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Article du Jour : La grande confusion Par Anne Sophie Chazaud

La grande confusion.

Difficile de ne pas subir la stratégie du choc qui est actuellement déployée, consciemment ou de façon réflexe, par les bénéficiaires et prébendiers du pouvoir tel qu’il se distribue depuis l’après-guerre, au plan idéologique comme aux plans théoriques et pratiques.

Il s’agit à vrai dire d’un festival.

La Confrérie des Diafoirus décide de réprimander le Professeur Raoult, forcément coupable d’avoir soigné avec succès d’innombrables patients pour pas trop cher et de façon pragmatique. Je ne suis ni une adoratrice ni une contemptrice du médecin marseillais : cette partition binaire des choses m’indiffère. Je constate en revanche que, plutôt que de lui opposer des données claires et des contre-arguments solides, ses ennemis font tout pour le disqualifier : les accusations de charlatanisme visant un spécialiste mondialement reconnu et dont le protocole est utilisé dans de nombreux pays prêtent à sourire et je pense que, pour paraphraser Chirac, cela lui en touchera une sans faire bouger l’autre, tandis que d’obscurs aigris tenteront jusqu’au bout de lui mordiller les jarrets.

Ce qui est ici préoccupant est la volonté, hystérique et véhémente (volontiers incarnée par le pétage de plombs de Véran à l’Assemblée) de faire TAIRE les propositions et avis divergents de la doxa officielle (ce que politiquement on appelle la démocratie).

Si par malheur vous la contestez, l’incantation magique de «complotisme» s’abat sur vous aux fins de vous fermer le clapet vite fait bien fait.

Dans mon livre, je consacre un important chapitre, comme j’ai eu l’occasion de le dire, à cet affrontement idéologique autour des notions de fake news et de «post-vérité» (dont je conteste philosophiquement la validité conceptuelle et opérationnelle). J’y reviens sur la conception d’Hannah Ardendt -que je reprends à mon compte- relative à la «vérité de fait» en pointant que l’accès au réel, aux faits, est précisément rendu opaque par ceux qui ont intérêt à cette opacité.

Si vous voulez montrer les exactions commises par Daech, par exemple, ou si vous dites que l’assassin de Samuel Paty était un migrant, vous serez censuré voire psychiatrisé, pour ne prendre que ces exemples récents et particulièrement criants.

On rend le réel inaccessible, indicible, par verrouillage idéologique, on le frappe d’interdit, on en censure l’expression et la manifestation, et ensuite l’on se plaint perversement en accusant le petit peuple d’être complotiste, ce qui permet de lui supprimer ce qui lui restait d’esprit critique.

Le film Hold Up consacré au délire hygiéniste mondial que nous subissons depuis bientôt un an est un autre exemple de cette injonction perverse et paradoxale. Il est très bien fait, très instructif, présente une certaine vision de cette pandémie à travers de très nombreux témoignages, il y a du bon grain et de l’ivraie, mais c’est un documentaire qui fait réfléchir. Bien sûr, comme il ne va pas dans le sens de l’Ordre sanitaire mondial (premier vrai exemple d’une gouvernance mondiale échappant totalement aux souverainetés populaires et démocratiques), et parce que certains interviewés partent parfois dans des considérations curieuses, le couperet s’abat : complotisme !

Grâce à cette accusation, comme avec «populiste », «fasciste» ou apparenté, on clôt tout débat. Pas besoin de se donner la peine d’apporter de la dialectique ou des démonstrations contraires. Pratique.

Les élections américaines enfin fournissent pareillement un excellent exemple de cette situation paradoxale dans laquelle ce sont les chantres de la démocratie libérale les plus fervents qui refusent et renâclent à ce que les innombrables anomalies de ce scrutin soient étudiées et analysées. Eux qui devraient pourtant avoir soif de vérité et de démocratie et qui couinent au fascisme en toute circonstance.

De nombreux recours vont être examinés, rien n’est joué, il est désormais établi que de très nombreuses malversations ont été organisées autour de cette élection mais le camp du Bien voudrait au plus vite enterrer la recherche de la Vérité ? Qu’est-ce à dire ? Que la fin justifie les moyens ? Que le rapport au réel n’a plus d’importance ? Et ce sont les mêmes qui ensuite n’ont que l’accusation de «fake news» à la bouche ? Et une fake élection, ce serait moins dérangeant ? Tout ceci n’est pas sérieux.

Si, au terme d’un examen transparent des malversations, Trump est battu, il partira, comme de normal. Si au contraire il est établi que le scrutin a été modifié en profondeur dans sa sincérité, il demeurera le président élu, ce qu’il est encore jusqu’à ce que le collège électoral en décide éventuellement (ou pas) autrement, n’en déplaise aux medias qui ont subitement décidé de se substituer aux institutions démocratiques.

Il est amusant dans ce contexte de voir que LREM et ses habituels affidés, considérant avec gourmandise les possibilités de fraude offertes par ce système, font subitement l’apologie du vote par correspondance. Plus c’est gros, plus ça passe.

Dans ces différentes affaires, c’est toujours la même question qui revient, lancinante : celle du sentiment plus que dérangeant qu’on préfère, pour préserver un certain ordre établi, une injustice à un désordre.

Les censures (Reseaux sociaux, médias, confréries de carabins etc) ne changeront pourtant rien à la volonté des peuples de disposer d’un accès libre à l’information, au réel, et à la possibilité de juger par eux-mêmes sans qu’on vienne leur dicter leur pensée.

La tentative de Hold Up sur les procédures globales d’accès des peuples au débat public, aux arguments contradictoires, à l’agora, est toutefois très violente et il importe en ces temps troublés de ne pas se laisser impressionner et de tenir bon la barre, chacun à son poste.

ANNE SOPHIE CHAZAUD

De quoi l’accusation de « complotisme » est-elle le nom ?

Le tintouin autour de la réception du documentaire « Hold Up » me conduit à y revenir afin d’apporter quelques éléments complémentaires d’analyse.

J’ai, je le redis, apprécié ce doc, dans la mesure où de très nombreux intervenants y font part d’analyses multiples. Ainsi que je l’ai affirmé d’emblée, «il y a du bon grain et il y a de l’ivraie».

Il est bien évident que lorsque la Monique Pinçon-Charlot part dans les tours sur je ne sais quelle volonté délibérée d’éliminer les plus pauvres, cela relève, pour moi (et jusqu’à preuve du contraire), de l’élucubration. Mais sur le plan logique je ne trouve pas cela plus délirant que lorsque le gouvernement affirmait en janvier que le virus n’avait aucune chance d’arriver en France (probablement grâce à nos frontières super bien contrôlées). Lorsqu’en revanche, par exemple (à tout hasard), Régis de Castelnau démontre l’évidence juridique selon laquelle la gestion de cette crise sanitaire permet au pouvoir de prendre de très nombreuses mesures en dehors de tout contrôle démocratique normal, je suis bien désolée de dire aux complotophobes (tout derniers arrivés dans la joyeuse Cage aux Phobes) que cette analyse est le pur reflet de la réalité. S’ils ont des arguments contraires, surtout qu’ils n’hésitent pas à les donner, cela nous intéresse.

La question que donc je pose est : à quoi sert cette accusation de «complotiste» ? De quoi est-elle, elle-même, le symptôme ?

Il apparaît qu’elle vient opportunément remplacer, dans le champ anti-dialectique de la post-modernité, l’accusation de «facho» (et ses déclinaisons qui se découvrent à marée basse «raciste, islamophobe» et compagnie) lesquelles ne fonctionnent absolument plus, et qui servaient, depuis une quarantaine d’années, à disqualifier l’adversaire lorsqu’on était à court d’argument. Lorsqu’on refusait de débattre avec tel ou tel désigné ainsi en ennemi, on le qualifiait de la sorte et hop, comme par enchantement, l’affaire était pliée.

Ces accusations ne fonctionnant plus pour toutes les raisons que nous savons (en partie parce que le réel a fini par s’imposer -ce qui finit toujours par arriver- et que les citoyens s’autorisent désormais à appeler un chat un chat), c’est le soupçon de «complotisme» qui a pris le relais et permet désormais de délégitimer (tenter de délégitimer) celui qui aura la malheur de s’interroger sur ce qui lui est servi comme parole d’Evangile, tout en permettant à son émetteur de se poser du côté de la légitimité, d’asseoir un désir un peu pathétique de notabilisation, de légitimation.

Refuser les évidences, rejeter les discours imposés qui n’apportent pas la démonstration de leur bien-fondé, pourtant, c’est bien la base de l’esprit cartésien, que la France a ou devrait avoir solidement chevillée au corps. Ainsi s’exprime Descartes, dans son célèbre Discours de la méthode (ce que vous pourrez vérifier en regardant dans cette chose décrétée non-essentielle qu’est un livre) :

«Et comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices, en sorte qu’un Etat est bien mieux réglé lorsque, n’en ayant que fort peu, elles y sont fort étroitement observées; ainsi, au lieu de ce grand nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j’aurais assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.

Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment être telle : c’est-à-dire, d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention; et de ne comprendre rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute».

Gageons qu’on le renverrait vite fait dans son poêle avec une pancarte de complotiste sur le dos, le malheureux, avec son doute méthodique !

Alors oui, il convient d’interroger les évidences, de les remettre en cause, de poser TOUS les faits sur la table, et de faire le tri. Je suis surprise que les complotophobes fassent du reste si peu confiance à l’intelligence des citoyens. Les prennent-ils autant que cela pour des imbéciles ?

Il y aura toujours de la crédulité, de l’aspiration au merveilleux, etc, on connaît tout cela par cœur. En revanche, ne pas se tenir «sage» (pour reprendre le titre de l’excellent documentaire de David Dufresne, que l’on qualifiait, lui aussi, de complotiste, pendant la répression de masse des Gilets Jaunes), ne pas accepter ce qui est imposé comme argent comptant, poser des questions, voilà un signe de très bonne santé à la fois mentale, logique, et démocratique.

On peut considérer l’affolement qui s’empare de certains devant cette activité citoyenne de réflexion comme, en creux, un très bon signe.

La science doit éclairer le jugement, c’est un fait. Pour cela, elle doit le faire avec clarté et précision, ce qui est très loin d’être le cas dans notre affaire pandémique et laissons donc à chacun, touché au plus profond de sa vie individuelle, collective, affective, familiale, sociale, professionnelle, le soin de se faire son idée par lui-même, en disposant de tous les éléments possibles, si c’est encore autorisé, et si la liberté de conscience, par-delà la liberté d’expression, est encore permise.

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