Changes et Devises

Pierre-Antoine Delhommais : Un d’mi ? Ben ça f’ra 15 francs, m’sieur !

Pierre-Antoine Delhommais : Un d’mi ? Ben ça f’ra 15 francs, m’sieur !

  Les auteurs des nombreuses biographies en préparation de Dominique Strauss-Kahn vont être contraints d’écrire en toute hâte un nouveau chapitre. Celui qui décrira le moment où il fut désigné super premier ministre de la Grèce. 

DSK a expliqué, sans humilité excessive, combien il avait joué un rôle personnel décisif pour convaincre les Allemands de contribuer au plan de 110 milliards d’euros accordé à Athènes et persuader M. Papandréou de prendre des mesures d’austérité sans précédent pour redresser les comptes publics. Un super premier ministre tendance social-libéral. Enfin, pour être tout à fait honnête, nettement plus libéral que social. Certes, le patron du FMI a fait pression pour repousser de deux ans l’échéance de retour à un déficit à 3 % du PIB.

Commentaire : Sauve qui peut le FMI est appelé à la rescousse…. (cliquez sur le lien)

PLUS DE DSK EN SUIVANT :

 Pour le reste, c’est l’orthodoxie dans sa splendeur : libéralisation des marchés de biens et de services pour favoriser la concurrence, coupes claires dans les dépenses publiques, etc. Il faut des lunettes en 3D pour déceler des différences entre le FMI d’avant DSK et sous DSK.

Commentaire : Le FMI/ 2 Poids, Diverses mesures (cliquez sur le lien)  

Kenneth Rogoff : Le FMI fait l’Europe (cliquez sur le lien)

Le petit souci, pour Dominique Strauss-Kahn, pour la Grèce, pour les autres pays de la zone euro, pour tout le monde, c’est que les économistes – toutes tendances confondues – ne croient pas un seul instant que le plan puisse réussir. Pas plus Martin Wolf que Nouriel Roubini ou Jean-Paul Fitoussi.

 Martin Wolf : Grèce / un vrai-faux sauvetage (cliquez sur le lien)

Nouriel Roubini : La dette / un Piège mortel (cliquez sur le lien)

Parce qu’il est selon eux impossible de réduire de 11 points de PIB son déficit en trois ans. Parce que la déflation programmée détériorera les finances publiques du pays, donc sa solvabilité, au lieu de l’améliorer, tout comme le fera le probable boom de l’économie souterraine (déjà un bon tiers du PIB).

 Beat Kappeler : Un coup de bluff calamiteux (cliquez sur le lien)

Parce que, enfin, pour essayer de dire les choses sans froisser personne, la discipline économique, le souci de la productivité et le civisme fiscal ne sont pas forcément les vertus les plus répandues en Grèce.

Grèce : La faillite d’un système clientéliste (cliquez sur le lien)

 Sans oublier un détail, qui n’en est pas un : il est autrement plus facile de faire accepter une baisse du niveau de vie, une amputation des salaires et du pouvoir d’achat en Irlande, pays le plus riche d’Europe après le Luxembourg, qu’en Grèce, classé parmi les plus pauvres.

Pour une fois, les maudites agences de notation et les affreux spéculateurs semblent faire preuve de simple bon sens et de vision à long terme. Tous les gérants de sicav qui détiennent – ou détenaient – des obligations grecques à cinq ou à dix ans ont bien raison de se demander où Athènes trouvera l’argent pour les rembourser quand elles arriveront à échéance.

Même chose pour les titres de dette émis par l’Espagne ou le Portugal, deux pays qui souffrent d’énormes déficits de compétitivité, et dont on ne voit pas quels moteurs de croissance pourraient, chez eux, même à moyen terme, redémarrer.

Implications de la contagion grecque à l’échelle européenne (cliquez sur le lien)

La preuve, en tout cas, que la crise est gravissime, c’est que même les économistes américains les mieux intentionnés à l’égard de l’Europe et de l’euro, tels les Prix Nobel d’économie Paul Krugman ou Joseph Stiglitz, se montrent aujourd’hui aussi pessimistes que les eurosceptiques de la première heure ou les friedemaniens de stricte obédience. C’est dire. Pour Stiglitz, « si l’Europe ne règle pas ses problèmes institutionnels fondamentaux, l’avenir de l’euro sera peut-être très bref ».

Et difficile, cette fois, de balayer, comme dans le passé, ces sombres pronostics en expliquant que les Américains n’ont jamais rien compris à l’Europe et donc à l’euro. C’est peut-être plutôt, en vérité, que les Européens n’ont jamais rien compris aux questions monétaires et qu’ils ont construit l’euro sur des bases pourries.

Milton Friedman : L’improbable passage à la monnaie unique (cliquez sur le lien)

Si l’euro est à l’agonie, ce qui est en revanche déjà mort, c’est le principe même qui avait prévalu à sa conception. L’idée, on peut dire maintenant l’illusion, selon laquelle le fait pour des pays de posséder la même monnaie les ferait converger économiquement. Une sorte d’angélisme monétaire qui voulait que les pays d’Europe du Sud se hissent au niveau de l’Allemagne, que l’euro grec, espagnol ou portugais avait la même valeur que l’euro allemand.

Marc Touati /Crise européenne : Les dieux sont tombés sur la dette… (cliquez sur le lien)

« Toute union monétaire est une centrifugeuse, une machine à fabriquer de l’hétérogénéité et de la divergence entre les économies d’une zone, dès lors qu’il n’existe aucun mécanisme stabilisateur susceptible d’absorber les chocs pouvant affecter tel ou tel pays », expliquent bien Marie-Paule Virard et Patrick Artus dans leur dernier livre, Pourquoi il faut partager les revenus (La Découverte, 182 p., 13 euros).

Depuis dix ans, pendant que les Allemands se serraient la ceinture sur les salaires, jouaient à fond la carte de la compétitivité et des exportations, les Espagnols bâtissaient leur croissance avec du béton et de la dette (la moitié du ciment utilisé en Europe l’était en Espagne, l’endettement des ménages espagnols est passé de 70 % du revenu en 1999 et 140 % début 2008).

Wall Street Journal : Trappe à Dettes/La croissance, principal problème de l’Espagne (cliquez sur le lien)

Une telle hétérogénéité n’aurait pas posé de gros problèmes si la zone euro avait constitué une zone monétaire optimale, selon la formule un peu barbare du Prix Nobel Robert Mundell. Si le change fixe avait été compensé par une mobilité du travail et du capital. Comme aux Etats-Unis, où un ouvrier de l’automobile qui se retrouve au chômage à Detroit n’hésitera pas à aller chercher du travail en -Californie.

Et où le fédéralisme fiscal organise la redistribution automatique des Etats riches vers les Etats pauvres, du Texas vers la Louisiane. Mais, dans la zone euro, la solidarité budgétaire n’existe pas (le budget de l’Union représente à peine plus de 1 % du PIB) et la mobilité du travail est quasi nulle, même à l’intérieur d’un pays.

Sans signe de constitution rapide d’Etats-Unis d’Europe, hurlent aujourd’hui les marchés, mais aussi Stiglitz, l’euro ne survivra pas. Au lieu de cela, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ne proposent, comme solution miracle à la crise, que de renforcer un pacte de stabilité déjà six pieds sous terre. On est loin du compte.

Après s’être habitué à diviser les prix par 6,5, il va peut-être falloir apprendre à les multiplier par 6,5. Au comptoir du Havane, le café au bas de l’immeuble du Monde, le demi de bière vaudrait dans les 15 francs. Et il en faudra plusieurs pour noyer son chagrin.

Pierre-Antoine Delhommais le monde mai10

BILLET PRECEDENT : Pierre-Antoine Delhommais : La bise des marchés et la cigale athénienne (cliquez sur le lien)

EN COMPLEMENTL’UE veut éviter que la Grèce subisse le même sort que l’Argentine

Par Pierre Bratschi  /Tribune des droits humains mai10

Buenos Aires va proposer cette semaine à ses créanciers un échange de dette. En défaut depuis neuf ans, le pays ne peut toujours pas accéder aux marchés des capitaux

Si la Grèce se débat pour éviter le défaut de paiement, l’Argentine, elle, se démène pour en sortir. Le ministre argentin de l’Economie a en effet entamé cette semaine une grande tournée des principales places financières du monde pour convaincre les détenteurs de titres argentins en défaut depuis 2001 d’accepter la nouvelle offre de son gouvernement. En effet, décembre 2001, l’Argentine déclarait un moratoire sur la dette nationale qui atteignait alors 132 milliards de dollars, et qui à ce jour reste le plus gros défaut de l’histoire financière.

Pour rappel, en 2005, le gouvernement de Nestor Kirchner obtenait un réajustement de la dette avec les organismes multilatéraux (FMI, Banque mondiale, etc.) et négociait avec les créanciers étrangers une réduction de la dette de 65%. Près des trois quarts de ceux-ci ont accepté, mais le quart restant, pour la plupart des petits épargnants italiens, suisses et japonais, refusaient l’offre, empêchant ainsi l’Argentine d’accéder aux marchés internationaux des capitaux et la contraignant à emprunter à des taux quasiment usuriers.

Alors que le FMI, peu apprécié par Nestor et Cristina Kirchner, prête à 5-6%, l’Argentine emprunte à son allié et ami Hugo Chavez à 12,5%. Ne pouvant plus se financer à des taux raisonnables, le gouvernement a donc décidé d’essayer de convaincre les derniers créanciers d’accepter une nouvelle offre d’échange pour les 20 milliards de dollars de titres en défaut qu’ils détiennent encore, plus les 9 milliards d’intérêts. La valeur du titre sera réduite de deux tiers, les intérêts dus seront payés en liquide et les intérêts liés au nouveau titre dépendront de la croissance et de l’inflation. L’offre est valable un mois à partir de la semaine prochaine. Si le ministre de l’Economie Amado Boudou réussit à obtenir l’accord de 70 à 80% des derniers créanciers, alors le marché considérera que l’Argentine est définitivement sortie du défaut.

L’Argentine de l’Europe?

La similitude entre les situations grecque et argentine pouvait faire craindre pour la Grèce une même issue que celle vécue par l’Argentine.

Les deux pays ne possèdent pas l’arme de la dévaluation pour améliorer la compétitivité de leur économie. L’Argentine de 2001 parce que sa monnaie était légalement liée au dollar et la Grèce de 2010 parce qu’elle n’a aucun pouvoir sur l’euro. Seule solution, une coupe drastique dans les budgets publics avec des baisses de salaires aux conséquences inévitables, émeutes, grèves, saccages et morts.

Stabilité de tout un continent

Les finances publiques des deux Etats sont dans une situation catastrophique. La dette de l’Argentine de l’époque représentait 62% du PIB contre 114% pour celle de la Grèce actuelle.

La fuite des capitaux, mal endémique de l’Argentine, menace également l’économie grecque. Le plan d’ajustement impliquant une augmentation des impôts, les Grecs pourraient être eux aussi tentés de sortir leurs capitaux du pays.

Mais la Grèce n’est pas l’Argentine. Elle fait partie de l’Union européenne et l’Union ne la laissera pas tomber, le ministre allemand de l’économie l’a d’ailleurs déclaré: «Il s’agit de la stabilité de tout un continent qui est en jeu et non celle d’un seul pays».

En luttant efficacement contre un marché noir représentant 30% de son PIB, la Grèce a les moyens d’augmenter sensiblement ses recettes fiscales. Et enfin, le redémarrage de l’économie mondiale favorise largement les secteurs du tourisme et du transport, deux moteurs de l’économie grecque.

La situation de l’Argentine de 2001 paraissait moins catastrophique que celle de la Grèce d’aujourd’hui. Elle aura cependant mis neuf ans pour retrouver sa place sur les marchés financiers mondiaux, à moins que la tempête financière qui secoue l’Europe ne balaie ses espoirs.

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