Art de la guerre monétaire et économique

« Tout est permis, rien n’est possible »

« Tout est permis, rien n’est possible »

« Tout est permis, mais rien n’est possible. »

Michel Clouscard – L’Humanité (30/04/02) – Néo-fascisme et idéologie du désir : Mai 68, la contre-révolution libérale libertaire(1973)

En Mai 68, un psychodrame s’est joué au sommet de l’État; il révéla, à l’évidence, les enjeux de l’histoire, incarnée selon trois rôles mythiques : le père sévère (de Gaulle), l’enfant terrible (Cohn-Bendit), le libéral débonnaire (Pompidou). C’est l’affrontement des trois situations de la bourgeoisie, des trois systèmes idéologiques possibles. En scène : la ” vieille France ” vertueuse issue de la victoire sur le fascisme et, d’autre part, la ” nouvelle France ” qui se cherchait et qui s’est accomplie dans la synthèse d’un libéralisme ô combien répressif dans l’acte de produire et ô combien permissif dans l’acte de consommer. Il a donc fallu l’alliance sournoise du libéral et du libertaire pour liquider le ” Vieux “, qui a dû s’en aller. Après ce meurtre rituel du père, a été accordée, au sommet, par l’État, la permission du permissif qui a donné accès au marché du désir.

Mai 68 annonce aussi le partage du gâteau entre les trois pouvoirs constitutifs de l’actuel consensus : libéral, social-démocrate, libertaire. Au premier, est dévolue la gestion économique, au second la gestion administrative, au troisième celle des moeurs devenues nécessaires au marché du désir, On aura ainsi la ” nouvelle France “. Ce trio consensuel n’est pas monolithique. Au contraire : c’est un système mouvant toujours recommencé d’alliances, d’échanges, de compromissions. Et chaque terme n’accède au pouvoir que dans la mesure où il consent à celui des autres: la langue de bois appelle ça ” tolérance “. Ainsi en est-il de l’ordre nouveau. Les trois principes constitutifs et antagonistes de la France se sont en fait hypocritement réconciliés dans un commun reniement des valeurs originelles. La production capitaliste gérée par les politiciens de l’alternance et de la cohabitation est consommée selon le modèle libertaire. Cela s’appelle aussi : fin des valeurs, fin de l’histoire, et dénégation de la lutte des classes.

Protagoras aura donc eu la mission d’inventer pour le conseil un code qui permet ” la communication ” entre les trois pouvoirs. Il aura fourni aux trois étapes du déploiement libertaire ses trois discours ; d’abord, le discours promoteur de Mai 68, en termes existentiels et culturels, ensuite, celui, initiatique, qui établit la pratique économique du libéralisme social-libertaire, son mode d’emploi, et pour finir celui, démolisseur en termes politiques, de ce qu’il a adoré. Les durables conséquences de Mai 68 laissent apparaître le but recherché, la finalité même de la stratégie du néolibéralisme : la mise en place de deux appropriations, celle du champ de l’économie politique, celle du champ de la conscience humaine. Le lit du néofascisme est fait. L’exploitation et le développement maximal de la contradiction constitutive du libéralisme définissent le libéralisme absolu, terminal. Celui-ci a su développer deux marchés (le marché… des marchés traditionnels et le marché du désir), une double exploitation (celle du terrorisme économique et celle de la permissivité des moeurs), une double économie (du diurne et du nocturne, du licite et de l’interdit) inventant ainsi un double système de profit.

Le marché est virtuellement infini puisque la gestion libérale couvre et accapare tout à la fois et le principe de réalité, et le principe de plaisir. Pourtant, aucune économie. politique, ” bourgeoise ” ou marxiste, n’a théorisé cette complémentarité, cette dualité propre à l’ultralibéralisme sauvage ! Le marché du désir, de l’interdit, du nocturne a métamorphosé le marché officiel, légal, juridique selon trois déterminations capitales ; en lui adjoignant tout un nouveau système de profit, en lui servant de vitrine publicitaire, de promotion (libéralisation des moeurs), en lui injectant clandestinement d’énormes capitaux. Ainsi a pu être sauvée, certes d’une manière relative et provisoire, une économie en crise. Aussi, la conscience humaine s’est-elle structurée selon la contradiction du libéralisme tellement celle-ci était et demeure oppressante: c’est le nouveau statut de l’aliénation.

Avant ” les trente honteuses “, la société était organisée, on le sait, selon cette dualité: classe ouvrière, exploitée, et bourgeoisie, potentiellement ou réellement consommatrice. Les uns produisaient sans jouir, les autres pouvaient jouir sans produire. Le déferlement des nouvelles couches moyennes a bouleversé cette répartition conflictuelle, de classe: maintenant, le conflit est dans les têtes, intériorisé, c’est la nouvelle structure de la conscience et de l’inconscient. Car ce sont les mêmes qui tantôt travaillent et tantôt consomment, selon les incontournables modèles de l’exploitation du travailleur et de la permissivité du temps libre, de la consommation libidinale, ludique, marginale ! Tantôt esclaves, tantôt maîtres du monde ! Alors s’opère un dédoublement schizophrénique, une causalité folle : pour jouir, je m’exploite moi-même. ” Je ” est un autre, mon contraire… mon patron ! Le néofascisme sera l’ultime expression du libéralisme social-libertaire, de l’ensemble qui commence en Mai 68. Sa spécificité tient dans cette formule : ” Tout est permis, mais rien n’est possible. “.

A la permissivité de l’abondance, de la croissance, des nouveaux modèles de consommation, succède l’interdit de la crise, de la pénurie, de la paupérisation absolue. Ces deux composantes historiques fusionnent dans les têtes, dans les esprits, créant ainsi les conditions subjectives du néofascisme.

Voici venu le temps des frustrés revanchards…

3 réponses »

  1. Il faut lire Clouscard, relire Clouscard car le lire une fois ne suffit pas. Baudrillard est dépassé, et même Henri Lefebvre. La plupart des gens qui l’ont lu n’ont rien compris, même Lordon s’est trompé!

    Comment peut on faire de la politique à notre époque sans avoir assimilé Clouscard?

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  2. A reblogué ceci sur brunobertezet a ajouté:
    Il faut lire Clouscard, relire Clouscard car le lire une fois ne suffit pas. Baudrillard est dépassé, et même Henri Lefebvre. La plupart des gens qui l’ont lu n’ont rien compris, même Lordon s’est trompé!
    Comment peut on faire de la politique à notre époque sans avoir assimilé Clouscard?

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  3. Texte fantastique… Comme un écho à l’éclosion du monde moderne politique, Douguine nous expliquait (sur le saker et dans son livre: « la 4ème théorie politique ») la naissance du fascisme et du communisme comme produit réactif du libéralisme et il bouclait la question du Totalitarisme comme la condition intrinsèque des 3 théories politiques… le néo libéralisme -métamorphose du libéralisme- devant accouché dans son terme (condition terminale d’une maladie contagieuse pour l’esprit de la chose politique « res publica ») d’une gouvernance mondiale (nouvel ordre mondial) qu’instruiront des états inféodés au consumérisme intégral sous le boisseau anthropologique de la volonté de puissance et de jouissance (hédonisme forcené) que dirigeront d’une main de fer des oligopoles d’entreprises devenues sur puissantes par nos faiblesses.
    La LIBRA de Facebook, que personne ni aucune banque centrale ne rejette pour sa concurrence fratricide, est le dernier né pour la réalisation du Grand Oeuvre Social Libertaire, Socialiste et Fascisante qui s’apprête à émerger de l’Ancien Ordre Mondial. Un monde multipolaire n’est qu’un vêtement de camouflage si la gouvernance est mondiale, si le droit supra national supplante le droit national et constitutionnel des peuples à décider ce qui est juste et bon pour eux-mêmes.
    Si l’entreprise est l’apex du consensus social et comportemental, c’est que le peuple est serf!
    Si l’entreprise est le créateur des logiciels de la pensée et du comportement grégaire et individuel, alors elle sera le cœur nucléaire de la fonction et de l’organe à toute dynamique sociale collective… Esprit collectiviste!.
    Le laisser-fairisme, c’est la loi de la jungle comme condition de survie maquillée par l’esprit libertaire pour les peuples entre eux; l’entrepreneur de l’hyper classe, c’est le berger et le prédateur des classes sociales: moutons de Panurge qui sont élevés pour consommer et de moins en moins produire car la concurrence s’artificialise dès lors que le robot et son couple informel: l’I.A dépassent l’humain pour son coût d’exploitation et la profitabilité qui peut en être extrait.
    Le plus serf entre le robot et l’humain est celui qui n’exige rien et qui fait tout ce qu’on lui demande… le robot est un invariant, une constante mesurable pour l’édifice dynamique du Système, l’humain est une variable qui nécessite un forçage pour le faire plier aux objectifs de rentabilité (forçage tel que l’ingénierie sociale s’y emploie); ainsi l’Humain doit etre un invariant pour le réductionnisme de sa condition ontologique.
    La société de demain, c’est le sans frontiérisme: plus aucune barrière douanière, plus aucune frontière sociale, plus aucune distinction sociale: le pauvre d’une région trouvera son équivalent ailleurs à l’autre bout du « village global ».
    Le grand brassage génétique est positif dans sa phase ascendante et agrégante mais son corollaire est de détruire finalement l’ancien ordre génétique et culturel comme le fit « l’Homme Moderne » pour Neandertal qui était en sous nombre et qui s’accoupla avec ce lointain étranger venu par vagues successives du berceau de l’Afrique. Il lui était si proche génétiquement mais culturellement plus élaboré et distinct mais le nombre fit toute la différence… Neandertal disparut, ne resta que l’Homme Moderne dont on trouva chez lui quelques rares traces génétiques de ce brassage ancien et sa culture est une question encore posée.
    Le fascisme-nazi mit l’accent sur la race supérieure, le néo-fascisme du néo libéralisme promeut une race issue du laboratoire ingénierique de l’hyper classe pour que les Etres rentrent dans l’uniforme de la pensée collective créée par elle, si bien que la race supérieure de l’Homme Nouveau est une Espèce plutôt que race car l’indistinction en est la marque commune et son réductionnisme lui assure de n’être supérieure en rien comme on s’amuse à penser « néan » précédant « dertal ». NB : rappelons-nous que le transhumanisme est le culte de la race supérieure de l’hyper classe.
    Le seul peuple qui vécut culturellement et génétiquement isolé du brassage que connut le reste du monde furent les aborigènes d’Australie; leur culture a pu perdurer jusqu’à ce que les colonisateurs blancs débarquèrent au début du XVII ème siècle et bouleversèrent l’ordre établis sur des millénaires d’homéostasie culturelle. La perte de la transmission culturelle détruisit en grande partie la valeur de ce Peuple en sous nombre (comme Neandertal) face à des vagues de migrants sur un territoire immense. Le paradis aborigène disparut dans l’enfer d’une culture conquérante… celle là même que véhicule le post-modernisme actuel pour l’ancien monde culturellement différencié.
    Ce fait appelle une comparaison: l’Europe blanche et chrétienne des néandertaliens 2.0 connaît son déclin démographique alors même que « l’Homme moderne 2.0 » venu d’Afrique débarque en vague successives sur des terres génétiques accueillantes comme le sont des éponges asséchées pour l’eau.
    L’avenir se réécrira comme par le passé, la branche néandertalienne profitera des bienfaits de son métissage (phase d’enrichissement génétique et culturelle) puis connaîtra son absorption avant de disparaître finalement de l’Histoire… Mais l’Histoire ne se répétera pas de manière identique car le « nouveau » ici c’est que la culture consumériste et progressiste ne disparaîtra pas sous le nouveau culturel du migrant car ce qui motive le migrant c’est justement le consumérisme et le progressisme… avec toutes le frictions qui l’accompagneront inévitablement car l’animisme, l’islam et le christianisme enraciné dans ces terres lointaines diffère complètement du terreau étrange qui l’attend.
    Le monde de nos ancêtres n’avait que des frontières naturelles à franchir maintenant ces frontières sont dans nos têtes et demain elles disparaîtront car le néo-libéralisme supprime les distinctions culturelles, il homo-généise et on peut affirmer que l’Homme Nouveau est génétiquement différent comme il le sera culturellement car le produit du néo libéralisme est de faire de cet Etre un déraciné des Traditions pour le faire « tomate hors sol »… sans goût, de même texture et couleur et formaté aux ordres de grandeurs d’un univers aseptisé par une hyper classe divinisée. La finalité totalisante du néo libéralisme est de détruire les différences qui font la richesse du monde vivant par une Humanité diverse. La diversion du consumérisme intégral inocule dans le désir le superfétatoire, il professe la réalisation de soi dans une quête virtuelle et virtualisante: un utopique situationnisme qui n’est qu’un Vide Ontologique anthropophage de la condition d’excellence des cultures antérieures pour l’émergence du Serf, de l’esclave homo-gène et déculturé. Combien de générations encore avant que ne disparaissent les cultures devenus des ombres filantes conservées pieusement dans des musées?
    Le post-modernisme du blanc sera son suicide et le moyen par lequel s’embrase le monde des cultures car voyez-vous il n’est de peuple fécond que de sa culture et de ses générations relativement à d’autres peuples pour de semblables raisons. Mais ou sont les peuples si les cultures meurent par la démesure et l’aveuglement collectif qui se propage?
    Il n’est plus de peuples quand la culture devient commune (socialiste au sens de son totalitarisme égalitariste), il n’est plus de cultures quand l’hédonisme et la fronde contre les valeurs traditionnelles détruisent les tissus cognitifs pour n’en faire qu’une engeance libertaire totalisante et immersive pour un Rêve éveillé commun; là ou la limite des désirs est constitutive du rêve consumériste et jouissif , tout est définit par les Maîtres et enchanteurs de l’Hyper classe aveugle qui agissent et réagissent en agitant la carotte du plaisir et le bâton des frustrations.
    Ce que promet le monde de demain c’est le Panopticon, la prison de l’Esprit pour tous, surveillés numériquement par les maîtres, nos geôliers. Non seulement, Neandertal 2.0 va mourir par brassages génétiques successifs mais il inocule en retour -celui qui vient à lui- du germe culturel qui assurait jusqu’ici sa propre mort culturelle et donc génétique. Le modèle occidental s’est propagé partout par les airs, les mers et les terres mais plus efficacement encore par les ondes.
    L’occidentalisme convertit -comme la peste les corps sains- et rien ne lui résiste. Il n’est de voir l’Afrique désirer être ce que nous sommes, voir les autres peuples du monde conquis et s’affranchir de leur Tradition car leur jeunesse est plus prompte à la fronde et à la conversion hédoniste et les anciens, par contradiction interne, divisés et désarmés sur la question des changements qui se propagent en détruisant les repères et balises temporo-spatiales de la filiation culturelle.
    Les jeunes d’aujourd’hui ne seront plus les Anciens d’hier (du moins seront-ils ultra minoritaires) et on notera ce fait que les remémorations culturelles sont des rappels revivifiés mais imparfaits (comme la marque du temps qui passe) à l’Ordre Ancien pour ne point avoir à mourir du Nouveau. La Tradition veut survivre… mais elle se condamne à l’extinction malgré elle car le loup est dans la bergerie, il vit pour manger comme nous vivons pour consommer. Du loup à l’agneau chacun a sa place dans l’ordre sénescent du monde : l’agneau veut se faire loup, la mode lui en dicte le menu et le loup se déguise en agneau, ses intérêts de prédateurs l’y appellent.

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