Arabie Saoudite

Trump face à l’affaire Khashoggi : realpolitik, géopolitique, ou moraline ?

Ce 14 octobre, le Tadawul exchange de Ryad a pris du plomb dans l’aile. L’indice boursier saoudien a en effet plongé de 6 %, les pertes visant 182 des 186 des titres qui y sont inscrits. Les investisseurs ont tenu compte de la grogne des « élites-politico-médiatiques-de-la patrie-mondiale-des-droits-de-l’Homme », mais surtout des inquiétantes déclarations de Donald Trump :

« Il y a quelque chose vraiment d’horrible et de répugnant [dans la disparition de M. Kashoggi]. Si tout cela s’avère exact, nous irons au fond des choses et la punition sera sévère ».

Précisant toutefois que pour l’instant le royaume arabe nie farouchement toutes ces accusations.

Ainsi, les services secrets saoudiens seraient venus le 2 octobre dans les locaux du consulat du Royaume à Istanbul afin d’y tuer Djamel Khashoggi, citoyen saoudien, résident américain, et journaliste au Washington Post. Et les Turcs d’alléguer que le disparu, tel Osiris, aurait été découpé afin de garantir une sortie discrète. Ce sont les Turcs qui disent en avoir la preuve, sans l’apporter pour l’instant. Et pour cause : il n’est habituellement pas très diplomatique (bien que fréquent) d’espionner les consulats et ambassades, et surtout il est peu pratique de révéler les méthodes utilisées. Donc on parle d’un enregistrement du meurtre par la montre Apple du malheureux défunt… bien que son application soit techniquement restreinte sur le territoire turc.

Pour ajouter à la confusion, Trump avait au début du mois lancé un avertissement à Ryad lors d’un rallye : « Sans les États-Unis, le royaume pourrait s’effondrer en deux semaines ! » La raison de cette ire ? Forcer les pays producteurs à pomper comme les Shadocks afin de faire baisser les prix du pétrole en un climat récemment haussier, favorable à la Russie et à l’Iran.

Et la Turquie elle-même semble comprendre combien la politique du bâton américain pourrait lui nuire. Son rapprochement avec Moscou, sa soumission économique accrue au Qatar, et son refus de libérer un « pasteur » américain sympathisant du Mouvement Gülen accusé d’avoir fomenté un coup d’État, infructueux, contre Erdoğan, se sont traduits par une chute vertigineuse de la livre turque, en relation directe avec les récentes sanctions américaines imposées aux Turcs.

Donc, condamné il y a deux ans à 35 ans de prison pour sédition, le pasteur Andrew Brunson, a été miraculeusement libéré par la justice turque ce week-end. Cependant qu’un rafraîchissement diplomatique s’installe entre Moscou et Jérusalem (Moscou ayant refusé de reconnaître la souveraineté israélienne sur le Golan).

Quant à « l’affaire Khashoggi » les commentateurs américains s’en donnent à cœur joie : à gauche, certains y voient (hélas !) du pain béni pour Poutine et les Iraniens, d’autres y voient la vraie nature de ce pays qui a enfanté les attentats du 11 septembre, d’autres enfin y voient un gros problème posé à Netanyahu. À droite (si cela existe), c’est le grand écart entre la très pavlovienne « moraline » d’usage et la préservation des « intérêts géopolitiques ».

Quant à Trump, une fois de plus, il met les pieds dans le plat, parlant directement à ses électeurs : « On ne va pas se priver de 150 milliards de contrats d’armement avec les Saoudiens, et les voir aller se fournir en Chine et en Russie ! Car ces contrats créent et vont créer des emplois chez nous !». Il préconiserait donc, en cas, non pas des sanctions, mais « autre chose ».

http://www.bvoltaire.fr/trump-face-a-laffaire-kashoggi-realpolitik-geopolitique-ou-moraline/

OK++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s