Les houthistes sont les partisans d’Abdel Malik Al-Houthi, un leader du nord du Yémen, de la province de Saada, à la frontière de l’Arabie saoudite. Ils sont d’obédience zaïdite, une branche dissidente du chiisme  plutôt proche de l’Iran, le sud de l’Irak et le sud du Liban.  Ces « partisans de Dieu » (Ansar Allah), exaspérés par l’immobilisme du pouvoir et surfant sur le mécontentement social, estiment que la révolution de 2011 a été corrompue par les partis politiques. Ils mènent depuis une contre-révolution. Ils ont noué, pour étendre leur pouvoir, une alliance de circonstance avec l’ex-président Saleh, qui les avait longtemps combattus dans leur fief de Saada. Le soutien massif de l’Iran chiite aux houthistes a exaspéré le voisin sunnite saoudien et avivé les tensions confessionnelles au Yémen entre sunnites et zaïdites. C’est dans ce contexte que prospère la branche yéméno-saoudienne d’Al-Qaida (AQPA).

Des partisans d'Al-Qaida au Yémen, à Rada, en janvier 2012. Cette ville du sud du pays était alors tenue par l'organisation djihadiste.
Des partisans d’Al-Qaida au Yémen, à Rada, en janvier 2012. Cette ville du sud du pays était alors tenue par l’organisation djihadiste. AFP/-

La menace d’Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA)  Al-Qaida a prospéré au Yémen pendant les années 2000, alors que le mouvement djihadiste s’affaiblissait après l’intervention internationale en Afghanistan et les bombardements de drones accrus, sous l’administration Obama, dans les zones tribales pakistanaises. La franchise Al-Qaida dans la péninsule Arabique (AQPA) est née en 2009 de la fusion des branches yéménite et saoudienne du mouvement.  Au début du mois de février, une frappe de drone américaine a tué l’un des principaux idéologues du mouvement, Harith Al-Nadhari. C’est cet homme qui avait loué les frères Kouachi pour leur attaque deCharlie Hebdo, à Paris, en janvier. L’organisation terroriste avait dans le même temps affirmé avoir entraîné et mandaté les Kouachi.  L’Etat islamique, force naissante  Malgré quelques dissidences internes, AQPA dénonce la « barbarie » de l’Etat islamique en Irak et en Syrie, et reste fidèle à Ayman Al-Zawahiri, le successeur d’Oussama Ben Laden. Harith Al-Nadhari condamnait ainsi récemment l’Etat islamique pour ses attaques indiscriminées de chiites, civils ou armés, dans son dernier discours, enregistré peu avant qu’il ne soit tué. Il affirmait qu’AQPA privilégiait pour sa part des cibles identifiées : militaires, milices houthistes, ennemis idéologiques.

https://resistanceinventerre.wordpress.com/2015/03/28/larabie-saoudite-intervient-au-yemen-soutenu-par-liran-et-tiraille-entre-guerres-locales-et-djihad-mondial/

Les démons de l’Arabie saoudite PAR LUIS LEMA

Le Temps Mars2015

Entre la menace de l’Etat islamique et son ennemi chiite, Riyad ne sait plus à quel saint se vouer Si un psychologue pouvait entrer dans la tête d’un dirigeant politique saoudien, il y distinguerait sans doute deux traits obsessionnels. D’un côté, celui qui voit dans le chiisme l’ennemi de toujours, celui face auquel aucun signe de faiblesse n’est possible. Et de l’autre côté, une méfiance sans fond à l’égard de tous ceux qui, au sein même de la grande famille sunnite, pourraient contester son rôle de père indiscutable, certifié par sa possession des lieux saints musulmans que sont La Mecque et Médine. Or, à cette double névrose obsessionnelle, s’ajoute aujourd’hui un cas de plus en plus flagrant de schizophrénie. Depuis l’irruption des Printemps arabes, l’Arabie saoudite ne sait plus à quel saint se vouer. En témoignent les théâtres d’opération dans lesquels ce pays, d’ordinaire si prudent en matière militaire, s’expose désormais. Aux côtés de ses alliés et de ses vassaux, l’Arabie saoudite est maintenant présente en Syrie et en Irak. Elle y combat le groupe de l’Etat islamique, qui conteste sa suprématie sur le plan religieux. Mais elle y affronte aussi, par des moyens plus ou moins détournés, le régime de Bachar el-Assad, cet alaouite allié des… chiites. Riyad vient d’entrer en force dans le jeu yéménite, où en vérité il n’a jamais cessé d’être omniprésent. Ici, il vise à stopper l’avancée des Zaydites, qu’il perçoit comme le cheval de Troie des forces chiites, c’est-à-dire iraniennes. Au risque de consolider ses ennemis les plus extrémistes, soit l’Etat islamique et Al-Qaida, ceux-là même qu’il combat par ailleurs. A la décharge des Saoudiens, le monde occidental, Etats-Unis en tête, se débat aujourd’hui dans des contradictions comparables, face à des «ennemis» (l’Etat islamique, Al-Qaida, Bachar el-Assad, l’Iran, le Hezbollah…) dont il ne parvient plus à faire le tri. Mais, dans le cas de l’Arabie saoudite, notre psychologue décèlerait de surcroît une forte dose de nervosité. A Lausanne, Américains et Iraniens sont en effet en train de plancher sur un accord qui, s’il était conclu, brasserait peut-être les cartes dans toute la région. Avant ce grand chamboulement, il s’agit sans doute de marquer les positions. Au Yémen, l’Arabie saoudite s’y emploie, comme le font derrière elle l’Egypte du maréchal Abdel Fattah al-Sissi ou les Emirats arabes unis. Or, en affirmant leurs obsessions, ces Etats amènent aussi les adversaires à fortifier les leurs. Un égarement d’esprit généralisé, conclurait le psychiatre. http://www.letemps.ch/Page/Uuid/2fd98410-d3fd-11e4-9f2b-2a6998eb792a/Les_d%C3%A9mons_de_lArabie_saoudite

Au Yémen, le coup de force saoudien PAR LUIS LEMA

Le Temps Mars2015

L’Arabie saoudite a lancé son aviation contre les chiites. La crainte d’un engrenage est générale Quelle mouche a piqué les Houthis yéménites? Très longtemps discriminés par le pouvoir de Sanaa, auxquels ils se sont opposés dans pas moins de six épisodes guerriers, les combattants de ce rameau du chiisme ne se sont pas contentés de prendre le contrôle de la capitale, en septembre dernier, mais poursuivaient leur progression militaire jusqu’à menacer, la ville d’Aden, tout au sud du pays. Répondant à une demande du président Abd-Rabbo Mansour Hadi, les forces armées saoudiennes, épaulées d’une coalition d’Etats arabes, sont entrées en action. Jeudi, elles ont bombardé toute la journée les positions tenues par les Houthis, notamment à Sanaa et, plus au sud, dans la ville de Taëz où des milliers de Yéménites sont descendus dans la rue pour réclamer le départ des combattants houthis. «Ce coup de force des Houthis est un mystère. En s’aventurant aussi profondément en territoire sunnite, ils savent qu’ils n’ont aucune chance», commente Stéphane Lacroix, chargé de cours à Science Po Paris. Ce spécialiste met en avant «la stratégie du pire»: «En provoquant une intervention armée et un chaos général, ils tentent peut-être de durcir les fronts, et de réunir autour d’eux l’ensemble de la minorité (chiite) des Zaidites, de laquelle les Houthis font partie, mais qui ne se résume pas à eux.» Une hypothèse qui semble se confirmer sur le terrain. Alors que les raids saoudiens auraient coûté la vie à une vingtaine de civils à Sanaa, et que des centaines de familles tenteraient de fuir les combats, les Yéménites sont aujourd’hui partagés entre deux répulsions: «Cette agression (saoudienne) est jugée inacceptable assure Hisham al-Omeisy, un jeune activiste de Sanaa, qui a formé Al- Watan, un petit parti d’opposition. S’il fallait choisir, les gens sous les bombes se proclameraient Houthis», s’exclame-t-il. Ces dernières semaines, l’Iran chiite n’aurait cessé d’affermir son soutien à l’endroit des rebelles. Alors que, jusqu’ici, aucune connexion aérienne ne reliait Sanaa et Téhéran, les vols quotidiens se compteraient désormais par dizaines. selon des déclarations faites à Téhéran, le pouvoir iranien aurait accompagné son appui financier de la promesse de fournir gratuitement aux combattants houthis du pétrole «pendant un an». En décidant d’intervenir militairement, l’Arabie saoudite semble avoir pris de cours non seulement l’Iran, mais aussi son allié américain. A ses côtés, sont également présents d’autres pays du Golfe, comme les Emirats arabes unis ou le Koweït, mais aussi l’Egypte et la Jordanie. En délicatesse avec la communauté internationale, et aux prises avec les Frères musulmans dans son pays, l’Egypte du maréchal Abdel Fattah al-Sissi était déjà intervenu militairement en Libye pour combattre l’Etat islamique. «Les deux pays (Arabie saoudite et Egypte) affichent ainsi leur prétention de défendre le monde sunnite face aux chiites. Ils tentent par la même occasion de contester à Al-Qaida et à l’Etat islamique ce même rôle que les deux organisations se sont attribué», poursuit Stéphane Lacroix. Grisés par leurs victoires (relatives) en Irak, les extrémistes iraniens ne sont pas en reste. Aujourd’hui, les Iraniens et leurs alliés contrôlent plus ou moins directement Bagdad, Damas et Beyrouth. Certains y voient l’annonce d’autres victoires. Un député iranien, Ali Reza Zakani, s’enflammait récemment: «La révolution yéménite ne s’arrêtera pas au Yémen. Elle s’étendra jusqu’à l’intérieur même de l’Arabie saoudite.» Comme elle l’a démontré à la suite du Printemps arabe, où elle est intervenue militairement pour faire taire la contestation chiite au Bahreïn, l’Arabie saoudite est très préoccupée par une «contagion» de la contestation chiite qui pourrait toucher sa propre minorité. Aujourd’hui, face aux négociations qui se tiennent à Lausanne et qui pourraient déboucher sur une «normalisation» de l’Iran, chacun semble montrer ses muscles. Alors qu’Al-Qaida est très présente au Yémen et que l’Etat islamique vient de semer la terreur en tuant plus de 140 personnes dans des mosquées fréquentées par les Houthis, on prête l’intention à Ryad de «monter» les tribus sunnites modérées du Yémen à la fois contre les chiites et contre les terroristes sunnites. L’engrenage de tous les dangers. http://www.letemps.ch/Page/Uuid/37e9937a-d3fd-11e4-9f2b-2a6998eb792a/Au_Y%C3%A9men_le_coup_de_force_saoudien

Le Yémen s’installe dans le chaos

AFP 30/3/2015

Les avions de la coalition arabe ont lancé une nouvelle série de raids nocturnes au Yémen contre des objectifs militaires rebelles à Sanaa, ainsi qu’à l’est de la capitale et dans l’ouest du pays, ont indiqué lundi des habitants Il s’agit de la cinquième nuit consécutive de raids de la coalition menée par l’Arabie saoudite contre des rebelles chiites, soutenus par l’Iran et qui ont pris le contrôle de la capitale et de larges portions du territoire yéménite. Le bruit des survols d’avions de la coalition a été entendu à Sanaa. La coalition d’une dizaine de pays arabes a été formée à la demande du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, mis en grande difficulté la semaine dernière dans le sud par les rebelles chiites dits Houthis et leur allié, l’ex-président Ali Abdallah Saleh. Selon des habitants de Sanaa, des positions tenues par les rebelles et des soldats de la Garde républicaine (pro-Saleh) à Jebel al-Hahdeine, surplombant le palais présidentiel, ont été touchées dans la nuit. A l’entrée sud de Sanaa, un camp de la Garde républicaine, restée fidèle à M. Saleh, a également été visé, selon des témoins. Aux environs de Marib, à 140 km à l’est de Sanaa, des radars et des batteries de missiles sol-air ont été aussi pris pour cible, ont indiqué des sources de l’administration locale. Dans l’ouest du Yémen, un camp d’unités de la défense antiaérienne a été visé dans la ville de Hodeida, ainsi que plusieurs positions militaires à Mokha, localité portuaire située plus à sud, selon des habitants. L’objectif de la coalition arabe, qui a été avalisé dimanche par le sommet arabe de Charm el-Cheikh (Egypte), est de contraindre les rebelles à déposer les armes et à se retirer des villes et territoires conquis. A Riyad, le porte-parole saoudien de la coalition a affirmé dimanche soir que les «opérations contre les miliciens chiites vont s’accentuer au cours des prochains jours». «Ils n’auront plus aucun lieu sûr», a prévenu le général Ahmed Assiri à propos des Houthis et des partisans de l’ex-président Saleh.

Al-Qaida, l’Arabie saoudite et Israël

Par Robert Parry – Le 4 février 2015 – Source consortiumnews

Exclusif: L’Arabie saoudite est sous l’orage après qu’un détenu d’al-Qaida a impliqué des hauts responsables saoudiens en tant que collaborateurs du groupe terroriste. Et les nuages pourraient même assombrir l’avenir politique du Premier ministre israélien Natenyahou en raison de son alliance bizarre avec Ryiad, explique Robert Parry dans cet article. La révélation que le condamné Zacarias Moussaoui, membre actif d’al-Qaida, a identifié des hauts membres du gouvernement saoudien comme financiers du réseau terroriste transforme potentiellement la manière dont les Américains percevront dorénavant les événements au Moyen-Orient et fait courir un risque au gouvernement Likoud d’Israël, qui a forgé une alliance improbable avec certains de ces mêmes Saoudiens. Selon un article paru dans le New York Times mercredi 4 février 2015, Moussaoui a déclaré, dans une déposition faite en prison, qu’il avait été choisi, en 1998 ou 1999, par des chefs d’al-Qaida en Afghanistan pour créer une base de données informatiques des donateurs du groupe, et que la liste incluait le prince Turki al-Faisal, alors chef des services secrets saoudiens, le prince Bandar bin Sultan, longtemps ambassadeur d’Arabie saoudite aux Etats-Unis, le prince al-Waleed bin Talal, un célèbre milliardaire et investisseur, ainsi que de nombreux dignitaires religieux.

Le prince Bandar bin Sultan, à l’époque ambassadeur aux Etats-Unis, rencontrant le président George W. Bush à Vrawford, Texas. (photo Maison Blanche)

«Cheikh Oussama voulait garder une trace de tous ceux qui donnent de l’argent, a expliqué Moussaoui dans un anglais approximatif, de ceux qui doivent être écoutés ou qui ont contribué à la guerre sainte.» Bien que la crédibilité de Moussaoui ait immédiatement fait l’objet d’attaques de la part du royaume saoudien, ses affirmations concordent avec les estimations de certains membres du Congrès états-unien qui ont eu accès à une petite partie du rapport secret sur les attentats du 11 septembre, et qui traite du soutien saoudien présumé à al-Qaida. Ce qui complique encore plus la situation pour l’Arabie saoudite, c’est que, plus récemment, l’Arabie saoudite et d’autres Émirats pétroliers du Golfe persique ont été identifiés comme des soutiens de militants sunnites combattant en Syrie pour renverser le régime à majorité laïque du président Bashar al-Assad. La principale force rebelle bénéficiant de ce soutien est le front al-Nusra, affilié d’al-Qaida en Syrie. Autrement dit, les Saoudiens semblent avoir poursuivi une relation secrète avec des djihadistes reliés à al-Qaida jusqu’à aujourd’hui. L’exposition d’Israël Comme les Saoudiens, les Israéliens se sont rangés du côté des militants sunnites en Syrie, parce qu’ils partagent la vision des Saoudiens que l’Iran, et ce qu’on appelle le croissant chiite – qui va de Téhéran à Beyrouth, en passant par Bagdad et Damas –, est la plus grande menace pour leurs intérêts au Moyen-Orient. Cette préoccupation commune a incité Israël et l’Arabie saoudite à conclure une alliance de facto, bien que la collaboration entre Jérusalem et Riyad ait souvent été invisible à l’opinion publique. Pourtant, celle-ci a parfois eu l’occasion de pointer son nez lorsque les deux gouvernements déployaient leurs actifs complémentaires – les Saoudiens ont le pétrole et l’argent et Israël a le poids politique et médiatique – dans des domaines où ils ont des intérêts communs. Ces dernières années, ces ennemis historiques ont coopéré dans leur dédain commun pour le gouvernement des Frères musulmans en Égypte (qui a été renversé en 2013), dans leur tentative de faire chuter le régime de Assad en Syrie, et dans les pressions qu’ils exerçaient ensemble pour faire, adopter par les Etats-Unis une position plus hostile à l’égard de l’Iran. Israël et l’Arabie saoudite ont aussi joint leurs efforts pour mettre la pression sur le président de la Russie Vladimir Poutine, qui est considéré comme un supporter clé à la fois de l’Iran et de la Syrie. Les Saoudiens ont utilisé leur pouvoir en termes de production de pétrole pour faire baisser les prix et frapper l’économie russe, tandis que les néoconservateurs états-uniens – qui partagent la vision géopolitique du monde d’Israël – étaient en première ligne du coup d’État qui a renversé Victor Ianoukovitch, le président ukrainien pro-russe en 2014. L’alliance israélo-saoudienne en coulisses a placé – inconfortablement parfois – les deux gouvernements du côté des jihadistes sunnites combattant l’influence chiite en Syrie, au Liban et en Irak. Le 18 janvier 2015, par exemple, Israël a attaqué des conseillers libanais et iraniens assistant le gouvernement d’Assad en Syrie, tuant plusieurs membres du Hezbollah et un général iranien. Ces conseillers militaires étaient engagés dans des opérations contre le front al-Nusra d’al-Qaida. En même temps, Israël s’est abstenu d’attaquer des militants d’al-Nusra qui avaient investi une parcelle de territoire syrien à proximité des hauteurs du Golan occupées par Israël. Une source proche des services de renseignements états-uniens m’a dit qu’Israël a un pacte de non-agressionavec les forces d’al-Nusra. L’alliance de la carpe et du lapin Les alliances bizarres d’Israël avec les intérêts sunnites ont évolué ces dernières années, lorsque Israël et l’Arabie saoudite sont apparus comme un étrange ménage commun dans la lutte géopolitique contre l’Iran, dirigé par des chiites, et ses alliés en Irak, en Syrie et au Sud-Liban. En Syrie, par exemple, des responsables israéliens ont dit clairement qu’ils préféreraient que les extrémistes sunnites l’emportent dans la guerre civile plutôt qu’Assad, qui est un alaouite, une branche de l’islam chiite. En septembre 2013, l’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Michael Oren, puis un proche conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahou, ont déclaré au Jerusalem Post qu’Israël préférait les extrémistes sunnites à Assad. « Le principal danger pour Israël provient de l’arc stratégique qui s’étend, depuis Téhéran, à Damas et à Beyrouth. Et nous avons vu le régime d’Assad comme la clé de voûte dans cet arc, a déclaré Oren dans une interview au Jerusalem Post. Nous avons toujours voulu qu’Assad s’en aille, nous avons toujours préféré les méchants non soutenus par l’Iran aux méchants qui l’étaient.» Il a ajouté que c’était le cas même si les méchants étaient affiliés à al-Qaida. Et, en juin 2014, s’exprimant en tant qu’ancien ambassadeur lors d’une conférence de l’Institut Aspen, Oren a développé sa position, disant qu’Israël préférerait même une victoire par la brutalité de l’État Islamique au maintien au pouvoir en Syrie d’un Assad soutenu par l’Iran. «Pour Israël, si c’est un mal qui doit l’emporter, laissez le mal sunnite prévaloir», a dit Oren. Scepticisme et doute En août 2013, lorsque j’ai publié pour la première fois un article sur la relation croissante entre Israël et l’Arabie saoudite, sous le titre The Saudi-Israeli Superpower [La superpuissance israélo-saoudienne, NdT], toute l’histoire a été accueillie avec beaucoup de scepticisme. Mais, peu à peu, cette alliance secrète est devenue publique. Le 1er octobre 2013, le Premier ministre israélien y a fait allusion dans son allocution à l’assemblée générale des Nations unies, qui était largement consacrée à la dénonciation du programme nucléaire de l’Iran et à la menace d’une attaque israélienne unilatérale. Dans cette attitude belliqueuse, Netanyahou s’est largement trompé sur l’évolution des rapports de force au Moyen Orient, disant: «Les dangers d’un Iran nucléarisé et l’émergence d’autres menaces dans notre région ont amené nombre de nos voisins arabes à reconnaître, à reconnaître en fin de compte, qu’Israël n’est pas leur ennemi. Et cela nous offre l’occasion de surmonter une hostilité historique et de construire de nouvelles relations, de nouvelles amitiés, de nouveaux espoirs.» Le lendemain, la deuxième chaîne de télévision israélienne, Channel 2,rapportait que d’importants responsables de la sécurité israélienne avaient rencontré leur homologue des États du golfe à Jérusalem, on pense qu’il s’agissait du prince Bandar, l’ancien ambassadeur saoudien aux Etats-Unis qui était alors chef des services secrets saoudiens. La réalité de cette alliance improbable a maintenant atteint même les médias états-uniens dominants. Par exemple, Joe Klein, le correspondant deTime magazine, a décrit ce nouveau copinage dans un article de l’édition du 19 janvier 2015. Il écrit: «Le 26 mai 2014 un débat public sans précédent a eu lieu à Bruxelles. Deux anciens espions haut placés, d’Israël et de l’Arabie saoudite – Amos Yadlin et le prince Turki al-Faisal –, sont restés assis pendant plus d’une heure, à discuter de la politique régionale dans un débat animé par le journaliste du Washington Post David Ignatius. Ils étaient en désaccord sur certains points, comme la nature exacte d’un accord de paix entre Israël et la Palestine, et sont tombés d’accord sur d’autres: la gravité de la menace nucléaire iranienne, la nécessité de soutenir le nouveau gouvernement militaire en Égypte, la demande d’une action internationale concertée en Syrie. La déclaration la plus frappante est venue du prince Turki, qui a déclaré que les Arabes avaient franchi le Rubicon et ne voulaient plus combattre Israël.» Même si Klein a détecté le côté lumineux de cette détente, celle-ci comporte aussi un côté sombre, comme Moussaoui l’a rapporté dans sa déposition, qui identifie le prince Turki comme l’un des bailleurs de fonds d’al-Qaida. Encore plus troublante, peut-être, sa mention du prince Bandar, qui s’est longtemps présenté lui-même comme un ami des États-Unis, tellement proche de la famille Bush qu’il était surnommé Bandar Bush. Moussaoui a affirmé qu’il avait discuté d’un plan pour abattre l’Air Force One [l’avion du président US, NdT] au moyen d’un missile Stinger avec un membre du personnel de l’ambassade saoudienne à Washington, à l’époque où Bandar était ambassadeur aux Etats-Unis. Selon l’article de Scott Shane dans le New York Times, Moussaoui a dit qu’il était chargé de trouver un endroit approprié pour lancer une attaque de Stinger, puis s’échapper ensuite, mais il a été arrêté le 16 août 2001 avant d’avoir pu mener à bien cette mission de reconnaissance. Penser que quelqu’un, dans l’ambassade saoudienne alors sous le contrôle de Bandar Bush, complotait avec al-Qaida pour abattre l’Air Force One de George W. Bush est choquant, si l’information est vraie. Ça aurait été inconcevable même après les attaques du 11 septembre, qui a impliqué quinze Saoudiens parmi les 19 pirates de l’air. Le lendemain de cette attaque terroriste qui a tué près de 3 000 Américains, Bandar est allé à la Maison Blanche et a persuadé Bush d’organiser la rapide sortie des Etats-Unis de membres de la famille Ben Laden et d’autres Saoudiens. Bush a été d’accord pour aider ces Saoudiens à partir par les premiers vols de nouveau autorisés. L’intervention de Bandar a sabordé les chances du FBI d’en apprendre plus sur les liens entre Oussama Ben Laden et les auteurs des attentats du 11 septembre, en ne donnant aux agents du FBI que le temps de mener des interviews superficielles avec les Saoudiens sur le départ. Bandar lui-même était proche de la famille Ben Laden et il a reconnu avoir rencontré Oussama dans le contexte où Ben Laden le remerciait de l’aider à financer le projet de jihad en Afghanistan au cours des années 1980 : «Pour être honnête avec vous, je n’ai pas été impressionné, a déclaré Bandar à Larry King, de CNN. Je pensais que c’était un type très simple et très calme.» Le gouvernement saoudien a affirmé avoir rompu les liens avec Ben Laden au début des années 1990, quand ce dernier a commencé à viser les Etats-Unis, parce que le Président George H. W. Bush avait posté des troupes américaines en Arabie Saoudite. Mais – si Moussaoui dit la vérité – al-Qaida aurait toujours compté Bandar parmi ses partisans à la fin des années 1990. Bandar et Poutine Les liens éventuels de Bandar avec le terrorisme sunnite sont aussi apparus en 2013, lors d’une confrontation entre Bandar et Poutine sur ce que Poutine voyait comme une menace pure et simple de lancer les terroristes tchétchènes contre les jeux Olympiques d’hiver à Sotchi si Poutine ne réduisait pas son soutien au gouvernement syrien. Selon une fuite diplomatique sur la rencontre du 31 juillet 2013 à Moscou, Bandar a informé Poutine que l’Arabie saoudite avait une grande influence sur les extrémistes tchétchènes, qui avaient mené de nombreuses attaques terroristes contre des cibles russes et qui s’étaient déployés depuis pour rejoindre la lutte contre le régime d’Assad en Syrie. Comme Bandar appelait à un rapprochement de la position russe vers la position saoudienne sur la Syrie, il aurait offert des garanties de protection contre les attaques terroristes tchétchènes contre les jeux Olympiques. «Je peux vous donner la garantie de protéger les jeux Olympiques d’hiver dans la ville de Sotchi, sur la mer Noire l’an prochain, aurait dit Bandar. Nous contrôlons les groupes tchétchènes qui menacent la sécurité des jeux. » Poutine a répondu: « Nous savons que vous avez soutenu les groupes terroristes tchétchènes depuis une décennie. Et ce soutien, dont vous avez parlé avec franchise tout à l’heure, est totalement incompatible avec les objectifs communs de lutte contre le terrorisme mondial.» La menace dans le style mafieux de Bandar envers les jeux de Sotchi – une version de «avec les beaux jeux Olympiques que vous avez organisés, ce serait une misère si quelque chose de terrible se passait» – a échoué à intimider Poutine, qui a continué à soutenir Assad. Moins d’un mois plus tard, un incident en Syrie a presque forcé la main au président Barack Obama pour lancer des attaques aériennes contre l’armée d’Assad, qui auraient pu ouvrir la voie au front al-Nusra ou à l’État islamique pour prendre Damas ainsi que le contrôle sur la Syrie. Le 21 août 2013, une mystérieuse attaque au gaz sarin à l’extérieur de Damas a tué des milliers de gens et, dans les médias états-uniens, l’incident a immédiatement été attribué au régime d’Assad. Les néocons américains et leurs alliés libéraux interventionnistes ont demandé qu’Obama ordonne des attaques aériennes en représailles, même si quelques analystes des services de renseignements américains doutaient que les forces d’Assad soient responsables et suspectaient que l’attaque était soutenue par des rebelles extrémistes tentant de pousser l’armée américaine à intervenir dans la guerre civile à leurs côtés. Pourtant, poussé par les faucons néocons et libéraux, Obama a presque ordonné une campagne de bombardements destinée à abîmer l’armée syrienne, mais qu’il a annulée à la dernière minute. Il a ensuite accepté l’aide de Poutine dans la recherche d’une solution diplomatique dans laquelle Assad a accepté de renoncer à tout son arsenal d’armes chimiques, tout en continuant à nier un rôle quelconque dans l’attaque au sarin. Plus tard, la rengaine c’est-Assad-qui-l’a-fait a perdu son crédit devant la nouvelle évidence que les extrémistes sunnites, soutenus par l’Arabie saoudite et plus tard la Turquie, étaient plus probablement les auteurs de l’attaque. Un scénario devenu de plus en plus crédible lorsque les Américains en ont appris davantage sur la cruauté et la brutalité de nombreux djihadistes combattant en Syrie. [Voir Consortiumnews.com, The Mistaken Guns of Last August.] Poutine dans le viseur La coopération de Poutine avec Obama pour éloigner une attaque militaire états-unienne en Syrie a fait du président russe davantage qu’une cible pour les néocons américains qui pensaient avoir enfin atteint le but de leur long désir de changement de régime en Syrie, uniquement bloqué par Poutine. A la fin de septembre 2013, un des principaux néocons, le président du National Endowment for Democracy, Carl Gershman, a annoncé le but de défier Poutine et de reconnaître son point sensible en Ukraine. Dans la page libre opinion du Washington Post du 26 septembre 2013, Gershman a qualifié l’Ukraine de plus grand trophée et d’étape importante vers une éviction de Poutine. Gershman écrit que «le choix de l’Ukraine de rejoindre l’Europe accélérera la disparition idéologique de l’impérialisme que représente Poutine. (…) Les Russes aussi, sont face à un choix, et Poutine peut se retrouver lui-même en train de perdre, pas seulement à l’égard de l’étranger proche, mais en Russie même.» [Voir Consortiumnews.com’s Neocons Ukraine-Syria-Iran Gambit.] Toutefois, au début de 2014, Poutine était obsédé par la menace implicite d’attaque terroriste, proférée par Bandar, contre les jeux Olympiques de Sotchi. Ce qui l’a distrait du changement de régime – poussé par le NED et la secrétaire adjointe néocon au Département d’État pour les Affaires européennes, Victoria Nuland – dans le pays voisin, l’Ukraine. Le 22 février 2014, des putschistes, dirigés par une milice néo-nazie bien organisée, ont éjecté du pouvoir le président élu Victor Ianoukovitch et son gouvernement. Poutine a été pris au dépourvu et, dans le chaos politique qui s’en est suivi, a accepté les requêtes des responsables criméens de rejoindre la Russie, faisant ainsi exploser ses rapports de coopération avec Obama. Avec Poutine, nouveau paria pour les responsables de Washington, l’influence néocon a aussi été renforcée au Moyen-Orient, où il était possible d’exercer une nouvelle pression sur la montée chiite en Syrie et en Iran. A l’été 2014, cependant, l’État islamique, qui avait rompu avec al-Qaida et le Front al-Nosra, s’est déchaîné, envahissant l’Irak et décapitant des soldats prisonniers. L’État islamique s’est alors engagé dans d’épouvantables décapitations d’otages occidentaux en Syrie, filmées en vidéo. La brutalité de l’État islamique et la menace qu’il a fait peser sur ceux qui sont soutenus par les États-Unis, le gouvernement irakien dominé par les chiites, a changé le calcul politique. Obama s’est senti obligé de lancer des attaques aériennes contre l’État islamique, à la fois en Irak et en Syrie. Les néocons américains ont tenté de convaincre Obama d’étendre les attaques en Syrie sur les forces d’Assad, mais Obama a réalisé qu’un tel plan ne bénéficierait qu’à l’État islamique et au Front al-Nusra. En effet, les néocons s’agitaient – davantage que l’ambassadeur Oren l’avait fait – en faveur des extrémistes sunnites alliés avec al-Qaida contre le régime laïc d’Assad parce qu’il était allié avec l’Iran. Maintenant, avec la déposition de Moussaoui identifiant les dirigeants saoudiens comme patrons d’al-Qaida, il semble qu’un autre voile soit levé. Pour compliquer les choses encore davantage, Moussaoui a aussi affirmé qu’il transmettait des lettres entre Oussama Ben Laden et le prince héritier Salman, récemment devenu roi après la mort de son frère, le roi Abdallah. Mais c’est la révélation de Moussaoui qui a peut-être jeté la lumière la moins flatteuse sur Bandar, d’abord confident de la famille Bush et qui – si Moussaoui a raison – a peut-être joué un double jeu sinistre. Le Premier ministre israélien Netanyahou affronte peut-être aussi des questions embarrassantes, spécialement s’il tient le discours qu’il a prévu devant une session commune avec le Congrès, le mois prochain, et attaque Obama pour être trop mou avec l’Iran. Et les néocons américains pourraient devoir expliquer pourquoi ils ont apporté de l’eau au moulin, pas seulement pour les Israéliens, mais pour un Israël allié de facto à l’Arabie saoudite. Le journaliste d’investigation Robert Parry a publié de nombreux articles pour Associated Press et Newsweek dans les années 1980. Son dernier ouvrage : America’s Stolen Narrative. Traduit par Diane, relu par jj pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.net/al-qaida-larabie-saoudite-et-israel/

9 réponses »

  1. A propos du billet de Charles Gave

    Je ne sais pas si les pièces du puzzle s’assemblent comme Charles Gave le décrit, mais ce que je sais c’est que la situation est dangereuse, tant les protagonistes sont incompétents. Ils jouent aux apprentis sorciers, sans vision aucune et sans retenue.

    l’Europe et la France qui devraient jouer un rôle modérateur, inciter à la raison, sont sans voix. La politique étrangère et la diplomatie n’ont jamais été les points forts de l’Allemagne et Hollande est redoutablement incompétent. Par ailleurs on dit qu’en plus, la France serait tricarde aux USA car un officiel Français très haut placé aurait commis des indiscrétions majeures au profit d’Israel sur les intentions d’Obama. Ce serait très mal passé aux Etats-Unis.

    L’un des risques majeurs, non évoqué directement par Charles Gave est la déstabilisation de l’Arabie Saoudite par la conjonction de rivalités intérieures et des coups de boutoir extérieurs.

    Mais peu importe, les primes de risque sont … dans les plus bas niveaux historiques séculaires!

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    • amha cela pétera nécessairement quand les actions seront au plus bas (cf point bas invasion irak en 2003 qui est l’exact point bas des actions, ils ne se sont même pas cachés lol)
      donc pour l’instant …

      d’aucuns voyaient israel rayée de la carte (des projets sérieux de déménagement au nevada ont été envisagé au moins côté US), mais ça pourrait être l’Arabie saoudite (le quatar pour le rayer faut 4h…)

      et un petit détail me conforte, des businessmen (francais) qui n’ont absolument pas le sens du timing y investissent et y voient l’eldorado.. consternant..

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  2. Il y a quand même quelque chose qui m’interpelle au travers des événements au Yemen.

    Bon, soit, si les aventuriers de Kiev, soutenus par les puissances occidentales, se sont cassés les dents en essayant de s’attaquer au Donbass, ce ne peut être, bien sûr, que de la faute des Russes !

    Logique, ils ont une frontière commune avec le Donbass, et ils ne pouvaient pas se contenter d’observer les sbires des oligarques ukrainiens massacrer une population frère sans réagir. L’échec complet des offensives de la Junte de Kiev au Donbass achève de signer le forfait impardonnable des Russes.

    On notera au passage que ce raisonnement, s’il n’est pas totalement dénué de fondement, égare ceux qui le soutiennent.

    Il les égare, parce que leur insistance à condamner l’immixtion russe les dispense de se demander pourquoi au juste est-ce qu’ils se mêlent d’une affaire qui semble autant préoccuper les Russes.

    Il les égare, parce que s’ils constatent bien l’échec de la Junte de Kiev, ils en occultent totalement le caractère aventureux, imbécile, la vaine fuite en avant agressive pour masquer un constat d’échec généralisé, pour n’en retenir que la preuve indélébile de l’intervention russe.

    Ce même raisonnement, déjà terriblement bancal en Ukraine, me semble autrement préoccupant une fois transposé au Yemen, tant il occulte les errances des Saoudiens, les malheurs de leur politique yéménite étant imputées aux Iraniens chiites, soupçonnés de venir en aide aux Houthis, chiites.

    Que nous apprend en effet une brève comparaison de la situation géographique en Ukraine et dans la péninsule arabique, sinon que les Iraniens auraient bien été en peine de fournir aux miliciens Houthis la même aide, du reste alléguée, que les Russes aux miliciens du Donbass ?

    Ici, point de frontières terrestres contrôlée par les perfides Iraniens pour fournir une aide militaire massive, éventuellement déguisée sous la forme de convois d’aide humanitaire, point de convois de camions-citernes (tankers) transformés en convois de blindés (tanks) pour fournir un appui décisif aux miliciens Houthis.

    Pire, les Houthis, qui vivent au nord du Yemen, ont toujours été coincés – du moins avant la prise de la capitale Sanaa – entre la frontière saoudienne, au nord, et le régime du président Hadi, l’homme des Saoudiens, au sud. A l’est, dans les montagnes rocailleuses du Yemen, les hommes d’Al Qaïda.

    Restait la possibilité d’un approvisionnement par mer, mais sans disposer d’un accès portuaire – c’est-à-dire Aden, qui vient tout juste de tomber entre leurs mains -, la chose est singulièrement malaisée. En plus, faut-il le rappeler, au nez et à la barbe non seulement des Saoudiens et du gouvernement yéménite, mais aussi de toutes les flottes de guerre de la planète, et d’abord des puissances occidentales, réunies dans le Golfe d’Aden, officiellement pour lutter contre les pirates somaliens, officieusement pour maintenir un contrôle sur ce détroit stratégique.

    C’est là qu’à mon sens les accusations d’immixtion des Iraniens dans ce que les Saoudiens considèrent comme leur arrière-cour deviennent terriblement dangereuses. Non pas tant pour la sécurité du Moyen-Orient que et le risque d’ouverture d’un conflit généralisé que pour ce que cela signifie, d’abord, sur la vérité de situation en Arabie Saoudite et au Yemen.

    Comment se sont armés les Houthis, si ce n’est en achetant les complicités nécessaires autour d’eux, c’est-à-dire auprès des forces régulières yéménites, voire, et ce n’est pas à exclure, auprès des Saoudiens eux-mêmes, leurs forces armées étant largement constituées de… Yéménites ? Et s’ils ont acheté les complicités nécessaires avec de l’argent iranien, il faudrait bien expliquer alors comment un état paria, coupé du système financier international, a bien pu procéder pour ce faire.

    Dans ces conditions, on comprend bien que les Saoudiens puissent être terrorisés à l’idée de reconnaître que les Houthis n’ont pu marcher sur Sanaa qu’avec des complicités énormes au sein des appareils de sécurité tant yéménites que saoudiens – reflétant l’âpreté des luttes de pouvoir au sein du pouvoir saoudien ? – mais à les nier comme ils le font, ils sous-estiment dangereusement ce qui est d’abord un danger intérieur.

    Pour conclure, autant il me semble assez improbable que les Iraniens aient pu apporter une aide quelconque avant la prise de Sanaa en septembre dernier, autant il me semble clair que les choses ont changé depuis, et que les longs mois d’attente ayant précédé la reprise des opérations et la marche vers Aden ont largement pu être mis à profit pour se préparer à la confrontation finale, inévitable, avec les Saoudiens.

    Ce qui explique sans doute, au passage, la violence des attaques menées contre les populations civiles par des pilotes furieux de n’avoir aucune cible plus importante à détruire… Evidemment ! Les Houthis et les forces régulières de l’armée yéménite qui avaient rallié leurs rangs allaient-ils tranquillement attendre dans leurs casernes qu’on vienne les bombarder, ou, connaissant les « lignes rouges » de leurs adversaires, allaient-ils plutôt prendre le temps de se préparer en conséquence ?

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  3. accord iran pipo: les centrifugeuses sont à 100m sous terre donc inatteignables.

    encore mieux les acclamations sont les mêmes que celles des accords de munich

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  4. Correct, accord pipo, les installations nucléaires ont été « nettoyées » de toute trace. Les vrais sites ont été deplaces depuis un peu plus d’un an.

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