Art de la guerre monétaire et économique

Les Clefs pour Comprendre du Mercredi 10 Juin 2015 : La suppression des espèces, une question complexe -2éme partie Par Bruno Bertez

Les Clefs pour Comprendre du Mercredi 10 Juin 2015 : La suppression des espèces, une question complexe -2éme partie Par Bruno Bertez

RAPPEL DES FONDEMENTS DU DEBAT: 

La guerre contre le cash se déroule sur cinq fronts. Faute de distinguer entre ces différents fronts, la confusion s’installe et le débat devient impossible.

Premier front, celui de la macro-économie. La suppression du cash est suggérée par certains pour accélérer la vitesse de rotation de la monnaie et ainsi favoriser la reprise économique. Le cash serait en quelque sorte une sorte d’obstacle à la bonne transmission des politiques économiques et singulièrement à celles des mesures non-conventionnelles, comme les taux zéro ou négatifs.

Second front, celui de la rentabilité des banques. Les syndicats bancaires vont valoir que la manipulation du cash coûte cher (très cher disent-ils). Ils vont jusqu’à chiffrer le coût de l’usage du cash bien entendu en omettant celui des solutions alternatives. Les banques ne vont pas jusqu’à chiffrer le bénéfice supplémentaire qu’elles tireront des commissions sur l’usage des cartes, etc.

Troisième front, celui de la sécurité bancaire. Si les déposants ne peuvent retirer leur argent cash des banques commerciales, alors les ruées, les « runs », les paniques qui font tomber les banques deviennent impossibles.

Quatrième front, celui de la fiscalité. La disparition du cash et son remplacement par les paiements modernes permet de tracer toutes les transactions et ainsi elle est censée faire disparaître la fraude, laquelle se pratique souvent à partir des espèces.

Cinquième front, celui des libertés individuelles et du choix par le détenteur d’argent liquide d’en faire ce qu’il veut. A partir du moment où tout est recensé, surveillé et contrôlé, à partir du moment où tout est piégé dans le système, on a les outils pour forcer les agents économiques à certains types d’emplois plutôt qu’à d’autres. Comme des souscriptions obligatoires (genre emprunt de solidarité) à certaines émissions dès lors que l’on dépasse un certain seuil de crédit en banque.

La Guerre contre le Cash-  Seconde Partie

Billion Back Records animated GIF

La suppression des espèces fait partie de ces rumeurs qui se propagent d’autant plus et d’autant plus vite qu’elles correspondent à une bribe de réalité et de rationalité. Il y a bien, au niveau mondial, une campagne, une guerre contre le cash. Comme presque toutes les rumeurs, elle correspond presque à une attente. Les idées ne naissent pas de la pression atmosphérique, il n’y a pas de création spontanée. Les idées sont dans l’air et il y a toujours quelqu’un pour les saisir. Ou les ressortir, car toutes les idées que nous évoquons ont été testées lors de la grande crise des
années 30. Ceci signifie que l’idée du bannissement des espèces a une origine et qu’elle correspond à une histoire ; histoire des idées, histoire de l’économie réelle, histoire des progrès de la technologie.

L’idée du bannissement du cash est une enfant de la crise, laquelle se définit comme crise financière déflationniste issue de l’accouplement entre l’excès de dettes et l’excès de progrès des processus de production de richesses. Tout coûte moins cher à produire, mais comme on l’a financé à crédit, le montant des dettes pèse d’un poids relatif accru. Le progrès des techniques et des échanges crée un monde déflationniste, comme ce progrès a été financé par la dette et non par l’épargne en fonds propres, la dette ne peut plus être honorée, car les prix baissent. C’est le surendettement et la crise est le révélateur de ce surendettement. La crise se manifeste par un ralentissement de la vitesse de circulation de la monnaie. La vitesse de circulation de la monnaie n’existe pas, c’est une abstraction réifiée, mais peu importe, utilisons le concept pour l’exposé. Donc selon nos Maîtres, si la crise se manifeste par le ralentissement de la vitesse de circulation de la monnaie, le remède de nos docteurs Diafoirus, c’est… de l’accélérer. Pour accélérer la vitesse, on a un truc ; il suffit de faire de l’inflation. En effet, quand il y a de l’inflation, a remarqué notre bon docteur Keynes, les gens se débarrassent de leur monnaie. Donc il faut faire de l’inflation monétaire, il faut institutionnaliser la perte de valeur de la monnaie. C’est pour cela que nos Banquiers Centraux ne cessent de pleurnicher pour obtenir une inflation minimum de 2%. Mais si la cause de la déflation est … la baisse des prix par la concurrence étrangère des pays à bas salaire et le progrès des technologies, alors on n’arrive pas à fabriquer cette inflation de 2%. La solution de Keynes ne fonctionne pas. Il y a une autre solution qui avait été proposée par un rival de Keynes, c’est le « demurrage », de Sylvio Gesell. Le demurrage réalise l’inflation en tant que perte de valeur de la monnaie artificiellement, c’est à dire à la main. Le demurrage consiste à imposer un taux négatif à la monnaie, à taxer sa détention, à instituer un « carrying cost ». La monnaie demurrée perd de sa valeur avec le temps comme avec l’inflation. Pour demurrer, il faut un système simple, informatisable, peu coûteux. Et ce système simple, on ne peut le mettre en en œuvre que si tous les avoirs de gens sont… bloqués à la Banque. Car si on peut retirer son argent et exiger son cash, sa LTM, alors on échappe au demurrage et la mesure est inefficace. Vous avez tout compris.

La crise de surendettement a constitué un révélateur de la fragilité du secteur bancaire sous le régime du « fractionnal banking ». Autre nom de la pratique bancaire de la multiplication des pains. Les déposants , alarmés par les pertes des établissements bancaires, se sont précipités afin de retirer leur argent, ce qui a rendu les banques encore plus vulnérables et fragiles. Toutes les banques sont sujettes à ce risque de retraits collectifs, on appelle cela des ruées, « runs ». Compte tenu de la situation réelle du secteur bancaire mondial, lequel n’est solvable et liquide que grâce à la lévitation des marchés financiers, la probabilité de « runs » dans le futur est grande. C’est ce qui explique que les banques soient très en faveur des limitations de l’usage du cash, elles y voient l’avantage de pouvoir ne pas répondre aux demandes d’espèces en cas de difficultés majeures et de se mettre ainsi à l’abri de la menace des « runs ». L’idée de limiter, voire de bannir le cash, est venue de là, les banques veulent se mettre à l’abri de demandes d’espèces qui feraient ressortir leur insolvabilité et leur absence de liquidité. Elles veulent continuer à spéculer, à mal gérer et à verser des bonus, sans risquer la sanction suprême, la fuite des déposants. Vue sous cet aspect, la guerre contre le cash est une guerre contre la liberté des déposants de retirer leur argent. C’est une restriction de liberté qui ne dit pas son nom. C’est un moyen d’assurer l’impunité des banquiers. En Suède, précurseur en la matière, les trois quart des banques majeures n’acceptent plus le cash et n’en délivrent plus. L’impunité est en quelque sorte garantie. Presque.

La guerre contre le cash suit également un autre cheminement, mais bien sûr, il y a convergence avec celui qui est décrit ci-dessus. La GFC, la Grande Crise Financière a muté en Grande Crise Economique, la GEC. En menace de récession ou de déflation. Les Banquiers issus du MIT appellent cela « une insuffisance de la demande globale ». Pour soutenir l’activité, selon eux, il faut créer de la demande artificielle par les moyens connus du keynésianisme et donc par le crédit et la stimulation fiscale. En clair, pour prolonger le système, on crée encore plus de dettes. Pour faire absorber la dette, on imprime plus de monnaie. Le faible rendement de la création monétaire, la mauvaise transmission, comme l’on dit, de la stimulation monétaire joints au gonflement dangereux de la masse de cash produit une réflexion sur le cash. Le cash devient pour tout le monde le mistigri dont il faut se débarrasser. Le rendement des actions de stimulation est faible, on dit que l’on pousse partiellement sur une corde. L’argent ne va pas là où on aimerait qu’il aille. Comment faire pour que les gens se décident à obéir et à faire ce que l’on veut qu’ils fassent. On veut que cet argent, ils le mettent dans le circuit économique, on veut qu’il tourne, qu’il travaille. Or, la vitesse de circulation de cet argent ralentit au fur et à mesure que l’on en crée. Il y a trop d’argent qui dort d’une certaine façon. On le met au parking, soit dans les placements sans risque, soit on le laisse dans les comptes de dépôts bancaires. Comme il y en trop, les taux des emplois deviennent nuls, puis négatifs, et les individus et institutions songent à le retirer des banques car les banques menacent de reporter les taux négatifs sur les dépôts. Ceci conduit les agents économiques à retirer leur argent des banques et à le stocker chez eux sous forme d’espèces. Ce mouvement est considéré comme non souhaitable, la Banque Nationale Suisse a été jusqu’à stigmatiser ceux qui l’effectuait et à les qualifier de mauvais citoyens. On devine la suite, elle est logique, il faut envisager de pénaliser ceux qui conservent leurs capitaux sous formes d’espèces et donc il faut les menacer. Voilà l’origine de la rumeur sur le bannissement des espèces. Il y en a d’autres, mais elles sont toujours plus ou moins du même tabac, il faut pénaliser les agents économiques et les mauvais citoyens qui cherchent à défendre le produit de leur travail ou de leur industrie, il faut les punir. Il y a un lien organique entre les taux zéro, les taux négatifs, la demande d’espèces et la volonté de punir ceux qui n’acceptent pas d’être spoliés. La spoliation monétaire doit compléter la spoliation fiscale. Il faut punir les citoyens car les banquiers et les Gouvernements ont fauté.

Les réflexions sur le cash et les espèces sont des enfants du keynésianisme confronté à ses échecs. C’est l’illustration de la loi qui gouverne les esprits socialistes : si cela ne marche pas, c’est parce que l’on n’en a pas fait assez. Au lieu d’être un désaveu, l’échec est un encouragement à aller encore plus loin. Accessoirement, se vérifie une autre idée qui est que le système capitaliste se sauve, dépasse ses contradictions, se reproduit en se pervertissant, en acceptant de plus en plus de socialisme. Le capitalisme se sauve, les classes ultra capitalistes se sauvent en allant non vers le capitalisme d’Etat, comme on l’a cru dans les années 60, mais en allant vers le capitalisme financier, vers le dirigisme financier. Les classes ultra-capitalistes sauvent leur liberté de jouer au Monopoly mondial en sacrifiant celles des classes moyennes et petites.

Une fois posés l’historique et la dialectique qui a produit l’Idée, il faut se poser la question de savoir pourquoi cette idée rencontre un certain succès. Si une idée « prend », c’est qu’elle sert certains intérêts tout en rencontrant des circonstances favorables ; rencontre d’une logique et d’une opportunité.

Les modes de paiement modernes évoluent et la tendance est, comme dans tout ce qui nous touche, la tendance est à l’abstraction, à la dématérialisation. Il n’y a là rien que de très normal, c’est la conséquence du progrès des technologies, de la digitalisation, des facilités de transmission et de l’intégration des processus.

Par ailleurs, la prédation fiscale accélère. Les besoins des Etats pour satisfaire les demandes des usuriers/banquiers /marchés et celles des assistés ne cessent de croître. Les Etats préfèrent spolier, prélever et confisquer plutôt que réduire leurs dépenses. Réduire les dépenses, pour la classe politique, c’est réduire son pouvoir. Peu importe que l’on pourrisse la vie des gens, qu’on les contrôle, qu’on les culpabilise, que l’on entretienne la frilosité, on a toujours un bon argument : la lutte contre les inégalités, la soi-disant morale fiscale. Les mesures concrètes, comme la limitation des dépenses en espèces selon les montants et les types de paiements, en sont un bon exemple. En passant, disons qu’elles sont d’une efficacité nulle s’agissant de la vraie fraude, il suffit de se rendre en Espagne pour s’en rendre compte. Comme toutes les mesures policières, elles ne gênent que les honnêtes gens et le menu fretin.

Enfin, il y a l’autre tarte à la crème, base de l’évolution scélérate de nos sociétés, la sécurité. Dans une société de vieux, de vieillards avant l’âge, il est toujours facile de faire passer de nouvelles mesures qui se présentent comme sécuritaires. Les pouvoirs de droite et de gauche utilisent à grande échelle l’argument sécuritaire pour contrôler leur population civile. Ici, il faudrait mettre en place le grand Panopticon, celui qui permet de surveiller tout le monde et de voir ce qu’il fait avec son argent. Tout le monde finance les extrémistes, n’est-ce pas? Les nouvelles lois en Grande Bretagne sont des lois scélérates qui permettent de bafouer toutes les libertés sous prétexte arbitraire et non défini, d’extrémisme. Etre extrémiste, c’est déjà être délinquant!

Il y a une autre raison que nous citons pour… son ridicule. En Suède, le porte parole des banquiers anti-cash a osé déclarer que le refus de délivrer et de manipuler le cash était justifié par le souci de sauver la planète, le transport de cash coûte prétend-il 11 milliards Krona et produit 700 tonnes de dioxyde de carbone…

Donc, il y a convergence, surdétermination, pour constater une tendance et l’amplifier.

Cette tendance, c’est la tendance à la surveillance des mouvements d’argent, des mouvements de fonds. A ne pas confondre avec la surveillance et le contrôle des mouvements de capitaux, car là, les Kleptos qui nous gouvernent ne sont pas d’accord. Leurs capitaux doivent être libres, ils doivent pouvoir se déplacer de zones favorables en zones laxistes, de zones franches en zones encore plus franches. C’est d’ailleurs pour que les kleptos puissent continuer de jouir de la liberté de leurs mouvements de capitaux et de l’ouverture des frontières que toutes ces mesures sont prises. Il s’agit de mieux contrôler le petit peuple pour que les ploutocrates puissent rester libres.

Récemment, des intellectuels au service de la ploutocratie, employés par les banques TBTF (Citi, Deutsche Bank) ont défendu une idée plus vicieuse. Puisque l’on ne réussit pas à orienter les liquidités et la création monétaire là où on désirerait qu’elles aillent, autant en prendre le contrôle. Grâce à ce contrôle, on peut mettre en place des systèmes très efficaces, il n’y aura plus d’échappatoire, plus de « fuite » dans le système si on bannit le cash. Pour en prendre le contrôle, il faut d’abord supprimer les alternatives, il faut que l’on ne puisse échapper au dirigisme centralisateur des Maîtres.

On crée de la monnaie Banque Centrale, cela on sait le faire, mais cette monnaie fait ensuite ce qu’elle veut, car elle reste libre, elle n’a pas de fil à la patte. Par la manipulation des taux, du risque, de la psychologie, on parvient à la faire se déverser sur les marchés financiers, à lui faire prendre des risques de destruction, mais cela ne suffit pas, beaucoup de gens refusent de tomber dans le piège. Alors on menace les dépôts bancaires, on dit que l’on va pouvoir les bloquer, les convertir, les amputer, mais cela ne suffit pas encore car il y a des fuites, des retraits du système bancaire. D’où l’étape suivante, il faut aussi faire peur aux détenteurs de cash, ceux qui le mettent en coffre ou sous leur matelas. Ainsi la boucle sera bouclée.

La suppression du cash est totalement irréaliste dans un monde ouvert, digitalisé, réseaux-socialisé, Elle est impraticable et dangereuse.

Il y a une marge entre limiter les usages du cash et le bannir. Car le cash correspond à une fonction et à une nécessité qui vient du bas, des hommes, des utilisateurs. C’est la société qui produit ce qu’elle considère comme monnaie. Les banques et les Gouvernements ne produisent que des « currencies ». Beaucoup d’usages de l’argent sont simplement mouvements de digits. Mais il y a des usages irréductibles. Comme la conservation de valeur libre, de valeur en soi, de possibilité de choisir et de conserver son statut social. Il y a des usages de la monnaie qui sont liés à l’identité, à sa propre souveraineté, à la propriété. Et là, on est dans le vital. On est dans ce pourquoi les gens ont, dans l’histoire, donné leur vie.

Ce sont les hommes qui produisent la monnaie en dernier ressort. Ce sont eux qui donnent statut de monnaie à un bien, à un signe, à un symbole. Ce sont les hommes qui en font l’équivalent général dans le temps et dans l’espace. La fonction de jetons, d’intermédiaire dans l’échange des marchandises, n’est pas vitale. Elle peut être dématérialisée sans que cela soit très scandaleux ou très gênant.

Ce ne sont pas les Gouvernements ou les Banques Centrales qui président au mystère historique, de la monnaie, de ce qui fait que quelque chose est « monnaie ». Les apprentis sorciers se font des illusions sur leur pouvoir, ils croient que, parce qu’ils maîtrisent les moyens monétaires, ils maîtrisent le concept, l’idée de monnaie, l’empreinte que la monnaie laisse dans l’esprit des hommes.

Nos idiots croient aux illusions qu’ils manipulent. Ils n’ont pas compris que le statut miraculeux de « monnaie » est ailleurs, dans cet ailleurs que l’on ne peut nommer, que l’on ne peut qu’approcher par des mots comme « confiance », « crédibilité », « croyance ». Ils oublient qu’à l’origine de la monnaie, il y a les temples ( le temple de Minerve), les lieux de culte, il y a quelque chose de divin qui ne disparaîtra jamais dans l’empreinte que la monnaie laisse dans l’esprit des hommes. Ces mots de confiance et autres sont des ersatz, à peine utiles pour les jeux des modèles mathématiques qui ont remplacé la pensée et la réflexion. Ce sont des mots qui, précisément, induisent en erreur parce qu’ils sont un masque, un refuge de notre ignorance. Peu de gens sont capables de comprendre que la monnaie, les espèces, l’or, sont une trace indélébile dans l’esprit des hommes. Que derrière l’apparente simplicité de ce que l’on voit, il y a des siècles de formation de l’esprit de l’homo economicus.

Le pouvoir d’adaptation et de création des hommes, des individus est infini, dès lors qu’ils sont motivés, dès lors qu’ils y ont un intérêt vital. Et là, avec la monnaie, on est dans les intérêts vitaux. La monnaie sert à autre chose qu’à effectuer des règlements et des transactions, elle a de multiples fonctions qui sont considérées comme indispensables, même si on ne les utilise que rarement. Moins souvent que l’on ne paie le pain. Demandez aux juifs qui devaient payer pour avoir de droit de sortir d’Allemagne lorsqu’Hitler a pris le pouvoir. La fonction crée l’organe et il en sera ainsi si on touche aux fonctions essentielles de la monnaie. Surtout dans un monde où les frontières de la technologie sont sans cesse repoussées. La technologie produit dialectiquement à la fois la servitude et les moyens de se libérer.

Nos Zozos feraient bien de lire et de relire les périodes de l’histoire où ce genre de question s’est posée, ils verront que les hommes, les individus, ont toujours trouvé une solution. Si vous voulez remplacer les espèces, le cash, par autre chose qui sera forcément imposé, donc moins désiré, alors une autre monnaie qui accomplira les fonctions de libre choix et de liberté, naîtra. Et elle chassera la monnaie des Maîtres. Qui ne voit que le bannissement de la monnaie serait perçu comme une régression, comme une sanction, comme un symptôme de crise, de rechute et donc comme la révélation au grand jour de l’échec des dirigeants. Qui ne voit l’incidence que cela aura sur leur légitimité déjà bien brinquebalante. Au passage, elle bousculera leur ordre et balayera le pouvoir qu’ils se sont octroyé depuis la naissance des Fiat Moneys.

Pour toutes ces raisons et surtout la dernière, la question du bannissement du cash est un épouvantail, une manipulation qui se situe dans le prolongement de la répression financière, dans la suite logique des taux zéro et négatifs, dans la suite des menaces sur les dépôts et de la disparition des alternatives. On ne peut s’empêcher de penser à ce qu’il en est advenu de cette autre tentative, celle de bannir l’or de la sphère des valeurs. Il est revenu comme une vengeance, il est accumulé en Asie, là où sont la vraie richesse et la volonté de puissance. Les richesses passent toujours de ceux qui y ont titre à ceux qui y ont droit, et le droit, c’est celui du plus fort.

Tout cela, c’est un fil de propagande et de dirigisme sur lequel on tire, mais plus on s’éloigne du point de départ initial, plus on s’enfonce dans le fantasme de la répression financière généralisée, moins cela devient réaliste et crédible. Il suffit de s’interroger sur les moyens à mettre en place pour interdire aux gens de détenir un autre cash, un autre numéraire, que celui qui est banni. Il faudra, de proche en proche, tout fermer, tout boucler!

Il restera encore une étape dans le délire des socialistes keynésiens, bizarre qu’elle ne soit pas évoquée. On parle de bloquer les coffres forts, d’envoyer des argousins, mais personne n’a encore évoqué l’arme suprême, la conversion, l’échange obligatoire des billets. En attendant, ils peuvent toujours tester une idée qui ira dans cette direction et qui donnera satisfaction aux bien-pensants : supprimer les grosses coupures, ne laisser en circulation que les petites, ce qui compliquera la tache des fraudeurs et des thésauriseurs. Est-ce une bonne idée ? On pourrait le penser, mais pas tout à fait. Car dans les pays qui pratiquent la fraude à grande échelle comme l’Italie, on fabrique des blocs d’argent cash qui contiennent une somme déterminée, cette somme est dans un emballage scellé que l’on n’a pas besoin d’ouvrir. La transmission s’effectue sur la base de la « confiance ». Il y a même des juges de paix pour trancher et arbitrer en cas de litige et d’irrégularité.

Voilà une idée que nous suggérons aux Maîtres s’ils veulent hâter leur propre défaite, grâce à elle, ils dévaleront la pente plus vite !

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BRUNO BERTEZ Le 10 Juin 2015 

illustrations et mise en page by THE WOLF

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13 réponses »

  1. Tout simplement, MERCI BB , je ne peux que vous témoigner ma gratitude ..cela paraît bien peu par rapport a ce que vous nous donnez.

    Magistralement expliqué , vous êtes mon voleur preferé de pensée et de temps…..j’en aurai pour des heures a traduire a la langue Cervantesque.

    Un grand bonsoir depuis Madrid,
    Marian

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  2. Extrêmement intéressant, merci Monsieur Bertez. J’ai constaté que l’attitude de certaines banques correspondaient très exactement à ce que vous décrivez il y a déjà 3 ans.

    Faut-il acheter de l’or d’après vous ?

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    • Il faut avoir de l’or.

      Je peux répondre fermement à cette question.

      Quand faut-il l’acheter? Cela dépasse mes compétences bien que je sois sur les marchés depuis 1967 et spécialement sur … l’or.

      « Tout ce que je sais des taux d’intérêt disait le grand Charles Rist, c’est qu’ils varient ».

      Même chose pour l’or, son prix varie. En attendant la fin, la bonne fois, ou il ne baissera plus.

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  3. toujours aussi didactique !

    Je pense cependant que la suppression des espèces n’empêchera les « bank runs » qu’au niveau gobal (planétaire) –et à ma connaissance il n’y en a jamais eu à cette échelle–, car les « gens » pourront toujours vider leur compte d’une banque à l’autre, dans le même pays, dans la même zone monétaire ou vers une autre zone en changeant de devise au passage, selon leur niveau de crainte.

    Comme vous le soulignez, les « gens » ou les collectivité locales trouveront une autre solution pour leurs besoins. Monnaies locales, crypto-monnaies, « patacones » argentins ou californiens, … que les états pourront toujours interdire ; voire reviendront au troc, non marchand, non taxé ni imposé, réduisant d’autant le PIB et accroissant le déficit … troc contre lequel les états réagiront aussi.

    Toutefois, dès lors qu’une frange suffisamment grande de la population se sentira plus ou moins concernée, on assistera à une « révolution » politique éliminant les partis parasitaires traditionnels … sauf à ce que les Maîtres établissent un fascisme ou une dictature plus ou moins « douce ». Selon moi, tel est l’enjeu final.

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  4. Excellent article!
    Il suffit de penser à certains pays d’Amérique du Sud et d’Amérique Centrale où le dollar US n’a pas cours légal mais est malgré cela plus apprécié que la monnaie locale. Ou alors pensez à la vodka Stolichnaya, après la chute de l’URSS il fut un temps où des fortunes se sont batties dessus et il était possible d’acheter une voiture avec cette quasi monnaie. Au final ce sont toujours les hommes qui décident ou produisent ce qui est monnaie.

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  5. « le « demurrage », de Sylvio Gesell. Le demurrage réalise l’inflation en tant que perte de valeur de la monnaie artificiellement. »
    C’est effectivement, une méthode de contournement du problème de non transmission de l’épargne dans le circuit économique, et cela permet, par le levier des taux qu’on abaisse ou relève, d’agir sur les comportements et in fine sur les objectifs que se sont fixé les maitres/cornacs.

    « Toutes les banques sont sujettes à ce risque de retraits collectifs. »
    Le bank-run, c’est le cauchemar des banquiers, c’est aussi une facon pour les petites mains créancières de cisailler leur talon d’achille, fibre après fibre… On est jamais aussi faible que par la taille de son hybris. Les banquiers et leurs affidés politiciens avaient un vaccin contre la peur des épargnants: c’était le « bank-holidays » mais avec le démurrage, la prophylaxie est plus subtile.

    « Peu de gens sont capables de comprendre que la monnaie, les espèces, l’or, sont une trace indélébile dans l’esprit des hommes. Que derrière l’apparente simplicité de ce que l’on voit, il y a des siècles de formation de l’esprit de l’homo economicus. »
    La monnaie c’est le lien enraciné dans l’Etre qui fait médian dans les échanges commerciaux; quant à l’or, c’est le sacre des dieux comme marque de soumission et d’adoration des humains pour s’assurer, ici bas et au delà , une reconnaissance et une existence bien heureuse.

    La parade au tout digital de la monnaie, dans l’expectative hypothétique pour l’heure, d’une suppression totale du cash, c’est le grand retour des monnaies de substitution telle qu’en a connue l’Allemagne avec son deutsch mark version PQ (1923) et ce avant que le reten mark n’émerge du systeme… Une quantité de monnaies de « necessité » apparurent, émises par les villes et entreprises pour palier le manque de monnaies métalliques des années 1921-1922, une chose similaire en France apparut avec les jetons des chambres de commerce… Hors, ce qu’il faudrait retenir ici c’est que ce qui fait nouvellement défaut dans les us et coutumes socialement enracinés se doit d’etre inévitablement compensé par un substitut. On peut penser qu’à la suppression de cash apparaitrait ce type de monnaie d’échange car (monnaie de) necessité fait loi!
     » Si vous voulez remplacer les espèces, le cash, par autre chose qui sera forcément imposé, donc moins désiré, alors une autre monnaie qui accomplira les fonctions de libre choix et de liberté, naîtra. Et elle chassera la monnaie des Maîtres. » La loi de Gresham… inversée? Se débarrasser de la mauvaise monnaie digitale pour conserver la bonne… de nécessité… ce serait là étonnant mais pas impossible avec des dépots à taux négatifs.
    On en vient donc à imaginer l’état de notre société orwellisée ou le masque, cache-misère devenus trop translucide de notre démocratie d’apparat, laisserait enfin se dévoiler le visage hideux du fascisme troglodyte.
    « Plus on s’enfonce dans le fantasme de la répression financière généralisée, moins cela devient réaliste et crédible. Il suffit de s’interroger sur les moyens à mettre en place pour interdire aux gens de détenir un autre cash, un autre numéraire, que celui qui est banni. Il faudra, de proche en proche, tout fermer, tout boucler! »… Fantasme?

    La probabilité d’une société totalitaire n’est pas un vice de forme de la pensée qui émergerait spontanément du néant comme des mouches sur le corps décomposé et putride de notre civilisation,(génération spontanée, envisagée par Aristote).

    Le Systeme est aux abois, il périclite et c’est d’autant plus logique dans le cas spécifiquement naturel de la « thermodynamique », car l’entropie est diagnosticable, anticipée par l’élite financière et s’insère donc dans un scénario shumpétérien de « destruction créatrice controlée ». Nous ne pouvons pas balayer une telle option aussi déraisonnable fut-elle. L’Histoire nous prouve que l’irrationnel domine les décisions car les logiques d’actions sont indexées sur l’inconscient.. siège des émotions/archétypes ou de notre animalité jaillissent nos désirs de puissance/jouissance.

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  6. Pour le changement de monnaie, j’y pense depuis 1 an. C’est dire si d’autres doivent aussi y penser.
    Il y a une méthode imparable pour stocker de la valeur, le PEBC (plan d’epargne en boite de conserves Mr Sannat), le PEPQ ( .. en PQ), mais aussi en patin de freins de velo, en lame de rasoir, etc .. et l’or bien sur. Les plus malin acheterons des choses trocables avec leur stock d’euro plutôt que de la nouvelle monnaie 🙂

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    • il me semble que vous décrivez la « fuite devant la monnaie », c’est-à-dire l’hyperinflation. Une telle issue est effectivement envisageable, même si elle n’est pas certaine. Si le cash disparaît, fuir la monnaie est strictement équivalent à fuir le système bancaire.

      Une fois cet effet boule de neige engagé, la masse critique atteinte, seule une nouvelle monnaie et un nouvel état permettent de repartir, avec tous les risques que l’histoire enseigne, en attendant le troc s’impose. Les objets les plus « liquides », les plus aptes à la fonction font office de monnaie, on ne cherche pas ou plus à les consommer en tant que tels. L’or constitue un choix idéal : durabilité, densité de valeur, reconnu, testable, etc… dans cette optique je ne stockerai ni essence ni des yaourts !

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  7. On pourrait aussi faire un parallèle entre la suppression des espèces (monnaie) et des espèces (animales) non ?! Il en reste ou apparaît toujours une, conséquence de disparition des autres, qui reste des plus invasives malgré soi (ex: méduses).

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