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Dans la ligne de mire de Poutine : l’OTAN

Dans la ligne de mire de Poutine : l’OTAN

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Personne ne semble avoir relevé l’affirmation de Poutine selon laquelle les Etats -Unis étaient au courant de l’attaque Turque préalablement à son déclenchement. Personne en semble prêter attention à son autre affirmation selon laquelle, l’attaque ne pouvait être qu’intentionnelle, voulue..

Résumons :

1 La Turquie est membre de l’OTAN, il y a solidarité entre les membres article 5.

2 La Turquie attaque un appareil russe et le descend.

3 Poutine affirme que cela a été préparé.

4 Poutine affirme que les américains connaissaient la trajectoire de leur avion.

5 Poutine conclut que l’attaque implique les Etats-Unis et l’OTAN..

Mais il y a plus, les développements ne s’arrêtent pas là.

Voici ce qu’a déclaré très publiquement Sergei Naryshkin vendredi :

« La Russie a le droit de fournir une réponse militaire après l’attaque d’un de ses appareils par un membre de l’OTAN ; vous lisez bien « réponse militaire » d’une part « par un membre de l’OTAN » d’autre part.

Si ce n’est pas une menace et une mise en cause, cela y ressemble.

Narynshkin est le 4e personnage le plus puissant de Russie, Chairman de la Douma !

Il ajoute ce meurtre intentionnel doit être puni.

Ceux qui ont fait cela doivent être punis, mais il y aura un second volet, militaire cette fois.

Et puis plus précisément la tache de nos forces est de détruire l’infrastructure de ce que l’on appelle ISIS et celles de toutes les autres organisations qui opèrent en Syrie.

 Est-ce que les alliés de la Turquie dans l’OTAN sont prêts à défendre la Turquie ? Ou bien est-ce que ceux-ci vont laisser aux Etats-Unis et à la Grande Bretagne le soin de le faire ? Par ces déclarations convergentes, tout se passe comme si Poutine se préparait à forcer l’OTAN à agir..

La Turquie a répondu à Poutine, ce qui est clair: ne jouez pas avec le feu..

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Quelle est l’idée de Poutine ? Est-elle de mettre l’OTAN dans l’embarras ? De la mettre en difficulté afin d’enfoncer un coin dans l’Alliance ? Il connait la faiblesse d’Obama, les faiblesses encore plus grandes de ses partenaires, qu’espère-t-il en poussant ses pions dans cette voie ? Poutine a compris depuis longtemps que l’Alliance est un colosse aux pieds d’argile car au sein de cette Alliance, personne n’a envie de se battre ! « Il n’y a que des femmelettes »…

L’OTAN dans une manœuvre un peu désespérée tente de se dissocier de la Turquie si on en juge par les déclarations de Stoltenberg, Secrétaire général de l’OTAN : « cette situation doit être traitée directement entre Moscou et Ankara ».

La Turquie aurait cessé de violer l’espace aérien grec depuis qu’elle a abattu le SU-24 russe

by guerrecivileeneurope

565b2d99c4618845528b45d2Les avions de combat turcs ont cessé de survoler le territoire de la Grèce depuis l’incident du 24 novembre durant lequel un bombardier russe SU-24 a été abattu. Auparavant, les avions turcs violaient l’espace aérien grec de façon quotidienne.

La dernière fois que des avions de combat turcs ont été repérés dans l’espace aérien grec, c’était le 25 novembre lorsque six avions, dont deux portaient des missiles, sont entrés dans la zone aérienne voisine. Ces informations proviennent d’une source diplomatique d’Athènes rapportée par l’agence de presse RIA Novosti.

Les intrusions d’avions turcs dans son espace aérien sont un casse-tête permanent pour Athènes. La Turquie et la Grèce, pourtant adversaires depuis des décennies, sont partenaires au sein de l’OTAN. Les deux nations ont été en guerre l’une avec l’autre et conservent des différends territoriaux, encore de nos jours.

En 2014, les forces aériennes turques ont violé l’espace aérien grec 2 244 fois. Entre janvier et octobre dernier, l’espace aérien grec a été violé par des avions de combat turcs 1 233 fois, selon les forces aériennes grecques. En novembre, avant que le bombardier russe ne soit abattu, 50 violations de l’espace aérien avaient été enregistrés.

Des avions turcs s’infiltrent régulièrement dans l’espace aérien grec au-dessus des îles disputés de la mer Egée, ce qui force la Grèce à envoyer ses chasseurs pour les intercepter. (…)

https://francais.rt.com/international/11284-turquie-aurait-cesse-violer-lespace

http://civilwarineurope.com/2015/11/29/la-turquie-aurait-cesse-de-violer-lespace-aerien-grec-depuis-quelle-a-abattu-le-su-24-russe/

Les États-Unis sont-ils impliqués dans l’attaque turque contre le Jet russe?

Moon of Alabama
Moon of Alabama

 Le 25 novembre 2015 – Source Moon of Alabama/ Le Saker Francophone

 

 

Il y a plus de trois ans, Erdogan avait critiqué durement la Syrie pour avoir abattu l’avion de chasse turc en ces termes : «Même si l’avion s’est trouvé dans leur espace aérien pendant quelques secondes, ce n’était pas une raison pour attaquer.»

«Il était clair que cet avion n’était pas agressif. Néanmoins, il a été abattu», a-t-il dit. La Turquie a durci ses positions militaires après que la Syrie a abattu un de ses jets – Le 27 juin 2012

Une violation d’un ou deux kilomètres est considérée comme «naturelle», compte-tenu de la vitesse de l’avion, est-il précisé dans la déclaration [de l’état-major général]. Il y a eu, cette année, des violations de l’espace aérien turc qui ont duré de 20 secondes à 9 minutes, ce qui montre que les «violations de l’espace aérien peuvent être résolues par des avertissement et des interceptions», a indiqué le communiqué. La Turquie aurait pu abattre 114 avions pour cause de violations de l’espace aérien, a déclaré l’Armée, le 25 juin 2012

Des avions de combat turcs et des hélicoptères militaires ont considérablement augmenté leurs incursions dans l’espace aérien grec, selon une étude basée sur les données de l’armée grecque, forçant l’impécunieuse armée de l’air grecque à répondre.

Les spectaculaires incursions turques ont affaibli la Grèce – Les chasseurs d’Ankara testent de plus en plus les ambitions territoriales grecques.  23 juillet 2015

La Turquie viole régulièrement l’espace aérien irakien en opérant des attaques aériennes contre les Kurdes du nord de l’Irak. Tout cela prouve que l’incident d’hier au cours duquel la Turquie a abattu un jet russe n’avait rien à voir avec une violation ordinaire de l’espace aérien, mais qu’il s’agissait de la volonté délibérée d’abattre un avion russe. Le copilote survivant du jet russe insiste sur le fait qu’il ne volait pas dans l’espace aérien turc, et qu’il n’a pas non plus été averti d’une attaque imminente. Comme je l’ai écrit hier :

Il ne s’agissait pas d’une défense aérienne légitime, mais d’un guet-apens.

Je ne suis pas le seul à être parvenu à cette conclusion. Dans un article du site McClatchy, un diplomate occidental présente cela comme un événement orchestré :

Un diplomate occidental basé en Irak, mais détenant une vaste expérience de la Syrie et de la Turquie, a qualifié l’incident de «provocation orchestrée et inévitable», mais il a demandé que son pays ne soit pas mentionné dans sa déclaration.

Le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov est également arrivé à cetteconclusion:

L’attaque contre un avion de guerre russe en Syrie par la Turquie semble être une provocation planifiée, a dit le ministre russe des Affaires étrangères. Ankara n’a pas communiqué avec la Russie sur l’incident, a-t-il ajouté.

«Nous doutons fort que cet acte ait été involontaire. Cela ressemble beaucoup à une provocation planifiée», a déclaré M. Lavrov, citant à l’appui l’incapacité de la Turquie à maintenir une communication appropriée avec la Russie, l’abondance des enregistrements vidéo de l’incident, et d’autres preuves.

Plusieurs ambassadeurs de l’Otan pensaient probablement la même chose quand ils ont reproché son acte à Ankara

«Il y a d’autres façons de traiter ce genre d’incidents», a déclaré un diplomate qui a préféré garder l’anonymat.

L’attaque contre l’avion russe a été planifiée le 22 novembre pendant un sommet sur la sécurité avec le gouvernement turc présidé par le premier ministre Davutoğlu et les Forces armées turques. Davutoğlu a personnellement donné l’ordre d’abattre les avions russes. C’était nécessaire, selon la Turquie, pour arrêter les bombardements russes sur des Turkmènes, à Lattaquié, au nord de la Syrie, près de la frontière turque.

Une grande partie des Turkmènes syriens qui se battent contre le peuple syrien sont originaires d’Asie centrale et font partie des groupes terroristes de Jabhat al-Nusra, Ansar Al Shams, Jabhat Ansar Ad Din et Ahrar Al Shams. Les Ouïghours arrivés clandestinement de Chine et qui se battent sous la bannière du Parti Turkestan islamiste, font même de la publicité pour leurs camps d’entraînement pour petits djihadistes dans la région. Les quelques vrais Turkmènes syriens travaillent, de l’aveu même de la BBC, avec al-Qaïda et d’autres groupes terroristes. Leur chef et porte-parole, un dénommé Alparslan Celik, est un citoyenturc d’Elazığ.

L’affirmation des Turcs selon laquelle ils défendent les Turkmènes en Syrie est un mensonge. Ils défendent les terroristes islamistes qui sont pour la plupart des étrangers.

Celui qui a planifié l’attaque du jet russe a mal évalué la réaction. L’Otan ne viendra pas à l’aide de la Turquie, ni au prétexte de cet incident, ni du prochain. Les pays de l’Otan savent que l’avion russe a été abattu à l’intérieur de la Syrie. Personne ne parviendra à faire assez peur à la Russie pour qu’elle soit obligée de reculer. Bien au contraire, elle a augmenté massivement ses bombardements à cet endroit :

Au moins 12 frappes aériennes ont atteint le nord de Lattaquié pendant que les forces pro-gouvernementales affrontaient les combattants du Front Nusra d’al-Qaïda et les insurgés turkmènes dans les secteurs turkmènes de Jabal Akrad et de Jabal, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme basé en Grande Bretagne.

Un commandant turkmène a dit que des missiles tirés depuis des navires de guerre russes en Méditerranée ont également touché la région, ainsi que des tirs d’artillerie lourde.

Les jets russes ont également bombardé des camions d’approvisionnement rebelles (vidéo) à Azaz, une ville contrôlée par al-Qaïda, au nord d’Alep, à seulement deux kilomètres de la frontière turque. Ils ont également bombardé le poste de frontière de Bab al-Hawa à la frontière avec la Turquie. C’est un joli va te faire f… à Erdogan.

Le croiseur de missile russe Moskva avec ses systèmes extensifs de défense aérienne couvre désormais la zone. La Russie va officiellement déployer deux systèmes S-400 de défense aérienne pour couvrir l’ensemble du nord-ouest de la Syrie et du sud de la Turquie. La Russie a aussi mis au point beaucoup de quincaillerie électroniques magique, qu’elle peut (et va) utiliser. La construction d’aérodromes supplémentaires se poursuit. Il n’y aura pas de vengeance militaire directe contre la Turquie à moins qu’elle ne pénètre en Syrie. La zone de sécurité en Syrie dont rêve Erdogan ne pourra être mise en place qu’en battant les forces russes.

Les 4,5 millions de touristes russes qui sont allés en Turquie cette année ne reviendront pas. Les entreprises turques en Russie, principalement dans l’industrie du bâtiment et des produits agricoles, vont se réduire à presque rien. L’idée que le complot pour abattre l’avion russe pourrait avoir des conséquences négatives pour la Turquie vient soudainement d’apparaitre à Davutoğlu, quiprétend maintenant vouloir refaire ami-ami avec la Russie :

«La Turquie ne vise pas à une escalade des tensions avec la Russie», a déclaré le premier ministre turc Ahmet Davutoğlu, le 25 novembre, faisant écho au président Recep Tayyip Erdoğan, suite à l’attaque du jet russe SU-24 de la veille.

«La Russie est notre voisine et notre amie. Nos canaux de communication bilatéraux sont ouverts. Mais notre sécurité, comme pour chaque pays amical, doit être fondée sur le principe du respect du droit international. Il est normal de protéger notre espace aérien national», a déclaré Davutoğlu à des membres de son parti au parlement.

Et il est normal que la Russie défende son alliée la Syrie. Contre tous les ennemis. Par tous les moyens.

Mais revenons aux motivations de la Turquie. A la façon dont cela s’est joué on pourrait croire que c’était vraiment une idée de la Turquie toute seule pour défendre ses intérêts immédiats en Syrie : les Turkmènes, et le commerce pétrolier du fils de M. Erdogan avec État islamique.

Mais il y a aussi de plus grands intérêts en jeu et il est probable que M. Erdogan ait été chargé par l’Occident d’une nouvelle mission avec le soutien d’Obama dans cette escalade. James Winnefeld, l’adjoint du chef d’état-major général de l’armée américaine, était à Ankara lorsque l’incident est survenu. La coopération entre les États-Unis et l’armée turque, et en particulier les forces de l’air, est très étroite. Il est difficile de croire qu’il n’y a pas eu d’échanges sur ce qui se préparait.

Après l’attaque de État islamique en France, le président Hollande a tenté de créer une coalition mondiale contre EI qui inclurait la Russie et l’Iran, ainsi que le bloc anti-ISIS mené par les États-Unis. Mais une telle coalition, qui semble logique, devrait accepter de laisser la Syrie tranquille et d’aider les forces terrestres syriennes à lutter efficacement contre État islamique. Cela n’aurait aucun sens de détruire l’État syrien et de se contenter d’espérer que le résultat serait quelque chose de mieux qu’un EI ou un Al-Qaïda, de plus en plus sûr de lui, régnant sur Damas. Ce résultat n’est certainement pas dans l’intérêt de l’Europe. Mais une coalition mondiale n’est pas dans l’intérêt des Turcs, ni des États-Unis. Elle mettrait fin à leurs plans et à leurs efforts communs pour renverser le gouvernement syrien et pour installer un état sunnite sous protectorat turc, en Syrie et en Irak.

L’incident du jet russe a diminué la probabilité d’une telle coalition. Hollande, en visite à Washington, hier, a dû renoncer en partie à son plan et il s’est retrouvé, à nouveau, en train de répéter comme un perroquet l’absurde «Assad doit partir» d’Obama. Obama se sent fortifié et il essaie maintenant d’élargir le conflit en Syrie :

L’administration Obama utilise la grande colère et la forte anxiété qui règnent actuellement en Europe pour pousser ses alliés à augmenter significativement leur contribution à la lutte contre État islamique. Les propositions vont de davantage de frappes aériennes, de partage des renseignements et de formation et d’équipement pour les combattants locaux, au déploiement de leurs propres forces spéciales d’opérations. […]

Même si l’objectif est de renforcer partout les campagnes contre les islamistes, la Syrie est clairement en ligne de mire, ce qui indique que la cible a changé depuis qu’Obama a autorisé, l’automne dernier, les frappes aériennes dans la région en donnant comme instruction «l’Irak d’abord». […]

Obama, parlant aux côtés de Hollande mardi, a réaffirmé avec insistance qu’Assad faisait partie du problème, et non de la solution, et qu’il devait partir.

L’administration Obama se prépare également à réaliser le rêve turc d’une zone de sécurité entre Alep et la frontière turque au nord de la ville.

Parmi plusieurs priorités de la coalition en Syrie, les États-Unis ont choisi d’entamer une série de frappes aériennes dans une région connue comme la ligne Mar’a , du nom d’une ville au nord d’Alep dans le nord-ouest. Cette bande de terre, qui s’étend sur 100 km à l’est vers l’Euphrate, est la seule partie de la frontière entre la Syrie et la Turquie qui est encore sous le contrôle de État islamique.

L’administration avait retardé le début des opérations dans la région parce qu’elle avait besoin des avions américains dans des opérations plus à l’est et qu’elle n’était pas sûre que les forces d’opposition locales seraient capables de tenir le territoire après l’intervention des forces aériennes.

La montée en puissance de la défense aérienne russe et l’augmentation probable du nombre de ses avions sonneront le glas de ce projet de zone de sécurité.

Mais Obama, à mon avis, veut toujours attirer l’Otan en Syrie et veut rassembler assez de forces contre ISIS pour pouvoir submerger le gouvernement syrien et ses protecteurs russes. Si cela ne fonctionne pas, il espère au moins transformer la Syrie en bourbier du type Afghanistan pour la Russie, comme lui et d’autres responsables américains l’ont promis. Les tensions croissantes avec le nouvel homme de paille des États-Unis, l’Ukraine, ne peuvent que favoriser ce plan.

Un plan qui est encore plus vaste. Tout à fait par hasard (ou non !), aujourd’hui, dans un article d’opinion, le New York Times lance un ballon d’essai en faveur de la création d’un État sunnite couvrant l’est de la Syrie et l’ouest de l’Irak. Mais cet État (islamique) existe déjà, et, vue la stratégie de containment (endiguement) qu’Obama pratique à son égard, on peut être certain qu’il va métastaser.

Obama continue ses politiques immensément destructrices au Moyen-Orient sans se soucier le moins du monde des conséquences terribles qu’elles auront sans doute pour les gens là-bas ainsi que pour l’Europe. On se demande, à chaque fois, si toutes ces mesures sont le fruit de la seule incompétence ou d’une ingénieuse et diabolique planification stratégique.

Traduit par Dominique Muselet

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Le Sultan Erdogan en guerre contre… la Russie

Turkey's President Recep Tayyip Erdogan waves to people gathered during a rally to commemorate the anniversary of the city's conquest by the Ottoman Turks, Istanbul, Turkey


Pepe Escobar
Pepe Escobar

Par Pepe Escobar – Le 25 novembre 2015 – Sourcesputniknews/ le Saker Francophone

Allons à l’essentiel. L’idée que l’attentat de la Turquie contre un Su-24 russe par un F-16 made in USA a pu être perpétré sans un feu vert ou au moins un soutien pré-arrangé avec Washington invite à laisser son incrédulité au vestiaire.

La Turquie est un simple état vassal, le bras oriental de l’Otan, laquelle est la branche européenne du Pentagone. Le Pentagone a déjà publié un démenti – ce qui, compte tenu de leur spectaculaire record de défaillances stratégiques, ne peut être pris à sa valeur nominale. Plausible, cela aurait pu être un jeu de pouvoir entre les généraux néo-conservateurs qui dirigent le Pentagone, alliés avec une administration Obama infestée de néocons.

Le scénario privilégié est cependant celui d’un vassal turc dirigé par le Sultan Erdogan risquant une mission suicide, de son propre chef, compte tenu de son désespoir actuel.

Voici, en un mot, le raisonnement déformé de M. Erdogan. La tragédie de Paris a été un énorme revers. La France a commencé à discuter d’une étroite collaboration militaire au sein de l’Otan, mais avec la Russie. L’objectif inavoué de Washington a toujours été d’entraîner l’Otan en Syrie. Avec la Turquie, membre de l’Otan, attaquant imprudemment la Russie à l’intérieur du territoire syrien et provoquant ainsi une réponse dure de la Russie, M. Erdogan a pensé qu’il pourrait attirer l’Otan en Syrie, sous le prétexte (article 5) de défendre la Turquie.

Aussi dangereusement Baie des Cochons que cela puisse paraître, cela n’a rien à voir avec la Troisième Guerre mondiale – comme les pourvoyeurs d’apocalypse le braient. Cela tourne simplement autour du fait de savoir si un État qui soutient, finance et arme les nébuleuses salafistes djihadistes est autorisé à détruire les jets russes qui transforment ses actifs rentables en cendres.

Erdogan marié aux truands

Le président Poutine l’a asséné ; c’était un coup de poignard dans le dos. Parce que toutes les preuves sont orientées vers une embuscade : les F-16 auraient effectivement attendu les Su-24. Avec les caméras de télévision turques disponibles pour un maximum d’impact global.

Deux Su-24 se préparaient à frapper un tas de rebelles modérés. Ankara dit qu’ils étaient turkmènes – que les Turcs financent et militarisent. Mais il y a juste un petit groupe de Turkmènes dans le nord de la Syrie.

Les Su-24 étaient en fait, après les Tchétchènes et les Ouzbeks – plus quelques Ouïghours –, entrés en contrebande avec de faux passeports turcs (les services de renseignements chinois sont aussi sur le coup), tous ces éléments fonctionnant en tandem avec un tas de méchants islamo-fascistes turcs. La plupart de ces crétins effectuent des allers-retours entre l’armée syrienne libre (ASL), équipée par la CIA, et Jabhat al-Nusra (al-Qaida). Ce sont ces hommes de main qui ont mitraillé les pilotes russes lorsqu’ils se sont éjectés.


Assumer les conséquences: la Russie va répondre de façon appropriée © REUTERS/ REUTERS TV/HABERTUR

Les Su-24 ne constituaient absolument aucune menace pour la Turquie. La lettre de l’ambassadeur de l’ONU turc Halit Cevik au Conseil de sécurité est une plaisanterie ; deux jets russes «avertis dix fois en cinq minutes» pour changer de direction, les deux volant «plus d’un mile» en Turquie pendant dix-sept secondes interminables. Le tout a déjà été amplement démystifié. Sans oublier que les avions de la Turquie – et de l’Otan – violent la frontière syrienne systématiquement.

Erdogan sait bien à quel point les Américains néoconservateurs étaient livides après que le président français François Hollande, suite à son cri «C’est la guerre», a décidé de travailler avec la Russie contre ISIS / ISIL / Daesh.

Donc, la véritable cible n’était pas le Su-24, mais la possible évolution, après les attentats de Paris, vers une véritable coalition – les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France d’un côté, le 4 + 1 (la Russie, la Syrie, l’Iran, l’Irak ainsi que le Hezbollah) de l’autre – dans un combat commun contre ISIS / ISIL / Daesh.

Où cela laissera-t-il Ankara, qui pendant des années a beaucoup investi dans les nébuleuses salafistes djihadiste, de Jabhat al-Nusra à Ahrar al-Sham et une myriade d’autres, culminant avec la complicité et même le financement d’ISIS / ISIL / Daesh ?

La Turquie, pour un tas de raisons pratiques, a été un endroit commode pour l’infrastructure tentaculaire salafiste djihadiste et ses centres logistiques ; elle offre tous les avantages : depuis des frontières poreuses facilitant à d’innombrables djihadistes le retour de Syrie en Europe, organisé par des policiers corrompus, jusqu’à la croisée des chemins pour toutes sortes de contrebandes et d’importantes opérations de blanchiment d’argent.

Donc Ankara a pensé qu’un missile pourrait changer complètement le cours des événements.

Mais pas vraiment. Il suffit de suivre l’argent. Même aux États-Unis et en Europe le jeu turc est de plus en plus transparent. Un document de recherche de l’Université de Columbia détaille au moins une fraction des multiples collusions entre la Turquie et ISIS / ISIL / Daesh.

Bilal Erdogan, le fils du Sultan, est un profiteur majeur du trafic illégal de pétrole irakien et syrien volé. Imaginez sa terreur quand Poutine a révélé aux dirigeants du G20 à Antalya – en territoire turc ! – que les services de renseignements russes avaient identifié la plupart des connexions du labyrinthe de truands amenant directement à ISIS / ISIL / Daesh.

Imaginez les sentiments des trafiquants turcs à l’idée de perdre leur culotte en ne pouvant plus revendre le pétrole, volé à la Syrie, à hauteur de $50 millions par mois. Après tout la force aérienne russe avait déjà détruit les raffineries et la plupart des plus de 1 000 camions-citernes ; imaginez les truands – faisant leurs comptes – à la perspective de perdre la totalité du flux de pétrole, d’argent, et voyant leur entreprise Contrebande & Cie éparpillée dans le désert sans aucun endroit où aller.

Et nous pratiquons aussi l’extorsion

Le commandement de l’Otan nous prépare sûrement une bonne tranche de rigolade – rappelez-vous seulement les plus grands tubes du Dr Folamour-général Philip Breedlove et sa rengaine sur l’agression russe. Mais les généraux ne sont pas tous stupides. L’Otan n’ira pas en guerre contre la Russie pour un simple vassal. Et la Russie ne fournira pas de prétexte à l’Otan pour la guerre.

Dans l’arène du Grand Pouvoir Politique, nous assistons certainement maintenant au retour post-moderne de la tension historique entre les empires russe et ottoman. Mais qui va prendre son temps, lentement. La réponse russe sera directe, froide, calculée, vaste, rapide – et surtout inattendue. Aucune de ces réponses n’impliquera une carte blanche pour autoriser les rebelles modérés à s’armer en Syrie indéfiniment.

Ce qui est certain est que la Russie bombarde en mode turbo tous les couloirs d’approvisionnement d’ISIS / ISIL / Daesh de la Turquie vers le nord de la Syrie, ainsi que les filières de contrebande de pétrole volé du nord de la Syrie vers la Turquie.

Turkey
La Turquie ne veut pas rompre les liens avec la Russie selon le Premier ministre turc © Flickr / tinou bao

La Russie peut jouer avec beaucoup d’options pour augmenter la pression. Par exemple, les systèmes de défense aérienne S-300 et S-400 couvrant la frontière turco-syrienne. Ce serait une partie de la zone d’exclusion aérienne russe en Syrie, approuvée par Damas, pour tout chasseur volant sans la permission explicite du gouvernement. Le sultan n’oserait pas violer cet espace.

Le pari désespéré d’Erdogan révèle que la dernière chose que veut Ankara est le succès du processus de paix de Vienne sur la Syrie. Pour lui Assad doit partir est non négociable – pour une série de raisons : géopolitique (néo-ottomanisme), politique (la nécessité d’une satrapie syrienne docile à majorité sunnite) et économique (le gazoduc voulu par le Qatar traversant la Syrie jusqu’en Turquie.)

Et tout cela est sur le point de s’envenimer. Non seulement un labyrinthe de truands turcs complices profite grassement des affaires avec ISIS / ISIL / Daesh et d’autres représentants de Djihad & Cie ; mais Ankara lui-même est mouillé dans le business d’extorsion de fonds. Et la victime consentante est – qui donc ? – l’Europe.

La chancelière allemande Angela Merkel a dû aller baiser les pieds du sultan à Ankara pour pouvoir – peut être – sauver sa politique d’asile pour les réfugiés. Erdogan est venu avec l’offre proverbiale que vous ne pouvez pas refuser. Vous voulez que je garde les réfugiés ici ? Alors donnez-moi seulement 3 milliards d’euros ; dégelez le dossier d’adhésion de la Turquie à l’UE (devinez quelle est la nation importante qui s’y oppose : la France) ; et laissez-moi avoir ma zone de sécurité à la frontière turco-syrienne.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’Europe a marché. La Commission européenne (CE) vient de donner à Erdogan les 3 milliards d’euros. Il commence à encaisser le 1er janvier 2016. Le baratin officiel dit que ces fonds participent aux «efforts pour résoudre la crise de l’immigration». Le premier vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, enthousiasmé, a décrit la prétendue Aide aux réfugiés comme «un soutien pour améliorer encore la vie quotidienne et les conditions socio-économiques des Syriens cherchant refuge en Turquie».

Ne vous attendez pas à voir la Commission européenne surveiller la façon dont l’argent va disparaître dans le labyrinthe des truands – ou sera utilisé pour militariser encore plus les rebelles modérés.

Erdogan n’a rien à cirer des réfugiés. Ce qu’il veut, c’est sa zone de sécurité, et non pas en Turquie, mais à 35 km de profondeur dans le nord de la Syrie, à l’abri de l’Armée arabe syrienne (AAS), des milices sous commandement iranien, des forces du Hezbollah et surtout de la force aérienne russe. Il veut sa zone d’exclusion aérienne et il veut que l’Otan la lui offre.

Erdogan est en mission pour Dieu – du moins dans sa version Allah. La chute du Su-24 est tout simplement le préambule. Préparez-vous : 2016 promet un bang encore plus grand.

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Pepe Escobar est l’auteur de Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War (Nimble Books, 2007), Red Zone Blues: a snapshot of Baghdad during the surge (Nimble Books, 2007), Obama does Globalistan (Nimble Books, 2009) et le petit dernier, Empire of Chaos (Nimble Books).

Traduit et édité par jj, relu par Literato pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.net/le-sultan-erdogan-en-guerre-contre-la-russie/

EN BANDE SON : 

8 réponses »

  1. Poutine veut nous signifier à nous electeurs europeens que l’otan est une vaste blague qui ne nous sert à rien sauf à nous couter une fortune

    si l’otan devait servir à quelquechose alors il serait déployé contre les migrants

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  2. Les dernières informations prouvent clairement qu’il s’agissait d’une embuscade aérienne :

    – Les Russes avaient transmis le plan de vol de leur Su-24 aux Américains et à leurs alliés contre Daesh/EI, ceci dans le cadre de leur accord afin d’éviter les rencontres fâcheuses entre leurs appareils dans le ciel syrien ; accord dont l’OTAN ne fait pas partie en tant que tel, ni la Turquie d’ailleurs.

    – Or la Turquie en a été informée, ayant fait décoller ses deux F16 avant, ils ont attendus le Su-24 pendant près d’une heure en faisant des cercles, puis ces F16 ont engagé une manoeuvre d’attaque visiblement planifiée qui les a d’ailleurs fait entrer dans l’espace syrien.

    – La Turquie s’est ensuite immédiatement tournée vers l’OTAN, comme si cela avait été convenu d’avance, pour se couvrir.

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  3. Il semble que la partie est prie un nouveau tournant. La russie ne semble pas avoir l’intention de laisser ni sur port en méditerranée ni les fanatiques dans le Caucase qui est primordial pour elle et pour ses alliés. Le ravitaillement de daesh va être de plus en plus difficile, surtout que l’argent du pétrole n’est plus là pour payer les factures, des investissements militaires. Du coup les supporteurs de Daesh vont devoir mettre la main a la poche et surtout trouver le moyen de réaprovisionner Daesh. Se qui risque de devenir dangereux et de mené a une escalade. Il semble mai,tenant évident que les kurdes du PKK recevront une aide pour noél, c’est la période des cadeaux il auront droit aux leurs. Et pourquoi sous forme de S400 l’histoire de bien faire comprendre que le survol du territoire Syrien et devenu une chasse gardé Russe.
    Du coup on arrive aux vrai visé, la Syrie pour les russes et l’irak pour les autres. Mais cela risque de ne pas se passer comme prévu puisque les irakiens ont compris que si il veulent la paix il leur faudra plutôt choisir la Russie.
    Mais le pire dans tout cela sera l’attitude des européens, puisque toute cette agressivité contre la russie n’est rien d’autre pour les US de garder l’europe de son coté quitte a y semer le trouble en cas de volonté de changement. Les européens ont commis l’erreur de ne pas avoir été a la hauteur et de respecter la non progression de l’OTAN vers la Russie.
    La problème dans la guerre est toujours le même. Forcer son adversaire a devoir agir et le rendre redoutable lorsqu’il est pris au piège.
    Si qui me semble le plus schizophrène dans tout cela c’est que d’un coté il essaie de s’entendre sur le réchauffement climatique et de l’autre il font tout pour que les conflits internationaux empire. A quoi sauver la planète du CO2 quand on fait tout pour prendre le risque de la contaminer radio activement.
    Une élite de psychopathes rien de plus ni de moins. Espérons qu’il n’obligeront pas les Russes a devoir frapper les premiers, puisqu’il n’hésite pas a jouer en dehors des cordes.
    Seul l’europe peut mettre fin a cette escalade. Pour cela il lui suffit de sortir de l’OTAN et surtout après le comportement turc qui ne semble pas tenir compte de ses alliés. Qu’il laisse les turcs et les US essemble avec les british si cela leur convient. Mais l’Europe n’as rien a faire dans l’OTAN en tout cas plus rien a y faire.

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  4. NassimNicholasTaleb ‏@nntaleb 25 nov.
    In Northern Lebanon,Christians worship Putin, literally, burning candles in front of his portrait. »We’ve been waiting for him for100 years »

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