Art de la guerre monétaire et économique

Le Grand Transfert: La politique actuelle est un crime, c’est un vol, c’est une agression de classe à rebours Par Bruno Bertez

La politique actuelle est un crime, c’est un vol, c’est une agression de classe à rebours Par Bruno Bertez

Nous renvoyons à l’article éditorial ci dessous intitulé « Analyse d’un crime impuni ».  Il  explique  pourquoi la politique monétaire actuellement suivie est criminelle. L’essence du capitalisme financier mondialisé moderne c’est le vol et la destruction.

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Nous soutenons que cette politique est d’essence  criminelle car elle détourne des ressources sociales comme la monnaie au profit d’une classe, les kleptocrates, les ultra-riches, les barons de la finance et  tous leurs alliés qui bénéficient de la manne gratuite.   Ils s’enrichissent sans contribuer au bien commun par l’investissement productif de richesses et d’emplois et de promotion sociale. C’est ce que le sens commun finit par comprendre quand il parle de l’accroissement sans précédent des inégalités, quand il parle de 1% puis des 0,01%  et quand il s’indigne.

Elle est criminelle car elle détruit nos bases sociales et nos consensus.  En faisant passer cette politique pour libérale ou capitaliste, on détruit l’adhésion au capitalisme et on renforce les forces sociales qui veulent  accélérer la collectivisation; honte aux Sarkozy et aux autres qui ne le démontrent pas et qui implicitement s’y rallient. Ils montrent leurs vrais visages, ce sont des profiteurs dirigistes et étatistes comme les  autres. Simplement ils leur laissent faire le sale boulot en espérant qu’il sera terminé quand ils prendront le pouvoir.

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Elle est criminelle car cette politique est par essence destructrice des spécificités et singularités. Elle impose un ordre du monde universel, un seul monde avec des normes communes dans tous les domaines, monétaires, fiscales, juridiques, sociales et maintenant sociétales. L’ordre mondial de la financiarisation a besoin d’un marché unique, régi par les mêmes lois , par les mêmes besoins transformés en désirs. L’ordre mondial est maintenant l’ordre imposé par le rouleau  compresseur de la finance sous le signe de la dette. Regardez toutes les lois scélérates qui broient les particularités et anéantissent toutes les résistances. Vous n’avez pour ainsi dire plus de liberté sans contrôle, il n’y a qu’une classe  qui a toutes les libertés, c’est la classe de l’argent, du très gros argent  et des barons de la finance, avec leurs laquais serviteurs fonctionnaires internationaux. Cette classe précisément pour maintenir, pour maintenir sa liberté, celle de déplacer ses  capitaux et d’en faire ce qu’elle veut, fait en sorte de détruire les vôtres. Ce n’est pas un hasard si Varoufakis voulait bloquer les mouvements  de capitaux en Grèce, empêcher les ultra riches grecs de sortir leur fortune du pays, alors que la Commission Européenne le refusait, on a vu ce que cela a donné, la Grèce a été saignée à blanc, les capitaux sont sortis et les citoyens sont étranglés, épiés, contrôlés. En partant, les ultra riches ont remis les clefs du pays aux eurocrates et fait mettre à genoux le peuple.

Elle est criminelle car elle a pour fin la destruction des différences et des spécificités et qu’elle se nourrit de ce qu’elle détruit. Retenez bien ceci: tout le dispositif post 2008 est fait pour protéger l’ordre issu de la mondialisation financière et accélérer son extension. Nous sommes dans une phase nouvelle du capitalisme, dans sa perversion, nous sommes dans ce que nous appelons et avons décrit comme capitalisme d ‘arbitrage. Le profit ne se fait plus prioritairement et majoritairement par la production ou même la distribution/commercialisation, il  se fait sur l’arbitrage des valeurs. Une chose vaut 100 ici, le « nouveau capitaliste » l’achète ici et la vend là bas, là  ou cela vaut 2000. C’est pour cela que ce sont les banques qui sont le moteur du capitalisme dit moderne. Le métier des banques, c’est le jeu sur les valeurs, l’arbitrage de tout et sur tout, sur le travail, sur l’énergie, sur les commodities, sur les systèmes sociaux et finalement sur les sujets humains. Les banques font le métier de s’engraisser sur « la différence », ici et maintenant, alors qu’avant elles faisaient le métier de gérer le temps, la diff-érrance.

Ce n’est qu’en apparence que le système est resté le même, son fonctionnement organique a totalement muté. Et c’est ici qu’il faut comprendre le lien avec la politique monétaire; il est subtil, mais c’est en fait une grosse ficelle. La mondialisation, la mise en place d’ un nouvel ordre mondial s’est faite sous le signe, sous la houlette de la finance.  Ils ont déplacé les capitaux et les investissements pour les diriger là où le taux de profit était facile, rapide, là ou il  était le plus important. Il s’agissait de détruire un ordre existant pour, en le détruisant, en libérer les richesses, l’énergie potentielle. C’est le phénomène de nivellement de banalisation de standardisation, d’universalisation qui est organiquement le ressort de ce capitalisme.

Et c’est pour cela que la définition de la vraie  Droite Conservatrice est bien celle-là, que nous avons donné il y a peu, c’est la représentation politique, c’est  le parti qui défend les différences, les spécificités, les identités; le parti  qui refuse  l’universel imposé par les Maîtres qui en font leur profit. Cela ne veut pas dire anti-modernisme ou anti-progrès, ou anti-immigration etc , non cela veut dire ètre contre le contenu et contre le rythme que ces gens donnent à tous ces mouvements. Parce que ce sont des contenus et des rythmes définis à leur profit, truqués, biaisés. Les contenus acceptables sont ceux qui viennent du bas, ceux qui sont produits par la société, pas ceux qui sont produits par eux.

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Le socialisme moderne est l’idéologie qui donne la priorité au groupe, au collectif, au tout, à l’universel sur l’individu réel existant. Dans « socialisme » il y a « social », c’est à dire fondamentalement l’idée que l’homme-individu n’existe pas et qu’il est un être d’abord et avant tout « social », culturel, produit du collectif.

Ils soutiennent qu’il n’y a pas de nature et que tout est culture, d’où la théorie du genre. D’où leur volonté de contrôler les esprits c’est à dire l’Ecole.

Relisez le maître des socialistes français, Jaurès, vous comprendrez. Jaurès prétend par exemple qu’il n’existerait pas de « propriété » si la société n’existait pas; la propriété est une création de la société, une convention, donc tout le reste en découle.

La vraie distinction entre la gauche et la droite est là, c’est la distinction entre l’homme abstrait, héritée de deux siècles d’erreur dite moderniste et l’homme concret, celui existe qui se bat, qui travaille et qui souffre. Les « dominants » issus de la Bourgeoisie quI s’est accaparé les Biens Nationaux  sur le dos du peuple après la Révolution,  ont, pour conserver leurs biens, fait alliance d’abord avec les Républicains puis avec les kleptocrates et les puissances d’argent, et enfin avec les socialistes.  Cela leur a bien réussi, il faut le reconnaitre!

Plus précisément:

-la gauche est pour le collectif, pour l’égalité, pour l’abolition des différences et des spécificités. Elle nie le caractère premier, irréductible de l’individu, de l ‘identité, de l’héritage.

-tandis que la vraie droite proclame la diversité, la différence, l’inégalité et part de l’idée que nous sommes tous uniques et différents et que c’est notre achèvement que de l’affirmer.

La droite pense comme Nietzsche que « je suis propriétaire de moi-même et donc je suis propriétaire de ce que je produis » et donc je suis légitimement propriétaire de mes biens. Que c’est inaliénable et impératif.

En passant, le Nouvel Ordre Mondial, la globalisation, l’homme abstrait universel, les droits de l’homme, la priorité à la finance abstraite sur la production concrète, les droits du migrant, la laïcité, tout cela fait intégrante du socialisme moderne.

La destruction d’un ordre que ce soit au niveau social ou en physique ou chimie,  libère toujours une énergie, une plus-value considérable, celles qui sont emprisonnées dans les rigidités structurelles de l’ordre ancien. Ceux qui sont familiers de la notion d’entropie comprendront aisément. Le plus clair c’était la mise en place d’un marché mondial du travail avec l’instauration d’une concurrence féroce entre les travailleurs du monde émergent  et ceux du monde dit développé, ancien. Il s’agissait de rendre souples les  échines des travailleurs du monde développé pour qu’ils acceptent baisses de salaires, érosion des acquis sociaux, destruction de leur épargne et de leur fonds de commerce. Il ‘agissait de les remettre à nu, flexibles, souples  comme les Macron et les Gattaz les aiment. Ce qu’il faut maintenir dans cette mondialisation, ce n’est pas tant la libre circulation des marchandises, bien  sur elle est nécessaire, mais c’est surtout le principe de la libre et totale circulation des capitaux. Car c’est la libre circulation des capitaux, qui accomplit comme ne le dit pas, mais comme le suggère le patron de Godman Sachs, « l’Oeuvre de Dieu ». « God’s work ».

Le N.O.M financier a besoin d’un monde unique,  uniforme, universel, avec les mêmes lois, le même cadre juridique et fiscal, les mêmes lois sociales, les même cultures sociétales, partout . Comprenez bien que nous sommes à la racine du système, lequel consiste dans le mouvement. Le mouvement est celui d’investir, investir au sens large, dans une structure spécifique, de la broyer, de la détruire afin de l’amener dans l’état banal des autres  structures plus vieilles  et ainsi d’empocher ce qui se libère. On broie une structure ancienne, celle-ci se banalise, et en se banalisant libère une richesse que le capitalisme financier mondialisé confisque. Pour comprendre, imaginez  un barrage là haut, il contient une masse d’eau ; si vous brisez le barrage ou si vous faites se vider le réservoir, vous libérez une énergie considérable que vous captez éventuellement sous forme  d’électricité. La mondialisation par la finance capte le potentiel de développement des structures anciennes. Cyniquement, cela s’est fait avec le travail, cela se fait avec la consommation et la transformation  en cours des besoins  des gens   en désirs, cela se fera avec les femmes du Sud qui « libérées » ou « migrantes »  deviendront « plus faciles » pour les hommes du Nord. Donc ce qu’il faut comprendre c’est que l’essence de la période c’est l’arbitrage, le jeu sur les différences de valeurs, la libération du potentiel qui est  contenu et  la confiscation, captation. Et ce système qui est celui qui a buté en 2008 sur la dette, ce système  doit être préservé et pour le préserver, il faut vous spolier, vous laminer, vous empêcher de progresser. Le système vise à s’assurer que les classes moyennes ne deviendront jamais supérieures.  Vous, vous ne pouvez pas capitaliser, eux le peuvent et en accéléré sur votre dos avec votre épargne et votre monnaie.

La politique actuelle est criminelle parce que ce que l’on ne vous dit jamais, c’est que la politique monétaire qui a été choisie, ne vise qu’ à un seule chose, sauver les ultra-riches et assurer leur liberté de circulation. On aurait pu imposer des restrictions de liberté aux capitaux des ultra-riches instaurer des contrôles des flux,  on ne l’a pas fait. On a maintenu leur liberté entière et totale au prix des restrictions des vôtres. Si vous analysez toutes les nouvelles dispositions fiscales, si vous analysez les contrôles, les surveillances, si vous examinez les nouvelles lois qui sont prises, vous arrivez à la conclusion que c’est à vous que l’on met les chaînes aux pieds afin de préserver toute latitude de mobilité  à ce grand capital financiarisé. Les états prennent tous les mêmes dispositions pour vous bloquer, pour vous empêcher de voter avec vos pieds. Ils font comme Hitler, ,  vous devez  payer une rançon avant de quitter le pays comme ce fut le cas dans  l’Allemagne des années 30. Vous êtes soumis aux ententes entre les états lesquels échangent les informations sur votre patrimoine , vos revenus et bientôt vos dépenses.

La politique actuelle est criminelle parce que lorsque nous parlons de vol, cela en est réellement un, ce n’est pas une figure de style, une approximation ou une exagération. Lorsque vous travaillez et que vous produisez quelque chose qui a la valeur de 100 unités monétaires, vous êtes en droit de l’échanger dans le monde moderne contre quelque chose d’équivalent qui vaut 100. Si vous ne l’échangez pas tout de suite, compte tenu du fait que vous laissez le produit de votre travail à la disposition de la collectivité pour qu’elle progresse, vous devez toucher une petite part du produit ainsi généré par  ce qui est laissé à la disposition de la collectivité. Cela a fonctionné ainsi de tous les temps et c’est la base de la croissance. Mais si vous ne touchez pas ce tout petit surproduit que l’on appelle l’intérêt, cela veut dire que quelqu’un d’autre se l’attribue, et ce quelqu’un d’autre c’est forcément celui qui utilise votre épargne gratuitement, c’est à dire celui qui s’endette. Et qui s’endette, qui a un leverage  considérable;  ce ne peut être dans nos sociétés que les ultra-riches, puisqu’on ne prête plus aux classes moyennes et aux pauvres. Les ultra-riches n’ont pas de monnaie, pas d’espèces, ils ont des actifs tangibles et des dettes. Leurs actifs tangibles s’accumulent  sans cesse grâce précisément à la masse de dettes qu’ils sont capables de contracter sans que vous soyez rémunérés. Le vol, il est là, il consiste à prendre aux pauvres qui détiennent de la monnaie comme des imbéciles, pour donner aux riches qui eux détiennent des actifs réels et n’ont que des dettes, c’est à dire de la monnaie négative, de la monnaie avec un signe moins. Les riches sont vendeurs à découvert de la monnaie, de votre monnaie.

Cette politique est criminelle et elle le sera bientôt encore plus, quand on va passer aux taux d’intérêt négatifs pour le public. Non seulement vous ne toucherez plus d’intérêt, c’est à dire que l’on va vous voler systématiquement le produit de votre travail et de votre épargne, mais en plus, on va l’amputer cyniquement. Si vous produisez quelque chose qui vaut 100 et que vous ne l’échangez pas tout de suite, si vous ne le consommez pas, on vous dira: « désolés, mais cela ne vaut plus que 98 ». Et à votre avis, qui va empocher la différence?

Les taux négatifs en cours et à venir prouvent deux choses. Premièrement, ils prouvent que tout ce qui a été fait jusqu’à présent était inadapté, inefficace, cela ne marche pas; deuxièmement, ils prouvent que l’on n’est pas dans la recherche de remèdes mais dans le domaine pur et simple de la lutte sociale pour laminer les uns afin de renforcer le pouvoir des autres.

Notre monde vit maintenant sur une partition; il y a les « bons » et les « mauvais ». « Ils » se prétendent meilleurs  que le reste  du monde, « ils » disent qu’ »ils » détiennent  la vérité, parce que ce sont eux qui ont accaparé le pouvoir, parce ce sont eux qui font les lois et distribuent les statuts de « bons » ou de « mauvais ».

Tout cela n’a rien d’universel, c’est simplement la loi du plus fort.

Analyse d’un crime impuni

Ces dernieres semaines, aux Etats-Unis, s’est développé un débat passionnant. Le prix Nobel Michael Spence et Larry Summers se sont opposés sur la question de la politique monétaire et son incidence sur l’investissement productif.

Nous nous sommes intéressés à ce débat. Nous l’avons déjà abordé et ce de façon plus radicale que celle de Michael Spence : nous soutenons que la politique monétaire est déflationniste et productrice de chômage et de régression.

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Le prix Nobel soutient que la politique de la Fed pénalise l’investissement productif  en détournant  le capital de l’économie réelle vers la finance et l’achat d’actifs financiers à la fois aux USA et ailleurs dans le monde.

La politique monétaire conduit les managers d’entreprises à mener  des politiques « shareholder friendly », favorables aux actionnaires, ce qui leur fait préférer les rachats  d’actions  aux investissements  dans de nouveaux équipements. Il déplore qu’une politique publique biaise les décisions des entreprises et les incite à préférer les assets papiers aux investissements dans l’économie réelle.

Larry Summers soutient que cette critique de la Fed est une tautologie. Selon lui, le prix Nobel pense faux. « La politique monétaire a été stimulante, et l’investissement a été faible dans cette reprise, mais cela ne prouve pas que ce soit la faute de la politique monétaire si l’investissement est faible ».  Summers ironise, « il y a une corrélation entre le recours aux oncologues et le cancer, mais cela ne prouve pas que les oncologues soient responsables du cancer ». Et il ajoute, dans une reprise faible, on est en droit de s’attendre à ce que l’investissement soit faible et que la politique monétaire soit stimulante, tout cela ne prouve rien. Corrélation ne prouve pas causation ».

Le prix Nobel n’a eu aucun mal à ridiculiser Summers en faisant remarquer que celui-ci détournait sa thèse : Spence en effet n’affirme pas que la politique monétaire réduit l’investissement productif, il dit simplement que les Quantitative Easing redirigent  le capital de l’économie réelle vers les assets financiers ».

Tout cela est tellement évident que l’on a peine à comprendre l’intérêt du débat soulevé par Summers sur  corrélation et causation. Bien entendu,  en économie dite moderne, la notion de cause a mauvaise presse, car si on la conservait, on serait obligé de rester à l’intérieur de la logique, de la non-contradiction et  d’expliciter les articulations organiques entre les propositions de la pensée dominante  et ainsi de reconnaître la fausseté de beaucoup de ces propositions. L’économie moderne n’aime pas la pensée classique explicative avec les causes et les effets, elle adore les « modèles » avec leur opacité. Elle préfère ignorer le caractère idéologique des modèles et les transformer en outils pour imposer de vérités soi-disant éternelles, mais  « bidon ».

Si vous retirez du rendement du portefeuille mondial en achetant des titres longs qui rapportent, vous injectez en contrepartie du cash qui ne rapporte rien dans les réserves. Ce cash  (notre fameux mistigri)  part à la recherche d’un emploi rentable et il a tendance à suivre la ligne de plus grande pente du profit facile, sûr, rapide. Cela est normal. Il reste dans la même catégorie, la catégorie « papier » que celle de son origine.  Le cash mistigri est un déversement, son mouvement est « top down ».

En sens inverse, l’équipement productif est « bottom-up », ce qui est premier, c’est l’attrait de l’investissement, son taux de rentabilité interne, ensuite seulement, on le compare au financement. S’il n’y a pas d’investissement attractif, en fonction de la logique de l’entreprise, de ce qu’elle sait faire, en fonction de son fonds de commerce et surtout de son passé, elle n’investit pas.  Cela n’empêche pas le responsable des finances de rechercher comment bénéficier de la manne de l’argent gratuit surabondant et de développer ses fonctions bancaires ou ses fonctions d’ingénieur financier. Il y est obligé car d’autres le font. Le capitalisme, c’est la concurrence pour le profit. Et, bien entendu, comme lui-même et ses autres collègues managers sont payés en bonus et stock-options, il se tourne vers le rachat d’actions.

L’ingénierie financière permet de fabriquer du bénéfice par action en utilisant la capacité d’endettement du capital, en « usant » cette capacité d’endettement, c’est à dire en remplaçant du capital par de la dette. Cela fait monter le cours de bourse, évite d’être « viré » par une OPA et cela fait de gros bonus. La dé-capitalisation de l’entreprise par le leverage comme nous l’avons dit, accélère la croissance des bénéfices par action, entretient la hausse du cours de bourse et crée une dynamique.

Dans le cadre de cette dynamique, de cette nouvelle logique qui est financière, on peut compléter par des fusions-acquisitions, du Privat Equity, etc. La mécanique est lancée. Cette mécanique conduit à réduire les risques d’entreprise, ceux de l’activité productive, afin de continuer d’optimiser le cours de Bourse. On remarque que l’on réduit le risque d’entreprise par l’augmentation du risque financier. On raisonne plus court, et surtout autrement.

En fait, c’est un autre monde qui se crée avec d’autres règles et d’autres critères. On se focalise sur le marché financier, sur les données financières, sur les discours de la Fed. Peu à peu, tout se passe comme si c’était la règle du jeu de l’activité économique qui mutait.  Peu à peu, tout cela supplante, culturellement, les données de l’économie productive et cela est normal puisque cela correspond au principe universel du moindre effort.

Le prix Nobel Michael Spence a raison de dire que les QE redirigent le capital de l’économie réelle vers les assets financiers, mais, ce ne sont pas les QE qui constituent la cause première de ce mouvement, ce qui est la cause première, déterminante,  c’est l’insuffisance des opportunités d’investissement productif.

L’investissement productif n’est pas assez rentable pour diverses  raisons, qu’il n’est pas le lieu d’analyser ici,  et si vous injectez dans le Système mondial des liquidités qui ne rapportent rien, mais qui, en plus, sont de maturité courte, alors ces liquidités suivent la ligne de plus grande  pente de la liquidité, de la rentabilité rapide et maximum. Elles vont faire l’arbitrage entre la rentabilité du capital  ancien et la rentabilité du capital productif nouveau ; elles vont gonfler les cours/prix du capital ancien déjà disponible sur le marché de l’occasion, elles font donc baisser sa rentabilité pour le remettre au niveau bas de celle du capital neuf. N’oubliez jamais que faire monter le prix des assets, c’est toujours faire baisser leur rendement interne. L’excès de liquidités introduit par les QE alimente l’arbitrage entre  le capital ancien, le capital d’occasion  (boursier, financiarisé) et le capital  neuf (productif).  Par quasi définition, le capital neuf supporte mal la concurrence  du capital ancien  car nous sommes dans un monde incertain, fragile, dont tout le monde sait qu’il est vulnérable aux chocs et surtout à un éventuel changement de politique mondiale. Dans le monde moderne, il faut jouir vite.

L’articulation est la suivante :

-le taux de profit d’entreprise est devenu insuffisant et le risque trop élevé.

-l’environnement est incertain, instable, fragile.

-l’investissement productif d’entreprise  est donc  insuffisant car les opportunités sont trop rares.

Les QE et politiques monétaires stimulantes créent une dynamique sur les marchés financiers qui rend la performance des placements en capital ancien,  des placements représentatifs de capital  ancien, plus attrayants et moins risqués que les emplois en capital productif neuf. La comparaison entre  les récompenses procurées par l’investissement productif et les récompenses, les performances des emplois en assets financiers est au détriment de l’investissement en économie réelle. Tout cela est à la fois aberrant et rationnel.

Le pire est que la baisse des taux sur les capitaux financiers mis à la disposition des employeurs de fonds ne produit pas les effets rééquilibrants de cette concurrence. On pourrait se dire, si je mets les taux à 1%, alors je rends rentables tous les investissements productifs qui rapportent 2%,  mais ce serait une imbécillité car, avec l’argent que l’on vous promet durablement à 1%, vous pouvez faire du leverage de quasi de 20 ou de 40X  et ainsi envisager une performance financière qui rend ridicule la rentabilité prévisionnelle de tous vos investissements productifs d’entreprise.

L’idée centrale est que la concurrence est à l’œuvre entre les emplois financiers et les emplois productifs et que la mécanique financière Ponzi, qui permet des performances financières sans  limite, joue sans cesse au désavantage de l’investissement productif et de l’économie réelle ; il est plus facile, dans le monde actuel, de s’enrichir en spéculant, qu’en prenant le risque d’entreprise. Et ce sont les Banques Centrales qui produisent cette anomalie. Non seulement par les QE et les taux zéro, mais avec leurs théories financières idiotes qui, en fait, sont très favorables aux emplois financiers, par la définition du risque et des performances comme des données internes aux marchés. La névrose des marchés conduit à faire en sorte que, toujours, dans le cadre présent, l’investissement d’entreprise soit pénalisé et qu’il ne supporte pas la concurrence. En réduisant la volatilité, en assurant le risque financier, en réduisant artificiellement  le risk (la volatilité)  des investissements en assets financiers, les responsables de la politique monétaire renforcent l’attrait de ces papiers, lesquels font encore plus concurrence aux investissements productifs. La politique actuelle qui vise à ne jamais perturber les marchés et à maintenir des conditions financières ultra laxistes et à s’opposer à tout resserrement, cette politique détruit l’investissement productif dans la mesure où elle favorise artificiellement l’emploi de capitaux dans les achats d’assets papiers! Ces politiques rendent sans  risque,  ce qui, sans elles,  aux niveaux actuels, serait très, très risqué.

Mais le cercle  ne s’arrête pas là, car il est devenu vicieux, nous ne ferons qu’évoquer cet aspect, nous l’avons déjà traité. La politique des QE, des taux nuls et des assurances données aux acheteurs  d’assets financiers, produit une valorisation élevée de ces actifs financiers. La solidarité de fait qui a été créée entre les managers des entreprises et les détenteurs du capital par le bais des bonus et des stock-options conduit obligatoirement le management à vouloir satisfaire les exigences et les besoins des détenteurs de capital et surtout à ne pas les décevoir.

Vous voyez chaque trimestre, au moment de la publication des résultats, telle firme (Sanofi par exemple)  annoncer ses résultats et, en même temps, des  licenciements. Ce que l’on appelle des licenciements boursiers. Elle est obligée, comme l’on dit, de « délivrer », c’est à dire de délivrer les promesses de bénéfices qui sont incluses dans le cours de bourse. Rappel: un cours de bourse est une somme de bénéfices à venir sur longue période, actualisée. Si le cours de bourse a monté, vous êtes en tant que manager obligé de ratifier ce cours de bourse et, pour ce faire, de prendre des initiatives sur la productivité, l’emploi, les délocalisations, les abandons de production moins rentables, l’emploi du cash-flow disponible, etc. La cherté des cours de Bourse renforce la contrainte de profit qui pèse sur les entreprises  et leurs managers, cette contrainte est déflationniste et plus vous haussez les cours de bourse, plus vous devez réduire les salaires, le nombre d’emplois et pressurer vos sous-traitants. Ainsi le niveau élevé des cours de Bourse conduit à pressurer les revenus des agents économiques qui concourent à la production et, ce faisant, ils restreignent  leur demande. La demande globale devient insuffisante pour justifier des investissements.

La politique monétaire  non conventionnelle, les QE, les taux nuls ou négatifs, les assurances données par les Banques Centrales, les politiques  de transparence, tout cela favorise la concurrence entre les emplois financiers du capital et l’investissement productif.  A ce titre, tout cela renforce   les pressions déflationnistes qui  pèsent sur la croissance et la production de vraies richesses. Tout cela pèse sur l’emploi. Tout cela est cyniquement criminel.

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BRUNO BERTEZ Le 12/12/2015

illustrations et mise en page by THE WOLF

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9 réponses »

  1. Merci Monsieur Bertez,
    depuis les condamnations de Mr Jean-Pierre Chevalier et de Mish par l’AMF a deux amendes respectivement de 10.000 et 8000 euros sans procès pour avoir osé dire la vérité, a savoir que le taux de couverture de la Sté Générale était d’environ de 2 au lieu de 9 prétendu, j’avais bien noté que nous avions changé de monde, passant du « cause toujours  » à celui de  » ferme là ».
    Aussi vos réflexions si dures soient-elles sur la réalité de notre « vraie vie  » , sont un vent de liberté et de vérité de plus en plus difficile à trouver parmi les moines copistes qui servent la soupe aux ploutocrates.
    Soyez en remercié.

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  2. Le scandale de l’année 2015.

    La Cour des Comptes grecque a calculé que l’Allemagne doit rembourser à la Grèce 278,9 milliards d’euros au titre des dédommagements de la Seconde guerre mondiale.

    L’Allemagne refuse de rembourser cet argent à la Grèce …

    … mais l’Allemagne continue de payer la retraite des soldats espagnols qui ont combattu dans l’armée nazie !

    Lisez cet article :

    L’Allemagne refuse de dédommager les Grecs victimes de la Wehrmacht, mais verse des pensions aux fascistes espagnols de cette même Wehrmacht !!!

    http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=16773

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  3. Le Transfer a commencé et il passe à la vitesse supérieure.

    Vendredi j’ai reçue une lettre de ma banque (BBVA) et elle informe que a partir du 5 février 2016 , les comptes en actions ( françaises et USA , HK ) sont tranférés a un compte OMNIBUS au sein de BMEC CLEARING , Que pour ma part je ne connais pas . Il va de soit que se lundi je me rendrais sur place pour manifester mon désaccord de se transfert .
    Il parait que cette nouvelle réglementation s’aplique a toutes les banques espagnoles.
    Une façon de faire un Bail-in sur les actions? car elles ne seront plus a notre nom .

    Décidément ils sèment notre vie d’embuches de plus en plus difficiles!

    Un grand bonjour depuis Madrid,

    Marian

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  4. Bonjour Marian, si vos actions ne sont pas au « nominal » , elles appartiennent alors a la banque qui les gère en votre nom.
    Mais si la banque dépose le bilan, les actions ne vous appartiennent plus et sont vendues pour renflouer la banque, et vous il ne vous restera plus qu’à produire au passif et vous serez payée « au marc le franc » donc au pourcentage de ce qui reste.
    En 25 ans de barreau aucun de mes clients créancier n’a jamais recouvré un franc d’une faillite….
    Donc si vos actions ne sont pas détenues au « nominal » vous perdrez tout en cas de faillite….
    cordialement

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    • Merci pougatchof,

      Avec cette nouvelle réglementation europeenne , ici dans les banques vos actions son tranférees sur un compte omnibus à partir de février …, je vais tenter qu’elles soient au nominal , mais la banque me dit que les frais sont très élevés .

      Merci encore, cordialement.

      Marian

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      • attention, toutes les societes côtées n’acceptent pas la détention « au nominal » mais la plus sereine l’accepte je veux parler de l’Air Liquide, contactez les pour avoir plus d’informations sur les coûts qui ne sont pas si élevés , sauf si votre bankster veut vous dissuader……

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